‹ Le salon de Madame Necker: d'après des documents tirés des archives de Coppet (volume 2)Chapitre 36 sur 49 · LA MAR4U1)<B DU DEFPAND · texte numérisé non relu

LA MAR4U1)<B DU DEFPAND

comme Lacoutore, je n'entendois pas loraisonnô et le braillé m'étoit insupportable. > Et dans une autre lettre : «Je fls, l'autre jour, un souper chez les Necker, où Je vous aurois foit bonté et pitié. Je fus absolument stupide. Il n'y eut point du fout de la faute de M. Necker. li n'est point bel esprit ni métaphysicien. Il y fut presque aussi bête que moi. » Puis, peu à peu, on la voit se désenchanter comme elle se désenchantait do tous ses amis, et c'est la femme qu'elle abandonnera la première: « La façon des Necker ne me surprend point, écrit-elle à Walpole, pendant un séjour que M. et madame Necker faisaient en Angleterre ; ils nesavoient pas pourquoi ils faisoient ce voyage; leur séjour sera court. Je vous suis obligée de vos attentions peureux, ce sont d'honnêtes gens ; et le mari a beaucoup d'esprit et de vérité; la femme est roideet froide, pleine d'amour-propre, mais honnête personne.» Patience cependant, le tour du mari ne tardera pas avenir. Dans un moment d'enthousiasme, elle avait été j usqu'à trouver certaines ressemblances entre M. Necker et Walpole. Sans doute l'orgueilleux Walpole n'avait pas été très flatté de ce rapprochement, et, comme il le lui avait peut-être Imssé apercevoir, elle s'empressait de lui répondre:

Les Necker ne vous plaisent pas beaucoup, je tevois bien; tous deux ont de l'esprit, mais surtout l'homine. Je conviens qu'il lui manque cepeodant une des qualités qui rendent le plus agréable, une certaine l^cililito qui donne, pour ainsi dire, de l'esprit & ceux avec qui l'on cause; il n'aide point à développer ce que l'on pense, et l'on est plusbéte avec lui qu'on do l'est tout seul ou avec d'autres.

Toujours en défiance d'elle-même et anssi sévère pour son propre esprit qu'elle l'était pour celui des autres, madame duDeSand s'étaittrouvée, plusieurs fois, B^ïe en causant avec M. Necker. Au début, elle s'en prenait à elle-même ; à la fin c'était à lui qu'elle en voulait et, dans son dépit,ellese montrait injuste certainement pour elle-même et peut-être pour lui.

De son côté, madame Necker paraît avoir, dans ses relations avecmadamedu Deffand, passé par les mêmes phases d'engouement et de désillusion. Au début, elle avait sur son compte des mots heureux et aimables; voulant rendre cette vivacité d'impressions et de^ropos qui, en dépit de sa triste infirmité, donnait tant d'éclat à la conversation de la vieille marquise : « Madame du Deffand, disait-elle, est aveugle à notre insu et presqu'au sien. » Dans les recueils où elle enregistrait presque chaque jour ce qu'elle avait en- *.oiidu d'intéressant dans la journée, elle prenait

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note de ces sentences si spirituelles, si justes, d'une forme parfois si acérée, qui s'échappaient comme des oracles de la bouche de madame du Deffand. Mais bientôt, et comme si la défaveur où elle était tombée eijt éveillé sa clairvoyance, elle prend note égalementdesjugementspiquants qui étaient portés sur madame du Deffand par un monde qui la redoutait plus qu'il ne l'aimait. C'est ^nsi qu'elle relève ce propos assurément peu obl^antdu chevalier d'Aydle • : « Je n'estime pas madame du Deffand, mais c'est un grand chien qui feit lever beaucoup de gibier; » et cet autre, qui, s'il a réellement été tenu, ferait pou d'honneur à la courtoisie de l'amant de mademoiselle Aïssé : « Madame du Deffand disoit au chevalier d'Aydie: « II- me semble que je » suis la femme que vons aimez le mieux. —Ne > dites donc pas cela, répondit-il, on croirait que » jen'aime rien. »La relation s'était donc départ et d'autre sensiblement refroidie. Aussi, quand

1. Le cbeTslier Blaise-Uarie d'Aydie aâ, eu 1690, mort en 1760. Q doit anrtont sa réputatioa & la passion qu'il sat inspirer & l'aimable Charlotto Aïssé, Circassiennedenals~ sauce acbetée vers l'âge de quatre ans au marché de Gouatautinople par l'ambassadeur de France, U. de Femol etramenée par lui àParis, oùellemourut eu 1733. Voir sur mademoiselle Aïssé, Sainte-Beuve, Portraits littéraires, T. Ul, édition de 1846.

madame du DeSand mourut, madame Necker se borna-t-elle k écrire à milurd Stormont :

Cette pauvre fëmme a quitta le moode coBome elle 7 avoit vécu;elle n'avoitTudansla société qnelacompagnie. Son lit étoit entouré de prétendus amis sans dtre arrosé de larmes. Peu accoutumée à réfléchir, elleu'a pu porter ses regards dans les profondeurs de l'avenir. La mort même, cette grande circonstance, n'a été pour elle qu'une pensée triste, mais superâcielle, etj'iùbien vu que la nuance éloit légère entre l'existence et la fla d'une personne insensible.

La pauvre marquise méritait mieux que ce jugement. Elle n'était point insensible, mais desséchée, et madame Necker n'aurait point parlé d'elle avec .tant de sévérité si elle avait connu les termes de cette lettre où madame du DeSand mourante adressait ses adieux k Walpole, et qu'elle terminait en lui disant : « Divertissez-vous, mon ami, le plus que vous pourrez, ne vous affligez point de mon état; nous étions presque perdus l'un pour l'autre ; nous ne novis devions jamais revoir ; vous me regretterez parce qu'on est bien ^se de se savoir aimé. » Mais il y avait une sorte de malentendu entre ces deux femmes. Madame du Deffand n'avait cherché dans la société de madame Necker que la distraction et les divertissements de l'esprit. Ma-

WATELET ET UADAME LECOMTE -sZ

dame Necker, avec sa nature toute contraire, avait dû y chercher quelques satisfactions pour son cœur, et, n'y trouvant pas ces satisfactions, elle s'était retirée avec une blessure. « Nous avons, disait le sceptique Chamfort, trois catégories d'amis : ceux qui nous sont indifférents, ceux qui nous sont désagréables et ceuxquenous détestons.» Madame du Deffand avait voulu faire de madame Necker une amie de la première catégorie ; mais madame Necker s'en était bien vite aperçue, et madame du Deâïind avait passé pour elle dans la seconde.

Contenues dans tes limites que je viens d'indiquer, les relations de madame Necker avec la maréchale de Luxembourg et avec madame du Deffand (quelle que pût avoir été dans leur jeunesse la réputation de ces deux dames) n'ont rien, suivant moi, qui doive surprendre. La société à toujours vécu et vivra toujours sur cette demi-morale qui ne sait que ce qu'elle ne peut pas ignorer et qui ne se rappelle que ce dont on la force à se souvenir. Cette tolérance indulgente était poussée encore plus loin au xviii= siècle que de nos Jours. C'est ainsi que, dans ie monde philosophique où vivait madame Necker, on recevait sans difficulté Watelet ' et madame Le-

1. Claude-Henri Watelet, né à Paris en 1718,morten 17S0> Voir, dans les Lettres d'un voyageur, anr la liaison

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comte; Watelet, le fermier général académicien et graveur, l'auteur de l'Essai sur les Jardins, et madame Lecomte, qui avait quitté son mari pour venir habiter avec Watelet à Moulin-Joli. On allait même dîner chez eux, et je ne vois guère que madame de Genlis * dont la pruderie* affectée s'étonne dans ses Mémoires d'avoir rencontré ce ménage irrégulier en visite chez madame Necker. Cependant madame Necker, élevée dans un milieu si différent, devait parfois se sentir mal à l'aise avec ces relations nouvelles, et l'ardeur avec laquelle elle cultiva l'amitié de la duchesse de Lanzun montre bien quel attrait rhonnêtâté avait pour elle.

Peut-être s'étonnera-t-on qu'elle n'ait pas recherché davantage l'intimité de ces femmes (comme il y en avait plus qu'on ne croit au

de Watoldt et de Uargnerits Lecomte, un paaaage pins poétique que coarorme à la vérité. Watelet était, en effet, fort riche et Uoalin-Joli uoe babitstion fort luxueuse.

1. Stéphaaie-Félicité Ducrest de Saint-Aubiu, comtesse de Oeolia, née an chfltean de Champcéry près d'Autun, en' 1746, morte en 1830. Outre bbb romaua, ses contes et son i théâtre, elle a laissé dix volumes de Uémoiret. 'La ' sévérité de jugement dont elle fait preuve & cbaqne page rappelle involontairement cette éplgramme sanglante de Lebi'UQ ;

LA MAUQUISE DE LA PERTÉ-.-MliAULT ©5

xvm* siècle), qui, fidèles à des vertus conservées, comme un héritage de famille, ne prenaient du monde que les devoirs et non les plaisirs, et vivaient dans leur intérieur d'une vie sévère et pieuse. Mais il f^ut penser que ces femmes-là I n'étaient pas très soucieuses de nouer des relations en dehors du cercle de leur parenté et de leurs amis naturels. Sans doute la conversation que dirigeait la maréchale de Luxembourg du haut de son fauteuil ou madame du Deffand du fond de son tonneau, était beaucoup moins faite pour les oreilles de madame Necker, que les graves propos échangés entre la duchesse d'Ayen et ses charmantes filles dans la grande chambre à coucher toute tendue de damas cramoisi à franges d'or, que nous a si bien dépeinte l'auteur de la Vie de madame de Montaga *. Mais

1. Anne-Louis»-Henrlette d'A^aesseau, née, en 1737, petite-fllleduclianceHer d'Agueaaeau, avait épousé en 1755 Jean-Paul -François de Noailles, dur; d'Ayen. Elle eut de ce mariage cinq tUles, appelées avant leur mariage : mademoiselle de Noaillea (depuis vicomtesse de Noailles), mademoiselle d'Ayen (depuis marquise de la Fayette), mademoiselle d'Epernon (depuis vicomtesse du Roure), mademoifielle de Maintenon Marquise de Moataf^u) et mademoiselle deMontclar (depuis marquise de Orammont). Voir, a«p l'intérieur de la duchesse d'Ayen, et sur l'éducation donnée par elle à ses flUes, la Notice sur la vis de la duchesse d'Ayen, par mademoiselle de la Fayette, et la Vie dtf ta tnarauise de ifontagu.

iao LB S&LOH DE MADAME NECKER

)a grande porte de l'hôtel de Noailles ne s'ouvrait pas aisément, tandis que la maréchale de Luxembourg, par facilité d'humeur, madame du Deffand, par curiosité d'esprit, faisaient bon accueii aux. nouveaux visages. Il n'est donc pas surprenant que madame Necker se soit liée d'abord avec les femmes qui l'attiraient et que celles dont la jeunesse n'avait pas éf^ des plus régulières fussent aussi celles dont la maison se montrât le plus hospitalière.

Je dois avouer cependant que le contraste entre la sévérité dont elle se piquait pour elle-même et l'indulgence dont elle usait vis-à-vis des autres (n'est-ce pas cependant la meilleure règle?) lui fut un jour reproché, comme lui était reproché par ses amis de Genève le bon accueil qu'elle faisait aux philosophes, toute bonne chrétienne et protestante qu'elle était demeurée. A la vérité, ce fut par une femme qui tenait de famille le goût de faire des leçons aux gens : par la marquise de la Ferté-Imbault, la âUe de madame Geoffrin. Sous tout autre rapport, il serait difflcile de trouver deux personnes plus différentes que ne l'étaient la mère et la allé. Fort entichée d'aristocratie, depuis que son mariage avec un vieux gentilhomme l'avait élevée au rang de marquise, madame de la Ferté-Imbault, professait un souverain mépris pour la société

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que rassemblait sa mère '. Antant madame Geoffrinétait avisée et prudente, autant madame de la Ferté-Imbaultétait rude etinconsidérée dans ses propos. Par opposition au ton habituel de la conversation des gens de lettres et des philosophesdont madame GeoSVinaimaitàs'entourer, tout en tempérant la hardiesse de leur langage, madame de la Perté-Imbault avait fondé une association bizarre qu'elle appelait l'ordre des camarades lampons et des chevalières lantu~ ffi^tw, ordre dont la règle était de simuler la folie en conversation et de dire des bêtises, mais des bêtises spirituelles. C'étaient toutes ces diiférences qui faisaient tenir à madame Oeoffrin ce propos tant de fois répété : « Quand je considère ma âUe, je suis comme une poule qui aurait couvé un œuf de cane. » La seule ressemblance qu'elles eussent était le goût de morigéner les gens.et encore cette ressemblance demeuraitelle incomplète ; car madame Geoffrin enveloppait ses gronderiaa célèbres de tant de précau-

1. Marie-Thérèse Oeoffrin, née en 1715, avait épousé en 1733 un petit-flla de Jacques d'Ëtampea, marquis de la Ferté-Imbault, maréclLal de France aous Louis XIV. Aprûs avoir été associée, sous la directioa île la comtesse de Marsan, àL'éducaUon de mesdames Clotildeet Elisabeth de France, et avoir composé pour elles plusieurs volumes «lo maximes et de morale, elle mourut en 1791.

tions, de tant de caresses, de tant de douceurs, qu'elle las faisait accepter sans tropde difficulté, tandis que madame de la Ferté-Imbault, on va le voir, disait leur fait aux gens plus rudement

Elle avait fréquemment; rencontré madame Necker chez sa mère, et son premier jugement snr elle avait été empreint de cette malveillance dont elle honorait toutes les personnes pour lesquelles madame Geoffrin témoignait quelque goût. Mais quelques années de commerce avaient fini par lui faire apercevoir que, sous le rapport de la iVanchise, de la droiture, de l'honnêteté, madame Necker n'était pas inférieure à elle, et, un beau jour, elle s'avisa de l'avertir de ce changement d'opinion. C'était au moment où M. Necker venait. d'être nommé directeur du Trésor, sous les ordres de M. Taboureau, qui occupaitleposte de contrôleur général, situation assez délicate pour tous les deux. Dans ces circonstances, madame Necker reçutun beau jour de madame de la Ferté-Imbault la lettre suivante : \

A Paris, ce 19 février 1777.

Vous m'avez fait l'honneur de me dire lundi, mordaire, que je vous f^sois du bien par ma fïancbise et par mon expérience, et, comme je vous estime beaucoup, que j'^me et estime M. Necker, cela m'a échaufé le cœur et l'imagi nation pour vous, madame, comme si vous étiés une de mes filles chevaliàres lan-

LA HARQITtSB DB LA FBKTIÎ-IMBAULT 259

[nrelua, on voici la preuve. 3'ai trouvé hier mardi M. Troncbin eliez madame la première présidente Mole', je l'aiprlen particulier, je lai ai montré l'intérest qae vous m'aviés inspiré et voici toutes les idées qui me aonts venus pour le bien général.

Madame de la Ferté-Imbault, qui connaissait le ménage Taboureau, donne ici quelques conseils à M. et à madame Necker sur la manière dont ils devront s'y prendre pour s'emparer de l'esprit du mari et de la femme en flattant leur vanité, puis elle continue :

Vous scavé, madame, que m'ayant mise fbrt & mon aise avec vous dès la première fois que j'^ eu l'honaem?de vous voir, je vous ai parlé fl'anchement du dangerde vos sociétés pour le bonheur et môme pour acquérir une véritable considération. Rien n'est plus décrié avec r^son parmi tout les ordres de l'État, que DOS beaux esprits et les femmes qui courent après. A votre arrivé icy, madame, l'hôtel d'Enville a du vous faire beaucoup d'illusions, mais j'ai vu' avec plaisir que tout ce que vous en avez vu de folies vous a très fortihippé,ainsi que les perfldiesque vous etM.Neckre aves epprouvé deplusieurspersonnes àqui vous n'avies îait l'un eti'autre que rendre des services. Toutescea

1. Bonne-Félicité Bernard, fille du fameux flaancier SamiielBeraard.avait épousé Mathieu-François Mole, pretniei' président du parlement de Paris, graad-père du comte Mole.

2e0 LE SAI-OK DE H&DAMB MECKEtt

personnes sont des engoQés et les petits roquets ila DOS charlaf ans philosophes. Vous en este revenu, madame, heureusement pour vous et pour M. votre mari, mais il n'en résulte pas moins que ces liaisons sonts si éloignées de celés de madame Taboureaa, qu'il seroit possible qa'elle eut une craintâ machinale de vous connoîstre, par humilité et puis parce que votre liaison avec de -certainnes femmes très décrié par les mœurs sont (oujonrs une raison très forte pour que les honestes femmes et leurs amies craignent infiniment le commerce des personnes qui ayant 1& réputation d'&voir beaucoup d'esprit prouvent par leur sociétés qu'elles en fonts tant de cas, qu'elles ne sonts plus difQcile ni en vertu ni au mœurs.

Voilà madame, les réflexions d'intérêt que vous m'aves inspiré; je vous les écrit avec la plus grande confiance parce que je suis assé heureusement et assé raisonnablement née, pour ne jamais tenir ni aux succès de mes Idées ni de mes conseilles vis à vis de mes amis. De plus j'ai tant vécu depuis quarante ans avec des personnages tenant à l'État, que j'ai vu de près, que toutes les reflexions du coin du feu qui paraissent les plus justes ne sont souvent pas & propos parce que l'homme d'État qui voit de près tous les ressorts de la machine voit des impossibilités ou des ihors de propos, que la personne échaufée par l'amitié et par des vraissemblances ne voit pas.

. Ma lettre peutn'avoird'antremeritepourvons,madame,et pour M.Neckre, que celui de vous prouvermon amitié,et que vous m'occupes beaucoup.Je vous l'écris sans la relire, je suis dons lachambrede mamère qui

LA. HA.BQC1SB DE LA. FBRTâ-IMBAOLT 261

dore, et je n'ai rion de mieux ù faire que de suiilager mon imaginatioQ arec les deux personnes qui l'éckau-

1 fent.

I Point de réponse, madame, nous en causerons lundi an soir, je vous présente mon tendre hommage.

Rien n'ayant témoigné que madame Necker eût reçu avec déplaisir cette lettre singulière, madame de la Ferté-Imbault reprit la plume le lendemain et recommença sur le même ton :

AParia, ce 20 février 1777, à neuf heur du matin, Je TOUS ai mandé hier, madame, que mon peti volume avoit soulagé mon cœur et mon imagination. Je me sens l'envie ce matin de tous écrire le second volumes, pour nous mettre parfaitement h l'aise ensemble de cœur et d'esprit. Voici ma confession des diferents effets que vous m'avcs îsAt depuis votre mariage et depuis le jour ou la duchesse d'Enville me donna & souper aTec tous, madame, peut de tems après votre mariage, parcequ'elte scaToit que je connoissois M. votre mari d'est sa jeunesse, et que je l'aimois et estimois beaucoup.

Mes amis communs de Genève, m'avoient données bonne opinion de votre caractère, de vos mœurs et de votre érudition, en me disant cependant que vous conrries peut-être & Paris après l'esprit & la mode. Cela me fut une raison pour ne vous point faire d'avance et pour me priver mâme du plaisir de voir M, votre mari chés moi. Je voulu voir qu'elles seroient

Sd2 lb salon de madame neckek

T08 liaisons et je tous avoQe, madame, qu'elles me

firent nae impression dans le temps si forte contre

Yotre raiaon, que j'avois parier que je n'en reviendrois

jamais.

La maréchale, madame da Défiïint, madame \eBoiiflers et madame Marchais (dans un genre subalterne) souta qnatres femmes si dégriéa par les mœurs, et les deux premières sontsidangereuses, qu'elles sonts depuis plus de trente ans l'horreur ,des honnestes gens. Eneuitte votre liaison intime avec ce vilain abbé Morlai (Morellet) vous fit tant de ters dans le temps de l'histoire de la Compagnie des Indes, ou M. votre mari joua un si grand rolleet l'abbé lin si vilain, que si nous n'avions pas eu, madame, des amis communs qui vous justiâere comme ils purent, J'aurois pri aussi manvaise opinion de votre ame que de votre raison.

Mais comme votre conduite & été très bonne et très sage après ce qui c'est passé sous le peti règne effémore de M. Turgot, et que depuis que M. votre mari est devenu un honmie d'État vous ne vous este pas attiré la moindre condamnatioa du public ni le plu» peti ridicule, que de plus, madame, toute les fois que j'ai eu l'honneur de vous voir, vousm'avesmarqné amitié estime et confiance, en voilà bien suflsament ponr avoir effacée en moi les mauvaise impressions que votre trop d'amour pour l'esprit dépouillé déraison et de vertus m'avoit donnée. Je me donne donc i. vous, madame, de cœur et d'esprit, vous pouvez disposer de moi dans ma retraite, je vous verai chez vous le matin avec plaisir quand cela vous c

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