‹ Le salut du peuple Journal de la science sociale: journal de la science socialeChapitre 9 sur 16 · SH · texte numérisé non relu

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Tôles et moyen» de la solidarité nnlveMOlle des corporations.

Voici le plan auquel semblent s'arrêter ies ouvriers les plus éclairés : Association positive des travailleurs, union intime de leurs forces, de leurs facultés et de leurs ressources, dans le but de se suffire à eux-mêmes, de se passer du capital accapareur; de mettre indirectement en interdit dans leur sein l'usure et l'entreprise particulière ; et de se délivrer ainsi de la dtme qu'on déguise habilement sous le nom de fermage, d'intérêt, de bénéfice et de profit.

Et comme moyen, recourir aux combinaisons suivantes :

i* Exploiter avec leurs propres capitaux, leur propre industrie; travailler,

Ï traduire les uns pour les autres, se faire mutuellement autant que possible es consommateurs de leurs produits, ies pourvoyeurs de leur consommation respective.

2* S'organiser entre eux pour la consommation à bon marché, pour l'achat en gros et en commun de tous les objets de première nécessité q^'ûs ne pourraient produire eux-mêmes.

î* Protéger et garantir la bonne vente de leurs services à l'industrie extérieure ; et de ce point de vue s'organiser en société de résistance passive contre l'avilissement du salaire des membres de l'association occupés au dehors.

&* Procurer aux associés au moins tous les avantages, toutes les garanties de sûreté qu'ils cherchaient jusqu'ici dans les sociétés particulières de secours mutuels pour les cas de chômage, de maladie, d'aeddent, de vieillesse, etc.» etc.

5* Revendiquer infatigablement auprès du gouvernement, par des pétitions collectives et tous les moyens légitimes, la reconnaissance des droits industriels et sociaux de tous les travailleurs.

Or, pour cela, que faut-il ? la cotisation et Vunité. — Ce que peuvent les petites cotisations dès qu'elles sont populaires, les sociétés religieuses sont là pour en témoigner. Les ressources pécuniaires qui ont permis les grandes œuvres morales et matérielles de toutes les religions, entre autres exemples l'édification d'une foule de monumens impérissables par tout le monde chrétien, n'ont pas d'autre origine.

Les ouvriers savent que la pauvre Irlande, ce peuple de parias, par sa cotisation d'un sou chaque semaine, a pu allouer, pendant 12 et 13 ans près de deux millions de francs à son défenseur, O'GonneL

Quelle puissance financière productive n'engendrerait point aussi la fusion des sociétés de secours mutuels, etc., formées en France par les ouvriers . de toutes les corporations 1

A Paris, 236 sociétés, comptant environ seize mille sotscripteurs, avaient» il y a quelques années, trois millions en caisse.

Que ne ferait-on pas de ces (rois millions appliqués avec intelligence comme nous l'indiquons? Une association universelle, si elle était comprise par les populations des campagnes, réaliserait certainement avant peu un capital énorme, et avec ce capital des merveilles; car il y a, en France, vingt -cinq millions de travailleurs directement intéressés à cette association.

Dès l'instant, il faut la préparer cette association ; et, en conséquence, des ouvriers Socialistes proposent encore, avec nous, les clauses et dispositions suivantes:

1° Au début de l'exploitation, préférer naturellement les diverses indostries correspondant aux facultés et aux aptitudes acquises des membres de l'union, en commençant par les spécialités qui, datas chaque localité, offriraient les plus grandes chances de prospérité et de durée; et pour cela créer successivement un vaste ensemble d'ateliers agricoles, manufacturiers, etc.

2° Imposer aux divers centres l'obligation de faire leurs achats dans les magasins et baxars de la société ; de réaliser en tout la mutualité des échanges parmi eux; enfin de se rendre solidaires pour tous les événemens de force majeure.

3* Payer au début les mêmes salaires que l'industrie anarchique similaire; et plus tard, lorsque l'association sera complète, établir l'équivalence des fonctions, et déterminer les prix d'après le temps consacré en moyenne à la confection des produits.

4° Déterminer le prix de tente des produits de l'association universelle, de telle sorte que le chiffre en soit, autant que possible, toujours inférieur à celui des produits de la concurrence extérieure, afin d'offrir une prime légitime aux consommateurs étrangers à l'union.

5° Faire verser comme première mise de fonds par tout membre à sou admission , une cotisation mensuelle, variable suivant les ressources de chacun , et remboursable ultérieurement sous forme de marchandises.

6° Ne consentir à aucun prix à une association du capital avec le travail, dans laquelle le capitaliste deviendrait encore le chef de l'atelier ou l'âme et l'arbitre de l'entreprise.

7° Ne recevoir dans l'union que des travailleurs destinés à participer activement à l'ouvre et aux bénéfices sur la base de l'égalité et du travail.

8° N'accepter les fonds de capitalistes généreux et amis du peuple, qu'à la seule condition de leur payer une annuité en déduction du principal et à titre de remboursement, eu y ajoutant pour ceux qui l'exigeraient, un très faible intérêt. En général se passer autant que possible du recours aux emprunts usuraires: et, dans tous les cas, refuser aux préteurs toute immixtion dans l'économie intérieure de l'association. Mais leur offrir toutes les garanties honnêtes.

9° Quant aux capitalistes jaloux de monopoliser encore la production et de décider indéfiniment du sort de leurs semblables, c'est le grand mérite de la centralisation ouvrière de pouvoir par son action toute puissante et multiple sur la fixation des salaires, par les revendications incessantes de ses membres, lorsqu'ils seront répandus en majorité dans les établissemens de l'industrie anarchique, de les amener peu à peu à transiger avec l'association centrale, à abdiquer la direction dans les mains des gérans de. l'association, moyennant redevance sur des bases équitables analogues aux précédentes , et conduisant directement les ouvriers à une émancipation complète vis à vis le capital et l'usure.

Substituer alors au capitaliste sortant, un gérant et un conseil d'administration élus par les ouvriers, avec droit pour le capitaliste de mettre son vélo oudedttttrpajiniplugieuro

10° Instituer an-dessus de toutes les corporations unies un conseil supérieur d'administration , qui en soit rame et le lien. Ce conseil* cette gérance ou délégation centrale serait formée par l'égal concours de chacune d'elles» c'est-à-dire composée de leur délégués (un par chaque corporation» ou par chaque groupe d'industries similaires, si le nombre des corporations associées Tenait à être trop grand). Elle serait chargée de diriger les affaires intérieures et extérieures de l'association, de suivre et contrôler les transactions de chaque centre ; de répartir le crédit et le travail entre eux ainsi que les bénéfices collectifs; de déterminer les salaires, les conditions d'échange, les prix de revient et de tente; de décider en dernier ressort sur les admissions et les exclusions ; de répartir les apprentis de chaque industrie entre les divers établissemens ; de mettre enfin le nombre, le poids, la mesure entre tous les ateliers, toutes les corporations, en organisant la mutualité, la solidarité, la justice et l'unité.

11° Ne point confondre, jusqu'à l'absorption, les intérêts des individus ou des corporations ; ne point les séparer absolument non plus ; mais les distinguer en les harmonisant et les solidarisant dans les limites du droit et de l'égalité ; de sorte que la responsabilité individuelle ou corporative, et l'intérêt direct de chacun à la prospérité commune, soient bien réels» et incessamment sentis.

Conserver, aille faut, une grande initiative à chaque centre; mais rendre Impossible toute concurrence dépréciative entre les divers ateliers d'industries similaires; et, pour cela, confier au conseil supérieur le soin exclusif de répartir entre eux la production totale, d'assurer les débouchés et la bonne vente, etc., au nom et au plus grand profit de tous les associés; bannir donc les chances aléatoires de corporation à corporation, par l'établissement d'un système de solidarité équitable.

13* Déterminer le plus tôt possible un minimum de salaire pour chaque industrie et chaque localité, en ayant égard aux conditions plus ou moins favorables de subsistance, de manière à équilibrer partout les moyens de la vie; mais, au besoin, proportionner les salaires à la faculté productive des individus, à l'influence meurtrière de certaines industries, etc. ; et pour cela» établir deux ou trois catégories de salaires dans chaque atelier et selon la nature des industries. Le tarif des salaires, fixé par maxima et minima 9 serait d'ailleurs mobile, susceptible de croître selon la prospérité de l'association générale.

Dans tous les cas, ne déterminer les bénéfices attribuantes à chaque industrie ou à chaque centre, qu'après que le salaire minimum aura été fourni à tous les associés dont l'insuffisance de salaire ou de travail proviendrait d'une cause étrangère à leur volonté; car entre associés, avant le superflu à personne, le nécessaire à tous.

13* Quelle que soit l'inégalité des salaires, distribuer la part des bénéfices destinée aux travailleurs, en raison de la somme de travail annuel fournie par chacun, c'est-à-dire, au prorata des journées de travail, ou du total des salaires touchés.'

Affecter une partie des bénéfices à l'accroissement indéfini du capital, à la multiplication illimitée de nouveaux centres, enfin à l'établissement d'un fonds ou caisse de retraite et d'assistance fraternelle.

14° Attribuer d'avance à l'association centrale-mère, comme devant lui faire retour, une forte portion du capital social des divers centres don la dissolution aurait lieu pour un motif quelconque.

15° Instituer dans chaque centre un jury d'ordre, de paix et d'équité, chargé en même tempe de statuer en premier ressort sur les admissions , les exclusions, etc.

- io —

Nous donnerons une antre fols les développement, les correctifs et additions qu'appellent naturellement les généralités précédentes.

Ouvriers 1 savez- vous ce que disent vos patrons? Ils disent, que l'association entre ouvriers est encore prématurée , que les prolétaires manquent de la sagacité nécessaire pour bien conduire on établissement, pour bien diriger les affaires; que le défaut d'instruction, la jalousie, la défiance mutuelle» la mauvaise vie les condamnent encore pour longtemps à la tutelle des mineurs; et qu'eux les gros bourgeois sent les tuteurs naturels des salariés.

Prouvet, par le Jàit victorieux de votre union tonte pacifique* que vous êtes mûrs pour la liberté et l'égalité ; et ainsi , achevés de montrer l'ignominie de leurs argumens!...

Suppression de l'usure sous toutes ses formes*

L'idée de supprimer l'usure sous toutes ses formes a été conçue et proposée au sein du vrai Socialisme comme expédient transitoire vers l'association et ?ers la désappropriation universelle des instrument de travail; nous la revendiquons encore en son nom contre ceux qui prétendent s'approprier la priorité de cette conception, afin de mieux décréditer une doctrine dont ils ont déjà usurpé le titre.

Dès 1838, au sein du Socialisme unitaire, fraternel et égalitaire, on demandait l'abolition de l'intérêt, de la vertu reproductrice du capital sous toutes ses formes, comme une mesure efficace, sinon décisive; mais, en même temps, on demandait aussi, à titre de complément nécessaire et inséparable, l'association et la solidarité des travailleurs de chaque atelier et des corporations entre elles ; la socialisation et l'indivision des instrumens de travail , tout en laissant à l'individu la libre propriété de sa part des produits consommables , de telle sorte que chacun pût encore faire des économies, mais sans en pouvoir espérer la fructification par Vintérét. On donnait cette mesure de la suppression de l'usure combinée avec l'association, comme la pose véritable du problème économique et sa solution en germes et en prémisses suffisantes ; et l'on comptait, entre autres moyens de réalisation, sur l'association libre et spontanée des ouvriers se suffisant à eux-mêmes, sans recours aux capitalistes, par le seul apport de leurs petites épargnes.

En 1840 , le Socialisme unitaire, celui qui veut l'association et la solidarité dès à présent, hic et nunc % signalait de nouveau le fermage, le loyer, la rente, l'intérêt et le salaire, comme autant de manières de ^prêter usurairement les instrumens de travail; il disait que ce mot prêter à intérêt pouvait servir d'expression générale pour désigner tous les modes d'exploiter son semblable, de prélever une dîme sur ses sueurs, sur sa vie; et, après l'avoir dénoncé comme le plus grand fait économique que nous offre la Constitution des Peuples, il identifiait en conséquence avec l'usure, Véchange même, l'échange arbitraire ou atiarchlque, attendu que celte licence aussi est une autre forme de l'exploitation de l'homme par l'homme.

En 1842, le Socialisme fraternel recommandait encore la suppression de l'usure sous toutes ses formes (soit par la voie indirecte des mœurs , de l'opinion, de l'association spontanée des ouvriers entre eux ; soit par la voie directe de la loi), comme un moyen efficace de déraciner l'arbre séculaire de la propriété arbitraire, et d'amener les possesseurs à constituer la propriété sur une base pus conforme à la justice distributive , sans s'attaquer encore aux racines elles-mêmes, à l'appropriation individuelle et absolue des instrumens de travail. En effet, disait le Socialisme, la faculté d'usure une fois abolie lie fait, le droit légal d'appropriation serait bientôt sans raison d'être ; la

propriété solitaire deviendrait même impossible. Il faudrait ou la socialiser, ou retomber au dernier échelon de la civilisation, à l'état patriarchal; car les capitaux ne produisant plus à la place er au profit des capitalistes, ceux-ci devraient travailler pour vivre , ou manger leur principal , ou le socialiser, on s'appauvrir en laissant chômer leur avoir , et décliner jusqu'à la barbarie.

Toutefois, le Socialisme, considérant que l'usure est une conséquence presque nécessaire de l'appropriation individuelle et absolue des iostrumens de travail, prévoyait l'immense difficulté d'avoir raison de l'usure, tant que subsisterait le monopole ou l'individualisation du sol et des capitaux, et ne se dissimulait pas que , outre les ressources de la clandestinité qui permettraient toujours d'éluder la loi ou la réprobation des mœurs, la mesure ne pût dégénérer en un cataclysme économique, et n'opérât comme une prime an désordre et au chaos.

Dans Tordre d'association , de solidarité et d'unité, l'expédient ne ferait point difficulté, car chacun id est garanti dans ses moyens d'existence , dans son avenir, dans son travail; mais dans l'ordre acteel, ou le crédit serait refusé , ou le créditeur serait sans garantie sur le sort de son capital ; c'est pourquoi le Socialisme proposait encore comme mesure transitoire vers l'cxpropriatioD générale pour cause d'utilité publique, d'autoriser le préteur à percevoir par consignation l'intérêt ou usure, afln de se l'approprier dans le cas où le principal serait compromis; et sauf.au contraire, à le restituer dans le cas où son capital lui reviendrait intégralement.

Quoi qu'il en soit, il est avéré que le vrai Socialisme, qui n'est pas le Socialisme de la liberté illimitée, a conseillé le premier la suppression de l'usure sous toutes ses formes; qu'il lui a même reconnu la plus grande valeur de protestation et de destruction; mais qu'il l'a présentée plutôt comme une arme de guerre ou de polémique transitoire, que comme un moyen d'organisation positive et définitive. A ses yeux, la mesure préparerait les voies, elle ne les ouvrirait ni larges , ni salutaires; il ne l'a même donnée que comme d'une application presque impraticable si elle était isolée de ses complémens naturels et essentiels, lesquels seuls peuvent lui donner sens et valeur. 11 ne s'est donc pas fût illusion sur la portée de sa propre conception ; et surtout il s'est bien gardé de s'en exagérer l'importance au point de dire , comme le Socialisme anarchique, que tout te Socialisme était là.

Le Socialisme ne dira donc point au peuple : avant tout, supprimez l'usure ; encore moins dira-t-il : ne supprimez que l'usure et l'impôt; non, il criera au peuple : avant loul t associez-vous ; solidarisez vos intérêts, unissez-vous en réalisant dans votre sein t unité économique; et le reste vous viendra comme par surcroît; et l'usure en particulier sera par cela seul, sans raison d'être, impossible, extirpée à sa racine.

Faut-il montrer davantage combien cette mesure serait insuffisante si elle était isolée; combien même elle serait illusoire ou maladroite, irréalisable, si on la décrétait d'office; comment au contraire elle serait féconde et populaire si elle se présentait escortée des autres mesures dont elle doit être dès lors et en réalité, la conséquence naturelle et facile ; enfin comment elle est impliquée dans un moyen plus large, plus franc, plus loyal et plus juste? Cette tâche, nous la réservons : aujourd'hui, nous nous bornerons aux affirmations suivantes:

Non 1 la suppression de l'usure et de l'impôt n'est pas tout le Socialisme • il s'en fout : elle n'en est pas même le préliminaire capital. Tout le Socialisme serait bien plutôt dans C association et dans l'égalité des conditions, s'il pouvait se réduire â une pure question économique.

L'égalité des conditions réclame plus que la suppression de l'usure : elle

eiige l'interdiction des chances aléatoires de réchange arbitraire* de la production anarchique; en on mot du laissez- faire: que dis-je, elle présuppose Tégale participation à la jouissance des instrumens de travail, et partant» la désappropriation ou socialisation du sol et de tous les capitaux.

Nous voulons avant tout l'égalité des. conditions dacs les relations économiques, civiles et politiques. Mais, on vient nous dire que lorsque l'usure sert supprimée, le capital et le travail se trouveront par cette mesure ramenés à l'égalité des conditions. Gela n'est point : l'égalité des conditions, non pas entre le travail et le capital, qui sont des abstractions, mais entre les citoyens, n'existera sérieusement que le jour où ils seront tous transformés en associés-fonctionnaires ; et toutes les professions, tous les états, toutes les industries en fonctions sociales.

Parlons net: celui qui détient l'instrument de mon travail, est mon maître s'il dépend de lui de me l'octroyer, de me le refuser ou de me le retirer.

L'égalité des conditions exige évidemment que l'instrument de travail, le capital ne soit plus aux mains des individus, mais de la société. L'égalité des conditions veut qu'il n'y ait que des travailleurs en présence d'autres travailleurs, et tous ensemble en présence du travail total à opérer. Dites ce que vous voudrez : entre vous capitalistes non-usuriers, et nous travailleurs des* hérités, il y a encore toute la distance de la liberté à l'esclavage.

Jfe le sais bien, tous répondrez qu'il s'agit non de ce qui doit être, mais de ce qui est possible. Eb bien ! je vous dis que ce qui est possible dès ce siècle, c'est l'égalité des conditions; par conséquent, la suppression du dernier des monopoles, du dernier des privilèges, du père de tous les privilèges.

Quant à l'association, c'est mieux encore : elle comprend toute une organisation sociale, économique et politique. Dès que les travailleurs s'associent, par ce fait seul ils décident du sort de la vieille Constitution économique ; et la ruine du laissez-faire et de l'exploitation est imminente ; car l'association, qui est la négation même de l'usure sous toutes ses formes, du salariat, du patronat, du libre et arbitraire échange, de la production individuelle, aveugle et anarchique, et de l'appropriation solitaire du sol et des autres instrumens de travail, prescrit aux corporations associées de ne reconnaître plus dans leur sein et entre elles aucune de ces formes de l'exploitation de l'homme par l'homme. Déjà nous voyons parmi les associations égalitaires et fraternelles, se manifester uni réprobation formelle à cet égard. Le libre échange y fera place h l'échange social ou arbitré ; la production anarchique, à la production régularisée et réglementée; la faculté d'exercer une fonction sera soumise à des conditions égales pour tous; la socialisation ou désappropriation des instrumens de travail sara un fait consomné et passé en droit parmi elles, aussitôt que le souverain jnieux éclairé, aura prononcé l'iniquité de la plupart des dispositions des titres ix et x du Code civil, et en particulier de l'article 815 de ce même Code, et permis Indivision des propriétés librement socialisées.

Soyez tranquilles : les ouvriers savent fort bien que l'appropriation solitaire des instrumens de travail est l'unique cause, la racine de l'arbre qu'on nomme usure, fermage, rente, intérêt, profit, salaire, oisiveté, libre production, libre échange, concurrence, et qui donne pour fruit amère, la misère et le paupérisme, C esclavage et t abjection du peuple travailleur.

Que les ouvriers couvrent la France d'associations solidaires, égalitaires et fraternelles; et du même coop, sans aucune intervention du pouvoir et de la législation, toutes ces branches et jusqu'au tronc même de Carbre du mal, tombent et pourrissent jusqu'en leur racine.

Le Peuple ne dit point avec quelques-uns, qui semblent vouloir lui cacher la lumière : la socialisation des instrumens de travail et l'association, seront la

conséquence de la suppression de l'usure; mais au contraire» la suppression de l'usure sous toutes ses formes sera une conséquence de l'association, laquelle implique nécessairement la socialisation des instrumens de travail.

Ce n'est point, disent les ouvriers, parce qtton supprimerait l'usure, qu'on s'associerait; c'est parce qu'on s'associera, qu'on supprimera l'usure. S'il peut être bon de toucher à l'effet pour détruire la cause, meilleur encore estil de toucher à la cause pour déiruire l'effet; que si les deux soins ont leur valeur, il est du moins nécessaire de s'y consacrer simultanément, et même, le bon médecin ira de préférence au siège de la maladie.

On vante, à grand son de caisse, le crédit gratuit : on le donne comme une panacée-économique, comme un antidote du Socialisme. Hélas I c'est précisément du Socialisme pur sang. Le crédit gratuit est inhérent au Socialisme unitaire, fraternel et égalitaire, comme l'un de ses premiers et inévitables corollaires.

Lorsque les ouvriers veulent ladésappropriation individuelle des instrumens de travail, à plus forte raison veulent-ils le crédit gratuit; et lorsqu'on suggère la suppression de l'usure comme l'a fait, le premier, le Socialisme, c'est qu'apparemment on veut la gratuité du crédit.

Ici encore les Socialistes anarchiques ont fait un mauvais éclectisme dans le vrai Socialisme. Ils ont prétendu maintenir la concurrence, l'échange libre ou arbitraire, et cependant préconiser le crédit gratuit, sans préconiser en même temps l'association ; comme si le crédit pouvait être gratuit là où il n'y a pas un pacte de solidarité positive, d'assurance mutuelle entre tous les intéressés, 14 où la série entière* des transactions économiques n'est pas réglementée, ramenée à la justice, à la mesure et à l'unité par une gérance centrale ayant caractère public

Personne n'ignore la guerre laite au Fouriérisme parle Socialisme égalitaire et fraternel, à cause du troisième terme de sa formule de répartition des richesses : à chacun selon son travail, son talent etson capital.

En résumé , si la loi sociale n'intervient point pour proscrire l'usure , si on en laisse l'abolition à l'influence des mœurs, à l'initiative populaire, nous maintenons que la même intelligence, le même esprit de justice et d'égalité qui, paribi ie peuple, aura réprouvé l'usure sous toutes ses formes, réprouvera en même temps et au même degré l'échange et la production arbitraires, et jusqu'au monopole solitaire ou corporatif de la terre et des capitaux ; que par conséquent le même mouvement radical et progressif emportera le même jour toutes ces formes désormais odieuses de l'exploitation du travail par le capital.

Si le souverain ou l'opinion générale incline au contraire assex de ce côté pour Investir l'Etat-peuple ou rEtat-représentant de l'autorité nécessaire pour décréter législativemeot la .suppression universelle de l'usure sous toutes ses formes, nous maintenons, toujours en nous fondant sur la force et la logique des choses» que le souverain voudra davantage, exigera un ensemble de mesures radicales dont l'efficacité promette durée ; et répugnera à sanctionner une mesure qui, dans son isolement, ne laisserait en expectative aux pauvres et aux riches, aux travailleurs et aux capitalistes, que le désordre, la subversion, la lutte, le chaos, la guerre servile ; et finalement, ou l'esclavage des uns, ou la dépossession violente et absolue des autres.

La voie de salut est donc bien indiquée telle qu'elle l'a été par le Socialisme : Ouvriers et paysans, associez-vous: car ('association est le seul terrain où vous puissiex avec avantage déclarer la guerre à l'usure sous toutes ses formes.

n nous sera facile de prouver dans un prochain article, que Yusure n'est qu'une des formes de l'exploitation 1 de tliomme par F homme*

Néanmoins, qu'on ne se méprenne pas sur nos conclusions : plutôt la sup* pression [libre ou officielle, mais libre de préférence) de l'usure que rien. A défaut de mieux, elle est encore à conseiller ; car nous comptons sur l'inconnu qui est au bout. Si Ton ne veut pas nous donner un plus grand progrès , nous n'en rejetterons pas pour cela un moindre. Or, le seul changement devient ici à nos yeux un bien ; car le temps des expérimentations sociales est arrivé. Plutôt l'agitation du mouvement que le calme plat de l'immobilité systématique des Satisfaits.

QU'EST-CE QUE Là FONCTION SOCIALE?

L'une des premières conséquences du principe de solidarité, d'unité économique, de liberté et d'égalité, c'est la transformation de tout citoyen en associéfonctionnaire; et de tout travail, de toute œuvre ou profession industrielle, agricole, scientifique, administrative, artistiqne, en fonction sociale.

Nous entendons ici par fonction, la part d'activité utile ou de travail, et tout à la fois l'emploi, la place obligatoirement affectée à chaque citoyen, par la société, dans l'œuvre de production des richesses collectives ; comme condition de l'accomplissement du but social; et, d'abord, comme condition de la jouissance des droits naturels de l'individu, et de sa participation à tous les bénéfices, à tous les avantages, matériels et moraux, de l'association.

L'humanité est un grand être collectif, un tout immense dont nul n'a le droit de se détacher, parce qu'on ne peut le faire sans causer les plus grands maux à ses frères et à soi-même. La société marche avant les individus; ou plutôt, dans l'organisation, sociale, il faut partir tout à la fois du membre et du corps, de la partie et du tout indivisiblement rattachés et solidaires ; et faire, d'une multitude anarchique, une unité vivante. La justice sociale ne reconnaît pas d'individus isolés. Les droits des uns sont naturellement limités par ies droits égaux des autres. Nul ne peut statuer sur ses droits en l'absence de la société. On n'a même aucun droit en dehors d'elle ; car tout se rapporte à elle, se mesure par elle, reproduit pour elle, et doit se rétribuer par elle. Nous travaillons donc tous pour la société, et ne pouvons travailler sans égard à clic. Les citoyens ne peuvent donc pas faire corps à part, ni s'exploiter réciproquement.

La Société, économiquement parlant, est un vaste atelier d'industrie, de science et de beaux-arts : elle a un but de conservation, de développement et de perfectionnement collectif, en vue duquel chacun est tenu de venir s'ordonner à un centre directeur pour la tâche commune, pour le bien commun, et par conséquent de recevoir une ou plusieurs fonctions.

Il n'y a dans une société rien que du travail à opérer, des instrumens et des conditions pour opérer ce travail, et des travailleurs qui l'opèrent: ou, si l'on aime mieux, il y a des travaux, des fonctions utiles, indispensables ou agréables à tous ; des instrumens et des conditions matérielles et immatérielles de ces fonctions, et des fonctionnaires qui se servent de ces instrumens, afin de remplir ces fonctions.

Il n'y a donc, il ne doit donc y avoir que le travail, la matière et les conditions du travail, et les travailleurs, ou plutôt : la fonction, la matière et les conditions de la fonction; enfin, les fonctionnaires. Tout le reste est su* perdu, mensonger, parasite, illégitime ou funeste.

Evidemment, la matière et les conditions de la fonction ne peuvent faire Pobjet d'une appropriation exclusive, d'un monopole individuel ou corporatif» Le droit de propriété ne saurait aller jusque-là : son vrai domaine est celui des produits destinés à la consommation de chacun et de tous. De ces deux espèces de propriétés, Tune est la richesse de la société ; l'autre est la richesse des individus.

La fécondité de la terre échappera donc à toute appropriation individuelle, à tout monopole; et la propriété des instrumens de travail sera commune, sociale, indivise. Et tout atelier de richesses sera une dépendance, une succursale de la vaste association nationale. Tout emploi, toute profession, tout service, une fonction sociale ; tout travailleur, un associé-fonctionnaire de la grande compagnie qu'on appelle Peuple.

Nous sommes ici dans l'idéal, au point de vue des principes : nous considérons ce qui doit être, ce qui serait, si les hommes étalent justes et sages ; s'ils savaient et voulaient.

Dans ce milieu donc, chaque fonction a ses conditions matérielles qui constituent ses instrumens.

Ces instrumens de la fonction sont la propriété collective du peuple; propriété inaliénable, indivise, et qui ne peut être appropriée que par délégation, par l'investiture toujours et incessamment révocable dans le cercle tracé par la loi de justice sociale, de salut public, égale pour tous. A chaque fonction, est affecté un traitement, auquel le titulaire a nécessairement droit comme attaché à l'accomplissement de son devoir. Ce traitemeut est l'expression conventionnelle, monétaire ou autre, de la propriété du fonctionnaire, c'est* à-dire de sa participation dans le dividende des richesses consommables, collectivement produites par tous les ordres de fonctionnaires. Ce traitement, ce dividende particulier lui appartient souverainement. C'est le revenu, le titre avec lequel il se procure, selon ses goûts, sa part de richesses consommables : il peut se mouvoir encore eu toute liberté dans le cercle de ses ressources, dès qu'il remplit les obligations de sa fonction ; et tout se peut facilement combiner entre fonctionnaires, pour que chacun puisse se déplacer, changer d'atelier ou de résidence, voyager, s'appartenir enfin au sein de l'ordre universel.

Là est le gage de la liberté individuelle, de la moralité, de la dignité, enfin du possible et du positif.

Les fonctions, cela est sous-entendu, se donnent suivant des îcglemens, des conditions égales pour tous, accessibles à tous. Ce n'est, pour le dire en passant, ni le sort aveugle, ni l'arbitraire des chefs qui en décide ; mais la vocation, l'aptitude, les forces relatives constatées au grand jour de la publicité, par des jurys émanant directement du Peuple, par des pairs ou égaux.

Le droit de propriété se transforme en droit à une fonction sociale , qui donc est toujours entourée , comme condition ou moyen , d'instrumens de travail , lesquels sont l'investiture de cette fonction. — La propriétéinstrument est dans la fonction même dont on est investi par le Peuple. — La propriété-jouissance, on le revenu de la propriété, est dans les bénéfices, dans le dividende ou le traitement attaché à la fonction, dès qu'elle a été régulièrement remplie •

Maintenant, pourquoi le droit de propriété, la propriété elle-même et ses bénéfices ainsi transformés , ne seraient-ils pas aussi sacrés , aussi garantis, aussi réels que le fut jusqu'ici l'ancienne Constitution?

La sécurité, dans les deux cas, dépend absolument des mœurs, des institutions, des lois et des codes.

Ainsi, dans ce nouveau Monde, la propriété des instrumens de travail est

indivise» sociale » et le travail est collectif. — Et il y a deux sortes de propriété : la propriété nationale, la propriété individuelle. — 1°. La propriété nationale comprend tous les instrumens de travail : terres et autres capitaux, toutes les conditions matérielles de la production, toutes les richesses nécessaires au service, aox fonctions sociales ; — 2°. La propriété personnelle, matérielle, est la portion de richesses consommables privativement, échue à chacun selon sa fonction.

La part de propriété ou de richesses consommables , ou plutôt la fonction et le traitement affectés à chaque citoyen, ne peuvent donc être déterminé* que par ta toi, qui , dès lors, les consacre et les garantit d'une manière absolue.

L'idée de fonction emporte l'idée de socialisation des instrumens de travail. Ces deux institutions économiques sont inséparables : qui admet Tune, admet nécessairement l'autre.

Il y a incompatibilité radicale entre ces deux mots fonctionnaire et propriétaire. Fonction suppose délégation conditionnelle , révocation possible , subordination de la volonté particulière à la volonté collective. — Donc, transformer le travailleur en associé- fonctionnaire, c'est transformer l'appropriation en délégation ; l'investiture indéfinie, absolue ou inconditionnelle, en investiture temporaire, conditionnelle, incessamment révocable au jugement du souverain, dans les limites de l'immuable constitution , sauvegarde de la liberté individuelle.

On aboutirait aux mêmes conclusions en partant du principe de la désappropriation ou de la socialisation des terres et des capitaux.

L'unique raison qui justifie l'octroi d'une fonction au travailleur-citoyen dans le grand atelier de la production, c'est l'aptitude relative, constatée. Donc, il ne doit point être permis au premier venu de se constituer producteur ou titulaire d'une fonction qu'il est relativement incapable de remplir.

Laifsera-t-on à toujours l'élection se faire par la concurrence, la compétition et la lutte, avec la perspective de désastres ou de gaspillage; et l'échange s'accomplir sous l'action fortuite du rapport de l'offre et de la demande? Ou bien substituera-t-on à l'anarchie et à la licence, dans la production, le concours, l'examen, l'épreuve, l'aptitude relative ; et dans t'échange, l'estimation par un jury d'équité , et la tarification par maximâ et minimd, ou la régie de tous les produits ; et la vente par l'intermédiaire d'une institution sociale, de la gérance de l'association , etc. : enfin au monopole, à l'appropriation individuelle, exclusive, de la terre et des autres capitaux, la socialisation des instrumens de travail ?

ht droit au travail, au crédit, impossible à réaliser dans le milieu du monopole des terres et des capitaux , de la production anarchique , aveugle et incertaine, est ici de solution extrêmement facile ; car la fonction n'est pas autre chose que la réalisation définitive, consacrée, vivante, de ce droit au travail ou au crédit pour tous sans exception.

Tout associé-fonctionnaire est nécessairement garanti dans son travail, dans la satisfaction de ses besoins , dans son avenir, avec justice et égalité. Il suffit pour toute condition absolue, de remplir les devoirs, de consentir aux exigences réelles de la fonction : qui veut les bénéfices, doit vouloir les charges : chacun doit porter son propre fardeau ; celui qui ne veut pas travailler n'a pas le droit de manger.

Par le classement, les individus reçoivent leur fonction; par le crédit, ils en reçoivent les instrumens. Le crédit et le classement consacrent et réalisent leur droit au travail, en les investissant des moyens de travail ; une équitable répartition leur assure la légitime récompense de leur travail.

Et de même de l'impôt Dans ces conditions nouvelles da capital et du travail, la question de l'impôt est toute simple. Il n'y a plus d'impôt dans la grande société nationale, pas plus qu'il n'y en a dans les petites sociétés de chemins de fer et autres. Les frais nécessaires à la bonne gestion des intérêts généraux •ont prélevés sur les produits bruts de l'association. H n'y a même plus de irais étrangers à la grande compagnie ou société nationale : toute dépense a pour but, pour occasion, ou pour objet, les fonctions et les fonctionnaires : il n'y a donc plus deux bourses , deux trésors, deux intérêts , celui des citoyens et celui de l'Etat. Donc l'impôt est sans raison d'être : il n'y en a plus.

Avec l'institution de la fonction, le paupérisme, la misère ne peut plus être le lot de personne ; la pauvreté involontaire est impossible : vous coupez court à toutes ces interminables lamentations sur la difficulté d'extirper la misère et la mendicité. Plus d'ainères et de cruelles inquiétudes chez les parens sur l'avenir de leurs jeunes enfans. Chacun a sa place certaine , exigible , à la tâche et au banquet de la vie morale et matérielle. Plus de vocations méconnues, faussées ou atrophiées. Toutes les aptitudes, tous les goûts, ont leur raison d'être : les cadres tout préparés dans le grand laboratoire national, leur correspondent et les attendent, les sollicitent et les appellent.

L'idée de fonction est le corollaire obligé de l'idée de solidarité, d'égalité et d'unité économique; partant, la condition et la garantie de la liberté, le moyen et la sanction infaillibles de la responsabilité personnelle.

La liberté individuelle ne peut trouver ses garanties sérieuses que dans la fonction; car la fonction délimite officiellement l'activité sociale de l'individu; car chacune des attributions de la fonction est naturellement une digue pour la liberté du titulaire et pour celle d'autrui. Tous étant esclaves de la loi commune, tous sont donc libres l'un par rapport à l'autre, c'est-à-dire indépendans du caprice ou de la volonté d'un représentant ou agent , quel qu'il soit , du souverain ou du peuple. Tout associé-fonctionnaire, n'importe son emploi, reste donc ce qu'il est, ce qu'il doit être toujours et partout : roi et prêtre, membre du souverain, et souverain même dans le cercle (< ; gal à tous les autres cercles) tracé à sou activité par la charte de sa fonction.

La fonction remplie est donc le gage de tous les genres d'indépendance et de liberté; elle implique l'essor de toutes les facultés, la satisfaction de tous les besoins de Tordre moral et matériel : elle s'applique à tous les ordres de travaux et de richesses, depuis la haute fonction de l'éducation populaire jusqu'aux moindres soins de la vie physique.

Quant au principe, si important, de la responsabilité personnelle, auxiliaire naturel de la liberté individuelle, il est ici manifeste, et entouré d'une continuelle sanction.

Toutes les garanties de la liberté individuelle la plus jalouse sont donc concentrées dans ce motqui est à lui seul comme la moitié du Socialisme pratique : fonction sociale. Quels sont les privilèges de la fonction? Voilà à quoi se réduit la preuve de la liberté que nous appelons négative, dans le nouveau monde. Tant vaudront ces privilèges, tant vaudra lu liberté. Elle ne prend corps que dans la fonction et par la fonction.

Du reste, jamais il ne pourra être question de dire à un membre de la société: vas à telle fonction; comme on lui dit aujourd'hui: sois soldat. Non, c'est là de l'esclavage; il ne faut forcer personne à prendre telle ou telle fonction; il faut que chacun soit conduit indirectcmsnl là où il doit être ; et, généralement, ce sera là où l'on aime à être qu'on sera. Ainsi Ton dira : vous préférez celte fonction? Libre à vous d'y prétendre; mais faites vos preuves relatives, et elle est à vous, dans les limites des besoins de cette fonction : — sinon, non ; car si les cadres sont pleins, votre présence serait funeste à vous ou à autrui.

N'est-ce pas ce qui doit être, sous peine de jeter la perturbation dans tontes les existences* et introduire le gaspillage* le parasitisme, la complicaùou et l'anarchie dans l'économie d'une société ?

C'est ainsi, et dans ces limites, que la libre productionûoli être comprise ; ou bien vous rentrex dans la concurrence, dans la compétition dépréciative, au bout de laquelle il n'y a que désastres, charlatanisme et fraudes.

Point n'est question de contraindre personne a* travail. Imposer des conditions à votre activité créatrice ou productrice, tracer le cercle de votre liberté, diriger môme votre travail dans l'oeuvre collective, ce n'est aucunement vous faire travailler quand vous ne voulez pas, cootre votre gré, ni même vous faire faire ce qui vous répugne : il est des fatalités à vous particulières et indépendantes de la volonté de qui que ce soit, lesquelles vous conduisent où vous allei. On vous soumet aux condition* communes du travail de tous, du salut de tous, de l'intérêt de tous, vous compris ; et l'on vous laisse parfaitement libre de travailler ou de ne pas travailler dans ces conditions justes et normales. Vous Mes toujours l'instrument de votre sort; toujours responsable de vos actes et de votre destinée ; c'est vous encore qui faites votre lit comme vous voulez vous coucher ; vous le faites en liberté, mais non plus dans une indépendance licencieuse qui porte le trouble, la privation et le malheur au sein de ce tout dont vous êtes un membre solidaire.

Il faut que tout fonctionnaire puisse permuter avec les titulaires de fonctions similaires, en tous temps, en tous lieux, afin de pouvoir échapper aux incompatibilités de personnel, afin de pouvoir voyager, habiter le climat, le milieu qu'on préfère, etc. Ces franchises sont faciles à offrir, en organisant les demandes et les offres de ce genre, comme celles de tout ordre, par le vaste système de publicité universelle dont nous occuperons dos lecteurs à l'occasion.

Une autre et sérieuse garantie pour la liberté individuelle se trouve dans les limites fixées h la solidarité même des intérêts. Il y a bien (et cela est juste, et bon à tous) solidarité pour toutes Tes chances de force majeure inhérentes à la vie humaine : l'assurance mutuelle existe, inéludable, pour tous les ras tels que l'enfance et la vieillesse, la maladie elles infirmités ou incapacités virtuelles. Mais la solidarité cesse là où commence la responsabilité personnelle, c'està-dire là où se déterminent notre libre arbitre et tous les actes subversifs ou privatifs par lesquels nous pouvons manquer aux devoirs de notre fonction, aux conditions de la mutualité et de l'égalité.

Or, il faut bien qu'on se le persuade : ce que nous demandons est déjà reconnu, existe déjà dans le moindre atelier : seulement nous voulons universaliser, élever à la dignité d'une institution sociale, ce qui n'est encore que le signe de la servitude ou de la sujétion du travailleur, et comme le mensonge de la fonction; ce qui sera, ainsi transformé, le signe et le gage de l'affranchissement, de l'indépendance, de la sécurité, de la liberté, de l'égalité, et de l'avenir du Peuple tout entier.

Voyez partout où il y a de l'ordre, de la prévoyance et de la sécurité; de la dignité, pour tous les citoyens ; de l'économie, quelque efficacité dans les moyens, de la persistance dans le but ; voyez partout où la production, la répartition et la consommation de certaines richesses sociales, sont organisées: — dans les administrations publiques et particulières, dans le clergé ; dans l'industrie privée elle-même, les sociétés par actions, les grandes exploitations, les chemins de fer et jusqu'aux ateliers des manufactures!.. — L'élément d'ordre, Tunique élément, c'est la fonction ; la fonction spéciale, reconnue de tous, ayant des attributions bien délimitées, et rigoureusement exigées du titulaire.

Dès que l'on trouve quelque part iuslituéc la fonction régulière, on trouve

la sécurité poor tons les accidcns île force majeure, pour la vieillesse du fonctionnaire, pour le chômage des malades, et la retraite ; et des garanti -s plus ou moins efficaces contre l'arbitraire ; l'appel comme d'abus, etc.

Cette conception porte donc avec elle, jusque dans les moyens de réalisation, ses garanties et ses conditions d'ordre, de dignité, de paix, de sécurité et de liberté véritable poor tous. En effet, puisqu'il sagit d'assurer à tous sans exception, l'éducation, la fonction, la rétribution et la retraite ; et la carrière et l'avenir en tous temps, comment son avènement dans les faits sociaux, pourrait-il exiger la violence, la spoliation, des sacrifices sans compensations, des déplacemens brusques; enfin des troubles dans les profondeurs de la Société ? ^

Je ne parle pas de l'armée : je craindrais qu'on en concilie légèrement que / ufc^ nous voulons importer dans l'atelier, l'odieux régime de la caserne ; nous qui / avons en aversion et en haine l'obéissance passive partout ailleurs que devant l'ennemi, sur le champ de bataille.

La fonction est la garantie de l'ordre et de la liberté, avons-nous dit, parecqu'elle implique et la règle et la responsabilité ; parce qu'elle n'est que la forme saillante de l'organisation des devoirs et des droits. Vous voulez l'ordre dans la liberté et l'égalité ; la liberté dans l'ordre et l'égalité ; les voici tout trouvés.

Je le répète : voyez tous les corps organisés, constitués : la magistrature, l'université, etc., mais surtout, voyez l'atelier bourgeois, la manufacture bourgeoise, le chemin de fer, l'administration bourgeoise : est-ce que chaque travailleur n'a point ici sa fonction spéciale, ses attributions exclusives ; est ce que chacun peut faire ce qu'il veut, quand il veut, comme il veut? La division du travail, en effet, quia lieu partout comme condition d'écouomie, de perfection, de rapidité et de puissance, qu'est-ce autre chose donc que la reconnaissance et l'application de cette idée : la fonction.

A chaque ordre de fonctions dans l'atelier, sont affectés un traitement, un salaire, un régime, des conditions particulières ; chaque infraction, chaque négligence emporte retenue, ou sanction quelconqne; enûnun règlement égal pour tous, indiquant les heures de travail, de repos, etc. , plane au-dessus de toutes les fonctions et de tous les fonctionnaires.

Où est donc le mal, où commence l'imperfection disciplinaire de l'atelier, de la manufacture, de l'industrie particulière ? Elle commence précisément la où finit la fonction, le règlement, la discipline, la responsabilité , elle commence là où apparaît le maître, l'entrepreneur, le capitaliste, le bourgeois ou \e propriétaire; c'est-à-dire, là où commence I'arbitraiiie, le privilège.

Faites, au contraire, que les relations de maîtres à ouvriers, d'ateliers à ateliers, soient ce qu'elles sont, d'une mauière encore très informe, d'ouvriers à ouvriers, ou d'ouvriers à maîtres ; c'est-à-dire, généralisez, universalisez la

{'onction, le règlement, la responsabilité; et dès l'instant, l'ordre, la liberté» la ustice distribuée, l'unité et l'égalité des conditions seul consommés à souhait dans toutes les relations sociales.

En d'autres termes, faites qu'il n'y ait que des associés- fonctionnaires; faites que le maître, le chef d'industrie actuel ; celui de qui dépend aujourd'hui le travail, et l'admission ou le renvoi, et le taux du salaire de l'ouvrier, et le règlement de l'atelier; que celui qui est tout puissant et autocrate, sans contrôle supérieur, dans l'industrie, soit lui-même un associé- fonctionnaire, ayant à répondre comme l'ouvrier à plus haut que lui; c'est-à-dire au souverain, à tout le monde, au peuple, de ses faits et gestes ; que contins tout le monde enfin, il soit ramené à l'égalité des conditions économiques et politiques

Car, en vérité, concevei-vous qu'on se dise des hommes tons libres, tous égaux et frères ; et que Ton soit séparé en deux camps, en deux mondes, en deux natures radicalement inégales en fait; celle des gens qui détiennent les instrumens de travail ; disposent des terres comme d'un monopole héréditaire; font ou ne font pas travailler selon leur bon plaisir; octroyent ainsi les moyens de vivre; décident de tout, et d'abord de la liberté d'autrui; battent monnaie au moyeu de l'usure; — et celle des gens nés pour servir ceux-là, pour en être la cheville ouvrière, les abeilles diligentes, pourvoyeuses de toutes les superfluités promises à ces demi-dieux; pas même si peu! pour végéter, s'étioler, s'amaigrir, s'exténuer dans toutes les privations de la misère et les angoisses de l'humiliation !

Pourquoi ce privilège , cette anarchie , ce grand déni de justice , s'il vous plait? Pourquoi tous ces potentats, et ce troupeau?

Quoi! dans ce* fameux pays de France, soixante ans après 89, quand la nation respecte comme un seul homme l'unité civile et politique , le principe de l'égalité devant la loi, on y voit encore tout se gouverner en réalité dans le grand œuvre de la richesse nationale, de la répartition et de la consommatioq, comme aux beaux jours des rois et des aristocrates de l'ancien régime !

Il faut, — le souverain le comprendra et le voudra bientôt, — il faut ramener tout à Tordre, à l'égalité des conditions: vivre en travaillant; être des humains, de simples morteïs, soumis comme tout le monde à la loi commune : des citoyens entid et non des maîtres. Qu'est-ce que cela et n'est-ce pas ce qu'on peut désirer de mieux? Il faut, disons-nous; car le nœud gordien est la. Or, on le peut : il suffit de déclarer dans Tune des futures révisions de la Constitution (pour ne rien dire de l'imprévu de Tordre fatal), qu'il n'y a plus en France, dans le grand laboratoire des richesses sociales de tout ordre, que des fonctions et des associés-fonctionnaires*

Le Fouriérisme, le Saint-Simonisme et le Communisme sont, dans leurs systèmes d'association, comme trois momens ou stations progressives de la même doctrine de solidarité, et de la même conception de fonction.

Cette vue d'économie sociale n'est donc pas neuve : écoutez les premiers chrétiens par la voix de saint Paul ; « Il y a diversité de dons , mais il n'y a qu'un même esprit. — Il y a aussi diversité de ministères, mais il n'y a qu'un même Seigneur. Il y a aussi diversité d'opérations, mais il n'y a qu'un même Dieu qui opère toutes choses en tous. Mais t esprit qui se manifeste dans chacun lui est donné pour Tutilité de tous... —Je voudrais que tous les hommes fussent comme moi, mais chacun a reçu de Dieu son don pabticdlieb, l'un (Tune manière et l'autre d'une autre. *

« J'avertis chacun de vous.. . de n'avoir pas d'eux-mêmes une plus haute opi* nion qu'ils ne doivent, mais d'avoir des sentimens modestes , selon la mesure de la foi que Dieu a départie à chacun , — car comme nous avons plusieurs membres dans un seul corps , et que tous les membres n'ont pas une même fonction ; ainsi nous, quoique nous soyons plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ , et nous sommes chacun en particulier les membres les uns des autres. — C'est pourquoi, puisque nous avons des dons di/férens, selon la grâce qui nous a été donnée, que celui qui a le don de prophétie l'exerce selon ta mesure de la foi qu'il a reçue; — que celui qui est appelé au ministère s'attache à son ministère ; que celui qui a le don d'enseigner s'applique à l'instruction ; que celui qui est chargé ^exhorter, exhorte; que celui qui distribue les aumônes, le fasse avec simplicité ; que celui qui préside le fasse avec so n... »

11 y a plus : toute l'économie sociale du passé depuis mémoire de peuple, repose essentiellement sur la notion de fonction. Les divisions par castes, par tribus, par classes; celles de prêtres, guerriers, agriculteurs, artisans; celtes

de citoyen associé-fonctionnaire ; voili toale totre politique résumée dus un mot. Hors de la fonction et de ta solidarité, point de salut.

Ainsi, la question d'organisation du travail, telle qu'on la pose ici, est simple et nette.

H y aura encore, dans la plupart des milieux prétendus sociaux que nous proposent les politiques, des chances aléatoires : or, la Justice, le droit* l'égalité, disent qu'il ne doit point eu exister dans une société bien réglée. — Le Socialisme juste, ramène tout le tmail social à des fonctions; il assimile tout trayaiUeur à un associé- fonctionnaire; il fait de toutes les terres* de tous les capitaux , de tous les fends productifs , la propriété indifise de la Société.

Le droit de propriété, c'est le droit de vivre, l'est le droit d'être soi. Gomment dès lors le contester? Mais ce droit ne va point Jusqu'à s'approprier les instrumens de travail, les objets, la matière, condition absolue précisément de la garantie du droit de propriété pour tous. — Afin de réaliser constamment le droit de propriété , ou mieux la propriété pour tous , il faut foire de tout travail, de toute Industrie , une fonction sociale ; de tout citoyen, de tout travailleur, un fonctionnaire sodal.

En conséquence :

Le droit de propriété sur les instrumens de travail se transforme en droit à la fonction. — V appropriation se transforme en délégation : au lieu d'être absolue ou arbitraire, quant à la nature de la chose déléguée, la propriété sociale est conditionnelle.

La propriété même, est dans la jouissance ou dans Vusage de la fonction, dans les attributions qui la constituent.

le revenu, le salaire, le profit, le bénéfice de la propriété se transforme en traitement ou émolument.

Le crédit se détermine par la fonction ; il se réalise par l'investiture de la fonction; et, nécessairement, H est gratuit, comme toute fonction, à charge de bonne et due gestion,

La production, de libre ou arbitraire, aveugle et disproportionnée, devient conditionnelle et régulière; intelligente, et proportionnelle aux besoins généraux,

V échange se fait par l'intermédiaire de la société, de la gérance , qui l'effectue, d'une part, en distribuant à tous les matières premières, les conditions et les instrumen9 de leur fonction; d'autre part, par le traitement garanti aux fonctionnaires, et par la vente aux consommateurs,

H nous reste à dire comment, tn général, suivant nos principes, la fonction doit se donner ou le classement se faire ; comment la valeur relative des produits doit s'estimer, et le traitement se déterminer, et la vente s'effectuer, et la consommation s'opérer ; comment la responsabilité personnelle recevra sanction; sll y aura variété, multiplicité ou uniformité de fonctions, etc.

Mais on n'attendra pas de nous que nous prophétisions scientifiquement l'avenir; on ne nous prêtera pas l'insigne présomption de vouloir enserrer d'avance la sportanéité et l'initiative du genre humain futur, jusque dans les détails de nos conceptions individuelles; lorsqu'en réalité ces conceptions elles-mêmes, dans ce qu'elles ont de plus général, nous ne les offrons encore au souverain que comme l'expression de nos désirs et de notre espérance ; — fidèles que nous sommes, dans ces limites, à la maxime républicaine : Que chacun propose; que tous disposent.

GOTIQUE DES IDÉES

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