‹ Le salon de Madame Necker: d'après des documents tirés des archives de Coppet (volume 2)Chapitre 27 sur 49 · DORAT · texte numérisé non relu

DORAT

légères, ont à peine sauvé le nom de l'oubli. Lorsqu'il posasa candidature à l'Académie, Dorât rencontra parmi ses ennemis les plus déclarés quelques-uns des encyclopédistes qui fréquen- ' taJent habituellement le salon de madame Necker. Ce ftit donc à elle qu'il s'adressa pour triompher de leurs préventions, et, si je cite en entier cette lettre, c'est qu'elle montre assez bien le crédit littéraire dont, moins de «ix ans après son mariage, était arrivée à jouir l'ancienne présidente de la petite académie de la Poudrière.

J'&i tant confiance dans vos bontés, madame, que je ae crains pas d'y avoir recours dans cette occasioD . Il me seroit plus doux de vous devoir qu'à toute autre; et voilà pourquoi je me hasarde avec une sorte de sécurité. Vous ooiinoiasez beaucoup d'académiciens ; ces messieurs ont autant de déférence pour votre goût que d'estime pour votre personne, et, si vous vouliez appuyer auprès d'eux le désir que j'ai d'être leur confrère, je suis sûr qne leurs préventions ne tiendroient ' pas contre des démarche qîie vous auriez l'air de 'favoriser. Voilà douze ans que je m'occupe et que le public accueille mes travaux avec bienveillance. Ma famille m'a'Mt quitter ma carrière, où je seroia très avancé aujourd'hui : j'ai cru trouver du dédommagement dans les lettres et suppléer par elles à l'état que j'avois perdu. Point du tout; j'ai rencontré des oppo- 3itioa3ci;jidlleset dontje ne peux deviner le principe ; def mœurs, de rhonnâteté, quelques autres avantages

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qu'on ne cite pa?, quand ils sont seals, mais qui (loivent valoir par le reste, tout cela n'est compté pour rien ; on éïoque mes torts, oa affaiblit mes titres, et l'on a été à la veille de me préférer uo homme qiii n'est célèbre que par des noirceurs, des cliuies et uaa ^usaobé d'autant plus coupable qu'elle a les deboi's de la fra«chise. Je vous <ftivre mon 4me, elle est vraie, et la vôtre l'est trop, madame, pour se refliser à l'évidence des injustices qu'on m'a faitos. Quel est l'académicien qui peut se plaindre de moi ? Je suis l'ami clés uns, l'admirateur des autres, mes ouvrages sont 3emé9< de leurs éloges : au reste, madame, si vous vous inté^ ressez à moi, vous ne serez point tout à fait isolée ; le prince Louis *, M. Ducloa ', l'abbé Voisenon • se sont plus d'une fois déclarés en ma faveur ; M. Thomas n'est sûrement pas contre; MM. MarmonteletSauria n'ont nulle raison de m'en vouloir, et un mot de vous sufdra pour les déterminer. Je sais qu'on a des vues sur l'abbé de Liste \ mais il est plus jeune que moi. Il

1. Il s'agit ici du fameux cardinal de Roban que l'affaire du collier a rendu bî célèbre. Il étailk, en effet, avant son élévation au cardinalat, connu sous le nom àeprince Louis.

2. Charles Piueau-Ducloa, né à Dinan en 1704, mort à Paris en 1772,, auteur des Mémoires secrets sur les règnes de Louis XIV et Louis XV.

3. Claude-Heuri Fusée, abbé de Voiaenon, né au château de VoiaeaoQ, prés de Meluu, en 1775, auteur de Poésies légères et de Contes qui ont été dernièrement réimprimés.

4. L'abbé Jacques Delille, né à Aigueperae en 1738, mort àParis en 1813. Sa traduction des Géorgiques paqat en effet en 1769 ; maia il ne fut nommé de rAcadèmie qu'en 1774.

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