‹ Le Salon militaire de 1886Chapitre 5 sur 15 · En 1884, Le Vaguemestre. — En 188 5, Le Dépôt de Remonte · texte numérisé non relu

En 1884, Le Vaguemestre. — En 188 5, Le Dépôt de Remonte

4. En 18S4, A Champigny, 3o novembre 1 'S'70, — La Garnison quitte Belfort, iSji. — En i8S5, A la Baïonnette, Champigny, 2 décembre 1870, — La Dernière faction (le lieutenant de vaisseau Larrey de Lamalginie se tua pour ne pas survivre à la capitulation. — Fort de Montrouge, 28 janvier 1871).

CQ

< CQ O

ce

en

W en

[xj if)

SALON MILITAIRE DE i 8S6

depuis quatre ou cinq ans, considérable et souvent tyrannique. Sur certains artistes, c'est une absorption complète. Détaille et Neuville ont modifié par leurs succès nombreux, réitérés, persévérants et mérités l'objectif de beaucoup de peintres. Au lieu de faire selon leurs sens, leur science propre et leur observation, ils ont imaginé qu en s'appropriant les procédés de ces maîtres, ils capteraient la faveur du public.

C'est le seul reproche que Ton peut adresser à M. Grolleron pour Son Épisode de la Bataille de Loigny (Loire). Si le Livret ne disait qu'il est élève de Bonnat, on jurerait qu'il a été celui de Neuville et de Détaille. Des fantassins embusqués dans une maison débouchent avec beaucoup d'entrain sur une rue occupée par des tirailleurs allemands. Nos troupes ont pénétré dans le village en même temps queux, on se fusille à bout portant. Malgré de légères précautions prises pour barricader les fenêtres du rez-de-chaussée d'une maison avec des matelas et des futailles, trois de nos hommes sont déjà couchés par terre. De toutes les embrasures la fusillade éclate et montre ses bouquets de fumée ; on sent que, collée au mur par les ripostes vigoureuses de l'ennemi, notre troupe, malgré sa bonne volonté, ne se croit pas assez forte pour donner un effort décisif en avant, — et comme il faut qu'avant de se risquer, le feu ait fait le plus de mal possible à l'adversaire, un officier déjà blessé à la tète a pris le fusil d'un des morts, et accroupi derrière un appentis de muraille, il encourage ses soldats à tirer lentement et à coup sûr. Le mouvement de cet officier est excellent et très dramatique dans sa simplicité ; le fusil d'une main, cherchant de l'autre des munitions dans la cartouchière d'un mort, regardant nettement le repaire où s'est caché l'ennemi, il exprime bien l'attitude intelligente que doit avoir un chef dans ces sortes de petits combats où chacun y est, œil pour œil, dent pour dent. Un autre officier, courbé sous le fusil de ses hommes, épie le moment où il faudra crier : « Allons, enfants, à la baïonnette. »

Tout cela est très bon d'expression, d'allure, de composition, d'ob-

servation, d'étude. Et qui plus est, le drame du combat y est par l'émotion, et le bond qu'il va falloir fournir y est aussi. Evidemment M. Grolleron a exposé une des plus excellentes toiles du Salon, mais pourquoi m'a-t-il fait songer à Détaille? Quand on a le talent de M. Grolleron, il faut être tout à fait soi, jeter dans un mortier tous ses souvenirs, toutes les leçons des maîtres, et lorsqu'on les a réduits en poussière, les noyer dans sa propre originalité. On ne devient maître qu'à cette condition. Je n'insisterais pas tant si M. Grolleron ne me paraissait doué d'un talent robuste et capable de le mener loin.

Eh ! quoi, deux peintres, l'un très jeune, l'autre presque inconnu, ont, le lendemain de nos défaites, révolutionné la peinture militaire, démontré par leur originalité sans égale que la composition d'une bataille, l'agencement d'un combat, ne sont soumis à aucune règle spéciale; qu'il n'y a pas un endroit voulu où il faut placer le chef, et qu'il existe autant de manières de disposer les troupes que d'affaires diverses, et ils n'auraient fondé que la religion de l'imitation ! Que nos jeunes peintres le sachent, on n'est fort et on n'est grand que parce que Ton a trouvé, inventé soi-même.

J'ignore quelle était la méthode d'enseignement de Neuville, mais je sais qu'un jour j'amenai chez Détaille un jeune garçon qui voulait consulter l'illustre maître sur son avenir. Il apportait avec lui une copie à la plume d'une gravure d'après Détaille et un dessin au crayon d'après un portrait photographié. Après avoir longuement examiné ces deux morceaux, le maître dit textuellement au jeune homme :

« C'est admirable ; il n'y a rien à reprendre à ces deux imitations, elles sont parfaites. Mais il ne faut pas recommencer. Copiez d'après nature, J'aimerais mieux pour vous que vous m'ayez apporté un chapeau haut de forme bien fait et tournant bien ; car dans ces deux étonnants et patients spécimens de votre travail vous n'avez appris que des procédés dont il faudra vous défaire dès que vous saurez quelque chose; tandis que dans l'imitation de la nature ou de la réalité, tout sert. »

1C.B BÉALIRR- DUMAS

Page 1