‹ Le Salon militaire de 1886Chapitre 2 sur 15 · SAC D'ANVERS PAR LES ARMEES ESPAGNOLES REVOLTEES · texte numérisé non relu

SAC D'ANVERS PAR LES ARMEES ESPAGNOLES REVOLTEES

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du soldat dans les illustrations de livres qu^ leurs gravures ont fait survivre à leur texte aujourd'hui suranné.

La grande peinture de bataille, que Gros avait ramenée au commencement du siècle aux proportions épiques et solennelles de l'antiquité, avait en vain tenté de devenir familière avec Horace Vernet ; la grande critique et la majorité du public éclairé ne consentaient pas à diminuer leurs exigences. Tant qu'un artiste ne se prenait pas corps à corps avec un fait de guerre connu, grandiose, il faisait de la peinture de genre. Plus qu aucun autre, Horace Vernet en a souffert. 11 a été de bon goût artistique de se moquer de la prolixité et de la verve de son pinceau étonnant. J'ai entendu comparer la Smala à une bande de soldats coloriés. On lui passait sa Petite porte de Constantinc, sans doute parce que les émeutiers l'ont brûlée pendant le sac du Palais-Royal en février 1848, mais on ne lui pardonnait pas les trois tableaux immenses sur l'assaut de Constantine qui brillent encore à Versailles par leur ingéniosité, leur entrain, leur vérité. Ce sera toujours de la très belle et bonne peinture de bataille dans l'acception la plus large du mot. Peut-être Horace Vernet était-il inférieur à lui-même dans ses batailles du temps passé. Comme les Italiens et les Flamands de la bonne époque, il fallait qu'il eût vu pour bien rendre. Ses soldats d'Afrique sont de véritables soldats qui se battent comme on se battait en Afrique et dans des milieux bien africains. Ceux qui le critiquaient auraient sans doute désiré qu'il retraçât les hauts faits des Romains et des Carthaginois. Nous devons nous déclarer satisfait qu'il n'ait pas obéi à leurs conseils.

11 est passé, bien passé, fini et enterré le temps où l'on exigeait d'un artiste en renom qu'il se prit corps à corps avec une grande victoire, quitte à n'y peindre que le général en chef donnant l'ordre de la remporter. Aujourdhui ce n'est plus du tout cela. Ni la grandeur du cadre, ni la célibrité du sujet ne sont nécessaires. Il n'y a même plus besoin q 12 le fait ait eu lieu. Ces défaites immé-

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ritécs ayant créé à tous les citoyens le devoir d'être soldat, les moindres épisodes de caserne ou des camps sont devenus l'objet de la curiosité générale. Le soldat vaincu sur les champs de bataille est entré victorieux dans l'art. Jusqu'aux douleurs des réservistes et des territoriaux, tout ce qui rappelle de près ou de loin le devoir patriotique surexcite l'attention. La famille aime à voir comment le père, le fils, le cousin, l'oncle ont vécu pendant quatre ans ou pendant vingt-huit jours. Dans les grandes misères de la guerre de 1871, chacun retrouve le souvenir de ses propres peines, y cherche une excuse de la défaite et au besoin une vague et lointaine espérance. C'est Enée racontant à Didon la ruine de Troie. Car un tableau, une statue, une œuvre artistique quelconque qui ne fait point songer, dont le vide laisse l'imagination paresseuse, languissante et ne provoque pas l'éclosion d'un sentiment vrai, n'a de commun avec l'art que le nom qu'elle lui emprunte. Là-dessus les esthéticiens naturalistes diront ce qu'ils voudront; leurs adeptes — quoi qu'ils fassent — ne seront jamais assez habiles pour tromper tout à fait nos yeux ; il faut bien qu'ils se résignent à reconnaître la supériorité de l'artiste qui cherche, trouve et fait vibrer le cceur ou l'esprit du spectateur. Ce sera toujours là le plus grand moyen de triompher de nos peintres militaires; pour peu qu'ils y mettent de la bonne volonté et du talent, ils éveillent très vite chez nous la curiosité et l'attention. Je mets en fait qu'au Salon la plus petite toile montrant quelques lignards travaillant à la baïonnette les côtes des Chinois ou des Pavillons-Noirs attirera plus de regards et fera plus jaser — n'en déplaise aux hiritiers des doctrines de Diderot — ■ que le tableau de mythologie ancienne ou de sainteté chrétienne le plus énorme et le mbux réussi. Nous sommes aussi un peu rebattus des chasses ea habit rougj, des mares aux canards, des cours de ferme et des éternels pots d'étain accompagnés de flibules vénitiennes. Notre imagination rassasiée sommeille trop souvent devant les Charlemagnes

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à longue barbe et les Louis XIV à ample perruque. Il faut que ces peintures-là soit démesurément superbes pour nous arracher de notre indifférence; on en a tant peint! L'art nous a blasé sur l'art. C'est affreux à dire, et cependant il faut résolument le dire : la multiplicité des sujets convenus a nui énormément à nos Salons annuels.

Au contraire, le sujet militaire, justement parce qu'il procède de 1 histoire générale et de l'étude particulière d'un côté de nos mœurs, excite toujours l'attention des foules et des élites. On ne nous peindra jamais trop de soldats, de même que l'on n'en aura jamais trop en chair et en es à opposer à nos ennemis. Les plaisants vont cependant répétant que le chauvinisme est mort; c'est faux, archi-faux, le Français sera toujours chauvin. Un chauvinisme plus réfléchi a pris la place de celui qui consistait à nous croire sans rivaux et hors de pair; la crainte qui lui a succédé de nous voir rester trop longtemps au-dessous de nous-mème contient le germe de tous les amours-propres, mais des amours -propres vigoureux et sains. J'en atteste ce nombre inusité de publications militaires, de livres illustrés ou non, sérieux, historiques ou épisodiques que le peuple et la bourgeoisie s'arrachent à qui mieux mieux. Tous les journaux ont leur chroniqueur militaire qui suit avec une égale ardeur tout ce qui se passe dans notre armec et les armées étrangères. De cette fureur nouvelle et patriotique — qui a fait de la réserve et de la territoriale une pépinière de héros attendant avec impatience le moment de se mesurer avec l'ennemi — est né le type du général en chambre. Ce général sait mieux son affaire que les vrais généraux et possède le moyen sûr et certain, mais très improbable, de pulvériser les ennemis de la France. 11 a remplacé avantageusement le célèbre officier de la garde nationale dont la belle voix de commandement enfonçait les premiers manœuvriers de la grande époque.

Mais ce type du général en chef et en chambre existe aujour-

d'hui dans toutes les professions. Dans la critique, n'y a-t il pas cet écrivain bien connu pour qui tous les arts n'ont point de secret, qui s'y connaît mieux que tous les maîtres réunis? Et c'est un peu pour prendre la mesure de son infaillibilité que j'ai pris ce long détour.

A mon humble avis critiquer, c'est sentir. L'éloge comme le blâme font partie intégrante de la critique, et ils ont besoin d'être également motivés. Le critique qui n'a pas de sens, dont l'esprit s'arrête surtout à la valeur vénale des œuvres — or c'est malheureusement trop le goût et le tour de notre époque — ce critique qui ne veut voir et ne voit que les résultats matériels, est incapable d'aimer un tableau ou une statue qu'on ne couvrirait pas d'or. Celui-là je le connais II est un de ceux qui ont jeté du trouble dans l'art contemporain en le poussant de plus en plus dans les voies mercantiles. Pour lui il n'y a de beau que ce qui est cher, que ce qui se vend. Que s'il ne dédaigne pas de vanter par hasard des chefs-d'œuvre incompris, c'est qu'il faut un passeport à son équité et qu'en affirmant une gloire qui ne se monnaye pas, il donne plus de relief à celle qui se paye.

Ce critique ne voit et n'admet pas la médiocrité. Pour lui, il n'y a que des œuvres superbes ou des ordures. S'il jette un coup d'œil secourable à la jeunesse, à la nouveauté, c'est qu'il a cru deviner que l'attention publique s'y porte et que tout argument a besoin d'un repoussoir. Là-dessus mon sentiment personnel est tout différent : une œuvre d'art doit être jugée pour elle-même. Sa valeur vénale ne signifie absolument rien . C'est le talent qu'elle dénonce qui la classe.

J'en dirai autant du jugement du jury. Les artistes ne sont pas des juges absolument désintéressés, et je pourrais citer des toiles refusées supérieures à des toiles classées honorablement. L'élection des jurés entraîne derrière elle des manœuvres fort coupables. Le triomphe de telle liste assure 1 admission de ceux qui l'ont préparé. Le ver-

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