‹ Le Salon militaire de 1886Chapitre 3 sur 15 · JOHN-LEWIS BROWN · texte numérisé non relu

JOHN-LEWIS BROWN

LE BOUTE -SELLE volontaires DE clermont -PRIN CE ! Guerre de Sept ans).

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dict rapide et sans contrôle des élus sur les œuvres de leurs électeurs n'est pas une garantie suffisante d'équité. Les recommandations y prennent une trop grande part, la presse s'en mêle, aussi l'administration et, somme toute, les heureux se plaignent de n'être pas tous sur la cimaise, tandis que les définitivement écartés émettent des doutes sur la sincérité et la justice de ceux qui leur ont fermé impoliment la porte au nez.

De là ces expositions particulières d'associations, de cercles, de marchands de tableaux où chacun — même et surtout les illustres — trouvent mieux leur compte. I e public y est le seul et vrai juge, y vient aussi avec plaisir, car il aime les indépendants. Toutes ces explications sont nécessaires avant de parler d'un Salon ou d'une simple catégorie du Salon, car elles donnent la raison de l'absence d'artistes réputés ou consciencieux, et le secret de certaines bouderies.

Si les peintres militaires sont ceux qui s'agitent le moins et qui travaillent le plus, ce sont également ceux qui trouvent le plus facilement l'écoulement de leurs œuvres. Il faut donc s'étonner de l'absence des plus réputés. Si notre grand Détaille n'a point exposé cette année, chacun sait qu'il se consacre tout entier à une œuvre nationale dont il a peut-être eu tort de refuser au grand public le bonheur d'admirer les plus beaux morceaux. Cette œuvre colossale constitue dans son ensemble un monument patriotique; peut-être dans la grande foule du Palais des Champs- Elysées se serait-il rencontré quelques esprits chagrins trouvant au-dessous du peintre de tant de toiles justement célèbres les simples dessins à la plume, les modestes sépias ou les aquarelles finement exécutées formant l'illustration de Y Armée française. Meisscnier, son maître illustre, a perdu, pour une raison diamétralement opposée, l'habitude de venir au Salon ; il réserve ses toiles pour les expositions extraordinaires, ne voulant pas les commettre dans un milieu trop diffus, et si je le classe parmi

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les peintres militaires, c'est que, dans son œuvre exposée il y a deux ans à la salle Petit, toute la portion purement militaire écrasait ses Liseurs, ses Joueurs d'échecs ou de violoncelle, et ses nombreux Polichinelles. Malgré leur exquisilé, ces tableaux-là ne pouvaient atteindre, comme ampleur de composition, les grandes lignes de Cuirassiers (1812), l'État-major de Napoléon Ier et de Napoléon III, et une foule d'autres toiies dont la mémoire des amateurs a gardé une empreinte ineffaçable. Sa supériorité indiscutable dans les sujets militaires ne peut s'expliquer autrement que par la prédisposition de son esprit et les habiletés de son pinceau; il peint mieux les soldats que tous les autres personnages. Je n'en veux prendre pour exemple que ses Cuirassiers, dont je parlais tout a l'heure, et son Artiste de corps de garde. Il est convenu qu'un grand artiste doit tout représenter également bien ; mais le génie comme le talent ont leurs prédilections. Or Meissonier, s'il n'a pas abordé le mouvement de la bataille, s'il s'est réservé pour la représentation de la pensée dans les actes de la guerre, n'en est pas moins un grand peintre militaire.

Neuville est mort, Neuville le poète des regrets et des espérances ; Neuville qui haïssait si bien les ennemis de son pays, qu'il vous entraînait à sa suite dans ses ardeurs toutes françaises, Neuville n'a pas dû la meilleure partie de sa popularité à ses expositions au Salon. Dans son œuvre très considérable, et dont on ne pourra jamais malheureusement réunir toutes les parties, beaucoup de sujets ne sont connus que par de très fidèles reproductions obtenues par des procédés parfaits que l'art industriel moderne met depuis quelques années à la disposition des peintres. Plusieurs de ses œuvres, et des meilleures, n'avaient pas été refusées au Salon, elles ne pouvaient point l'être, mais l'administration, ■ — et l'on sait qu'en France l'administration exerce la même autorité sous tous les régimes, — l'administration avait fait des réserves sur certains sujets qui — disait-elle — pouvait froisser certaines susceptibilités diplomatiques. Les vaincus ont, paraît-il, même clans les manifestations de

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Fart, des droits inférieurs à ceux des vainqueurs. C'est encore là une doctrine spéciale à la France. Bref, Neuville dut à la reproduction de ses œuvres une popularité que le Salon seul ne lui aurait pas donnée. Cette démocratisation de l'art, il faut donc s'en féliciter et s'en féliciter sans réserve. Elle a fait connaître nos peintres et leurs œuvres, urbi et orbi. Enfin — et ce qui est mieux encore — elle a tué l'imagerie burlesque dont se contentaient nos aïeux et elle a inculqué au grand public le goût du beau et lui a fourni le moyen de le connaître.

J'ignore pourquoi Dupray, un de nos peintres militaires les plus populaires et dont le pinceau est aimable jusque dans ses négligences, n'expose pas cette année. Il nous avait habitué à des sujets épisodiques spirituellement composés et rendus avec une charmante vérité. Si elle n'a pas de motif sérieux, sa bouderie est inexcusable.

Mais nous avons Protais ', qui, cette année, a déserté le sentimentalisme élégant de la vie militaire pour l'épopée du sacrifice accompli. Armand Dumaresq 2, l'ingénieux et curieux auteur de toiles où le combat bien vu est bien représenté, a eu tort, à notre avis, pour le portrait et des scènes plus calmes, de délaisser l'action qui convenait mieux à son talent. Le mouvement est une qualité si rare, même chez nos peintres militaires, qu'il faut encourager ceux qui la possèdent à la dépenser sans parcimonie. Cette qualité était la gloire superlative de Neuville, et il la poussa si loin qu'il lui arriva souvent de tout lui sacrifier.

Nous avons Jeanniot3; après avoir versé son sang sur les champs de bataille de la Lorraine et conduit nos soldats au feu, il fixe dans ses tableaux le souvenir vivement senti et fidèlement reproduit de ses impressions de soldat ; Chaperon 4, élève du regretté Pils et d'Edouard Détaille; un jeune qui veut, qui cherche et qui trouve;

1. En 1884, En Reconnaissance et Passage du gué. — En i885, Sentinelle avancée et Chasseur à pied.

2. En 1884, La Lecture de l'Annuaire de la cavalerie. — En 1 885, En Reconnais s. ince.

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