DO CITOYEN PBOUDHON SUR DIEU
Bégel avait dit: c Diea ne se connaît point du» la nature ; il ne prend
• counrience de lui-mémeque dans l'humanité. »
Feflerbach, enchérissant anr aon maître, on le développant peut-être, tint dire: « B y a identité entre reasence humaine et l'essence divine; la religion
• n'a qne l'homme pour sujet et pour objet. La science de Dien n'est que la
• science deFhomae. Enin Dien c'est l'homme, car, encore une fois, l'essence
• divine n'est antre qne l'essence derhomatt; et Dien n'est, et ne saurai t être
• qne l'essence utéme de l'homme, conçue comme séparée de l'homme. Les « prétendus êtres supérieurs qne notre imagination nous crée ne sont antre » chose qne des r ep r ésen tai» de la perfection humaine telle que nous la conce?ons (1) ••
C'était éfidenunent dire: il n> a point de Dieu; Dieu, c'est un spectre, un symbole, ni feu follet de l'Imagination humaine.
EtProndbon, répétant Feûerbach, dit:« La religion poumons, n'est pas la » symbolique, c'est le contenu, le mot de la symbolique. Pour découvrir la
• Traie religion, il but... montrer phidjophiquement... le surnaturalisme dans » la nature, le Gel dans la société, Dieu dans rkomme. »
Mais d'abord, fl fendrait que Fauteur s'entendit et se mit d'accord arec luimême. Croit-il, oui ou non , à Dieu et en Dieu; en affirme-t-fl, oui ou non, l'existence; c'est-à-dire la personnalité et la conscience ? car, à l'heure qu'A est, malgré tant d'élneubrations nébuleuses, de sa part, sur ce capital sujet, on peut encore se demander ce qu'il pense, lorsqu'on oublie qu'il ne faut pas voir en lui un philosophe qui aime, qui contemple et étreint les idées; mais un spéculatif, qui les remue et les maltraite.
En 1866, écrit, parlant de Dieu, que « tout ce que la raison nous corn-
• mande à son égard, c'est la négation.... Il sera toujours pour l'homme
• comme s'il n'était pas. Si les deux racontent la gloire de rÉternel, leur » témoignage le détrône. Le simple soupçon d'un Être suprême est déjà noté
■ comme la marque d'un esprit faible... Gomme il est impossible que la spé- » culaiioo s'arrête, il est nécessaire qu'à la longue Vidée de Dieu disparaisse. » La véritable vertu, celle qui nous rend dignes de la vie éternelle , c'est de » lutter contre la religion et contre Dieu.... Le genre humain, au moment où m j'écris, est h la veille de reconnaître et d'affirmer quelque chose qui équi-
• vaudra pour lui h l'antique notion de la Divinité. — Si l'humanité.... per- > siste sciemment, mais non plus librement, dans cette opinion d'un Etre
• souverain qu'elle sait n'être qu'une personnification de sa propre pensée : si » elle est à la veille de recomnjencer ses invocations magiques, il faut croire m qu'une si étonnante hallucination cache quelque mystère... — S'il est un » Etre qui avant nous, et plus que nous, ait mérité l'enfer, il faut bien que je
■ le nomme, c'est Dieu.
» ... Et moi, je dis : Le premier devoir de l'homme intelligent et libre, » est de chasser incessamment ridée de Dieu de son esprit et de sa conscience ;
■ car. Dieu, s'il existe, est essentiellement hostile à notre nature, et nous ne
• relevons aucunement de son autorité. Nous arrivons à la science malgré lui,
• au bien-être malgré lai, à la société malgré lai ; chacun de nos progrès
(1) Voyex dans la Revue Indépendante, année 1844, l'article Essence du Christianisne, par Louis Feûerbach, signé Rnmnnorr.
» est une victoire dans laquelle nous écrasons la Divinité... Qu'on ne dise » plus : les voies de Dieu sont impénétrables; nous les avons pénétrées, ces
• voies, et nous y avons lu en caractères de sang les preuves de l'impuissance., » si ce n'est du mauvais vouloir de Dieu. Ma raison, longtemps humiliée, s'élève peu à peu au niveau de l'infini; a*ec le temps elle découvrira ce que » son expérience lui dérobe, avec le temps je serai de moins en moins artisan » de malheur, et par les lumières que j'aurai acquises, par le perfectionne- » ment de ma liberté, je me purifierai, f idéaliserai mon être ; je deviens » drai le chef de la création, l'égal de Dieu. Un seul instant de désordre » que le Tout-Puissant aurait pu empêcher, et qu'il n'a pas empêché, accuse » sa providence et met en défaut sa sagesse.... De quel droit Dieu me dirait- » il encore : sois saint, parce que je suis saint? Esprit menteur, lui répon- » drais-je, Dieu imbécile, ton règne est fini, cherche parmi les bêtes d'autres
» victimes. Je sais que je ne suis ni ne peux devenir saint Pourquoi me
» trompes-tu ? pourquoi, par ton silence, as- tu déchaîné en moi l'égoîsme ?... » Les fautes dont nous te demandons la remise, c'est toi qui nous les fait » commettre.... et le satan qui nous assiège, c'est toi !... Et maintenant te » voilà détrôné et brisé : ton nom , si 'longtemps le dernier mot du savant,... » le refuge du coupable,... eh bien ! ce nom incommunicable, désormais voué
* au mépris et à l'anathême, sera sifflé parmi les hommes; car Dieu c'est » sottise et lâcheté , Dieu c'est hypocrisie et mensonge, Dieu c'est tyrannie » et misère. Dieu c'est le mal.... Dieu retire-toi 1 car dès aujourd'hui guéri » de ta crainte et devenu sage, je jure, la main étendue vers le ciel, que ta » n'es que le bourreau de ma raison , le spectre de ma conscience*. ••
« Je nie donc la suprématie de Dieu sur l'humanité. Je rejette son gonver- » nement providentiel dont la non existence est suffisamment établie par les » hallucinations métaphysiques et économiques de l'humanité, en un mot par le » martyre de notre espèce ; je décline la juridiction de l'Etre suprême sur » l'homme : je lui ôte ses titres de père, de roi, de juge, bon, clément, rému- * » nérateur et vengeur. Tous ces attributs dont se compose l'idée de provi-
» dence ne sont qu'une caricature de l'humanité Non seulement la provi-
» dence n'existe pas, mais elle est impossible... L'homme, au lieu d'adorer en » Dieu son souverain, ne peut et ne doit voir en lui que son antagoniste... Le j> vrai remède au fanatisme... c'est de prouver à l'humanité que Dieu, au cas » qu'il y ait un Dieu, est son ennemi... Je sais que mes tendances les plus au- » thentiques m'éloignent chaque jour de la contemplation de cette idée; que » l'athéisme pratique doit être désormais la loi de mon cœur et de ma raison ; » que c'est de la fatalité observable que je dois incessamment apprendre la » règle de ma conduite; et que si un jour je dois me réconcilier avec Dieu, » cette réconciliation, impossible tant que je vis, et dans laquelle j'aurais tout » à gagner, rien à perdre, ne se peut accomplir que par ma destruction... »
Combien devait être irritée, malheureuse, la créature qui a écrit de telles énormités ! Pardonnex-lai : elle ne sait ce qu'elle fait ni ce qu'elle dit : elle est sous l'influence d'une fatale insanité : sa folie se manifeste par les emportemens de l'orgueil : Voilà tout le mystère. Si le mystère est ailleurs; si l'auteur était calme et dans la pleine possession de ses facultés ! Oh ! il n'est pas besoin de commentaires ! Pour ceux qui ont écouté, il a lui-même prononcé sa condamnation, en évoquant toutes les laideurs de son idéal , tonte la dégradation de son intelligence, toute l'ingratitude de son cœur.
Qu'on nous permette encore une courte interruption dans ce narré textuel des accès de théophobie du philosophe des misères humaines.
En 1849, il ne veut pas qu'on le donne au peuple comme un athée ; et c'est lui-même qui se dénonce aînée .dans ces paroles si formelles de 1846 : « Vathéisme pratique doit être désormais la loi de mon cœur et de ma roison. » Ainsi, le peuple est averti : ce n'est point id de l'athéisme spéculatif; il fautqti'il voie dans l'écrivain on athée vivant et agissant,
te matières premières di travail d'autrui; où Ilndivtdu, pour vivre, démit encore attendre la clientèle, qui peut venir ou ne pas venir, se retirer à chaque instant; —tendre donc et acheter, on ne pas vendre ni acheter, selon le bon plaisir des intérêts et des passions individuelles on corporatives, en lotte dans le temps et dans l'espace ; enfin* laisser chômer on se détériorer son capital à la barbe de ceux qui pourraient cependant le faire valoir, et qui en auraient le plus pressant besoin. —Oh 1 alors, non ! la liberté mérite encore anatbème à la centième puissance; car elle est toujours homicide comme la propriété absolue des instrumens dé travail, dont elle est ou la pourvoyeuse, ou ^auxiliaire, ou le produit; car cette liberté apporte, ou peut apporter, à chacun tour à tour, l'esclavage et la misère, l'inégalité, le trouble, le désastre, tous les malheurs.
Définissex-vous la liberté: « la faculté défaire tout ce qui ne nuit point A autrui ? • la définition serait ingénue : nous ne voulons accuser personne d'ingénuité, mais avec cette Umite on va loin, jusqu'à restreindre la liberté à zéro. En effet, sait-on bien qu'il ne faut rien moins qu'une sagesse parfaite» une solidarité intime et incessante avec l'humanité entière, un assentiment à toutes les conditions de la vie de famille pour ne nuire point à autrui ! D'après celte manière d'entendre la liberté, il faudrait la perfection dans chacun et dans tous: Cette liberté là est donc identique à celle que voulaient faire prévaloir Jésus-Christ, saint Paul et le bon christianisme : • restez fidèles à ma parole et vous serez libres. • — La première condition économique pour ne pas nuire à autrui, serait de produire avec poids, nombre et mesure, selon 4çs aptitudes et ses forces ; de consommer selon ses besoins, ni plus ni moins.
Péfinissex-vous votre liberté: « le droit de faire tout ce qui ne nuit point aux droits <T autrui?» Sans être aussi étendoe que la précédente, cette définition laisse encore ample carrière à l'interprétation ; car les droits d'astral comprennent, de la part de tons, toutes les conditions de leur développement moral et physique respectif, qui dépendent delà volonté individuelle, et nous savons par expérience si le laissez faire économique permet le développement des travailleurs.
Définissez-vous la liberté: « la faculté absolue de faire ce qu'on veut, dès qu'on le peut effectivement) » mais la liberté ainsi comprise, la liberté illimitée, c'est le chaos; c'est la sauvagerie et l'antropophagie ; c'est la déification de la force ; c'est, dans on miHeu comme celui du monde civilisé, le monopole, la concurrence acharnée, la coalition, l'exploitation des faibles par les forts, l'inégalité la plus absorbante de richesses; c'est, en un mot, le lais- •ex-faire dés libéraux poussé à l'extrême. — Pourquoi dès lors s'appeler Socialiste ? Qu'y-at-il de social dans l'individualisme absolu?
Proclamer la liberté quand même, c'est tout simplement substituer le fiait brutal au droit; nier la distinction du juste et de l'injuste; prétendre qu'es ce monde tout va bien de soi; que l'individu n'a aucun droit imprescriptible e* naturel, pas même le droit au travail, pas même le droit de vivre; que le hasard en sait plus que la prévoyance, et que Tordre sortira du désordre.
« 11 est impossible, a-t-il dit, de croire que Dieu nous aime ni nous estime. • Et voilà qu'il reconnaît implicitement que Dieu a tout prédisposé poor la justice, jusqu'à lui donner dès ce monde une sanction immédiate et Inéludabie. Il me semble qu'il y a là quelque preuve d'amour elde providence, et que ces preuves n'attestent guère « de la part de Dieu une profonde misant kro- * pie. » Il me semble au contraire qu'elles attestent de la part de sa créature une effroyable ingratitude; il me semble enfin qu'on ne pouvait mieux accumuler de contradictions dans le livre des contradictions.
Mous pourrions continuer sans fin cette énuméradon des flagrans dé* lits d'illogisme du philosophe; mais il vaut mieux revenir à son édifiant athéisme.
Qu'est-ce que Dieu?— On ne sait pas, » dit-il; et là-dessus U aima» gine être profond, lorsqu'il n'est que superficiel. Car , philosophe : Qu'estce que l'homme, que le monde extérieur, le moi et le non-moi ? — On ne sait pas; car on ne sait absolument rien du fond de toute essence, de la chose en soi, de l'être en soi. On sait, ou plutôt on croit qu'elle est; on ne sait pas ce qu'elle est. Gela est surtout devenu évident depuis Rant et Fichte, et n'a plus besoin d'être prouvé. Mais cela empécbe-t-il de croire à l'homme, à l'univers, à notre âme et à la nature, au moi et au non-moi; à l'existence des êtres , à celle de la lune et du soleil ?
Eh bien ! ne croyez donc ni à votre existence, ni à celle de vos semblables, ni à l'être de quoi que ce soit, ni à la réalité extérieure de ce pavé ou de cette borne à laquelle vous allez vous heurter, ni à cet abîme devant vous béant ; ou croyez aussi et au même degré, et davantage même, à l'existence de Dieu, comme l'ordonne la raison , et comme y force le cœur , 1a nature.
« La Ùivinité n'est point matière de savoir; tfest matière de foi. » — La Divinité 1... Il existe donc une Divinité à laquelle croit le genre humain ? Il y a donc un Dieu? Seulement ce Dieu n'est point abordable à la science, mais à la croyaoce, h l'amour et au cœur. — Si c'est là la pensée de l'auteur, que ne l'explique-t-il tout simplement; car nous n'avons pas d'autre doctrine.
Ignorez-vous que votre âme aussi, votre moi substantiel et permanent, celui qui survit par de-là les phénomènes dont votre conscience est le théâtre ; que le monde extérieur et le non-moi, et vos semblables eux-mêmes, auxquels vous croyez comme étant certains, sont au même titre que Dieu, madère de foi et non pas matière de savoir : le savoir étant pris ici comme un degré d'évidence ou de certitude absolue.
Ignorez-vous que le savoir est toujours égal h la foi oq croyance qui est à sa base ; que la raison elle-même, ne vaut que ce que vaut cette croyance. puisque c'est cette croyance qui lui communique toute l'autorité qu'elle a pour notre volonté?
Si donc vous niez Dieu parce qu'il ne vous est donné que par la croyance naturelle, la logique, votre idole, vous mène en droite ligne à la négation de votre moi, de votre âme, de la nature extérieure, de tous les êtres, de tout les hommes qui vous entourent; et le nihilisme 9 Je vide universel, absolu, est devant vous. Est-ce là ce que vous professez?
Il y a plus : si vous êtes Dieu, comme l'indique trop l'identification absolue que vous laites de Dieu et de l'humanité, laquelle ne peut êtreque vous-même» vous ne vous savez être que par la foi. La croyance , mais non la science de votre propre divinité, voilà tout le fondement de la certitude où vous êtes que Dieu c'est vous ou l'humanité; mais par vous, je n'entends pas une substance absolue, permanente fil n'y a plus de substance dans votre dictiounaire), mais on tout relatif, sans cesse fugitif, périssant» défaillant ou ressuscitant avec les phénomènes.
« Le principal attribut, le trait signalétique de notre espèce, après la m pensée, est de croire, et avant toute chose de croire en Dieu. »
L'auteur croit donc eo Dieu, puicqce le principal attribut de notre espèce est d'y croire? Il y a donc an Dieu pour l'humanité, puisqu'elle a pour attribut <Ty croire. En effet, comment concevoir qu'une espèce, ayant pour attribut principal et caractéristique, de croire a l'existence d'un être, cet être, cependant, n'existât pas et ne lût qu'une image? Le moyen, alors, pour cet être, de s'assurer quil est dans llUusion, lorsque son attribut caractéristique serait d'être certain ou persuadé de la vérité de ce qui, cependant, ne serait en réalité qu'une illusion! Oh lie puissant logicien et Je merreillcux raisonneur I
« Le principal attribut, le trait signalétique de notre espèce, après la pen~ » sée, est de croire ; et, avant toute chose, de croire en Dieu. » Qu'est-ce que la pensée d'un côté, et la croyance de l'autre? Est-ce qu'il y aurait une pensée sans croyance et une croyance sans pensée? Est-ce que la pensée toute seuîe peut affirmer quoi que ce soit ? Est-ce qu'elle a autorité pour cela? Elle éclaire, elle lait voir, mais l'amour et la volooté font le reste. — Je crois ma pensée comme je pense ma croyance. Sans doute. Je ne crois en Dieu que parce que je pense Dieu; mais ce qui fait, qu'en pensant Dieu, j'affirme son existence, c'est que je crois en loi d'une croyance qui ne se dément pas, et qui n'est point mon ouvrage plus que la pensée que j'en ai
Aussi puis-je bien soutenir que, malgré Couleur, Dieu s'affirme en lui à chaque instant, parce que étant en lui, il le visite, quoique fasse le philosophe athée ; et le suit et le juge à l'heure même oh sa bouche le nie.
Que serait la pensée, la raison, l'intelligence, si nous ne croyions point instinctivement, nécessairement, providentiellement, ou par un universel penchant du cœur et de la volonté, a ce qu'elle nous révèle? Et que seraient nos croyances naturelles, notre foi, si la raison, la pensée leur était contradictoire ou seulement hostile ?
Que lui dira de plus sa raison , si sa raison n'a d'autre autorité que celle qu'elle tire de la croyance qui raccompagne? La raison seule est impuissante à prouver la réalité de quoi que ce soit hormis le phénomène interne en tant que phénomène ; et que dis-je, la raison , qu'est-elle ici même , si on l'isole de la certitude absolue, de l'impossibilité ou nous sommes de douter du phénomène en tant quil nous apparaît? Si nous sommes absolument nécessités h croire, à affirmer que le phénomène se passe, tandis qu'en effet il se passe, ce n'est point l'intelligence seule qui constitue cette nécessité, c'est tout à la fois notre sentiment et notre volonté, dont après tout l'intelligence ne se peut absolument pas séparer dans aucun cas de la vie psycologique.
• On dirait même...... qtfil répugne à la raison de connaître et de
w savoir Dieu. Il ne nous est donné que d'y croire. »
Nous ne connaissons, nous ne savons le fond de rien : je le répète : l'essence , la substance , Vélre en soi, et de Dieu, et de la nature et de nous même ou de notre âme , tout ce qui est à la racine, nous échappe.
A Dieu seul est réservé ce privilège. Pourquoi donc cet étonnement : « On dirait même qu'il répugne à la raison de connaître Dieu. » L'auteur a donc oublié Fichte,qui f après avoir tenté tous les tours de force que lui, son disciple attardé, recommence, s'écrie: « nous naissons tous dans la croyance..... 4
m Une nous est donné que <Ty croire? » Vous croyez donc en Dieu? mais alors il existe donc pour vous? Dieu est donc; et il est donc autre chose que tous, que l'humanité? mais alors , pour Dieu , dites nous ce que vous voulez dire. L'athée serait-il le don Quichotte de la métaphysique transcendantale?
« Ce que nous cherchons et voyons en Dieu...... c'est notre propre idéal*
• c'est rhnmanité..... L'âme humaine ne s'aperçoit point d'abord par la con-
» tenplatîon réfléchie de son aoi ainsi que l'entendent les nsjcoJogues, elle
» s'aperçoit hors d'elle-même comme si elle était un être différent placé vis- » à-vis d'elle. C'est cette image qu'elle appelle Dieu. Ainsi la morale v la jus* » tice , l'ordre , les lois , ne sont plos choses révélées d'en haut, imposées à a notre libre arbitre par un soi-disant créateur, inconnu, inintelligible ; ce » sont choses qui nous sont propres et essentielles v comme nos facultés et • dos organes, comme notre chair et notre sang. En deux mots : Religion » et Société sont termes synonymes : l'homme est sacré pour lui-même comme » s'il était Dieu. Le catholicisme et le Socialisme, identiques pour le fond* ne m diffèrent que dans la forme : ainsi s'expliquent , à la fois et le fait primitif m de la croyance en Dieu et le progrès irrécusable des religions. » C'est là ce que l'auteur appelle élever le christianisme à sa seconde puissance.
Si Dieu est dans l'humanité comme être prenant conscience de lui même : il est, ou dans chacun des individus, ou dans l'humanité considérée, non pas comme être collectif,— absolument parlant, l'esprit humain ne conçoit pas d'être collectif, — mais comme être, source et matrice des individus humains. Dans cette dernière hypothèse, si l'être humanité est Dieu, pourquoi aussi l'être cad* malité, l'être végétai et l'être minéral^ etc., n'auraient-ils pas leur Dieu? Ainsi nous voilà revenus à la pluralité des Dieux; c'est-à-dire à la négation de Dieu : ou bien chacun de nous, individus, a encore devant lui, distinct de lui, quoique non absolument séparé de lui un Dieu, un être suprême relatif à son espèce, de qui il reçoit l'être, le mouvement et la vie, et sa loi. — Dans l'hypothèse de chaque individu-Dieu, il n'y a plus de Dieu, chacun est sa loi a lui-même, et néanmoins Dieu prend conscience de lui-même dans une conscience qui sait bien n'être rien moins que Dieu, qui a la conscience fort nette de n'être pas Dieu; tant s'en faut, qu'elle se sent faible, impuissante, misérable, incompréhensible à soi-même, sans la croyance à un être parfait distinct d'elle en tant que personnel et conscient, et de qui elle lient sa conscience et sa personnalité propre.
Or, dans les deux hypothèses , et dans toutes celles qu'on peut faire, hormis celle du Dieu un qu'adore le genre humain, vous ne pouvez rendre raison de l'unité et de l'harmonie qui éclatent dans l'univers, et entre les moin* dre de ses parties ; et tous les principes, toutes les relations, que notre esprit affirme exister entre les êtres, sont des énigmes à jamais inexplicables. Ou professe» avec Fichte l'idéalisme subjectif absolu, ou reconnaisses Dieu au sommet et à la base de la nature, des êtres, des principes et des relations. N
Tout ce qui est, est an, par son harmonie propre, et par sa dépendance de l'un absolu , sous peine de n'être point : et celui qui ne l'a pas compris ne peut parler de ces choses. Vainement, donc, on tenterait de se fixer dans l'hypothèse absurde de l'étemelle nécessité d'atomes ou de monadesqui seraient causes d'elles-mêmes et dès lors autant de Dieux; car leur évidente solidarité, leur ordre évident, leur évidente harmonie, et leur évidente unité, impliquent nécessairement la croyance, l'idée d'un être ou principe supérieur à elles toutes, qui les domine et les enserre ou les comprend jusqu'à ce point que non seulement elles reçoivent de lui leur législation morale-; mais qu'elles puisent dans son essence leur être ; et dans sa volonté, leur mouvement et la vie. — Rien d'explicable sans celte croyance ou cette hypothèse. — L'auteur sait bien que l'iuielligence n'est satisfaite que lorsqu'elle est remontée à une cause, à une raison, à une unité dernière, au-delà de laquelle il n'y a rien. — Kant a dû le lui démontrer.
Cette autorité de Kant, l'auteur l'invoque souvent, et se met volontiers L couvert sous sa grandeur réelle.
Or, ici, comme partout, Kant a plutôt détruit qu'édifié; mais au moins il a détruit ce qui devait être détruit et n'est guère allé au-delà. Sa critique a singulièrement contribué à purifier les preuves de l'existence de Dieu, de l'alliage empirique qui venait amoindrir la portée absolue de ces preuves. C'est lui qui
Politiquement, U liberté est identique au droit, à la Justice, h la aolidarité conditionnelle qui comporte la responsabilité personnelle et sa sanction. — Socialement, die est identique à la fraternité* à la communauté, \ la perfection morale, k la solidarité U plus absolue. — Je sois libre dans l'égalité dès 4ue Je Jouis comme tout le monde des conditions et des moyens de mon développement. — En dehors dn droit ainsi défini, ou J'ai trop on Je n'ai pas asseï de liberté. Dans le premier cas. Je sois dans la licence; dans l'autre Je sois dans ftssujétissement, dans la dépendance, dans l'inégalité.
Disons id, en passant, que le moyen radical, la garantie efficace de la liberté négative et de la liberté positive, ne se trouvera que dans la fonction régulière, obtenue comme un droit, acceptée et exercée comme on devoir, an sein d'une association économique universelle, relevant, en tout et pour tout, de la souveraineté du Peuple.
Que peut rËtat-gérant ou représentant? Il ne peut que ce qui est consenti parles volontés, approuvé par la raison générale, appuyé sur le droit ou la Justice contemponine.;ifaintenant, est-il bon, est-il juste, est-Il dans l'Intérêt de tous de consentir à l'unité économique, k la réglementation de l'activité industrielle? Voilà toute la question. Quand l'immense majorité des citoyens le comprendront ainsi, ils consentiront ; lorsqu'ils consentiront, ce que l'on appelait liberté, se nommera licence, et la licence sera condamnée, réprimée par la loi, par le droit nouveau. Car, encore une fois, les conditions constitutives du droit sont progressives : elles se développent avec le savoir et les sentimens des générations successives. Les sauvages sont loin d'entendre le droit comme les peuples les plus avancés en science sociale.
Dn Jour donc, il n'y aura plus lieu if se poser la question; die sera tranchée par le fait. Personne ne songera plus k produire seul, à séparer son instrument de travail des instrumens de travail de tous les autres; et cela par une excellente raison : c'est que le travail solitaire et l'appropriation individuelle de ces instrumens seront devenus impossibles par tout l'ensemble de l'état social et matériel C'est ainsi que la liberté licencieuse d'aujourd'hui sera sans raison d'être et partant inouïe. Les moeurs s'y opposeraient, le déclarerait monstrueux; la loi l'interdirait; car alors toute l'économie aura été peu k peu conduite k s'organiser unitairement ; l'intérêt mieux compris, aura poussé fatalement ei capitaux et travailleurs vers l'association ; vers le travail concerté ; vers la garantie réciproque des débouchés ; vers l'application de machines de plus en plus économiques et envahissantes, lesquelles exigeront de j>lus, en plus la centralisation des forces, la direction unitaire, l'harmonie et le concours de toutes les sphères d'activité, la précision et la rapidité des relations et des mouvement, etc..»
On ne voudra plus de cette liberté, parce que Ton aura vu qu'elle n'est pas une liberté, mais au contraire lin obstacle k la liberté, site liberté véritable consiste dans le bonheur. Faites comprendre k l'humanité que telle liberté qu'elle aime est une liberté mauvaise pour die, pour tout le monde individuellement, et bientôt elle n'en voudra plus : elle j ferra
signalant la nature de la certitude , il va droit a la solution véritable: « Les » âmes connaissent les choses, parce que Dieu a mis en elles un principe re» * • présentatif de ce qui est hors d'elles; mais Dieu connaît Ses choses parce » qu'il les produit continuellement. •
Mais qui garantit à l'homme que les idées qui sont en son âme lui représentent ce qui est hors d'elle? — Sa croyance, sa /ot,ses désirs, son amour, sa volonté. Et de même donc, en particulier, qu'est-ce qui le rend certain que l'idée de Dieu, d'un être unique, parfait, qui est nécessairement dans sa pensée, lui représente un être réel qui est hors de sa pensée. C'est encore exclusivement sa croyance instinctive, irrésistible; son désir constant qu'il en soit ainsi; le sentiment vif, tout puissant, et consolant» qui le tient fidèlement rattaché à cette croyance ; et l'explication universelle des choses qui, sans cette existence, demeurent sans raison, sans unité, comme une éternelle énigme dans le chaos.
Maintenant quelle estime faut-il faire de la fol solitaire, de la certitude insolite qui fait affirmer à l'auteur que sa personne ou l'humanité, c'est Dieu même ?
Je vois cette immense différence entre sa foi en sa personne comme Dieu, et notre foi en l'existence d'un Dieu distinct de l'humanité, être absolu et infini, tout personnel et conscient, c'est que lui seul la nourrit, ou plutôt l'a sur les lèvres; c'est qu'elle ne lui est venue que bien tard, alors qu'il en avait eu une autre qui ne le quittait point, et qui, je gage, visite encore sa conscience plus d'une fois par jour ; tandis que nous, en compagnie du genre humain passé, présent et, je n* crains pas d'affirmer aussi, du genre humain à venir. nous avons toujours eu cette foi, toujours la même, irrésistible, constante, ne faisant que croître en clarté, en force et en efficacité ; ce qui semble indiquer qu'elle est bien naturelle, sceau de la vérité, boussole de la vie, révélation de ce qui est.
Si vous mettez Dieu en vous, pourquoi pas aussi le monde tout entier, l'univers, la nature extérieure ? Pourquoi pas tous vos semblables, tous les êtres qui vous environnent ? Car c'est ainsi, c'est uniquement sur une croyance pareille, sur le même fondement de la croyance instinctive, d'un aveugle mouvement da sentiment et de la volonté, que je me porte à l'affirmation, à la certitude et que j'établis comme indubitable, l'existence et l'extériorité de l'univers, celle de mes semblables, et la réalité de mon être propre. Fichte, du point de vue où l'auteur s'est placé, est le seul logique. Fichte ne croit qu'à son moi : et tout est en lui, même Dieu; même ce qu'il croit être non-moi.
Etde même, si vous avez une hallucination, si vous êtes sous (Influence d'un mirage intellectuel lorsque vous croyezà Dieu comme à un être extérieur à vous, pourquoi ne le seriez vous pas aussi en croyant à la nature extérieure et à vos semblables ; car enfin si ma croyance naturelle, instinctive, mon amour, mes besoins les plus grands, en me donnant la certitude que Dieu est un être réel, externe à moi; si ce critérium, dis-je, me trompe jusqu'à me faire prendre pour réel, à moi et au genre humain depuis six mille ans, ce qui n'est qu'une image, une forme symbolique; c'en est fait aussi du monde extérieur tout entier et de tous les autres Moi; car encore une fois c'est des deux parts la même inclination de ma nature, la même croyance, la même foi qui m'y fait adhérer; mais alors et de nouveau, je me range à la doctrine idéaliste absolue de Fichte : il n'y a que moi, même dans le non-moi, et je suis Dieu , Humanité et nature. — Ou bien je vais à l'autre extrême qui touche celui-ci; je transporte l'idéalisme subjectif dans l'idéalisme objectif absolu ; je passe au panthéisme, et je confesse le Credo deSchelling ou de Hegel.
Enfin si vous récusez l'autorité de la foi naturelle lorsqu'elle vous fait affirmer l'existdnee extérieure de Dieu, et celle de vos semblables, et celle de ta nature, où chercherez-vous l'autorité qui vous fasse affirmer avec certitude l'existence en vous ou dans l'humanité de ce Dieu, mis jusqu'ici en dehors du
Bonde comme un être réel et amuse l'être des êtres? Car, évidemment, c'est la loi seule aussi qui tous rend certain de cette transposition de l'être ; vous ne poo?es trou? er on critérium de certitude purement rationnel, et tous en convenez vous-même.
Ainsi, voilà qu'après avoir rejeté on critérium lorsqu'il nous donnait une affirmation, vous acceptes et invoques ce même critérium pour fortifier une affirmation toute contraire*
Lorsque la croyance instinctive naturelle, la foi du genre humain tout entier depuis mémoire d'homme, ditqutfest un Dieu extérieur à l'humanité, vous rejetex l'autorité de la foi naturelle ; mais lorsque c'est vous avec quelques solitaires qui vous imagines que Dieu c'est l'humanité, vous dites que cette même fol qui ne valait rien est bonne. Vous détruises tout critérium de certitude pour l'humanité et puis vous affichez la prétention d'affirmer quelque chose ; vous nies que l'homme soit certain de rien, et au même moment vous vous permettes d'être certain de quelque chose. Mais vous vous gardes bien de donner vos preuves : vous avex tout fait pour vous ravir à vous-même toute possibilité de prouver quoi que ce soit.
Qu'avex-vous, en effet, à opposer a la foi universelle du genre humain? Une argumentation sans base dans les profondeurs psycologiques; un philosophisme tranacendantal qui ne s'appuie sur aucun critérium avouable de certitude; des déductions historiques vagues, une philosophie du mouvement intellectuel et social de l'humanité qui ne peut soutenir la vérification par les faits; et qui croit spéculer sur le réel, lorsqu'elle se repaît de nébuleuses et inintelligibles abstractions.
Que sais-Je d'une manière évidente, absolue? bien peu de choses : les phénomènes de ma conscience, en tant que phénomènes ; et rien de plus. En effet, tout ce qui se passe sur le théâtre de ma conscience est pour moi évident, d'une évidence absolue; certain, d'une certitude absolue ; car c'est moi sentant, pensant, aimant, voulant ; et ici je saisis réellement le phénomène, je l'embrasse en quelque sorte et le crée; car le phénomène, c'est moi-même réalisant le phénomène.
Au delà, je n'ai plus qu'une certitude relative, parce que je n'ai plus que : 1* des croyances instinctives, irrésistibles, constantes; 2* des inclinations naturelles du cœur et de la volonté ; 3° des probabilités plus ou moins voisines de la certitude; a* et enfin la foi religieuse, celle qui provient d'une disposition particulière, mystérieuse, qu'on nomme la grâce.
C'est ainsi que les êtres, en Uni que réels, ou substantiels, ou extérieurs ; les principes et les relations, en tant que pensés et voulus par l'Être suprême, nous sont donnés ou par la croyance naturelle, instinctive, irrésistible et permanente, ou par une forte pente du cœur, du sentiment, des désirs et de la volonté.
L'idée de justice, toutes les autres notions morales, et jusqu'aux principes qui gouvernent notre vie sociale, ne nous sont pas donnés autrement. Otez la loi naturelle qui nous porte de cœur et de volonté à l'assentiment et à l'affirmation, non-seulement l'homme vit incertain sur toutes choses, mais il n'y a pins de certitude d'aucun genre pour l'humanité. Si donc vous rejetez l'autorité absolue de la croyance en Dieu, vous rejetez au même titre toute notion morale; et je vous défie d aborder la solution d'aucun problème social , économique et politique.
Métaphysicien de l'athéisme, que ne lisiez-vous Pascal, Firhte, Jacobi, après Kant ; ils vous eussent épargné bien des spéculations vides, et à vos lecteurs un dangereux appel au doute.
Pascal vous aurait appris que si • nous avons une impuissance de prou*
• ver, invincible à tout le dogmatisme, nous avoiu une idée de la vérité % ■ invincible à tout le pyrrhonisme ; — que tout notre raisonnèrent se ré-
• doit à céder à notre sentiment; — que nous connaissons la vérité non-seu>
> lement par la raison, mais encore par le cœur ; que c'est de cette dernière
« sorte que noos connaissons les premiers principes, et que c'est en tain que
• le raisonnement qui n'y a point de part essaie de les combattre. — Que
• c'est sor ces connaissances do cœur et de (Instinct qu'il faut qae la ratai
• s'appuie, et qu'elle y fonde tout son discours. — Les principes se sentent, » les propositions se concluent ; et le tout avec certitude , quoique par difffr» » rentes voies. — Et il est aussi ridicule que la raison demande au cœur des
• preuves de ses premiers principes pour vouloir y consentir, qu'il serait ri-
■ oicule que le cœur demandât à Ta raison un sentiment de toutes les propo- » sitions qu'elle démontre pour vouloir les recevoir. Cette impuissance ne « doit donc servir qu'à humilier la raison qui voudrait juger de tout , mais non » pas à combattre notre certitude comme s'il n'y avait que la raison capable » de nous instruire. •
FotmiEB aussi aurait dû arrêter votre méditation lorsqu'il dit ; c Toutes
• nos impulsions collectives sont oracles des destinées, interprètes du non
• que Dieu nous prépare en l'une et l'autre vie ; et selon la règle (Ttit/ta- » destin, nécessaire à l'équilibre général, nous devons espérer plus que les » biens dont le désir est universel.... L'aiguillon de l'attraction nous stimule » continuellement, et par des impulsions aussi invariables en tout temps et en » tous lieux que les lumières de la raison sont variables et trompeuses. •
Mais c'est à Fichte principalement, qu'il appartenait de délivrer les scholastiques dialecticiens du faux savoir; et de leur montrer la valeur de la croyance, en leur dévoilant l'inanité de la science ou de la raison pure, comme critérium absolu.
Quoi que Ton fasse, on ne saurait aller plus loin que lui dans la voie de l'idéalisme : il a démontré en maître que la conscience ne peut savoir qu'elle* même; que dans ce que nous appelons la connaissance des choses, noua ne connaissons et ne voyons que nous-méme; que les lois de la nature ne sont que les lois mêmes de notre esprit ; et qu'en définitive, nous ne saurions saisir rationnellement la réalité objective ou extérieure. « Le monde extérieur est en moi ou hors de moi. S'il est en moi, il n'est pas extérieur. S1I est hors de moi, je ne puis pas le connaître. » Par conséquent , la science pure ne nous peut donner que l'idéalisme absolu ; mais pour cela, Fichte ne se croit nullement fondé à professer le doute sur la réalité des êtres, et de l'Univers et de Dieu : « Qui t'a dit que je tienne ce système, tout vrai qu'il soit , pour le » système complet de l'esprit humain ? Tu voulais savoir et tu avais pris » une fausse route : tu voulais savoir ce qui est au-delà de toute science. J'ai » roulu seulement te délivrer d'un faux savoir et non te donner le savoir véri* » table. •
Où sera donc le fondement de notre certitude à l'égard des réalités objecta » ves? Dans la croyance. « C'est la croyancb qui, donnant aux choses la
• réalité, les empêche de n'être que de vaines illusions : elle est la sanction » de la science. Peut-être pourrait-on même dire qu'à proprement parler, il
• n'y a réellement pas de science, mais seulement certaines déterminations de » la volonté qui se donnent pour la science, parce que la croyance les constitue
■ telles... Si ma volonté est droite, si elle tend constamment vers le bien, la » vérité se révélera sans aucun doute à mon intelligence. Si je néglige auco»»
• traire de faire bon usage de ma volonté, si c'est par la volonté seule que je
• prétends vivre, il est certain que tout ce que je gagnerai par là, ne sera » qu'une frivole adresse à agiter quelques subtilités, dans le vide des abstrac- » tions. Dès lors, il m'est facile d'écarter toute fausse science qui voudrait » prévaloir contre ma croyance. Je sais qu'il n'appartient pas à la pensée » d'engendrer à elle seule la vérité. Je sais que toute vérité qui ne se réclame
• pas de la croyaoce, qui ne s'appuie que sur la science, est par cela même de » toute nécessité incomplète et trompeuse, caria science ne nous apprend que » cette seule chose: c'est que nous ne savons rien. •
Cette opinion de Fichte sur le rôle de la volonté dans la question de certitude, rappelle de tout point celle de Pascal : « La volonté est on des principaux « organes de la croyance ; non qu'elle forme la croyance, mais parce que les « choses paraissent vraies on fausses, selon la face par où on les regarde. »
La conclusion de Fichte, l'auteur doit la connaître. « Le monde n'est pas, « parce que nous le savons : il n'en est pas moins cependant , mais il est « parce que nous le croyons. »
Elle revient an fond à celle que Jacobi formulait dans un langage moins rigoureux. Nous comprenons la science parce qu'elle est notre ouvrage, tandis que le savoir immédiat est un mystère. Théoriquement, l'idéalisme ne peut être réfuté, mais il ne peut se maintenir dans la pratique.
Ainsi la croyance! Voilà où il faut aborder si l'on ne veut faire naufrage et tomber dans les abîmes du doute, du nihilisme universel. La croyance, nul n'échappe à ce besoin. » La croyance est le joug inévitable que porte sans le » voir celui à qui le don de la vue a été refusé, que porte en le voyant celui 9 dont les yeux sont ouverts, mais dont ni l'un ni l'autre ne saurait s'afiran- 9 cfair. Notis naissons tous dans ta croyance; et Fichte aurait pu ajouter 9 arec Jacobi : nous mourons tous dans la croyance. »
Maintenant que vous dirai-je, en présence d'une humanité qui, fatalement, reste et restera toujours croyante an fond?
Accumules toutes les imaginations folles, toutes les affirmations insensées, tonte la sophistique des faux sa vans, toutes les débauches d'un esprit perverti par la mauvaise volonté, entraîné par des passions effervescentes, ébloui par la plus présomptueuse ignorance, jamais vous ne créerez rien de comparable à cette monstruosité de l'ordre intellectuel et moral ; la négation systématique d'un être, raison et cause première de l'univers, toute puissance, toute sagesse, toute bonté, et tonte prévoyante et pourvoyante dans sa providence.
Nier la bonté, la tonte-puissance, l'universelle providence de Dieu ; c'est l'interpréter comme on ferait d'un être imparfait; c'est jeter un linceul sur la réalité des réalités ; tarir la source de toute vie, de toute esp*r?nce,de tout amour ; c'e«t nier le principe, la raison, la cause et la fin des choses, scinder le principe de sa conséquence ; la cause de son effet, et rompre le Ben qui unit le père et la mère à l'enfant.
Voyex-vous Dieu, qui nous aurait donné la raison, l'intelligence précisément, et tout exprès, pour le condamner, pour le trouver en défaut de sagesse ; et l'idée morale, justement pour nous donner le droit d'affirmer son immoralité ; et la Bonté pour mieux sentir sa méchanceté; et la force pour mienx l'accuser d'impuissance.
O déraison de la raison !.... folie de l'orgueil !
Vous qui venei juger Dieu, qui étes-vous?nne intelligence bornée: Dès lors* inévitable que vous ne puisslex voir toutes les raisons qui permettraient de résoudre la question contre Dieu.
Précisément, parce que celui seul qui est, vous a donné tout ce que voué avex, jusqu'à la vie, jusqu'à l'être même, et en particulier la raison, vous ne pouvez le juger à son désavantage.
Si la raison ne saurait se contrôler elle-même, à plus forte raison ne sauraiteDeiuger la raison de la raison. Plaisante prétention 1
m Dieu a une nature déterminée absolument, elle doit l'être par je ne sais quel destin, qui sera donc le Dieu supérieur et dernier, c'est-à-dire, le Dien vrai; et alors nous trouvons en lui cette toute-puissance et cette toute bonté qne vous refuses à Dieu ; — car il nous faut toujours en venir à un être qui, n'ayant pas de cause ni de raison d'être, au-dessus de lui, s'est donné toutes les perfections, et ptr conséquent, puissance, amour et sagesse infinis et absolus, c'est-à-dire, des attributs sans conditions et sans limites.
Mais si Dieu s'est donné ou sll a éternellement toutes les perfections, soi
essence exclut le mal absolu; le bien, c'est lui-arôme, et le mal n'est que la limite da bien dans les créatures. Arrivé an dernier terme où gît et se rencontre l'infini, l'absolu, tout est bien absolument pour la raison, parce que tout est nécessairement, mais d'une nécessité morale, ce qu'il doit être.
Mais revenons à notre critérium de certitude: Non seulement j'ai l'idée nécessaire, naturelle, d'un être parfait d'une perfection au-delà de laquelle il n'y a rien; mais ce qui fait ma démonstration, je nourris, dès le début de ma vie, arec tout le genre bumain, une foi irrésistible, constante, sinon involontaire, en l'existence de cet être. Cela me suffit: les argumens du sophiste peuvent maintenant venir battre ma pensée; elle a sa base et son appui dans la première des certitudes.
Eh! mes grands enfans, qui vous dites athées résolus, changez une disposition du cœur, soyez d'une volonté reconnaissante, et voilà que d'impies tous devenez religieux peut-être par excès, autant que vous l'êtes par défaut.
Je vois une affinité constante entre la croyance en Dieu et la grandeur morale, entre le sentiment religieux et la charité ou la bonne pratique sociale. Lorsque des hommes s'élèvent dans cette atmosphère du mysticisme divin, ils se font presque toujours acclamer, admirer ou bénir du genre bumain par leur vie, leur abnégation, leurs œuvres.
Je ne vois rien de semblable dans l'athéisme. Confacius, Socrate, Moïse, Jésus-Christ auront un nom glorieux par-dessus tous jusqu'à la fin des siècles.... Où sont les athées et les indifférons que l'humanité vénère?
Oui! l'homme dépouillé d'une foi vive et profonde en Dieu, ou d'habitudes contractées roatinalement dans un milieu empreint, depuis des siècles, des salutaires émanations d'une religion longtemps toute puissante, un tel homme, s'il n'a pas même la foi scientifique, s'il est athée, sera laid comme l'Egoîsme et la Peur, 5'// est logique; et vérifiera par ses actes, cette cruelle sentence de Hobbes :
Homo hamini lupus.
C'est pourquoi les hommes qui consulteront l'universelle expérience comprendront que toute la sollicitude sociale doit se concentrer sur la question religieuse afin de former des générations confiantes en Dieu et s'aimant comme des frères à cause de son saint nom.
Ce n'est pas la première fois que l'humanité dans ses crises se trouve désolée par se* penseurs. A Rome aus*i, le doute, lesepticisme absolu, l'athéisme» le sensualisme, et le plus abject fatalisme, avaient envahi les âmes à l'heure
même ou agonisait la vieille religion païenne Eh bien, avant peu, après
deux mi le ans de catholicisme, Rome va vérifier de nouveau la grande loi de la transfiguration et de la palingénésie.
Continuez ici de confondre la transformation des croyances avec la mort de toute croyance ; achevez de démoraliser la multitude ; mais ne croyez pas avoir fait table rase pour toujours, et éterniser vos ruines.' Plus vite vous bâterez la chute des choses qui ont passé, plus vite s'édifiera dans la Liberté la nouvelle synthèse et la nouvelle union religieuses ; plus vite l'hamaaité remontera à la source éternelle de toute vie.
Rien ne saurait .suppléer la Religion et la morale ; rien, ni législation, ni institutions, ni organisation, ne peut tenir lieu des bonnes mœurs, de la bonne volonté pour Dieu et le prochain, de l'amour du bien qui porte aux bonnes actions ; à l'unité, à l'harmonie, qui font que l'on préfère sacriGer ses goûts, ses opinions même, plutôt que de ce diviser de ses frères, de se séparer de la Société.
Le pivot de l'unité sociale, c'est Dieu , le sentiment et l'idée religieuse; c'est une doctriue ou un ensemble de réponse^aux questions qui se rapportent à notre félicité, à notre destinée, à notre origine et à notre fin. L'ordre social, en effet, e^t toujours en raison de l'unanimité des hommes dans ces réponses. D^s que
chez un peuple la majorité n'est pins unanime sur les croyances fondamentales, îl n'y a pins de people ; tout se décompose dans les relations, tout s'obscurcit dans If s idées, tout se fait obstacle dans les intérêts, jusqu'à ce qu'une nou- Tclle réponse, une nouvelle foi, une nouvelle nnanimité, en un root une nouvelle religion vienne ressusciter le grand corps social en régénérant l'amour et Tempérance.
Caifrst z le rideau sur la scène intérieure, intime, où vous apparaît Dieu : mettez un voile sur l'invisible et ne contemplez que le visible ; et je vous demande ce qui vous restera sur la terre pour la nourriture de votre cœur et de votre imagination?
Et lorsqu'il vous viendra une flamme d'amour pour le prochain , quand votre lampe luira, d'où lui coulera l'huile qui devra l'alimenter?
Chaque esprit, chaque volonté humaine se guide à la lumière d'un idéal. 11 s'agit de savoir quel est le meilleur idéal ; mais de s'en passer, impossible. Or, la supériorité relative d'un idéal sur une âme se prouve par les résultats plus féconds pour le bonheur du genre humain.
L'idéal du matérialisme, de l'athéisme, celui du libéralisme est désolant, triste et < aigereux : il dessèche, il abrutit; il éteint la flamme céleste du dé* voûment ; il coupe les ailes à l'imagination. Les fruits de cet arbre sont mauvais ; le penre humain, dans ses masses, y répugne partout, toujours. L'idéal du Vatican conclut à l'ignorantisme, à l'hébétement, ou à l'extase et à la mysticité béate; il met la crainte, la tristesse, l'immobilité ou la mort au cœur des fidèle?.
Nous ne voulons ni de l'idéal des athées, ni de la pratique des Pharisiens catholiques. Un nouvel idéal se dégage chaque jour de la solennelle élaboration de la vie moderne. 11 a notre foi, il nourrit notre espérance, et nous donne la force de vivre au milieu des ruines.
A qui persnaderez-vous que si les peuples modernes pratiquaient les préceptes et suivaient l'esprit de l'éternel Evangile-divin promulgué tour à tour par Confurius, Socrate, Moïse et Jésus-Chrfct, ils feraient le mal et ne seraient pas au contraire les plus éclairées, les plus dignes, les meilleures et les plus puissantes générations du monde ?
M'est-il pas de toute évidence qu'ils vaudraient infiniment mieux, à tous égards, que s'ils adoptaient les principes et imitaient la conduite des D'holbach. des Bentham, des Helvétius, des Cabanis, des Laplace, des Hegel, c'està-dire des épicuriens, des utilitaires, des athées ou des rêveurs de tous les siècles.
En fait, l'humanité a toujours acclamé, béni les premiers, délaissé, ignoré ou repowsé les seconds.
En fait, les uns ont toujours présidé à l'enfantement d'un nouveau monde, ouvert une nouvelle ère à la moralité humaine ; les autres, au contraire, sont venus pour recueillir le testament et assister à l'agonie d'un vieux monde.
L'éducation du genre humain s'est faite jusqu'ici , par toute la terre , sous l'inspiration et l'influence des législations religieuses. Les codes profanes ne sont que des débris ou fies replâtrages informes des codes religieux antérieurs* 11 n'y a de fécond que la loi ; le raisonnement est de sa nature, stérile : il déduit, il induit, il imiic, il ne révèle point. Prouvez que les plus grands peuples de l'univers, et j'entends par grands, les plus bien faisans et les plus heureux, n'ont pas été aussi les plus religieux.
Entre deux extrêmes également odieux et funestes , si l'alternative nous était proposée, nous serions tenté, dans notre horreur pour l'impiété décidée, insolente et échevelée, de lui préférer l'hypocrisie des pharisiens modernes et passés; car l'hypocrisie est du moins un hommage rendu à la vérité ; cependant, tout pesé, j'aime mieux encore le diable que l'hypocrisie..... quand le diable n'est pas hypocrite.
Oui ! plutôt l'ivraie mêlée au bon grain; plutôt les liturgies sans fin, les cérémonies surannées, les génuflexions et toutes les innocentes superstitions des cultes les plus mystiques; plutôt les abus ou les exagérations du catholicisme greffées du moins sur l'arbre fécond de la foi, de l'espérance et de l'amour; plutôt une crédulité fanatique, intolérante mais aimante , qu'une humanité sans Dieu, que ce t idéal glacial, cette perspective de néant rêvée par les athées; que l'impiété provisoire des uns, le Dieu mutilé, sans providence , impartit, méchant, desaotresl
L'argumentation athéistique du dix-huitième siècle, celle des d'Holbach et des Voltaire était vraie, utile, relativement; car elle s'adressait à un Dieu faux, celui de l'idolâtrie et de la superstition catholique, à un Dieu auteur de la chute et du péché originel, de l'éternité des peines, etc. Il fut facile aux écrivains incrédules de détruire Cinfâme, comme ils disaient, en montrant que ce Dieu valait moins que le dernier des hommes.
Mais s'attaquer encore au Dieu plein d<* bonté, de miséricorde; au Dieu du progrès indéfini vers la perfection infinie, au Dieu tout puissant et tout prévoyant de la Philosophie-religion, nous disons qu'il n'y a ni science, ni force, ni dignité, ni moralité à cette tâche.
N'allex pas croire que je veuille conclure de la nécessité, de l'utilité sociale d'une religion, à l'existence de Dieu. Non, mais au contraire, de l'existence de Dieu, à la bonté, à la nécessité d'une philosophie-religion. — Dieu existe 1 — donc la philosophie-religion est bonne, excellente, nécessaire à la société, inévitable et comtne fatale, partout, toujours.
Ainsi je ne m'inquiète que d'une chose, savoir: si Dieu existe. Comment le saurai je ? Je le saurai comme je sais toutes choses : moi, mes semblables et la nature; parla foi ou croyance innée qui est en moi; car je ne crois point parce que je sais, mais je sais parce que je crois. C'est le sentiment de cette vérité qui faisait dire à saint Anselme, avec une grande profondeur. « Je ne » cherche point à comprendre pour croire ; mais je crois pour parvenir à » comprendre. Je crois, en effet, parce que si je ne croyais pas à cet être, je » ne parviendrais jamais à le comprendre. •
Je termine : Du point de vue moral, n'eussé-je que mon sentiment intime, que mon coeur et ma volonté pour guide , je m'écrierais encore avec Robespierre : malheureux sophiste 1 De quel droit viens-tu jeter un voile funèbre sur la nature, désespérer le malheur, rejouir le vice, attrister la vertu, dégrader l'humanité !... Je m'indignerais volontiers, dis je, si je ne devais considérer beaucoup plus le bonheur dont l'athée se prive volontairement , par cet écart monstrueux, que la faute immense qu'il commet contre lui-même , devant Dieu et devant le peuple....
Scientifiquement , l'athée , s'il est logique , ne doit plus proférer qu'un mot, un seul , avant de cesser de penser et de vivre : Néant!
Le Gérant, J. Malabiiet.
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PataU \t \0 àt àuupit mou, pat \uom\tou i'au moin» deux \cu\l\ct.
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Poub Pabis (par an). « fr.
POUB LEf DÉPABTEUEÇIS. • • • • » fr.
Chaque oaméro se tend séparément co centimes.
Tootes les lettres concernant la rédaction, l'envoi do prix d'abonnement et les réclamations, doivent être adressées an citoyen Halabmbt» rue Barda, it* 1.
Les mandats doivent être à Tordre do dtoyen Malabii et.
Les leilres et envois d'argent doivent être affranchis.
Les Libraires, les Messageries et* les Commissionnaires de Paris s'adresseront, pour les abonnemens, au citoyen BALLARD • libraire, à la Propagande, 1, rue des Bans^Enfans.
Typographie FEUX MALTESTE bt C«, me êcs Dem-Portet-Stlnt-Sauveur, 22.
SALUT m PEUPLE
numéro 5. — 40 Jhtitt 4850.
i par aa aoar Parla. — »< p»r tet— > V fraae*. Va naéNi aa]ce*«lBM*.
CHLZ j. BALLARD, LIBRAIRE, A LA PROPAGANDE,
1, ftVB Ml BOM-BirAIIS.
grande immunité de Dieu à ses entras. par là, on l'exploite, on le rend esclave, on le met très nécessairement dans la dépendance, on loi eolèvp on les produits de son travail, ou, ce qui est pis, la garantie de son droit an tra?ail, partant la garantie de son droit de vivre, la possibilité de se développer et do fournir sa destinée.
Mais ce n'est pss tout : que fait l'individu lorsqu'il vient fouler an coin de terre et s'en approprier les fruits spontanés? Il décide sans la société : il se fait centre unique , souverain tout-puissant de la nature et de l'humanité. Il s'attribue ce qui ne lui appartient qu'en commun avec son prochain. Il va produire ; mais avec quoi ? avec la matière qui l'environne ; mais cette matière est à tous indivisiblement; à personne en particulier: il faut donc que la société intervienne , et statue qui produira une chose et non une autre. —"il va produire, pour qui ? non pas pour lui seul; car d'autres, en nombre Indéfini sont là qui attendent la même satisfaction et qui y ont droit au même titre. Il faut donc encore que la société intervienne; et dise quelle destination auront les produits de chacun , etc.
L'appropriation individuelle des terres est un fait de barbarie que la moindre réflexion nous porte à condamner. Dès que nous nous mettons en société» nous nous devons l'assurance mutuelle; et le fonds social nous devient commun, à la seule condition que chacun remplisse ses engagemens. — Ou vivons entre nous comme des loups : Homo homini lupus; et alors l'appropriation seia précaire, sans attrait et sans garanties ; — ou entendons-nous , et arrangeons toutes choses, de telle sorte que chacun , moyennant travail et probité, participe directement ou indirectement à la propriété du sol sur le pied d'égalité avec tous ses frères.
C'est un grand mal sans doute, et une grande injustice, que le possesseur d'une terre, d'un instrument de travail, le prête indéfiniment à intérêt, o'està-dire le vende toujours sans jamais le livrer, et en reçoive des milliers de fois le prix; mais ce n'est pas un moindre mal et une moins grande injustice qu'un homme quelconque monopolise plus ou moins longtemps cette terre, cet instrument de travail, à l'exclusion du reste de la société, en lasse un usage arbitraire? Il est évident qu'il tient le reste de la société en charte privée, Rappelons-nous cette, observation de l'économiste Rossi : « ta libre « concurrence est exclue pour toute espèee de monopole. U est évident que • la possession de la terre, des mines, des carrières, constitue un mono- « dote; iln'y a pas là de concurrence possible au-delà de certaines limites t facilement appréciables. L'influence de ce monopole se retrouve plus ou « moins dans toutes les productions possibles. »
Reste une dernière et péremptoire considération : Le libre échange, la libre production, l'appropriation absolue de la terre et des autres capitaux sont à jamais incompatibles avec la garantie positive du droit au travail, c'està-dire du droit au crédit, à la fonction, aux conditions du développement moral et physique de 'tous les citoyens sur le pied d'égalité. Là se trouve Htrémissible condamnation de ces vieilles bases économiques des sociétés d'inégalité, de misère, d'ignorance et de despotisme.
En résumé, après avoir aboli l'usure sous toutes ses formes, eût-on déterminé !a loi de l'échange et de la répartition des richesses en fixant conven* tionnellement la valeur vénale de chaque genre de travail et de marchandise, il faudrait encore aller au delà, déterminer la loi de production , et la loi de la délégation des instrumens de travail. Or, on n'inféodera pas les iostromens, car il faut garantir mathématiquement à tous, les moyens de se donner les nécessités premières de la civilisation ; ce que n'a jamais fait, ce que ne peut pas foire l'économie du monopole et du libre échange ; puisque le travail est une valeur, une marchandise que les capitalistes, que les échangistes et les producteurs libres, déprécient à l'envi, et qui est toujours sons le coup de
/jf^is
commune aux esprits. Comprise ainsi» et elle doit l'être, l'intervention des. majorités, si Ton veut que ce dogme s'installe dans la vie des Peuples, ne doit avoir qu'an résultat : la consécration de la Justice et du tirait rationnel.
» Le principe de décision et d'autorité sociale et politique, se preuant par nécessité on contenance, dans la majorité ou le nombre» et seulement comme le meilleur moyen d'en finir, d'en appeler à l'humanité mieux Informée, plus réfléchie, et même d'approcher davantage du vrai et du Juste quand il y a moralité générale, il s'ensuit nécessairement que la souveraineté du nombre ne saurait s'exercer avec Justice et tolérance que dans les choses de Tordre contestable ou d'application secondaire ; car, devant la violation flagrante des éternels principes de droit, de Justice , de solidarité et de charité • le nombre défient poussière; et alors, dans ces solennelles occurrences, il fout savoir protester, revendiquer, s'opposer ouvertement; car alors, la certitude se trahit, dans toute âme noble, pieuse et honnête, par l'accent de l'indignation et le saint enthousiasme. Mais dès que les principes sont saufs, il est juste d'user de longanimité dans l'application lente et tortueuse qu'on en peut faire de dos Jours. »
Voilà en abrégé, nous le pensons, la théorie des limites de la loi do nombre, et celle du droit d'insurrection. Cette théorie nous la croyions vraie en 18S8: nous la croyons encore vraie en 1850.
Nous avons beau chercher derrière nous, autour de nous, au-dessus de nous ; de toutes parts nous recueillons cet enseignement : la souveraineté absolue est à la loi d'amour et de justice , à l'esprit de liberté, d'égalité et de fraternité; elle est à tout ce qui rappariait, à tout ce qui rendfheveox le //- /lf genre humain* La loi de perfectionnement, voilà le bien :to<n ce qui y est une atteinte directe ou indirecte, est mal.— En conséquence, le critérium du bon et légitime usage du suffrage universel ou de la loi du nombre, c'est lé bien que réalise la majorité, ce sont les mesures on les institutions qu'elle décrète pour faciliter et promouvoir le perfectionnement de tons, et particulièrement l'amélioration du sort de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.— Hors de là, rien : la force, les passions.
La règle de notre conduite ne saurait être en définitive extérieure à nousmêmes, à notre conscience, au cri intime dis la nature et de l'instinct moral, cette voix de Dieu dans nos ftmes. La voUnué n'est point la règle : c'est In justice, c'est l'ordre, c'est le bien, par le cœur et la raison. La volonté en est le ministre.
H y a des droits, des devoirs, des relations, une morale fondamentale, qui , à chaque moment de la carrière d'un peuple on du genre humain, sont tellement acquis à la conscience générale, qu'ils font la vie, la foi, la certitude et la volonté de toutes les époques. Il est ensuite des mouvemens progressifs dont les ondulations, comme de grands coursns providentiels, viennent pénétrer les ftmes et donner à certaines époques une physionomie qui les lait appeler transformatrices et organiques. Ces mouvemens ont lieu toutes les /ois que la justice, le droit, la morale sedéveloppect, s'accompUmeat,seperfec»
• à vous Vous faiteseomme un homme qui, étant dans l'amphithéâtre, et s'étaat
• bâté de prendre les places que les autres pourraient prendre, les voudrait tous
• e mpècber d'entrer, appliquant à sou seul usage ce qui est là pour l'usage de ton*.
• Cest ainsi que font les riches ; et s* étant mis les premiers en possession des
• choses communes, s'en étant emparés, ils les transforment en propriétés parti* » culières ; car fi chacun ne prenait que ce qui lui est nécessaire pour sa subsistance,
• et qu'on donnât le reste aux indigens, il n'y aurait ni riches, ni pauvres Dites-
• moi, Je tous prie, celui qu'on doit estimer avare? C'e*t celui qui n'est pas content
• de ce qui doit lui suffire Quel est celui qu'on doit regarder comme un voleur? § Cest celui gui s'approprie à lui seul ce qui est à plusieurs particuliers (1). •
Saint Gaicoiai-LB-GRAND : • C'est en vain qu'ils se prétendent innoeens, ceux » qui se font une propriété privée du don commun de Dieu (2). » Saint Jban-Csotsostomb : « Voici l'idée qu'on doit se faire des riches et des
• avares : oé sont des voleurs qui assiègent la voie publique, dévalisent les passant,
• et font de leurs demeures des cavernes où ils enfouissent les'trîcus d'aulrui (3). • Saint Jarnom : Toutes les richesses proviennent de l'iniquité, et l'un ne paît
• trouver à moins que l'autre ne perde. • — Cest dire clairement qu'on ne peut s'approprier les inslrumens de travail qu'au préjudice formel de son prochain (4).
Saint Aocostin : « C'est fa ici que la pro
• aussi des procès, des inimitiés, des discon » émeutes, des dissensions, drs scandales, d< .
• D'où vient tout cela? Uniquement de l'appropriation individuelle. Est-ce que
• nous avons jamais disputé à l'occasion des choses que nous possédions en com- » mun (5)? •
ORGiHIÎATIOI DD CA1T0I.
PBBHIÊRB PABTIftT,
L'importance canhale de ce sujet, est avouée de tous. Réformer le système administratif daas le sens de la souveraineté du peuple, c'est protéger la liberté et démocratiser les paysans; c'est perfectionner l'économie, c'est multiplier, accélérer les relations, simplifier les formalités, épargner le temps, garantir la justice distribuée, c'est enfin donner aa nouvel élan de la civilisation, l'une de ses premières conditions, et à l'organisation dn travail ses premières assises, ses larges bases.
S'il fallait produire un fait saillant et tout actuel en faveur des Idées que nous allons exposer, uods le trouverions dans la persistance des ennemis de l'émancipation prolétaire à concentrer autour du clocher communal toute la vie politique, tous les actes de souveraineté do peuple-paysan, avec l'arriéré pensée de mieux maîtriser la gent corvéable, mise ainsi sons l'immédiate totelle des notabilités de village. Voyex quel intérêt la majorité, composée des débris de tons les partis rétrogrades attache, chaque fois que l'occasion s'en présente, à faire fabriquer quelque décret qui concentre tonte l'activité politique dans la petite commune, et permette d'éluder l'élection an chef-lien de cantons
Quelle est la mission du Socialisme? Que Tient-il foire? Extirper radica-
(1) Saint Basile. — Borna, de avaritia, 1. 1.
(2) Saint Grégoire -le-Grand. — Pastoralis curœ, part 3, admoait. 21.
(3) Saint Jean-Chrysostome. — De lazaro eoncio. 1,
(4) Saint Jérôme. — A kedibia.
(6) Saint Augustin. — $ 6 en in Psalmum cxxxi, eoarralio.
■itère et l'ignorance, l'inégalité des conditions de développement intellectuel, serai et physique; offrir à tons les moyens spirituels et matériels de s'éclairer et de s'enrichir, de se donneravec do la bonne volonté, le bien-être, la liberté, le bonheur; ou, ce qui résume tout, le Socialisme fient réaliser l'égalité des conditions, le droit au travail, à la fonction, et à tontes ses conséquences immédiates, c'est-à-dire dore la Réfutation française; car la Révolution n'anrason issue que lejonr où la reconnaissance et la consécration de ces principes sera no fait universellement ucccmpli»
Produire et consommer davantage, mieux, à meilleur marché, et cela Indéfiniment ; distribuer et le fardeau et le bénéice de plus en plus équitabiement, faciliter à tons les moyens de produire afin de consommer en proportion, et les moyens de consommer h la condition et afin de produire en proportion. Voilà les grandes fins de l'économie; les conditions du bien-être et de la concon% générale; l'incompressible instinct du peuple des tilles et des cam-
Que aunque-t-fl en effet au peuple, aux campagnes surtout ? Il leur manqueln vie intellectuelle et morale : l'ignorance les retient dans un état voisin de la barbarie. Il leur manque les instrumens de travail, le crédit, la connaissance des débouchés, celle des ressources générales. Non seulement le débouché des produits de leur travail n'est point accessible à tous, ou ne leor est point garanti, ni la bonne et équitable vente de ces produits quand elle a lieu; mais encore la science et l'art, l'aptitude et la capacité du travail ; mais encore le travail, et ses instrumens, font défaut à la grande majorité de nos ouvriers et de nos paysans»
H fout donc porter, même au village, et au village plus qu'ailleurs. In faux qui tranche, la hache qui coupe, la pioche qui déracine et la charrue qui prépare.
liais que sera In commune? quelle doit être retendue de son territoire; quel, le chiffre moyen de sa population ?.
Il y a trois combinaisons bien distinctes :
1* Ou consacrer l'eut empirique actuel des circonscriptions municipales; luire une commune, ayant sa vie à part, de toute agglomération de familles telle que l'aura donnée le lait ou le hasard, sans égard au nombre dliabitans, lia surface du territoire, et sans rechercher si un tel isolement et un tel milieu sont compatibles avec le bien-être, la sécurité, l'indépendance et le perfectionnement des populations.
V Ou supposer que l'état normal d'une commune exige la réunion uniforme
d'un nombre moyen d'individus (hommes, femmes et ennuis), comme 1,S0Q ou 1,000; en conséquence réunir sous une même municipalité les communes contiguès, jusqu'à concurrence de ce nombre; ou bien, abandonnant les «d'aï' -
villages épars d'aujourd'hui, former h neuf des communes compactes tout à frit conforaies au modèle.
$• Ou prétendre, an contraire, que ce nombre doit être beaucoup plus considérable, comme 10, 15 ou 30 mille habitai» ; et, sans rien changer aux agglomérations actuelles, en utilisant les viUsges tels qu'ils sont, faire de tous les chefs-lieux de cantons actuels, la commune unique, la municipalité de tous les villages dont se compose le canton, lesquels, dès lors, ne seraient plus que les annexes, les dépendances, et comme les quartiers de la
Le premier type de commune, tout particulier à l'état intérieur des peuples aanvages et barbares, est évidemment mortel à la civilisation.
Le second n'est guère plus compatible avec les conditions matérielles de la puissance, de la richesse et de l'essor moral et physique des populations. La médiocrité de l'agglomération, dans les deux eu, entraîne les mêmes insuffiannées. Le remue»ménsge radical des populations, l'édification à neuf de non-
loi; qu'elle tac le principe par lequel, précisément, elle est quelque chose; laodls qu'évidemment, la conséquence d'un principe ne peut tuer le principe en vertu duquel elle existe, duquel elle reçoit toute son autorité» toute sa valeur?
Prouvex que les majorités ont le droit de décréter que chacun de nous est déchu de sa part de souveraineté, de son droit de gouverner, d'accord avec «es concitoyens ; qu'une majorité peut dire à une minorité : désormais» tous H'Àefrplus le souverain» le gouvernement, vous serez gouverné par un homme qui sera l'expression de notre volonté, qui sera là tant qu'il plaira au plus gros nombre. Il y a plus: la majorité» n'étant qu'un être collectif, éphémère, tus cesse modifié» altéré, transformé» ne peut statuer que pour l'instant où elle parle et où elle exerce sa puissance : celle d'aujourd'hui, 5 mars, ne peut statuer pour celle de demain, c'est-à-dire enchaîner la volonté de celle-ci* Donc l'hérédité d'aucun agent exécutif, d'aucune délégation ou représenta* tion de la souveraineté, ne peut être décrétée par aucune majorité ; car» encore une fois, le gouvernement est dans le peuple indivisiàlement, d'une ma* Bière inaliénable ou incommunicable ; il n'en peut sortir, il doit y entrer de plus en plus pour respecter le suffrage universel ou la souveraineté du peuple : car non-seulement, en droit démocratique absolu, il ne doit point y avoir de président à vie, ni à temps déterminé» quelque court qu'il soit, mais l'Assemblée nationale, les représenta» même du souverain doivent n'être là pour aucun temps déterminé, doivent pouvoir être incessamment révoqués par le souverain ; donc révocables, toujours et sans cesse.
Dès que la majorité a fait un roi, un pouvoir exécutif à temps indéfini, héréditaire ou à vie, moi, minorité, moi, individu, partie indivisible du souverain. Je ne gouverne plus; quedis-je, la majorité elle-même ne gouverne plus; celle de demain, aussi bien que celle d'aujourd'hui, celle qui nomme le roi ou qui constitue le pouvoir, tout comme celle qui vient ensuite; c'est ce pouvoir illégitime qui gouverne pour nous : ma part de souveraineté est escamotée, Yolée.Mon devoir est de la recouvrer à tout prix. J'ai le droit d'insurrection, et Je refuse à la majorité le droit de dire non. Entre elle et moi minorité, ou individu, il n'y a plus de loi que la force.
Entendex-vous parler d'un chef, ou roi, ou président, ou empereur, qui, étant l'œuvre des majorités, pourrait être sans cesse, et à un signe donné par un vote contraire, déchu, remplacé par un autre chef? Oh! alors dispute de vois. Oh ! alors vous ne dites que ceci : l'assemblée se donne un agent t'aces • somment révocable, qu'elle appelle empereur, roi, tout ce qu'il vous plaira.
Et puis, ce qui sera d t d'une assemblée de représentai» par rapport à son agent exécutif, il faudra le dire à fortiori du souverain ou du Peuple (de la majorité du Peuple), par rapport à ses représentons; étalon, il ne s'agira plus que de trouver le mécanisme électoral, ou le mode de votation le plus propre à permettre l'expression permanente, instantanée, du suffrage universel. — Question de temps.
L'humanité actuelle tout entière n'aurait donc pas le droit d'employer la
souveraineté du Peuple à tuer la souveraineté do Peuple ; c'est pourtant ce que ferait une majorité qui rétablirait aujourd'hui la royauté sous une forme guelcooque.
Un père ne peut pas enchaîner la volonté, la liberté de son fils qui, demain. ta édorei la vie politique, à l'émancipation électorale : ni la génération d'aujourd'hui, celle de la génération de demain ; ni l'homme de 25 ans, celle de rhomme de 20. On a le grand tort de parler toujours du Peuple comme d'an être simple et immuable; le Peuple, être collectif, ?a se renouvelant sans cesse, par l'enchaînement et la succession de vieillards, d'adultes, de Jeunes, tfadolescens, etc. Apportez donc la loi vivante, là où est la vie. Si le progrès est un dogme souverainement religieux, la loi doit être vivante, c'est-àdire se développer sans cesse comme l'esprit et l'actif ité de l'homme et de la société. Donc, cessons de rien constituer pour quelque durée déterminée. Donc, pas de royauté, de présidence h temps fixe.
D'où je conclus sur ce premier point: La République démocratique, c'est le suffrage universel permanent, Inaliénable, indivise. Le suffrage universel, c'est la République démocratique. Qui touche à l'un , touche à l'autre. Et 11 République et le suffrage universel sont deux droits antérieurs et supérieurs à toute majorité.
Donc, la démocratie, ou le gouvernement de tous par tous, est incompa* tible avec le gouvernement de tous par un ou plaideurs.
Donc, royauté absolue, monarchie constitutionnelle, fonctions à vie ou à temps, etc., sont incompatibles avec la souveraineté du peuple.
Donc, nulle majorité ne peut altérer la forme démocratique républicaine du pouvoir. Tout cela est plus évident qu'un théorème.
2* La majorité peut-elle ce qu'elle vect ? est-elle omnipotente? Si Ton dit oui; «die peut donc réaliser tous les crimes et délits énumérés au Gode pénal de tous les peuples: dans ce cas. Je me tels, J'ai gagné ma cause devant ma < cience, et, ce qui est plus efficace sans être plus probant, Je Cal gagnée i -devant la conscience universelle. — Mais, au lieu de répondre, on élude : on 4it : une majorité ne fera pas ces choses-là. Vous supposes des chimères. — A quoi Je réponds : Est-il possible qu'elle le fasse, qu'elle le veuille? — htm* Jrément, c'est possible. Donc, J'en puis frire l'hypothèse , et cela suffit , Je le répète, au succès de ma cause. Prétendre que les majorités ne peuvent errer, cela ne se soutient pu davantage, et Je n'ai pas acqiiis le privilège de faire injure à l'esprit de mes lecteurs.
L'exercice du droit légal des majorités sur les minorités est toujours on fait de domination du grand nombre sur le petit nombre : s'il s'exerce réellement dans le cerde du droit et de la Justice , la domination est nécessaire, sinon légitime : hors de le, elle est tyrannique. — Si le nombre est tout. In Justice n'est rien. Si la majorité peut tout, la minorité est esclave.
La domination du plus grand nombre sur le petit, Jusqu'où peut-elle aller? Voi'à donc toute la question.— Or, il n'y a pas de limite précise : le degré dépend 4'élémens trop variables pour se laisser prédéterminer ; l'intelligence, lé cou*
rage, la sagesse, varient avec les individus et les générations; on ne peut répondre qu'en termes généraux.
Toit ce que Ton peut affirmer, c'est que si la majorité abuse au-delà d'an certain degré, la protestation de la minorité éclatera jusqu'à l'insurrection; Il y aura mort on transformation ; — et cela était bon, afin que le progrès eût son issue; cela était bon, afin que le but marqué et voulu de Dieu, afin que le grand mécanisme du mouvement sodal eût sa utupape de sûreté. Car, il faut bien le savoir : le dogme des majorités ou la loi du nombre n'est point un. principe, c'est un expédient, un instrument, l'Instrument du progrès, du mieux» Si, donc, les majorités , an lien de faciliter le progrès, le repoussaient, lui créaient dlntenninaHes entraves, ce dogme serait comme non-jveuu dans la pratique : l'instrument serait brisé.
Le dogme des majorités à pouvoir absolu est le dogme des fatalistes, de cena qui, ne croyant à aucune morale, n'ont pour Idole que la force.
Le dogme de la souveraineté absolue du nombre, c'est, en d'autres termes» celui de la paix à tout prix, de la paix quand même, partout, toujours.— Cest rabaissement des caractères et du niveau de la civilisation; c'est la négation indirecte de la morale; la substitution éternelle, possible, du fait au droit, du mal an bien. — La majorité quand même, répugne tout autant i l'esprit et au cœur que la paix quand même. — Le nombre pouvant ne représenter que la passion ou l'iniquité, cela suffit pour l'invalider comme principe absolu.
Est-ce que, dans l'ordre moral, les passions ne fout pu ce que n'oserait faire un calculateur en mathématiques? Est-ce qu'elles ne prétendent pas, ne décrètent pas que deux et deux font 7 ; qu'il fait nuit h la clarté du soleil? — Et vous voulex que Je m'incline dotant leurs décrets , lors même qu'elles décident de aaa vie, du bonheur, de la liberté, de la sécurité des miens ou de
Évidemment, au tribunal des âmes nobles et religieuses, les majorités se sukident, si, dans leur amour de l'immobilité ou de la rétrogradation, en haine des injonctions éternelles du droit, de l'égalité, de la liberté, de la justice, elles attentent aux droits Imprescriptibles dont nous avons en nos cours le code vivant, à ces chers Intérêts dont nous pariions tout à l'heure» coasse faisant la vie et la conscience des générations.
Une majorité qui, systématiquement, ferait encore des ignorons et de» pauvres involontaires, qui maintiendrait en droit et en fait l'inégalité des conditions de développeaient et de liberté, de bien-étie et de bonheur; qui ne gmatiraUpussémeàUmulUtudeouàu^ pos-
sibilité de vitre en travaillant; une majorité qui se ferait complice d'un gouvernement de corruption, de mensonge, de calomnie et d'apostasie, de trahison et de tant d'autres énormités qui inclinent toujours les nations vers la mort;**, une majorité qui manquerait du sens moral et dû sens national; cette majorité» équivalût elle aux 99/100" des membres du souverain, ne se*
rail pas plus légitime, pour la minorité, que la royauté par droit divin, et que tous les grands tyrans, fléaux da genre humain.
Enfin,]' estime» pour cette année de grâce 1850, que 12 millions détecteurs français n'ont pas le droit d'employer leur partde souveraineté à escamoter la mienne, à moi, simple unité intégrante du souverain; et, par conséquent, à restaurer aucune forme de royauté ou de pou? oir antipathique au gouvernement démocratique véritable. —Je sais bien que la nécessité pourrait me contraindre ; mais je sais aussi que si ma force, ajoutée à d'autres forces, venait à me donner des chances, je tournerais avec bonheur toute mon énergie contre eux.
Raccorde qu'en tout ce qui est dlmportance secondaire, on de l'ordre des choses douteuses, contestables, la loi du nombre fosse droit ; car alors il n'y a point péril en la demeure, et cependant la décision est nécessaire; mais, dès que devant la conscience de la minorité, les lois étemelles de justice, les grands intérêts de la vie, de la liberté, sont violés ou méconnus par la majorité, Thumanité tout entière, celle qui a vécu, comme celle qui vit maintenant, nous crie qu'il est bon et politique, et, en tout cas, souverainement juste et nécessaire de résister, de méconnaître, de subalterniser la loi du nombre.
Y pensex-vous, hommes de sens et de cœur ? river à tout jamais la destinée, la volonté, les intérêts ou les Idées des uns à la passion, an caprice, à ligne rance,àla cupidité des autres. — Accepter pour Juges des hommes en plus ou moins grand nombre, quels que soient leurs actes, leurs principes, leur but, leurs passions, leurs intérêts, leur position ? Allons donc !
Faites alors l'hypothèse d'une majorité qui veut emprisonner, exiler, affamer, détruire, ou seulement asservir la minorité; qui veut nous rendre la civilisation féodale, romaine, carthaginoise; substituer l'inégalité à l'égalité devant la loi, etc., etc. 1
Que faire?— laisser taire, se soumettre, se résigner, patienter, espérer ? —Non 1 1 s'insurger, s'insurger encore et toujours: c'est le devoir et c'est le droit devant Dieu et devant les hommes.
Dans toutes ces situations, il est tutélaire que le droit et la possibilité de l'insurrection planent au-dessus des actes ou des velléités d'usurpation, d'empiétement libertidde des majorités.
Mais, la voix duPeuple est la voix deDieu?—Ovù f quand le Peuple est un, unanime, c'est-à-dire d'accord avec lui-même. Mais s'il est livré à l'anarchie, où est la voix du Peuple, où est la voix de Dieu? Ne confondes pas, s'il vous plaît, avec la voix de la moitié plus un. C'est pourquoi il est dit : tout Peuple divisé périra. Et, en effet, dès que les principes sont radicalement hostiles et lui tendances opposées, la guerre est inévitable tôt ou tard, La trêve n'est durable que sur le terrain des conséquences secondaires dMn principe commun, d'une foi commune à la majorité et à la minorité»
Les chrétiens doivent nous comprendre : que disent Pierre et Jean auickfc du Peuple et aux sénateurs d'Israël? * Il faut obéir à Dieu plutôt qtf aux hommes. » Or, obéir à la Justice, la'défendre, c'est obéir à Dieu.
En résumé, les principes dominent b f«U, fei*^^ La souveraineté est à b. raison, à It vérité, à b Justice. H en des droits antérieurs et supérieur* à toute constitution, à toate majorité, à la souveraineté da peuple, au safrmj* amversd lui-même : parai ces droits, est, pour chaque citoyen, celai de rég#» Blé avec ses pairs, celai de frire partie intégrante desoeveraio, de telle sorte que la souveraineté des ans ne paisse Jamais aliéner la souveraineté des autres. La souveraineté da peuple n'est légitime qu'autant qu'elle respecte son bat, sa In , laquelle est la réalisation de la justice» ou des conditions du per» feûionnement et du bonheur de chacun et de tous.
Deux pubttdstes en renom, les citoyens Cormenin et Girardta, viennent de maltraiter singulièrement cette question ; nous devons dire un mot de leur polémique. — Le premier affirme l'omnipotence des majorités : la souvenuaeté absolue de la loi du nombre. — Le second répugne à romnipotence absolue, mais il met les majorités au-dessus de la République démocratique, ou du moins il leur reconnaît le droit de bbriquer une monarchie constitutionnelle en pleine démocratie.
Le citoyen Cormenin place b charrue avant le* bonis , lorsqu'il donne la souveraineté du peuple, le suffrage universel et direct, et la république. comme des ooroHairesék principe des majorités : il prend l'effet oa le résaltar pour b cause , b conséquence pour b principe.— Pourquoi conduez-vous à Ta majorité? parce que, d'abord, vous avez conclu h b souveraineté du peuple, h b démocratie, au suffrage universel ; évidemment le principe des majorités n'est qu'une déduction du principe supérieur : b souveraineté du peuple , b démocratie ou b gouvernement de tous par tous. — Ce que Ton se propose, ctet obtenir l'unanimité, l'universalité des vob; et si l'on s'arrête à la moitié ptas un, ce n'est qu'en désespoir de cause.
Cet écrivain bit ensuite deux concessions tellement grosses, qu'elles rendent vaine et absurde sa thèse première. H convient « qu'tf nV a pas de vérités politiques qui soient absolues, » que* b loi de b majorité elle-même, dane » ses applications, n'a qu'une vérité relative. » va jusqu'à reconnaître que « en dernière analyse, c'est la justice qui borne Comnipotence du nombreoudes majorités; » sans se douter que eeb veut dire : b majorité peut tout, excepté ce que lui interdit b justice. — Noos voilà donc revenu à cette question : qu'est-ce que b Justice, qui Ara où est b Jastice, et l'endroit préds où elle est violée?
M. Cormenin oublie donc quels force morale, b justice, qui, légitimement* suivant lui, limite Comnipotence; qui tempère et restreint b souveraineté du nombre, revêt elle-même, par cela seul , romnipotence et la souveraineté supérieures et dernières; que, dès lors, romnipotence du nombre n'est plor que secondaire, n'est pins qu'an expédient subalterne, un droit limité.
L'intérêt de la majorité, dit encore M. Cormenin, est d'être juste envers taminorité. » — U but donc être Juste, même lorsqu'on est majorité 1 M'est» ce pas encore avouer indirectement que le; aire est au-dessus de l'intérêt» dr b force ou plutôt du nombre, qui n'est pas toujours b force, tant s'en but.
M. Cormenin slinagiim que b nombre est tottf^^ Usa
trompe. Cest presque toujours le contraire qui est vrai dans l'histoire : ce
S ni est fort, en définitive, partout, toujours, c'est le courage, c'est l'audace, est b foi, c'est b vertu jointe à b vérité. Cette réflexion saffit pour démonirer ce qu'il y a de sophistique dus cette affirmation da publkifie libéral i
+ La loi de la majorité est antérieure et supérieure à tonte espèce de 90*- • wernement* »
« De toutes ces souveraloetés-là (celle du droit divin, celle de l'hérédité des rois et celle de la raison), j'aime encore mieux la sou? eraineté du nombre : «Ue est Sa pins ancienne, la plus naturelle, la plus claire, la plus commode et la plus logique. • Le publicbte feut faire de Vhumour. La plus ancienne. -*donc la moins bonne. La plus naturelle, — dites la plus grossière. — La plus claire, la plus commode, — qu'importe la clarté, la commodité dans les questions de principe et de sociabilité ! La plus logique, — en quoi est-elle logique, si le nombre, d'une part, la morale ou la justice, le droit, de l'autre, n'ont rien d'identique?
« La loi essentielle de la République, c'est la loi du nombre, » dit-on eo- «core. — Sll en était ainsi d'une manière absolue, il faudrait maudire la (orme républicaine.
Quant au citoyen Girardin, sa logique nous parait tout aussi chancelante «lue celle de Cormenin. 11 veut concilier l'exercice ou le droit imprescriptible du suffrage universel, de la minorité, avec l'hérédité du pouvoir exécutif, arec h monarchie constitutionnelle de l'Angleterre, de là Belgique ou 4e la France sous Louis-Philippe ; comme si une telle forme n'était pas la plus Insolente et la plus offensante négation de la part de souveraineté non seule» ment de tout citoyen qui u'aurait point été à tout instant de sa vie appelé à «tonner son vote pour ou contre, mais qui n'y aurait point adhéré, ou qui* Après y avoir adhéré, voudrait donner un vote contraire.
« Contre la force, il y a l'adresse ; contre le nombre, il y a la raison. Ceia m Ane suffit; cm si la majorité se laisse entraîner par le poids de l'erreur,
• la minorité aura l'avantage de la vérité pour rétablir tôt ou tard l'équili-
• bre. » — (Tôt ou tard* est joli 1 ) — Mais, citoyen, si la minorité ne par* -vient pas à rétablir l'équilibre : si tous les membres de la majorité aont incorrigibles? cela s'est vu et se verra encore, que ferex-vous ?
« Car, toute majorité qui abuse de son pouvoir, s'affaiblit en garnissant la
• minorité. » — liais, citoyen, alla majorité ne s'affaiblit pas, si la minorité ce f e grossit p»s ? cela s'est tu et se verra encore, que ferex-vous ?
Et puis, vous faites abstraction de la longueur du temps. Vous supposa qu'en toute question, on a toujours le temps d'attendre que la majorité vienne 4 vous : tous êtes donc bien novice. La prison, les tortures, la mort sont* par hypothèse, suspendues sur nos têtes.... — Attendons; espérons tout du temps!....
Ce publicité semble ne faire cas que de la liberté et du bien-être. La liberté, le bien-être sans doute, sont des conditions de perfection et de bonheur; mais ce ne sont pas les seules. A côté de ces biens, il y a ceux que don» la jouissance des autres droits naturels, parmi lesquels est le droit de Totq, le droit de souveraineté individuelle, indivisiblement uni à la souveraineté du peuple. — Il se jetterait volontiers sous toutes les formes de gouvernement jusqu'à ce qull rencontrât celle qui lui garantirait le mieux par te fait la liberté qu'il cherche. — Mais l'expérimentation est faite largement pour la monarchie constitutionnelle : d'ailleurs, il n'y a pas de formes politiques qui, par elles-mêmes, aient la vertu de donner ces biens là sans le concours de la moralité générale.
En tout ceci, vous oublies les principes, mes chers logiciens : tous oublies que, dans le cercle de la justice, de la morale ou du droit indéfiniment progressif, le Peuple, indivisiblement et en personne, est le seul et unique souverain, le seul pouvoir législatif et exécutif; que, s'il exerçait lui-même sa souveraineté, chaque citoyen serait à tout Instant appelé à se prononcer sur toutes choses : la minorité et la majorité seraient sans cesse en permanence, il ity aurait aucune fonction héréditaire, ui à vie, ni à temps; le peuple étant en permanente et poutant, par hypothèse, minifester à tout instant sa volonté.
•on suffrage, la majorité serait mobile* changeante comme la vague des mers; il n'y aurait donc jamais Heu de statuer sur l'avenir de demain, de préjuger les eu futurs, d'enchaîner la Teille le vote des électeurs du lendemain. Eh bien ! d*ns ce milieu . qui est sérieusement l'état normal du suffrage universel , l'état ▼ers lequel gravite visiblement la multitude, et qui n'attend pour se réaliser qu'un perfectionnement très possible, très probable et très prochain dans le mode de correspondance, de communication et de manifestation de la volonté de chacun et de tous; — je demande si, dans ce milieu, il y a place pour l'hypothèse de royauté, de monarchie absolue ou constitutionnelle, de délégation viagère ou à terme fi te pour aucune fonction, même pour celle dégante champêtre ; et si un seul fonctionnaire pourrait se maintenir <ians sa fonction une seconde au-delà du moment cù il aurait démérité, où il s'en serait rendu Indigne ou incapable?— Maintenant, de ce que l'imperfection du mode d'exprimer incontinent le suffrage universel ne permet pas encore au souverain d'exercer par lui-même le pouvoir exécutif, ou d'avoir une action permanente et immédiate sur ses délégués et mandataires, en conclurez-vous que la majorité puisse aliéner la part de souveraineté de la minorité pour un temps indétoi, ou même pour un temps tel que les délégués puissent songer à l'usurpation; revêtir un caractère de supériorité incompatible avec l'esprit d'égalité et de liberté qui est Inhérent à la souveraineté du peuple, à la majesté d'hommes qui se gouvernent par eux-mêmes?
Les deux publidstes font trop bon marché des principes, de la foi, du droit de la notion absolue du bien et du juste. Pour eux, le nombre et le fait sont au-dessus de la vérité, ou bien c'est le nombre qui fait la vérité : fatalisme* matérialisme, doute et scepticisme rongeur que tout cela. On est en lutte : on ne veut plus se battre à coups de canon ; on fait trêve, on se battra à coups de boules blanches et de boules noires; et ils appellent cela des principes !
De son côté, le journal la Voix du Peuple voit très bien les élémens du. problème et il en donne la solution ; seulement il défait le langage consacré : à la place des principes , du droit , de la justice , de la morale , il met le progrès? d'autres, mettent la loi de nature. — Dispute de mots ! — A moios, cependant, qu'il n'y ait là un parti pris contre la croyance à l'existence de Dieu, et le dessein de matérialiser le plus possible ce qui constitua le monde moral,. Dans ce cas, nous ne saurions l'approuver. — Progrès, nature, ces mots n'offrent, certes, pas assex de précision lorsqu'il* sont lancés isolément. Quoi qu'il en soit, le progrès n'est rien , s'il n'exprime pas le développement moral Intellectuel et physique, l'égalité des conditions, Vinteiligence plus grande de Tordre providentiel des destinées collectfves, la réalisation plus complète des moyens les plus efficaces du perfectionnement et du bonheur du genre humain, ou de la liberté, de l'égalité et de la fraternité de tous, 11 fallait done dire que le progrès se caractérise, se démontre par le développement de la notion du droit et de la justice, par la réalisation des voies et moyens plus efficaces de ce perfectionnement.
Mous préférons le langage du citoyen Guéroult. En homme qui possédait d'avance la clef de la solution cherchée, il a solidement réfuté M. Girardia en peu de mots. L'unité de principe ou de morale , la foi ardente, un raJme but, voilà le seul moyen de faire que les majorités et les minorités vivent en paix. D met ainsi la puissance du nombre à sa place , qui est la seconde; et la puissance de la vérité, du bien, du bon et du beau à la sienne, qui est la pro mière.
Arrière donc le formalisme I La lettre tue, mais l'esprit vivifie ; il en est de même du nombre par rapport à la moralité, à la sagesse , à la vertu ; — le culte exclusif des boules ou du scrutin nous perdrait ; — le culte exclusif de la. vérité, du bien, de la science et des principes, nous sauvera.
LÀSSOCIàTIOH EST OBLIGATOIEE.
Qu'est-ce que l'association? c'est la forme organique, .naturelle, essentielle de la solidarité, la condition absolue de la commandite sedele ou di crédit gratuit; la condition, non seulement de l'économie, du bien-être et de la ri* cfcesse, mais du développement moral et physique des citoyens d'une môme 9épuUique,,et, par suite, la condition extérieure de la liberté et de l'égalité.
Si la garantie ou la jouissance effectue de droit au travail est exigible detant la société, et si le concert, l'unité, la réciprocité, c'est-à-dire V association des travailleurs, est Je seul moded'organisation économique, qui permette d'assurer à chacun le travail et le défeioppement ; de toute éTideoce, Vassodation ne saurait être plus facultative de la part des individus, que ne Test lu garantie du droit au travail,, à chaque citoyen, de la part de la société. — Qr, les deux prémisses sont, nous, le croyons, démontrées aux yeux de no» lecteurs: donc la conclusion est irrésistible.
Le droit au travail Implique nécessairement l'association des fonda productif; par conséquent, la tendance à la destruction du monopole du sol, ce dernier privilège et le plus fondamental. —Reconnaître aax individus le droit au travail, c'est reconnaître à la société le devoir de se faire centre de la production et de la distribution des richesses; c'est l'investir légitimement de la délégation deainstrumens de travail; c'est, au moins, lui faire une obligation de garantir à chacun et à tous, la base de la production, le débouché dn> produit et l'équité de l'échange ; c'est enfin proclamer la déchéance du laisserfaire, et constituer l'unité économique,
Rour assurer du travail aux uns et aux autres, il faut nécessairement retirer h tous l'arbitraire et anarchique disposition, non seulement du sol et des autres capitaux acquis; mais du produit net de l'activité nationale à mesure qui se réalise. La garantie du droit au travail, à tous, en tout temps, par la société, implique que le travailleur n'aura ni la propriété absolue des produits, ni le soin facultatif de l'échange ou dea débouchés, et des conditions de vente.
Lors même que l'intérêt mieux entendu, ou la charité, conduirait la plupert des capitalistes, et même les corporations à former des associations dîne lesquelles on se conformerait aux lois de l'égalité, ne voit-on pas que, ces unions étant facultatives, le sort futur des classes prolétaires serait toujours sans garantie, toujours livré à l'arbitraire, au caprice des décisions individuelles, subordonné à l'intérêt égoïste des uns ou des autres ? On n'aurait donc toujours obtenu que la réalisation flottante, incertaine, d'un fait salutaire; tandis qu'il faut obtenir la reconnaissance, la sanction légale, la jouissance positte d'un droit imprescriptible. Oui, c'est ici une question de droit et de justice qu'U faut porter sur le terrain de la politique : ce n'est point la charité, mets V équité rigoureuse, le droit enfin qui est en cause; et c'est ici uniquement que la vraie démocratie peut opérer une action salutaire, effectuer «ne revcn*
dication large et fraisent radicale m nom de toutes la classes populaires^
Si le du* ttfttavatt, àh fonction, et, per elle, à h consommation, est rteV l'association oMtoaele est obligatoire. Nul doute, les aoies religieux, les coa* ftioaisoûs <fftret des capitalistes os des corporations peuvent aider singulière* ment à la transformation ; mais Os ne peuvent ni l'effectuer, ni loi donner la •uhctidn finale et le caractère adverse! d'institution sociale permanente dont eUe a besoin.
On petit nombre de seigneurs, an moyen-âge, échangés par la parole si Tiff* •fiante de Jésus-Christ, ont, de leur propre mouTemcot, rendu la liberté à leurs serfr; et, en agimadt ainsi, Ils ont bâté le moment oè rÉtat rendrait obligatoire et généraliserait la grande mesure de rémaadputlon. Ce qui avait été facultatif et méritoire, d'abord, devint une prescription absolue de la société, et Ton peut dire que l'affranchissement ne date que de ce dernier im> ■eut n en peut être de même du prolétariat.
Les riches peuvent faire beaucoup de bien, et atec un grand mérite, en il* Itérant volontairement le travailleur de la (ttmequUsprélèfent sur lui: comme les seigneurs leurs serfc, ils peuvent affranchir leurs salariés; mais la Justice faut qae le crédit social vienne généraliser ce que le crédit privé aura pu r; elle veut, qu'à côté du fait s'installe le droit; qu'à côté des été* i prtvés se montrent les institutions publiques.
Faire de r association une faculté, et rejeter l'intervention de l'Etat après avoir reconnu le droit au travail, cela nous paraît inexplicable. — C'est cependant l'illogisme d'hommes fort logiques d'habitude: les Fouriéristes et Proudbon nient en mit ce qu'ils proclament en droit; car Q est bien évident que la reconnaissance du droit au travail fait de l'association et de l'unité une obligation et non une ftcuité.-"-C'est l'une des mille contradictions et des mille lmpoaribilités de Pnoadhon d'avoir dit, après nous, le droit au travail reconnu, c'en est kit du droit de propriété, et en même temps d'avoir proclamé, à l'en* contre de noas, le principe da travail arbitraire et solitaire, la légitimité de l'appropriation individuelle des instrumens, et celle de la concurrence.
Fourier a très bien compris que l'association ne pouvait être facultative : c H faut pour avoir l'équivalent des quatre droits cardinaux ( chasse, pèche, » cueillette et pâture), que tout pauvre puisse dire à sa phalange natale : Je
• suis né sur cette terre, je réclame l'admission à tous les travaux qui s'y » exercem, la garantie de Jouir des truite de mon ^
• des Instrumens nécessaires pour etercer ces travaux et de la subsistance en •» compensation du deoit de vivre que m'a donné la simple nature. »
Ce langage n'est point une prière, mais une injonction du droit. — Or, Q Allait aDer plus loin, il fallait faire dire par chaque phalange et par chèque Individu à toutes les phalanges, c'est-à-dire à la société entière, ce que l'on -Ait dire avec tant de raison, par chaque individu à la phalange natale.
SI l'Association, forme économique^ la solidarité, n'était pas Panique moyen de rétitar la liberté et l'égalité, la garantie du droit de vivre, il faudrait pour toujours l'abandonner au libre arbitre des individus ; mais lorsqu'à son existent*
sont attachés la sécurité, le développement indéfini de tons . elle devient mani* lestement une obligation qui n'attend plus, pour s'imposer à ions, que la sanction de la loi on de Yopinion, cette expression vague de la souveraineté populaire.
Sans doute si, dans l'avenir plus on moins prochain, personne ne voulait ; si le peuple répugnait à l'assodation, elle ne se réaliserait point, promulguaion mille lois chaque année pour l'imposer; le peu qui s*en formeraient resteraient toutes volontaires.
On ne force point un peuple à faire ce qu'il ne veut pas, ce qu'il ne comprend pus ou ce qui répugne encore à ses mœurs* En ce sens, le droit est comme non avenu, et cependant il n'en reste pas moins imprescriptible et toujours revendicable.
Hais laites que l'association soit voulue du peuple en général ; que par lui» le juste soit fort, que le souverain penche du côté droit, et Je dis que l'association sera plus qu'une Acuité et deviendra d'obligation légale; un devoir social impérieux.
Association litre 1 — Dites donc obligation facultative. — Crédit çratuitl — Dites donc : droit au travail non garanti. #
Certes, en des choses si délicates, si capitales pour tout le monde, où il s'agit des moyens de vivre, de la production, de la répartition et de la Jouissance des richesses, les relations d'homme à homme ne sauraient être abandonnées à l'arbitraire d'aucun individu; ou bien il faut convenir que toute législation est superflue ; renoncer à toute institution , à toute réglementation, et livrer chacun à son libre arbitre.
Mais s'il y a une Justice relative en celte matière, que feréx>vous à ceux qui ne voudront pas se conformer aux décisions de la Justice? Faadra-t-il attendre qu'il plaise aux capitalistes de cesser d'exploiter les ouvriers, avant que les ouvriers puissent légitimement secouer cette exploitation ? — Évidemment, lorsque la généralité des citoyens aura acclamé l'association et ses moyens, la loi viendra sanctionner le fait, et, ce qui était facultatif comme ton, pour celui qui l'adoptait en liberté, sera rendu obligatoire comme juste, c'est-à-dire comme bon et utile à tous, toujours, partout. — C'est ainsi que se sont toujours formulés les divers progrès de la justice ou du droit, c'est ainsi qu'à la liberté a toujours succédé la règle, l'obligation , la contrainte de la loi appuyée, greffée sur k% mœurs ou l'opinion, 1 . «elle l'était elle-même sur l'idée du juste, du bon et de l'utile pour tous. C'est donc une loi éternelle que toujours la raison générale se formule en institutions, en décrets, en volontés sociales impératives.
11 importait d'établir la justice de notre cause. —Après cela, qu'on donne au peuple le fait de l'association avec toutes ses promesses, il ne songera point à chicaner sur le droit, car le fait aura rejoint le droi', en procurant tout ce qu'il promettait ; car le droit, le peuple sait trop bien qu'il est de son côté.
Ainsi, lience le jour où l'opinion populaire prédomine dans le pftjitet*
par le pays, dans l'assemblée nationale; et alors il sera légitime, nécessaire, de contraindre législativement tons les centres de production , tons les capitalistes à l'association , à la socialisation des iostramens de travail. Tout travailleur sera sur le pied de la plus stricte égalité avec les autres citoyens défaut la loi chile et politique: il n'y aura plus là de patron qui puisse le chasser, le reprendre, lui refuser ou non do travail, le salarier à son gré... Alors, la question de l'abolition de l'usure sera tranchée : cette abolition sera consommée de fait ; car l'usure sera sans raison d'être , le travailleur trouvant son instrument tout préparé dans le capital collectif déclaré Inaliénable, et tonjours entretenu , vivifié, souvent augmenté, par des réserves et des prélèvemens intelligens sur le dividende annuel. — Enfin l'inégalité de répartition, quoique toujours importante, sera devenue une question secondaire, puisque le minimum d'existence sodale et la permanence du travail seront garantis avant tout à tous.
Notre thèse, c'est qu'il faut empêcher le travailleur d'abuser des instrumens de travail, et surtout d'exploiter son semblable : et voilà pourquoi nous déclarons illégitimes le libre travail, le libre échange, le monopole du sol — On nous dit sans cesse : mais « l'association ne peut pas se réaliser par l'Etat; il faut qu'elle se réalise par ia liberté. » Autant vaudrait dire : là justice, la morale et le droit ne doivent pas se faire respecter par l'Etat, avec ses tribunaux , ses magistrats, ses Codes civils, etc. : Il faut qu'ils se fassent respecter par la liberté , c'est-à-dire qu'ils aient l'assentiment des mœurs, de l'opinion, de la conscience publique, de la science, de l'intérêt bien compris de la multitude.
Si l'association est à jamais facultative, comme elle est condition de justice, condition de la garantie du droit de vivre, du droit au travail pour tous les pauvres, déshérités de leur participation à l'usage du sol, il en résulte qu'à tout jamais aussi, les prolétaires doivent se résigner, si MM. les monopoleurs et capitalistes leur refusent l'association et tout ce qui s'ensuit ! — Toute révolution dès lors est un crime ; tout droit un mal, une sottise ; toute revendication inutile : mettez-vous à genoux, et pries vos maîtres de vouloir bien vous accorder ce qui vous est dû.
Mais, ce n'est point ainsi que les choses se passent. Dieu merci 1 — Dans le mouvement et le progrès des relations sociales et économiques, les individus apportent leurs intérêts leurs passions, leurs croyances; l'Etat y met le droit, la justice. — Or, l'intérêt prescrit aujourd'hui aux masses laborieuses, l'association, la mutualité, la solidarité, l'unité universelle; et le droit prescrit à TEtat la sanction de cette association et de cette unité. Voilà tout L'intérêt coïncide avec le droit, ou si l'on veut le droit coïncide avec l'intérêt : mais quand la plupart ont compris l'intérêt et voulu le droit, les autres peuvent s'y opposer, y répugner : alors la contrainte est licite et l'Etat intervient
Si donc Tonnons demande : les individus, et après les individus les centres, les corporations, resteront-ils libres de s'associer ou tJe ne pas s'associer? — En droit non; en fait ou/..., tant que la force de l'opinion, les nécessités
économiques et (Intérêt, ne suffiront pas pour y amener indirectement le grand nombre.
Ainsi, la moindre conclusion à tirer de ce qui précède, c'est que l'appropriation des terres et des autres capitaux ne peut plus être que corporative : l'association est non seulement de rigueur, de droit et d'obligation entre les individus, mais entre les groupes d'associés eux-mêmes. Seulement leur centralisation, leur unité, leur pacte, leur administration pondératrice, lear gérance, peuvent et doivent venir de leur spontanéité, se maintenir, se perpétuer par leur propre et libre mouvement; en d'autres termes, elles doivent se gouverner par elles-mêmes , entre elles-mêmes. Elles doivent bien avoir vu centre, us cœur, une tête, et elles en auront une ; un Eue, et elles en auront un, mais ce sera l'Etat transformé, l'Etat esclave des administrés; ou, si l'on veut, l'Etat-peuple, issu du Peuple, dépendant du Peuple, le Peuple en per-