‹ Le salon de Madame Necker: d'après des documents tirés des archives de Coppet (volume 2)Chapitre 38 sur 49 · M&DAUB DE MARCHAIS SC · texte numérisé non relu

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Fontainebleau, qu'elle faisait à la suite de son mari, lui avaient permis de faire la connaissance et à la fin quelques femmes de qualité que sa bonne grâce et sa réputation d'agrément avaient

attirées.

Sasoclété, dit Mannontel dans aes Mémoires, était composée de tout C6 que la cour avait de plus aimable et de cequequ'ily avait parmi les gens de lettres de plus estimable du cAté des moeurs, de plus distingué du c6t^ des talens. Avec les gens de cour, elle était un modèle de la politesse la plus délicate et la plus noble; les jeunes feimnes venaient chez elle en étudier l'iUr et le ten. Avec les gens de lettres, elle était au pair des plus ingénieux et au niveau des plus instruits. Personue ne causait avec plus d'aisance, de précision et de méthode. Son sUeace était animé par le feu d'un regard spirituellement attentif ; elle devinait la pensée, et ses répliques étaient des flèches qui ne manquaient jamais le but.

i Mais laissons madame Necker, dans un récit Qu'elle tat amenée à écrire de ses relations avec •madame de Marchais, nous raconter elle-même quelle fascination avait, au premier abord, exercée sur elle cette nouvelle amie :

J'ai eu (dit -elle dans ce récit) pour madamedeMarchais une affection passionnée. Quand elle se présenta à mes yeux, toutes les facultés de mon &ma furent captivées. Je crus voir une de ces fées enchan-

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(crc>se3 qni réunissent & la Tois tous les dons de la nature et de la magie. 3e l'aimai donc ou plutdt je l'idolâtrai. Je la suivis ea tons lieux, et, quand j'en obtins quelque retour, je pensE^ que rien ae manqooit plus à ma félicité.

C'étoit au conunencement de mon mariage. J'aimois et j'étois aimée ; elle senle Ait la dépositaire de tons les monvemens de mon cosur. Je croy ois jouir doublement quand elle partageoit mes plaisirs et mes douces peines. Je m'apperceus, dès le commencement de notre liaison, qu'elle avolt un attachement. Nousaltions dans tous les lieux où nous pouvions rencontrer lliommequi lui étoitcber. Il s'j' trouvoit à point nommé. Je n'eus pas été en liaison quatre mois avec manouvelle amie qu'un concert où elle me menaà l'extrémité de Paris où il n'y avoit que de la bourgeoisie, m'ouvrit absolument les yeux. Nous passâmes la soirée toute entière dans une chambre reculée avec l'objet de toute sa tendresse. Trop sévère pour approuver ce penchant, j'étois cependant trop tendre pour ne pas être indulgente, je aentois qu'où n'étois pas maître des mouvemens de son cœur, et je n'ai jamais cru que celle qui fut t'idole du mien fut capable d'une foiblesse. Tontme conârmoit qu'elle allioit la vertu à la passion et si je soupirois quelquefois, c'étoit de ne pouvoir m'attrlbuer entièrement son empressement à se trouver avec moi et de voir que je le devoîs souvent aux occasions de se rencontrer avec ce qu'elle aimoit.

Madame Necker nourrissait quelques illusions lorsqu'elle pmvait son amie incapable d'uae fai-

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blesse. Cet objet de la tendresse de madame de Marchais, avec lequel elle cherchait en tous lienx l'occasion de se retrouver, était M. d'Angeviller, menin du dauphin ', directeur général des bâtiments du roi, que la beauté de ses traits avait feit surnommer l'ange Gabriel. Il s'était formé, en effet, depuislongtemps entre madame de Marchais et M. d'Angeviller, une de ces liaisons fréquentes au xvm° siècle, qui n'étaient un secret pour personne et dont un mariage venait souvent (comme ce fut le cas) couronner la constance. Après la mort de son mari, madame de Marchais devint en effet madame d'Angeviller, et c'est sous ce nom que quelques personnes de notre temps l'ont encore connue pendant les premières années de la Restauration. Mais, depuis longtemps, elle vivait avec M. d'Angeviller sur un pied d'intimité qui n'altérait point ses bons rapports avec son mari. La faveur dont M. d'Angeviller jouissait auprès de madame de Marchais n'enlevait rien au respect extérieur dont il l'environnait ; tous les Mémoires du temps sont d'accord pour

1, Charles- Claude do Flahaut, comte de 1» Billarderie d'Angeviller ou d'Angiviller, directeur gânéral des bâtiments du roi, jardins, manufactures et académies, exerça ces fouctioua Jusqu'à la RéTotution. A. cette âpoque, il se réfugia eu Russie, oii il vâcut d'une peosioa que loi faiaait Catherine 11. 11 mourut en ISIO.

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dire qu'il n'en conservait pas moins auprès d'elle l'attitude d'un amant malheureux et timide. I( envoyait fréquemment à madame de Marchais des corbeilles remplies des plus beaux fruits que produisaient les jardins royaux, dont il avait la surintendance, et, comme madame de Marchais \ partageait avec ses amis le contenu de ces corbeilles, ses largesses lui avaient, dans un temps où les surnoms étaient fort à la mode, fait donner celui de Pomone.

Soit que la candeur de madame Necker continuât de se faire illusion sur la pureté des sentimentsde madame de Marchais pour M. d'Ânge- ■viller, soit que la situation acceptée par tout le inonde eût fini par s'imposer à elle, madame Necker semble avoir pris son parti de cette liaison à trots que lui imposait l'assiduitéde M. d'Àngeviller auprès de son amie.Dansles lettres qu'elle adressait à Pomone, il est aussi souvent question de lui que de M. de Marchais, et c'est parfois dans le même postscriptum qu'elle demande de leurs nouvelles à tous deux. Mais, quand madame de Marchais est malade; c'est à M. d'Angeviller qu'elle s'adresse de préférence pour avoir des renseignements sur l'état de son amie, et les réponses de M. d'Angeviller sont remplies de détails intimes qui devaient pleinement satisfaire le tendre intérêt de madame

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