I. u. et madame Necker étalent eu ce moment aux eaux deSpa
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213 LE aALON DB HADAMB NECEER
tourée d'altesses et de mascarades ; mais c découvririe^Tous point au milieu de ^s masques ^elques yisages plus bumainsï Estait possible d'en avoir un sans désirer de tous le montrer!
Que je vous Bçais de gfé, mon cher objet, de toutes les anecdotes que vous voulez bien rscueillir pour moi !
.Votre cœiir donne autant de prix â vos moindres intentions que votre esprit leur prâte de gr&ce. CJue ne puis-je vous rendre tout le plaisir que vous me ferez [ Mais, quand Je suis avec vous, charmant (A^at, je trouve si fort mon «ogipte 4 vous écouter que je n'ai plus Vautre esprit que celui-là, et j'en suistrop heureuse pour sentir t% besoin d'en 'avoir dftvantagre. Rien ne pourra jamais remplacer l'in ter ôt que vous inspirez
. à vos amis ; mais il n'y a pas même la moindre nouveauté qui puisse nous distraire de votre at>sence. ^an-Jacques continue & caresser ses nouvelles connoissances et ft se brouiller avec les anciennes. Pour lui faire sa cour, on le fait gagner aux échecs, qu'il ainM à la ftireor. Vous voyez, l'objet, que cette mince passion va se loger dans la tête de nos philosophes comme dans celles de nos héroisea modernes. Lemière * nous a donné sa Veuve du Malabar; mais cette veuve, qui craint de se i)r(llei^ et dont les sei> mons ennuient, n'a point réussi. Moi, je suis f&chée que, dans tout cet appareil de bûcher, il n'y ait pas au moins de quoy chauffer l'auteur cet hiver.
1. Antoine-MarieLemière, né à Paria en 1123, mort en. 1793, auteur d'un grtmd nombre de tragédies oubliées. Cestàlui cependant qu'on doit ce vers ai connu: UâmaquBudroiusn marcha, on iBDt qu'il adesailu.
MADfiMB DE VEEMENODÏ 213
Ce qui me fait plus déplaisir que t(Jut[as les nou-" Teautéï du monde, c'est que j'ai eu le bonheur de voir à Madrid votre délicieuse eofinit, elle a fait les honneurs et l'admiration de mon vendredi. Son vifiux mari LaGuercheamis toute sa petite coquetterie en jeu, et l'abbé Quesnel, qui en a été enchanté, a fait son horoscope à sa manière. Quel naturel charmant, et pour voua quelle source de bonheur .' il ftiut que mon cœur le partage bien tendrement pour ne pas voue l'enviM*. Adieu, mon cher, cher objet; M. Meister est infiniment flatté de votre souvenir ; il met à vos pieds son respect et son hommage.
Vous savez sans doute ee qui occupe la cour et la
. ville dans ce moment : l'affaire de madame de Monaco '. C'est M, Loiseau * qui fera le mémoire, et Gerbier •
•plaidera pour elle.
Madame de Vermenoux aurait eu d'autant plus mauvaise grâce à garder longtemps rancune à
1. La princeaae de Monaco soutenait A ce moipent un procès eu eéparatioa contre son mari.
2. Alesandi'e-Jértme Loiseau (appelé souvent Lïiiseau de Mauléon, parce qu'il était ongiaaire de la petite ville de MauléOD), né en 1728, mort eu ITTb 11 est surtout célèbre pour ftïoir traTSillé de concert avec Voltaire à la réhabilitation d«3 Calas. Madame Necker a écrit, après la mort de Loiseau'deMauléoa,uu éloge *e lui qu'on trouv» dans ses Mélanges.
3. Pierre-Jean-Baptjste Gerbier, né à Rennes en 1725( mort à Paria en 1788, fut un des avocats les plus célèbres du w'n* sié«le. On l'avait surnommé l'Aigle du barreau,'
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M. Keckei' de son infidélité qu'elle-même n'avait pas montré plus de constance dans ses regrets.
i Sur la recommandation de Moultou; elle avait choisi pour précepteur de son fils ce Meister
; dont 11 est question à la fin de sa lettre. Jacob Meister, originaire de Zurich, était le collaborateur de Grimm pour certaines parties de sa Coi-respondance littéraire. De oommensal habituel, il étaitdevenu pour madame de Vermenoux un ami, et même (s'il faut tout dire) quelque " chose de plus. Aussi, lorsqu'elle mourut, jeune encore, et persuadée qae Meister serait toujours fidèle à sa mémoire, elle lui légua son cœur, en lui faisant jurer d'ordonner par testament que ce c£Bur fût enseveli un jour avec lui dans le même cercueil. Mais Meister était jeune également. Il retourna à Zurich, où il épousa une de ses amîes d'enfance et mourut à quatre-vingts ans eu disant : < Si je m'étais marié plus tôt, le trésor de mon cœur serait plus riche encore de saintes Joies et ma conscience déchargée d'amers souvenirs. » Les remords de Meister n'allèrent pas cependant jusqu'à lui faire oublier sa promesse, et, dans son testament, on trouva ces mots : « J'ordonne que le cœur de madame de Vermenùux soit enfermé dans mon cercueil. » Respectueux des der&ières volontés de Meister, ses héritiers se mirent en devoir de, lui
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obéir. Mais qui était madame lie Vermenoux et où pouvait bien être son cœur* Personne ne le savait. A la fin, un vieux serviteur consulté sg souvint d'avoir vu Meister transporter soigneusement avec lui dans tousses voyages une petit» boîte en fer-blanc, qui, ayant été oubliée en dernier lieu, avait été portée au grenier. On y trouva en efiet cette boîte, perdue au milieu de vieux meubles : c'était bien un cœur de femme qu'elle contenait, et ce pauvre cœur oublié repose aujourd'hui avec la dépouille de Meister dans le cimetière de Zurich,
N'étant point dirigée comme le sont ordinairement les jeunes femmes dans le choix de leurs relations, madame Necker devait naturellement rechercher la société de celles dont l'abord était le plus facile et la réputation d'esprit ou d'agrénjent la mieux établie. A des titres très différents, trois femmes exerçaient alors une sorte de suprématie, et leurs figures se détachent encore aujourd'hui en pleine lumière sur le fond chatoyant de la société du xvin° siècle : c'était, dans le monde des lettres et de la bourgeoisie, madame Geofirin ; dans le monde de la cour et de la compagnie la plus brillante, la maréchale de Luxembourg; à mi-côte en quelque sorte et attirant par le seul agrément de son esprit,dans son modeste appartement du couvent
S16 LE SAhON DE MAPAUE HECKER -"
de Saint-Joseph ', ob qu'il y avait de plus relevé dpusles deux sociétés, la marquise du DeSand. -madame Necker sntra successivement en relations avec ces trois puissances, et madame Geol- :frin fut la première auprès fle laquelle elle . trouya bon accueil.
Il y avait cependant entre ces fleus femmes peu de ressemblance de nature. Autant madatsq Oeoffrin ëtait avisée, prudente et d'une lentaar habile dana ses procédés, autant madame Neoker èi£Lit ardente, de premier mouvement et allant droit au but qu'elle se proposait d'atteindre. Jamais madameGeofifiînn'atfraitcommis qaelqn'ane de ces en»urs de conduite auxquelles l'impétuosité de ses sentiments pouvait entraîner madame Necker; mais jiunaispon plus madame Necker n'aurait connu ces calculs.de pfudence qui faisaient redouter à madame Geoffrin les amis compromettants, et ce n'est pas elle qui aurait inâinué à Marmontel, censuré par la Sorbonne, de chercher un logis ailleurs que dans ■a maison. Mais certaines ressemblance? de situation devaient les pousser l'une vers l'autre. Toutes deux ■ étaient bourgeoises d'origine ; toutes deux avaient uu goût vif et éclairé pour les choses de l'esprit; toutes deux enfin avaient
1. Le couvent de Saint-Joseph est aujoui-d'liui compris dans le m'uiistËre de la guerre.
UADA.MB QBOPFRIN &17
cberchéà devenir le centre d'un cercle de gens de lettres. Avec une nature moins douce que celle de madame âeoffrin, ces ressemblances auraient pu même ne pas tarder à devenir des rivalités. S'appeler en effet, comme elle, de son nom de Marie-Thérèse Rodet ' ; être la femme d'un des fondateurs de la manufacture des glaces dont le divertissement favori était déjouer de la trompette marine, et qui, lisant pour ia troisième fois de suite le même tome du même ouvrage, disait: « Cela est bien, mais il me semble que l'auteur se répéta un peu ; > avoir perdu sa beauté de bonne heure pour ne conserver d'autre attrait que le charme de ses cheveux blancs; avoir triomphé cependant de toutes ces difficultés et réussi à fonder un salon où il D'y avait pas un homme de lettres qui ne tirât vanité d'être admis, pas un étranger qui ne sollicitât l'honneur d'être présenté, pas un grand seigneur qui ne se plût à venir familièrement; puis voir un jour uneautre femme, uneétrangère,plusjeune, plus belle, plus riche encore, ouvrir tout à coup un. salon rival et y attirer sans effort, en deux ou trois ans, cette même société dont il lui avait Ikllu à elle-même vingt-cinq ans pour rassembler les éléments : bien des jalousies, bien des