‹ Le salut par l'eliteChapitre 15 sur 51 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

L’Elite qui prépare le salut de la masse se recrute dans toutes les conditions sociales et à la campagne comme à la ville. Après avoir signalé l’Elite bourgeoise, l’Elite ouvrière et l'Elite rurale, disons un . mot de l’Elite consacrée. Saluons-la au passage.

Elle émerge de notre pauvre humanité. Elle est au sommet. Admirons les sommets et surtout sachons reconnaître les bienfaits qui en descendent jusque dans nos humbles vallées. Des montagnes viennent les fleuves qui arrosent et fertilisent les plaines. Sommet imposant, source jaillissante, l’Elite consacrée se présente sous les troïs formes concrètes qui s'appellent le clergé séculier, les [Instituts religieux, les Ordres contemplatifs. Un mot seulement sur ce vaste sujet.

Le clergé séculier.

L’Elite consacrée comprend d’abord le clergé sécu-

lier, c'est-à-dire les 40.000 prêtres de France qui

essaient le mieux possible de se sanctifier et de sanctifier les âmes.

Le Christ leur a dit : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. Vivez comme j’ai vécu. Soyez doux et humbles de cœur, détachés et pauvres comme je l'ai été moi-même. Soyez chastes et “vivez comme les anges dans une chair mortelle. » Et ils y travaillent. Je ne dis pas qu'ils y arrivent tous, toujours et pleinement. Mais les insuccès de quelques-uns prouvent précisément la hauteur du but et le mérite du grand nombre qui réussit à l’atteindre. À propos de l'émotion sincère ou factice qui éclate dès que la robe du prêtre paraît éclaboussée, Chesnelong disait : « Si les taches paraissent, c'est que la robe est blanche. » Et ellé l’est, en effet, au moins dans sa presque totalité.

Le cardinal Ainette quittait un diocèse paisible de Normandie lorsqu'il arriva à Paris et, apercevant les grandes cheminées d'usines de la banlieue, supputant la lourdeur de la charge qui lui incombait dans ce diocèse si petit comme superficie, mais si grand par le nombre d'habitants, il était rempli d'effroi. Puis, se ressaisissant, il disait : « Je ne m'en tirérai qu'en devenant un saint. » Voilà bien l’état d'âme de tout homme consacré à Dieu quand il se considère lui-même avec toutes ses faiblesses et quand 1l considère sa tâche avec toutes les responsabilités qu’elle lui impose. « Je ne m'en tirerai qu'en devenant un saint », dit l'Evêque en regardant son diocèse, le Curé en entrant dans sa paroisse, l'humble Vicaire en dirigeant son catéchisme et son patronage.

Car le prêtre, avant de sanctifier les autres, doit d'abord se sanctifier lui-même, ou plutôt il doit mener de front les deux entreprises qui s’identifient et réagissent l’une sur l’autre, qui vont au même terme et viennent du même commandement. Le Christ qui a dit à ses prêtres : « Soyez parfaits ! » leur à dit aussi : « Allez, enseignez toutes les nations : euntes -docete.… tte ad oves, allez vers vos brebis ! » L'archevêque américain, Mgr Ireland, racontait un jour aux prêtres de Paris : « [Il me souvient d’un bon Directeur de Séminaire qui me disait dans ma jeunesse : « Que le prêtre soit seulément à l'autel, au « confessionnal, au lit du mourant, arrêtez-vous là. » Si je l'avais écouté, je n'aurais pas été bien loin. » Sans doute le prêtre est un officier de mariage et d’inhumation, un pourvoyeur de sacrements, mais il n’est pas que cela. Il est un apôtre, un évangélisateur, un conquérant des âmes, un conducteur du troupeau, l’homme de Dieu, et par conséquent l’homme de tous. Il a une fonction sociale qui aide et complète sa fonction surnaturelle. Il va aux enfants, aux paüvres, aux malades, aux hommes qui sont la tête, à la jeunesse qui est l'avenir, au peuplé qui est le nombre. Il veille sur les brebis fidèles et 1l recherche lés brebis égarées. Il ramène la masse à l’église et à Dieu, en lui offrant dans le temple une place gratuite, une prédication adaptée, des fêtes et manifestations religieuses attirantes, en lui envoyant de bons livres ét de bons journaux, en lui rendant mille services d'ordre spirituel et d'ordre matériel.

Et parce que, pour suffire à une pareille tâche de pénétration et de conquête, le temps lui manque souvent, souvent aussi l’argent, quelquefois même l'ap-

titude à renverser la montagne de glace qui le sépare de son peuple, il choisit des auxiliaires, il se fait aïder par de pieux laïques, par des dames patronnesses, par des conférenciers et des propagandistes qui prolongent son apostolat auprès de ia masse. Ah ! plaise à Dieu que l’action du clergé obtienne son plein effet ! Dans une réunion révolutionnaire tenue à Paris, un socialiste belge disait : « Nous ne pouvons rien sur les populations flamandes, elles écoutent leurs curés. » Plaise à Dieu que l’on puisse faire le même élogé de nos populations françaises ! Si elles écoutaient leurs curés, si elles se montraient dociles aux enseignements de la religion, comme tout irait bien dans notre chère France convertie, pacifiée, remise en ordre !

TE

Les Instituts religieux.

Avec le clergé séculier, l’Elite consacrée comprend les Instituts religieux qui sont pour tous une aide fraternelle, un entraînement irrésistible, un argument décisif.

La masse, pour revenir à Dieu, a besoin d’être attirée par des services. Or on ne peut pas compter tous les services et tous les bienfaits qui descendent sur le monde de ces hauts sommets de la perfection qu'on appelle les Instituts religieux.

Dans le passé ce sont les Instituts religieux qui

Ars li4 : [4 F2

assurent partout le progrès des lettres, des sciences et des arts, qui défrichent le sol et fondent l’agriculture, qui cultivent les âmes plus barbares que le sol, qui guérissent ou préviennent toutes les misères.

Dans le présent, ce sont nos missionnaires, nos religieux et nos religieuses qui sont encore debout à tous les postes du dévouement, d’où ils s’élancent pour porter l'Evangile jusqu’au bout du monde, pour élever les enfants et éduquer la jeunesse, pour soigner les malades, les orphelins, les vieillards, pour assister les faibles, les petits, les déshérités de la terre.

Quelle aide magnifiquement fraternelle ! Français, voudriez-vous supprimer ces miracles de dévouement et priver de ses meilleurs amis l'humanité souffrante? Voudriez-vous proscrire ceux et celles qui se sont donnés au Christ pour vous appartenir davantage, qui ont fait vœu de vous assister dans la pauyreté, de vous servir dans l’obéissance, de vous aimer dans la chasteté parfaite? Non. Vous serez meilleurs que lesAthéniens qui bannissaient le justeAristide et vous n’accepterez pas d’être inférieurs aux Romains qui respectaient leurs Vestales. Et, non contents d’admirer et de bénir les grandes âmes qui vous précèdent dans le chemin de la perfection, vous essaierez de les suivre !

La masse, pour revenir à Dieu, a besoin d’y être entraînée par des exemples. En voyant la morale chrétienne réalisée, nous la croyons réalisable et plus volontiers nous essayons d’en gravir les sentiers. Que fait donc la sainte Eglise? Pour nous aïder

Page 1