‹ Le salon de Madame Necker: d'après des documents tirés des archives de Coppet (volume 2)Chapitre 43 sur 49 · LA COMTESSE D'ROUDBTOT 2KS · texte numérisé non relu

LA COMTESSE D'ROUDBTOT 2KS

Votm S&VC3 que je crois les autels moins sacrés qu'une simple parole; ma charmante amie, qui mieux que moi sait sentir ce que vous valés ; ce sont toutes ces vertus, cette aimable sensibilité qui les accuse, enfin c'est votre amitié dont je ne puis, dont je ne veux jamais douter qui forme le lion qui m'attache à vous pour le reste de ma vie. Je tous embrasse mille fois, je TOUS presse contre mon cœur.

Il faut s'arrêter, mais je ne pnis résister au désir de citer encore cette lettre, où se peint dans leurs contrastes la nature des deux amies: Tune agitée, inquiète, se dévorant au sein du bonheur ; l'autre paisible, enjouée, et glissant avec une mélancolie insouciante sur les peines de la vie. Madame Necker était en ce moisent aux eaux du Mont-Dore avec son mari et Tho-

Siumoîs, ce 11 juillet.

Ma charmante amie a voulu elle-mémo me donner des preuves de mm souvenir. J'espère qu'elle est assé persuadée que je ne pourrois jouir de ce dont j'auiois k craindre quelque mal pour elle, pour ne pas me donner un moment l'inquiétude de luy en causer. Cette eeule confiance peut assurer ma tranquillité; elle m'a promis d'y avoir égard. Je la conjure encore de ne pas l'oublier et de me faire écrire un mot dès qu'il luy en contera le moindre effort à le feire elle-même. Je reçoisdoncavec transport ce que son cœur m'envoya.

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Jejoilia du plaisir d'eatre aimée de vous et de voir qae vous songes à moy.Jo me faisua tableau bien toucbant de votre arrivée au Moiidor (le Mont-Dore) et de la reconnoissante sensibilité des gens a qui vous avés fïiit tant de biens. Les douces émotions ne sont point <i craindre. Puissiés-vous vous y borner ! elles occuperont Tostre âme sans la &tiguer et animeront vostre vie sans l'user. Prenés quelques nuances de la douce quiétude de M. Neclter : elle est moins piquante sans . doute que la chaleur et l'activité de votre antrecompagnon de voyage, mais elle sera plus salutaire. Reposez-vous, je vous le répéterai sans cesse, parce que je crois ce remède le plus nécessaire à votre état.

J'ai fait un voyage agréable depuis votre départ dans des paysages absolument différents des nostres. Des montagnes, des forôfa, une vue riche et étendue, le voisinage de plusieurs maisons royallea, très belles à parcourir, mais qu'on quitte avec plaisir pour des lieux plus simples dont ils font mieux sentir le prix (toiyours un petit coin do Rousseau), enân un pays poétique par ses aspects et ses contrastes. Dans le lieu môme que j'habitois, je voyois un homme d'esprit bonneste, tùmable et simple comme les beautés qni ornent son s^our. J'aysenty tout cela, je l'ay peint, je l'ay chanté ; c'est encore un plaisir. Je vous envoyé ces vers ; ils vous amuseront an moment ; ils vous diront que j'étois heureuse quand je les ay faits et que je jouissois de quelques sentiments agréables. Mon âme est bien changée depuis que mon meilleur ami est guêry et que mameilleureamie est. Je l'espère, en chemin de l'estre. Toutes les idées agréables sontre-

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Tenues ; vous scavez que j'aime ft m'y livrer. Ce qui me plait je le chante, et sans m'aaaervir & aucun iravail, je passe mes jours sans contrainte, sans oisiveté et sans ennuy, comme sans prétentions et sans ambition d'aucune espèce. Qu'a-t-on à désirer quand on pout jouir de l'amitié et de la naturel on peut glisser sur les autres peines de ta vie î

M. de Saint-Lambert m'a accompagnée ; 11 veut toujours que Je dise nous dans tous les sentîmens que Je vous exprime. Vostre destinée est bien d'ostre aimée. Jouisses de ce bonheur, le premier de tous, et conservés vous pour en jouir longtemps. Vos amis absens ou présens doivent vous rappeler sans cesse i. cette douce idée. An surplus je ne sais point étonnée de laoontenauce des deux personnes qui vous accompagnent et que vous me peignés si bien :

On voit souvent, suivant son aort.

L'amour changer de caractdre :

Heureax, ou amant a'eudort, Halhenreux, il veille pour plaire.

Saint-Lambert, on le voit, tenait dans cette relation la même place que M. d'Angeviller dans la relation de madame Necker aveo madame de Marchais. C'est ainsi que, dans plusieurs lettres, il s'adresse à madame Necker pour procurer à madame d'Houdetot une consultation du célèbre Tronchin, ou bien il lui fait confidence des efforts qu'il tente pour obtenir que M. d'Houdetot ait d^ormais de meilleurs

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procédés envers sa femme. De son côté, madame d'Houdetot ne perd jamais une occasion d'associer M. de Saint-Lambert aux sentiments qu'elle éprouve pour madame Necker et souvent elle semble les mettre tous deux sur la même ligne dans ses affections :

Nous noua unissons, écrivaitrelle & madame Necker, M. de Saint-Lambert et moi, pour tous aimer. C'est bien en cela qu'il me convient encore. La félicité de ma vie est bien de vous avoir rencontré tons deux et d'être aimée de vous.

Et dans une antre lettre :

Je voas l'avourés et vous l'ay dit dans les commencements de notre liaison, un peu de passion se mêle &mes attachements, mais qui m'en reprochera pour le petit nombre auquel mon coeur s'est livré! Quand je vous aime tons deux, quand j'aime mon digne am; Saint-Lambert, on peut douter si c'est la vertu qui me &it aimer de tels amis, ou si ce sont eax qui me donne h goutde la vertu. J'ose le dire danslaconflanced'une ancienne amitié, je n'ay rien aimé, rien gonté même qui ne m'offrit quelqu'un de ses traits. J'espère que TOUS me connoissés asséa pour ne pas attacher l'idée de vanité h cet aveu. Ma charmante amie, ce sont , mes titres auprès de vous, permettes moi de les QUre ,' valoir pour me croire digne des mots toucbantâ que vous employés pour m'exprimer vos sentiments. Si j'ay jamais goûté un bonbeur pur, c'«st quaad je me suis

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vue esUmée et aimée de co que j'aime et estime si véritablement moy môme.

Femmes d'autrefois, si charmantes et si nobles même dans vos erreurs, méritez-vous ces jugements rigoureux qu'au nom de notre morale plus ferme, de nos principes plus sévères, nous sommes parfois tentés de porter contre vous, et ne faut-il pas tenir compte des circonstance étranges oii vous viviez t Lorsque, après tant de siècles d'existence, une société tout entière s'était prise tout à coup à douter d'elle-même et mettait son honneur à se détruire au lieu d« se réformer, lorsque l'antique religion sur la foi de laquelle cette société avait vécu semblait àla veille de succomber sous les coups d'une philosophie dont le langage retentissait des mots de tolérance et de liberté faits pour séduire les âmes généreuses, lorsque tout s'écroulait et se renouvelait à la fois, faut-il s'étonner que vous vous soyezélancéesvous-mêmesavecardeiiç dans ces voies inconnues et que, sans guide, aans soutien, plus d'un fkuz pas ait marqué votre route f Dans cet enthousiasme pour l'amour et i la vertu dont votre langage offre si souvent le mélange singulier, tout était-il déclamation, hypocrisie, mensonge, et ne cherchiez-vous pas au contraire, Jusque dans vos faiblesses, à retrouver et à atteindre un certain idéal dont i. 17

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VOS yeux entrevoyaient l'image confuse ! On vous avait appris à ne plus croire, et l'étroit sentier du devoir, dépouillé de tout ce [qui pouvait en adoucir les aspérités, vous paraissait bien rude à parcourir ; mais vous aviez le culte des idées nobles, des sentiments élevés, et c'était sincèrement que vous aviez cru pouvoir rem- I#acer la morale par la sensibilité. N'oublions pa§, d'ailleurs, qu'il y en eut beaucoup parmi vous qui montèrent sur les échalïiuds de la Terreur avec un courage élégant, et que les autres, «près avoir traversé avec vaillance et bonne humeur les épreuves de l'émigration, ontoffert à la génération nouvelle le spectacle d'une viei%3se aimable et digne. Gardons-nous donc, si nous voulons demeurer dans la justice et dans la vérité, aussi bien des sévérités brutales sous lesquelles des censeurs grossiers accablent aujourd'hui vos grâces délicates, que "des illusions complaisantes qui cherchent en vou»lemodèle de vertusoubliées, et goûtons, non pas sans réeerve, mais sans pédanterie, le charme qui s'attache à ces vieilles lettres échappées au hasard de votre plume gracieuse et fkcile :

J'aime à vous voirdana vos cadrea ovales, Portraits faoës des belles du vieux temps, Tenant en main des i-oses myeu p&les.

Comme i\ convient & ^es â^ura de cent ansÉ

-.Gooi^je

« L'amitié, chez les femmes, est peut-être plua rare, disait un écrivain du siÈcle dernier ; mais il faut convenir que lorsqu'elle s'y trouve, elle doit être aussi plus délicate et plus tendre. Les hommes en général ont plus les procédés que les grâces de l'amitié. Quelquefois en soulageant iU ble^ent, et leurs sentiments les plus tendres ne sont pas fort éclairés sur les petites choses. Les femmes, au contraire, ont une sensibilité de détail qui leur rend compte de tout. Rien ne leur échappe : elles devinent l'amitiéqui se tait; elles encouragent l'amitié timide ; elles consolent doucement l'amitié qui souffre. Avec des instruments plus Ans, elle manient plus aisément uncœur malade; elles le reposent et l'em-

pèchent de sentir ses agitations. Elles savent surtout donner du prix à mille choses qui n'en auraient pas. II faudrait donc peut-être désirer un homme pour ami dan» les grandes occasions, mais pour le bonheur de tous les jours, il faut désirer l'amitié d'une femme. »

■ Celui qui, dans un Jissai sur les Femmes, écrivait ces lignes, dictées par un sentiment si fln et si noble, avait dû à madame Necl^er de connaître et il lui avait fait goûter en échange ce bonheur de tous les jours. Cependant ce n'est point en parlant de Thomas que je commencerai une étude destinée à nous faire pénétrer un peu plus avant dans l'intimité de madame Nec- Iter, car l'ordre qui doit nous guider est un peu celui de ses préférences, et, si Thomas a été pour elle un ami Adèle et passionné, si Buffonl'a environnée d'une adoration respectueuse qu'elle a payée de retour en tendresse filiale, tous deux ' n'en passaient pas moins dans ses aQections bien après celui dont le nom est déjà revenu plus d'une fois dans ces pages, bien après Moultou. On n'a pas oublié ce jeune ministre, beau-frère rl'une amie d'enfance de madame Necker, qui avait été mêlé aux circonstances les plus difficiles ■ de sa vie de jeune fille. Madame Necker avilit avec lui une de ces intimités précieuses dont rien no réparo la perte, ok deux âmes ont à peine

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