DORAT
D*est connu que depuis iteux ans, ii q'& fïtit qu'une traduction, et, totit en coavenaat de son mérite dont je suis le plus zélé partisan, je crois' qu'il peut attendre sans avoir te 4roit de se plaindre. Pardon, madame, de tous ces détails. Je ne ferai aucune démarche avant quej'tùoreçu votre réponse. Si vous croyez que je puisse me présenter, j'en courrai lea risques ; sinon je renfermerai mes vœux, mes prétentions, et , j'aurai pour me consoler le plfùsir de m'dtre conduit par vos conseils.
Ce 20 juin 1771.
J'ignora si madame Necker prêta son appui à Dorât, auquel elle paraît en effet avoir témoigné quelque amitié ; mais, en tout cas, cet appui fut inefficace, car Dorât ne fut jamais de l'Académie. Il s'en consolait cependant, ou du moins il affectait de s'en consoler par la pensée que madame Neckeravait été favorable à sa candidature et il lui écrivait quelques jours après : « Je ne serai point de l'Académie, mais je serai de votre société et je ne ferai rien qui m'en rende indigne. J'aime mieux un caractère qu'un fauteuil et votre suffrage que celui des quarante. »
Je n'ai parlé jusqu'à présent que des gens de lettres et des philosophes qui fréqnentaient le salon de madame Necker. Je compléterai le tableau de sa société en parlant des relations plus intimes qu'elle avait nouées avec quelques
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femmes dont les noms sont dsvâans célèbres, madame GeofEiiii, madame du Deffand, madame d'Houdetot, et avec des hommes qui, comme Thomas et Buffon, ont tenu ane grande place dans la lAe de son cœur.
LES FEMMES : HADAUE GEOFFRIN. — LA MARÉCBALK DE LUXEMBOURG. — LA DU- OHESSB DB LAUZUN.
< Lesremmes.âisaitmadâmeNecker.dansson langaj^e on peu recherché, tiennent dans la conTersation la place de ces légers duvets qu'on introduit dans les caisses de porcelaine; on n'y fait point attention; mais, si on les retire, tout se brise. » On doit penser, d'après le tableau que j'ai tracé jusqu'à présent du salou de madame Necker, que les légers duvats (pour reprendre sa comparaison pittoresque) y faisaient complètement délàut, «t que les vendredis de l'hôtel Leblanc présentaient l'aspect sévère d*une réunion dont les femmes sont bannies. Ed. effet, parmi les gens de Jçttres' que racevait madame Necker, les uns n'étaient pas mariés, les autres ne se montraient pas très soucieux de produira
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leurs femmes. Ce n'était pas la pauvre madame Diderot * qui eùtajouté grand' chose à l'agrément d'un salon. Madame MarmontePû'avaitpas beaucoup d'esprit, et la petite madame Suard *, tout humble et reconnaissante de l'accueil qu'elle recersitchez les Necker, était presque la seule qui accompagnât son mari aux vendredis. Quant à attirer chez elle les femmes de qualité, pour parler le langage du temps, c'était pour madame Necker une entreprise plus délicate à conduire que d'avoir à souper des philosophes. Bien qu'à la fln du xvin' siècle, par le mouve-
1. Didarot avait épousé, ?i]1744, Marie-Âatoinette Champion, qui était âgée d« trente-deus ans. ICntre madame de Faisieux et mademoiselle Voliand, madame Diderot ne tint guère de place dans la vie de son mari, et il est rare que celui-ci en parle daas sa correspondance, si ce n'est pour la représenter dans quelque situation grotesque.
2. Mannontel avait épousé, à l'âge de cinquante-quatre ans, nue nièce de l'abbé Morellet qui en avait dix-neuf et dont il était fort amoureux. Madame Marmontel prétendait comme on l'a vu, n'aimer point du tout les Necker, ce qui ne l'empêchait pas de les harceler de sollicitations eu faveur de ses pareuta.
3. Amëlie Panckouke, née en 1750 àLille, sceur de Charles- Joseph Panckouke, le célèbre imprimeur, épousa, en 1775, Jean-Baptiste-Antolne Suard et mourut àP^isenl830. Elle a publié différents ouvrages, entre autres Les lettres d'un jeune, lord à ume religieuse itatiemte,el un Essai d9 Mémoires sur sep mati.
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ment des idées et par le relâchement de la hiérarchie sociale, la société des gens de lettres, celle des fermiers généraux et celle des grands seigneurs tendissent singulièrement à se confondre, cependant bien des inégalités subsistaient encore sous la familiarité trompeuse de* rapports. Il est impossible, en lisant les Confessions, de ne pas être frappé de l'attitude s\ différente qu'observe Rousseau dans la société de madaraed"Épinayoudanscelledelaraaréchalede Luxembourg, et de ne pas remarquer combien les hôtes de Montmorency semblent lui imposer , beaucoup plus que ceux de la Chevrette, Mais c'était surtout parmi les femmes que la différence des conditions sociales se faisait sentir et que les barrières de l'étiquette étaient difficiles à franchir. Avant que madame Necker finît par attirer dans sa société des personnes de la meilleure compagnie, il fallait d'abord qu'elle fût reçue dans la leur, et un laps de quelques années était nécessaire pour que son amabilité, son esprit, son mérite reconnu ouvrissent devant elle tijutes les portes.
Ce qui aurait été utile à madame Necker, lorsqu'elle débutait ainsi, fort jeune encore, dans une société qui lui était inconnue, c'eût été l'appui d'une femme assez haut placée pour diriger ses premiers pas et la prendre sous son patro-
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nage. MadameNeckerauraKpu trouver cette direction bienveillante chez la duchesse d'Knville, auprès de laquelle elle n'avait pas rencontré, alors qu'elle demeurait encore chez madame de Vermenoiis, un accueil moins bienveillant que sur les bor^ du lac de Geçàve. Mais, sans compter que par la liberté de son esprit, par ses relatiois avec Voltaire etson goût trop pronoucé pour les philosophes, la duchesse d'EavilIeètait devenue quelque peu suspecte à une partie de sa société, fl semble que madame Necker, une fois mariée, se soit tenue sur le pied d'une certaine réserve et qu'elle ait mis une sorte de dignité & demeurereo arrière. C'est ainsi que madam« Necker, ayant donné son premier bal à l'hôtel Leblanc, n'avait invité ni ia duchesse d'Enville, ni la duchesse de Rohan-Chabot ', sa fill«, et, comme la duchesse d'Enville, en réclamant aimablement contre cet oubli, demandait également une invitation pour ses deux neveux, le duc de Lian court' et le comte
1. Ëlisaheth'Louiae de la Rochefoucauld, née en 1740, avEtit épousé, en 1757, Aaloine-Âuguste, d'abord duc de Chabot, puis duc de Rohaa, chevalier des ordres dn roi, lieutenant général de ses armées.
S. François Armand-Frédéric, d'abord duc de Liaocourt, puia duc de la Rochefoucauld, ué en 1747, fut, avant la Révolution, lieutenant géaérai des arm^a du roi. Après avoIV faitpartie de l'Assemblée couatituante, >1 éuigraen 1792. Il fut plus tard membre de l'Institut et s'occupa
TIADAMB DE VERMENOUX 209.
deDuretal», madame Necker, toirt en déférant avec empressement à son désir, . alléguait pour s'excuser la crainte -que la jeune dudiesse et ges cousins ne s'ennuyassent dans une société où ils auraient reocontré peu de gens de coa-
Desraisonsassurémenttrès différentes faisaient que madame Necker n'avait pas davantage à comptersursa prwnièw protectrice, madame de Vermanoui, pour étendre le cercle de ses relations. BiôD qua la crainte de déchoir du rang aristocratique qu'elle croyait devoir à son mari ■ fût une des raisons qui avaient déterminé Germaine Larrivée, dame de Vermenoux, à refuser la main de M. Necker, cepend^it elle ne laissait pas que de faire assez petite figure à Paris, où elle n'avait ni parents ni relations. D'ailleurs, l'état iâoheux de ses affaires l'avait forcée de se retirer dans une petite maison de campagne auprès du pont de Sèvres. Là elle ne recevait
activement de questions philanthropiques. Il mourut 6 Paris eu 18^. Sa mère, la duchesse d'Estissac, était sœur da la duchesse d'EnviUe.
l.Armand-Aleiandre-ItOger do la Rochefoucauld, comte de Duretal, frère du duc de Liancourt, né ea 1748, mort & la âa da siècle. Sa femme, qui était une la RodhefiMicauld de la branche de Surgères et sœur du premier duc de Doudeauville, fut, dit-on, la première femme guiUotiués aou9 U Révolution.
d'autre visite ^ue celle de madame Necker ou de MariponteU qmi parle d'elle fort agréablement dans sâ3 Mémoires:
Madame deVermenoux, dit-il, au premier abord étoit l'image de Niiierve ; mais sur ce visage imposant hrilloit bientôt cet aii' de bonté, de douceur, de sérénité, cetto g^eté naïve et décente qui embellit la raison et qui rend la sagesse aimable. AVec quel plaisir cette femme, habituellement solitaire et-naturellement recueillie, nous voyoit arriver à sa maison de campagne de Sèvres ! Avec quelle joie son fline selivroit aux douceurs de l'intimité et s'épanouissoit dans les petits soupers que nous allions faire àParls avec elle! Assez jeune encore pour goûter les charmes de la vie, la mort nous l'enleva; mais, en la regrettant, j'ai reconnu depuis que pom* elle déplus longs jours n'aurtiient été remplis que de tristesse etd'amertume. Plus tard, elleauroit trop vécu.
Cette vie solitaire et un pen difficile à laquelle elle se trouvait condamnée dut plus d'une fois faire regretter à madame de Vermenoux l'existence opulente que lui avait offerte M. Necker. C'était san^ doute pour dissimuler ses regrets qu'ellese plaisaitàrépéteravecpeud'affectation que c'était elle qui avait fait le mariage de son ancien adorateur avec Suzanne Curchod; mais cette affectation ne laissait pas que de désobliger un peu madameNecker.quis'en plaignaitàMoaltou.«Je
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Youdrois, lui écrivait^elle, qu'elle ne s'attribuât pas notre mariage ; mon cœur s'en offense un peu et mon mari, qui prétend n"avoir jamais eu de passion que pour moi, est piqué de ses discours, > Ces légers nuages n'empêctièrentpas, quoi qu'on en ait dit, une relation affectueuse et douce de s'établir entre les deux femmes. Cette relation est attestée par un grand nombre de lettres parmi lesquelles je choisirai celle-ci, où l'on ne verra peut-être pas sans inté);'êt le nom'de Rousseau se rencontrer avec celui de madame de Staël eafant :
13 août 1770.
Concevez-voQS, cher objet, l'extrême plaisir que m'a fait votre charmante lettre? elle m'a rappelé un moment tout mon bonheur de Saint-Ouen. Jâ suis ravie d'apprendre que l'estomac de mon ami Necker ' reprenne ses forces ; aa tôte, qui n'avoit besoin que de cellea-ia, s'en ressentira bientôt, ma^ je l'exhorte, je le conjure de prendre ses eaux avec plus de suite etde constance qu'il n'en a mis jusqu'ici danaaes remèdes. Je lui fais d'ailleurs mon compliment d'avoir trouvé à.Spa des grands seigneurs qui le dédommagent de la perte de son écuyer et des comédiens dignes de cultiver la délicatesse naturelle de songoCit, Quant h tous, l'objet, qui êtes moins recherchée dans vos plaisirs, je vous plains fort do vous trouver ea-