EPISODE DE LA BATAILLE DE LOIGNY ( LOIRE
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ils auraient jugé ce que devait être un bombardement sérieux. Mais au-dessus de la lutte de 1870-1871 planaient les souvenirs d'Iéna et la formule de M. de Bismarck : La force prime le droit. La vieille haine du Franc contre le Germain s'était réveillée vivace, surexcitée par des procédés de guerre jusqu'alors réprouvés par les armées civilisées, mais que les enseignements de Clauzewitz avaient mis en honneur chez les Allemands. Aussi dans les rapports diplomatiques d'avant-postes les officiers français montrèrent toujours de l'aigreur et de la méfiance, tandis que les officiers prussiens affichaient un orgueil théâtral d'assez mauvais goût. Après l'armistice, à Choisyle-Roi, où se vérifiaient les permis d'aller en province, le commandant d'étape affectait des airs moqueurs avec les voyageurs. Il y eut des plaintes; elles nécessitèrent son changement. On n'a pas encore écrit l'histoire anecdotique de la dernière occupation allemande, mais ce qui en a transpiré suffit pour qu'on puisse affirmer que si l'oppression ne fut pas toujours contenue dans les bornes que règle la sécurité du vainqueur, la rude vengeance des vaincus ne se fit pas non plus trop longtemps attendre. L'œuvre de M. Brisset nous fait bien sentir que, n'étaient les formalités réglementaires et les lois de l'honneur militaire, les épées seraient bien vite hors des fourreaux.
La Défense diin village, sans autre indication de localité, par M. Le Dru, est fort joli, trop joli peut-être. Les officiers de gendarmerie et les gendarmes qui soutiennent les mobiles ont endossé leur plus belle tenue; la propreté des blouses des mobiles fait honneur à leurs chefs, mais je trouve ce combat fort bien agencé. J'ai entendu critiquer fortement le premier détail; on disait autour de moi que la bataille entraînait un peu plus de débraillé, j'avoue que ces sortes de remarques me touchent peu. Au commencement d'une campagne, des soldats d'élite comme les gendarmes ne se costument
pas en garibaldiens, et des jeunes conscrits comme les mobiles, sous rémotion d'un premier début, ne songent pas encore à prendre des airs rébarbatifs. Je n'ai voulu voir et je n'ai vu que les qualités de cette gentille toile, dont tous les personnages sont bien à leur affaire, très solides au poste et très décidés à faire leur devoir.
D'ailleurs, beaucoup trop de peintres militaires exagèrent à plaisir dans leurs compositions le décousu et la fantaisie des vêtements. C'est une erreur contre laquelle il n'est pas mauvais de réagir. J'ai vu revenir à Versailles, au mois d'avril 1871, des sous-officiers et des soldats qui avaient assisté à plusieurs batailles sous Metz et passé cinq mois dans les prisons de l'ennemi — où l'on était fort mal, tout le monde est d'accord là-dessus. — Leurs capotes et leurs pantalons étaient criblés de pièces et de morceaux; eh bien! malgré tout, ils avaient fort bonne apparence, et leurs uniformes délabrés, mais propres, inspiraient du respect et de la considération; chacun les saluait au passage. J'estime donc que M. Le Dru ne s'est pas trompé autant qu'on veut bien le dire. Enfin, son tableau, s'il ne nous laisse pas voir l'ennemi, ce qui est toujours assez mal compris du public, respire la santé et la bravoure.
Si M. Le Dru s'est trompé, il faudrait aussi reprocher à M. Gardette le guide et le carabinier de l'ex- garde impériale qui accompagnent l'officier général auquel les Allemands font la Remise du corps du général Guilhem. Ils ont l'air de sortir de la caserne pour passer une revue, tant ils sont coquettement astiqués.
Mais certainement cela pouvait être ainsi, puisque les soldats allemands qui suivent et escortent la dépouille du général sont également fort bien tenus. On sait que les troupes allemandes entrent en campagne avec des habillements entièrement neufs. Combattre pour la patrie est, en effet, la plus belle fête pour des cœurs bien