D'ÊTRE VIVIFIÉE PAR UNE ÉLITE
La paroisse moderne a besoin d’une Elite pour s'améliorer.
Un jeune curé rappelait dernièrement dans son Bulletin paroissial la parole du Seigneur à Abraham : « Si je trouve cinquante justes dans cette ville, je pardonnerai à tout le pays », et il commentait ainsi la parole du Seigneur : « Il y a un moyen de ramener la foi et de restaurer la religion dans notre paroisse : c'est d'y trouver cinquante chrétiens, hommes et femmes, jeunes gens et jeunes filles, qui soient des Chrétiens pour tout de bon, qui fassent bloc avec le prêtre, qui sachent ce qu'ils veulent faire et qui s'y mettent carrément... Supposez cinquante âmes faisant ce raisonnement : nous sommes, nous, en possession de la vérité qui est la foi chrétienne. La majorité de nos concitoyens ou n’y croit pas ou vit pratiquement eomme si elle n’y croyait pas et elle risque son salut éternel... Or notre devoir, à nous, est de sauver nos frères. Vive Dieu ! nous les sauverons et nous arracherons notre pays au fléau de l'irréligion. Je vous le dis, continue le bon curé, si cinquante chrétiens parlaient et agissaient ainsi, avant qu'il soit longtemps, il y aurait du changeent dans la paroisse. Ce serait une entreprise admirable et qui produirait des miracles. Ce serait une expérience à tenter pour qui à de la foi, du cœur et du zèle. Qui veut entrer dans la phalange d'élite et combattre le bon combat? » Quel vibrant appel !
S'il était partout adressé et entendu, le salut n8. serait pas lent à venir.
Voici une paroïsse monstrueuse qui compte plusieurs dizaines de milliers d'habitants et qui est évangélisée par trois ou quatre prêtres. Les paroisses de ce genre sont nombreuses en France. Quand le pape Pie VI crut devoir protester contre le projet de la Constitution civile du clergé, un des points sur lesquels il attira l’attention du Souverain, alors que tant d’attentats contre l’orthodoxie pouvaient être imputés à cette œuvre de schisme et de persécution, c’est qu'il est contraire à l’esprit de l'Eglise de créer des paroisses qui auraient plus de 4.000 âmes, parce que, au-delà de ce chiflre, un curé ne peut plus connaître ses paroissiens et par conséquent n’est plus curé.
Dieu seul sait le mal que les paroisses anti-canoniques par le chiffre de leur population ont fait à la France du Concordat. Les familles prépondérantes ont continué à être connues et visitées et sont restées à peu près fidèles. Mais les milieux ouvriers n’ont guère vu le prêtre et ont suivi les mauvais bergers ; la masse n’a plus eu de pasteur proprement dit.
En attendant que vienne le temps — et ce ne sera pas demain — de sectionner les grandes paroisses de ville, n’y a-t-il rien à faire pour améliorer leur état actuel? Il y a quelque chose à faire. Au milieu de ces populations si compactes il faudrait susciter une Elite, puis se servir de cette Elite pour établir quartier par quartier le recensement, le registre des âmes où chaque famille à sa feuille. C’est le travail préa-
lable que le clergé tout seul ne peut pas faire, mais qu'il peut faire au moyen d’une Elite. Avec cette Elite il connaît sa population, il la pénètre, il l’explore, il l’assiste au spirituel et au temporel, et 1l y jette ou plutôt il y fait jeter quelques semences d’Evangile. Dans ce chaos un monde nouveau s’organise, dans ce paganisme une chrétienté s’élabore, dans ces vastes paroisses un meilleur avenir religieux est en germe et en croissance.
Voici maintenant une paroisse de proportion moyenne qui eët ravagée par l’erreur et le mensonge, par l’impiété et la démoralisation. Elle fut peut-être fervente autrefois, mais depuis longtemps déjà elle se décompose. Ou bien c’est une population neuve, récemment agglomérée et totalement gâtée par l’irréligion et le vice. Ces îlots dévastés ne sont pas rares sur notre terre de France.
Personne n'oserait dire qu'il est permis de les abandonner à leur malheureux sort, et d’un autre côté tout le monde comprend qu'il n’est pas possible d'aborder de front et de vaincre du premier coup leur scepticisme, leur néant religieux. L’apostolat immédiat et le plus fécond consiste à leur démontrer pratiquement la divinité du catholicisme, en leur offrant le spectacle d’un dévouement sincère et désintéressé, d’un amour surnaturel, passionné pour tout ce qu’ils ont de plus cher : leurs enfants, leurs malades, leurs morts, leur santé, leur travail, leur vie familiale et professionnelle. Peu à peu cette population, ravagée par le mal, constatera avec joie que la rue est moins malsaine, que la tenue des enfants est plus édifiante, que la religion est bonne à quelque chose et que par conséquent elle pourrait
bien être vraie. Mais quel travail d'approche long, lent, dur ! C’est le travail d’une Elite qui relève les ruines, remet en place les pierres dispersées, rebâtit la maison, reconstitue la paroisse.
Voici enfin une paroisse morte qui compte à peine quelques centaines d'habitants et qui est complètement vidée de toute sève religieuse. Les petites paroisses sont plus menacées de mort que les grandes. Dans une paroisse populeuse il est toujours possible et souvent facile de ramasser quelques bonnes unités et d’en faire une Elite vivante et agissante. Mais dans une petite paroisse le feu sacré s'éteint facilement et vite ; on ne fait pas un foyer avec deux ou trois charbons.
Que la paroisse d’ailleurs soit petite ou grande, il n'y à qu'un moyen de la ressusciter quand elle est morte, et ce moyen c’est l’action d’une Elite, si restreinte que soit cette Elite. Ne désespérons de rien ni de personne. En France, dans les coins les plus obscurs et les plus déshérités au point de vue moral et religieux, il reste toujours une étincelle de christianisme. Si un jour doit venir, jour lointain encore, mais inévitable et certain, où les mines de houille de notre petite planète seront sur le point d'être épuisées, jamais ne viendra la fin, l’épuisement des réserves de lumière et de chaleur enfermées dans l’Evangile. Le Christianisme est une mine de houille spirituelle qui suffira aux besoins de toutes les âmes, de tous les siècles, de tous les peuples, êt ce n'est pas demain que la France en sera définitivement dépourvue. Explorons ses pires régions et nous finirons par y découvrir quelque chance insoupçonnée de résurrection et de vie.