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D'ailleurs nous aurions tort de croire que la …
prédication évangélique, n’est pas sortie de l'Asie-Mineure et du continent européen avant l’ère des longs voyages et des grandes découvertes inaugurées par les navigateurs du xF
siècle. À la suite des premiers Apôtres qui se
sont précipités dès l’origine sur les routes de l'Afrique et de l’Extrème-Orient, leurs successeurs immédiats sont allés susciter des Elites et
réer de nouvelles chrétientés jusqu'au fond de l’Abyssinie, jusqu'aux Indes orientales, jusquen Chine. Trente ans seulement après la mort du Christ, saint Paul écrivant aux Ro- . mains leur disait déjà : « Votre foi est annoncée … dans le monde entier, » Puis un siècle après, … en l'an 162, le martyr rss et cent ans plus - tard, en Van 240, l'épologiste Tertullien, affirmaient le règne universel de Jésus-Christ chez les peuples « grecs ou barbares, de tout nom, de toutes mœurs, qu'ils habitent sur des cha- Li riots mobiles ou sous des tentes voyageuses ». Preuve évidente de l’activité et de la méthode des premiers apôtres et de leurs premiers successeurs.
Leur activité ? Elle apparaît en ceci que l’immensité du monde ne les effraie pas et qu'ils ont bien la volonté pratique de l’envahir et d’en
prendre possession. Quant à vouloir le conver-
tir d’un seul coup et tout entier, ils n'y pensent pes et ils savent qu'ils y perdraient leur temps et leur peine. Quelle est donc leur méthode? Ils cherchent, ils trouvent et ils établissent partout des Elites, et ces Elites groupées çà et là au milieu du paganisme deviennent des ferments qui pénètrent les âmes, des foyers qui rayonnent le Christianisme. C’est ainsi que peu à peu
et de proche en proche le monde a été gagné à
l'Evangile. Jésus-Christ avec ses Apôtres a fait
une sélection, et les Apôtres, eux aussi, ont fait une sélection avec leurs petites chrétientés naissantes. Former une Elite : tout est là.
. Suivons pas à pas vingt siècles d'histoire et.
voyons comment a procédé l'Eglise catholique.
Partout et toujours elle a adopté et pratiqué la méthode de son divin Fondateur et de ses premiers Apôtres, la méthode de l’Elite, de la conquête de la masse par l’Elite.
C'est en créant des Elites qu’elle a travaillé à sa propre diffusion. De siècle en siècle et de pays en pays elle a envoyé une Elite de grands Evêques, qui lentement et sûrement ont suscité des Elites de vrais chrétiens en un coin de telle île ou de tel continent. Elle a envoyé et elle envoie encore aujourd'hui ses missionnaires qui ne changent pas instantanément les loups en agneaux, qui ne convertissent pas en bloc les infidèles, mais instruisent patiemment un ou plusieurs infidèles pendant trois mois à quatre leçons d’une heure par semaine, et font peu à peu de ces premiers convertis le noyau d’une chrétienté nouvelle. £
C’est de même en s'appuyant sur des Elites … que l'Eglise, une fois établie quelque part, a pourvu à sa légitime défense. Pour protéger l’intégrité de sa doctrine, elle a recruté dans son clergé et parmi les laïques une Elite d'écrivains, d’orateurs, de docteurs. Pour sauver l'intégrité de sa discipline, elle a fait appel à une Elite de prêtres courageux et de (chrétiens fidèles qui librement et fièrement ont revendiqué les droits de la hiérarchie. C’est ainsi qu’elle a vaincu Je. schisme et. l’hérésié: "Pour
maintenir l'intégrité de ses conquêtes civilisatrices, elle a institué la Chevalerie, c’esta-dire une élite de justice, de bravoure et d'honneur, dont la mission était d’assurer . le droit d’asile, le droit de la Paix et de ‘a Trève de Dieu, de défendre les moissons, Îles hospices, les chapelles, tous les lieux surmontés de la croix, en un mot, de mettre la force au . service de la faiblesse désarmée et du droit mé- : connu.
- C’est enfin en employant des Elites que l’Eglise a pu, non seulement se défendre elle- . même, mais défendre le monde civilisé et le couvrir de bienfaits. Elle a enrôlé sous le drapeau de la vie parfaite les âmes les plus fortes et les plus tendres, les plus élevées et les plus humbles, les religieux de tout sexe, de tout costume, de tout ordre, et elle en a fait l’Elite de la Charité et du zèle pour le culte de Dieu, pour la réhabilitation de l’esclave, de la femme et de l'enfant, pour le service des pauvres, des malades, des abandonnés.
Elle a enrôlé dans les corporations de métiers l’Elite des architectes, des artistes et des ouvriers, et avec cette Elite, dont l’organisation fut si puissante et si féconde, elle a dressé sur le sol de l’Europe ces magnifiques cathédrales, prodiges d’art, de solidité et de beauté, qui étonnent encore aujourd'hui « nos bras aidés de tant de machines et notre esprit agrandi par tant de découvertes ».
Elle a enrôlé l’Elite des intelligences cultivées, érudites et savantes, et avec cette Elite
elle a érigé, enrichi, discipliné, gouverné ces Universités si nombreuses et si florissantes, qui ont eu les Papes pour protecteurs, les Saints pour maîtres, la Chrétienté pour auditoire.
Quel travail que le travail de l'établissement et du développement de la civilisation chrétienne à travers le monde !
Abolir l'esclavage, c’est-à-dire transformer les idées, les mœurs et les lois, et, sans que le. monde soit brisé, le remuer, le reconstituer, le : refaire jusqu’à le changer d’axe ; be Assainir la Grèce, Rome et les Barbares, c'està-dire tout ce qu'il y avait de plus corrompu dans la civilisation et de plus violent dans la barbarie ; 2 Substituer aux criantes injustices, aux féroci-. tés et aux débauches du paganisme les vertus sans ombre et les dévouements inouïs du Chris- » tianisme, substituer aux Nérons les saint Louis, … aux stoïciens les Vincent de Paul, aux Messa- … lines les Filles de la Charité et les Blanche de Castille : ki Tout cela ne s’est pas fait en un jour, ni »
même en un siècle, mais tout cela s'est fait cependant par l'influence progressive des Eli: … tes. Les uns ont été des semeurs et les autres des moissonneurs. C’est une Elite qui a remué … la glèbe, et longtemps après c’est une Elite qui a lié les gerbes. Le salut par l’Elite : telle est la grande leçon que nous donne l’histoire de puis vingt siècles,
Les Annales de la France.
. Le salut par l’Elite : c’est la leçon particulière qui se dégage des annales de la France, notre * cher pays. Considérons d’abord la France à son berceau et saluons près d’elle une triple élite d’évêques et de moines, de vierges et de femmes chrétiennes, de guerriers et de chefs de peuple.
Voici les Evêques qui protègent la patrie naissante de leurs prières, de leur parole, de | leur majesté, de leurs vertus et de leur activité. … Docteurs, ils luttent pour l’orthodoxie. Défenseurs de la cité, ils saisissent les pouvoirs admi- nistratifs et municipaux échappés aux mains débiles des autorités romaines dégénérées. Fondateurs de nos diocèses, ils instruisent et conseillent nos rois, disciplinent nos pères sous le joug de l'Evangile. La tâche est si vaste qu'ils n'y peuvent suffire.
À côté et sous l’impulsion des Evêques, pour cultiver la terre et les âmes, voici les moines. Ils sont partout, donnant partout l'exemple et les leçons du travail et de la prière. Il n’est guère de nos villages, de nos hameaux, de nos fontäines ou de nos vallées qui n’ait gardé, à travers les bouleversements de quinze siècles, un souvenir vénéré, souvent même le nom du saint ermite qui est venu là chanter les louan-
ges du vrai Dieu et conquérir le territoire sur le désert en y plantant la croix.
Autour du berceau de la France, avec les Evêques et les moines, voici une seconde Elite, l’Elite des vierges et des femmes chrétiennes : Geneviève la libératrice de Paris, Clotilde arrachant au ciel la conversion de son mari et de son peuple, Albofiède qui reçoit le baptême en même temps que son frère Clovis. Sans doute la France est née dans le cœur palpitant de Clovis et sous la main bénissante de Remi. Mais il me semble qu’elle est née surtout de la piété. et des vertus de ces nobles fémmes qui ont su mettre au service de la religion et de la patrie. leur influence discrète, puissante et décisive.
Voici enfin auprès de notre berceau national une troisième Elite, l’Elite des guerriers et des chefs de peuple. Clovis et ses leudes se préparent au baptême lentement, gravement, jurent fidélité à Jésus-Christ et à la Chaire de Pierre et réalisent la première ébauche d’un grand peuple par l’alliance du patriotisme et de la foi. L'an 5x1 un Concile s’assemble à Orléans. Provoqué par Clotilde, tenu en présence de Clovis par les nombreux évêques gallo-romains, il inaugure un monde nouveau. “Clovis établit l'Eglise sur le solide fondement de la propriété foncière, en lui concédant d'immenses domaines, et le Concile, dans la répartition de ces biens et de leurs revenus, fixe la part du clergé inférieur, des écoles, des pauvres et des infirmes. Ce Concile de 5rr, c'était l’ébauche de la constitution civile et religieuse qui devait nous
régir jusqu'en 1789, et ce roi, cette reine, ces évêques, c'était la triple Elite qui présidait magnifiquement à la naissance de notre grand pays!
. Une Elite entoure le berceau de la France. Une Elite collabore à sa croissance. Et quelle Elite |
J'y vois figurer nos grands rois et nos grands ministres qui ont fait l’unité politique et territoriale de la France et qui ont étendu ses frontières du Jura à l'Océan et du Rhin à la Médi- … terrnaée ;
Les trois ordres du Clergé, de la Noblesse et du Tiers-Etat qui ont concouru ensemble à l'éducation de notre peuple, à la rédaction de nos lois, à l'essor de notre prospérité nationale ;
Nos savants, nos littérateurs et nos artistes qui ont illustré notre patrie et lui ont donné au milieu du monde une primauté d'honneur et d'influence.
Quelle Elite ! j'y vois resplendir, comme des étoiles de première grandeur, nos héros et nos saints, les exploits de nos héros indissolublement mêlés aux miracles de nos saints !
Nos héros qui menaient de front la vaillance et la foi ;
Qui s’écriaient en entendant le récit de la Passion du Sauveur : Que n'’étais-je 1à avec mes Francs? » ;
qui se demandaient avec émoi à leur dernier soupir : « Quel est donc ce Roi du ciel qui fait ainsi mourir les rois de la terre? » ;
qui se mettaient à genoux le matin de la ba-
taille de Bouvines, avant de tailler en pièces les Anglais et les Allemands coalisés : Othon, empereur d'Allemagne, et Salisbury, frère du roi d'Angleterre ; S
qui portaient la guerre à Mahomet jusque + dans les lieux saints, qui menaient les croisa-
des à grands coups d’épée et les illustraient à force de bravoure militaire et d’abnégation chrétienne !
Nos saints et nos saintes de France, c’est-àdire tout ce qu'il y a eu parmi nos ancêtres de meilleur, de plus intelligent, de plus pa et de plus respectable ;
nos saints et nos saintes qui furent si nombreux que leurs noms suffiraient à remplir plusieurs calendriers ;
qui ont été chez nous les apôtres, les gardiens et les animateurs de la foi catholique et en même temps les plus ingénieux, les plus féconds inventeurs des œuvres de justice et de miséricorde spirituelle et corporelle ;
qui par leurs prières et leurs sacrifices se sont
interposés entre le ciel offensé et la patrie coupable, transmetteurs de no$ supplications et expiateurs de nos fautes !
Pour diriger, accélérer et affermir la croissance de la France à travers 15 siècles, quelle Elite d'intelligence et de savoir-faire, de courage civique et militaire, de désintéressement,
de charité et de sainteté ! Et quelle continuité dans l’Elite.. depuis Clotilde et Jeanne d’Arc jusqu'à Marguerite-Marie et Louise de Marillac : — depuis Blanche de Castille et saint Louis jusqu'à Louis XVI et Madame Elisabeth ; — depuis Bossuet et Fénelon jusqu’au Curé d’Ars; — depuis Jacques Cartier, Champlain et Montcalm qui nous ont donné le Canada jusqu'aux grands missionnaires et aux grands soldats qui nous donnaient hier l’Algérie et presque la moitié de l'Afrique, Madagascar et l’Indo-Chine !
J’évoque le passé et je nomme seulement les morts. Mais la croissance de la France continue dans le présent et elle continue sous l'influence et la poussée d’une Elite qui égale et quelquefois dépasse nos gloires historiques les plus immaculées et les plus somptueuses.
Avons-nous dans nos Annales beaucoup de figures aussi imposantes que celle de Monseigneur Augouard, qui vient de mourir, conquérant pacifique du Congo après 43 ans d’apostolat?
Dans quelle lésende dorée trouverait-on une physionomie comparable à celle de Charles de Foucauld, explorateur, missionnaire, ermite chez les Touareg, qui se meut à l’aise dans l’invraisemblable et l'impossible, qui mène une vie d’effrayante mortification et qui meurt le 1* décembre 1916, assassiné dans son humble case à Tamanrasset, en plein désert africain, aux avant-postes de la civilisation chrétienne et française?
Plus les temps sont agités et difficiles et plus
il semble que Dieu veut donner à la France de beaux modèles, de puissantes individualités, des héros et des saints.
Une Elite entoure le berceau de la France.
Une Elite préside à sa croissance. Une élite la protège et la sauve dans ses heures de crise. Il faudrait lire ici les pages les plus tragiques de notre histoire nationale. Qu'il nous suffise d’en citer quelques-unes.
Quand au xvi° siècle éclata sur le monde la crise de la Réforme, la moitié de l’Europe fut . emportée par la tempête, mais la France ne broncha pas. Contre le protestantisme qui prétendait la faire sortir de sa vocation originelle et de ses voies traditionnelles, la France dressa une Elite : les moines mendiants, les Confréries du Saint-Sacrement, les Corporations de métiers, et cette Elite sauva la nation en barrant la route au schisme et à l’hérésie.
Quand à la fin du xvim* siècle se déchaïîna la crise de la Révolution, la France pouvait :n mourir, Mais elle trouva dans son sein une Elite ou plutôt deux Elites : une Elite militaire qui triompha des ennemis du dehors, et une Elite religieuse qui survécut aux persécutions du dedans. Et ce fut cette dernière Elite qui rendit possible et nécessaire le Concordat de 1807 et qui, le jour de Pâques 1902, entraîna spontanément toute la nation au pied des autels. Fa France qui allait vers l'avenir se rencontrait
avec la France qui venait des siècles, et ces deux Frances n’en faisaient qu'une dans nos vieilles églises ressuscitées.
Un siècle après, en 1905, nouvelle crise, plus profonde, plus radicale que la crise révolutionnaire, c'est la crise de la Séparation avec toutes les dévastations légales dont elle a été précédée, accompagnée et suivie. Aucun peuple autre que … la France n'aurait pu résister à une pareille secousse., Mais la France avait une Elite : son clergé et ses fidèles unis ensemble et unis au Vicaire de Jésus-Christ, et avec cette Elite elle est restée ce que Dieu ét les siècles l'ont faite, la nation très noble, nobilissima Gallorum gens : noble dans son esprit, dans son cœur, “dans ses actes, jusque dans ses défauts et dans ses fautes, jusque dans la profondeur de ses chutes si vite réparées par la soudaineté de ses rebondissements.
Elle l’a bien prouvé dans sa dernière crise, la crise de la grande guerre de 1914 à 1918. Humainement parlant, elle semblait perdue. Mais non, à écrit le cardinal Mercier, « la retraite de Joffre et la première bataille de la Marne en août-septembre 1914; le plan stratégique élaboré et exécuté par Foch en juillet-août 1918 ; les quatre années de lutte, sans trève ni défaillance, espacées entre ces grandes journées, révèlent chez les chefs une puissance de conception, une vigueur de volonté, une élévation d'âme, et, dans les rangs, une sérénité, une vaillance, une ténacité qui tiennent du prodige.
C'est trop peu dire que nous admirons la
Fr: Lee
France : elle nous stupéfie. » À la poussée de la brutale et toute puissante Allemagne, la France a opposé une Elite, l’Elite de ses meilleurs enfants, généraux et soldats, et l’Elite a vaincu le nombre, l’Elite a vaincu la barbarie, l’Elite a. vaincu la crise de la guerre.
Elle vaincra de même la crise de Ja paix laborieuse qui succède à la guerre sanglante. Si la France déplore les atteintes de l'ignorance, de l'erreur et du mal qui dépriment et détériorent l’immense multitude, elle possède cependant en elle-même, dans les portions les plus hautes et les plus honnêtes de son être national, une Elite assez puissante et assez nombreuse pour la sauver des périls du présent et pour lui garantir un avenir béni de Dieu et glorieux de- * vant les hommes.
Les Elites mènent le monde. Le salut par l’Elite, C’est la leçon que nous donne la France à son berceau, dans sa croissance et à ses heures de crise.
Un regard sur l'Actualité.
Le salut par l’Elite : c’est la leçon pratique que nous suggère un simple regard sur l’Actualité. Etant donné que le Christianisme est l’intérêt majeur des âmes et des sociétés, surtout de la société et des âmes françaises, toutes les
à r ie
questions qui nous tourmentent se réduisent à
celle-ci : Qu’y a-t-il à faire pour conserver et
ramener la vie chrétienne dans notre monde
contemporain? La réponse n'est pas douteuse.
Le Christianisme prévaudra chez nous le jour
où nous verrons se mettre à son service une
Elite de chrétiens convaincus, exemplaires et agissants, une Elite compacte et bien dressée, une Elite capable de vaincre l’hostilité des uns, la timidité des autres et l’indifférence du grand nombre.
Pour résister aux hostiles, l’Elite est nécessaire et suffisante. Il y a dans notre monde actuel quelques hommes qui, par ignorance #t mauvaise éducation, par passion et esprit de parti, sont hostiles à la religion et qui, non contents de ne pas aller à la messe, voudraient empêcher les autres d’y aller. La pensée de Dieu
-les met en fureur, la vue d’un croyant les exas-
père. Ils réclament pour eux la liberté du blasphème, et volontiers ils refuseraient aux autres la liberté de croire, d’adorer et de prier. Rien
ne leur coûte dès qu'il s’agit de terroriser et
d’opprimer les pratiquants.
Faut-il les laisser faire? Evidemment non.
Quel est le moyen de les arrêter et de les maitriser? [1 suffit la plupart du temps de leur opposer une Elite. Les Madianites qui disposaient de 135.000 hommes, en perdirent 120.000 et furent battus à plate couture par Gédéon qui avait d’abord 32.000 hommes, puis 10.000, puis seulement 300. Les 300 hommes de Gédéon étaient une élite, et devant eux la masse poudreuse des
Madianites se dissipait au premier choc. Qu’importent les hostilités perfides ou violentes, sa- : vanies ou aveugles, qui se ruent sur la religion, sur ses dogmes, son histoire, ses institutions, ses disciples? La Religion chrétienne a été fondée par une Elite. Elle a vécu par une Elite. Et quand elle semble vaincue et morte, c’est une Elite qui la relève et la ressuscite, comme nous dit le Catholique d’action :
« Même moi, le Tout-Puissant, j’ai commencé par former quelques disciples : ces quelques hommes devaient en travailler un plus grand nombre.
« Qui parvint à transformer le monde païen, sinon la foi d'humbles chrétiens?
« Qui parvint à faire aimer le sacrifice, sinon les pauvres qui m'imitèrent?
« Qui fit grands les petits, forts les faibles, sages les ignorants, sinon la charité des apôtres qui peu avant s'étaient cachés?
« Une vertu vaut plus que mille vices et son efficacité grandit avec ses sacrifices.
« La meilleure manière de combattre quelqu'un, c’est de lui faire du bien et de le ramener au droit chemin.
« Une vérité obtient plus que mille mensonces, et sa victoire est assurée si elle ajoute au précepte l’exemple. »
En résumé, pour vaincre les hostiles le nombre n’est pas nécessaire. La victoire n’est pas promise au nombre, mais à l’Elite croyante et agissante,
Pour encourager les timides, l'Elite est né.
cessaire et suffisante. Quelques hommes seulement sont hostiles à la religion. Beaucoup .n'osent pas la pratiquer. « L'homme, dit Lacordaire, n’est pas un être méchant, mais un être faible, » Oh! que c’est vrail L'homme est faible devant ses propres passions, mais combien plus faible encore devant le pouvoir, dont il peut avoir à solliciter les faveurs ou à redouter la puissance, — devant la galerie qui regarde et ricane, — devant l’opinion qui déclare toutes Îles licences permises quand elles sont profitables, tous les devoirs négligeables quand ils ne rapportent rien, tous les droïts périmés quand ils sont désarmés et vaincus |! Pourquoi tant d'hommes se tiennent-ils à distance de la religion, sans aucun culte extérieur et public? Sont-ce des incrédules et des hostiles qui ont découvert contre la religion des objections nouvelles et irréfutables et qui n'ont plus la foi? Non, ce sont des faibles et des timides, qui voudraient, mais qui n’osent pas se déclarer pour la vérité.
Que leur manque-t-il Un peu de courage Qui le leur donnera? Une Elite, une Elite de chrétiens convaincus, exemplaires et agissanis. L’Elite a du courage et elle en donne à ceux qui n’en ont pas assez. Libre de tout respect humain ,elle affranchit ceux qui gémissent tout
bas d’avoir perdu leur liberté religieuse et qui ‘
attendent l’occasion de la reconquérir.
Beaucoup de baptisés, au lieu de tenir leu
drapeau et de le faire flotter en plein air et en plein vent, le cachent soigneusement dans leur poche comme un vulgaire mouchoir. Qu'une Elite de courageux catholiques s’avancent, enseignes déployées, au milieu d’un monde où la peur a toujours tort, et les timides, voyant
passer le drapeau, marcheront à sa suite et em-
boîteront le pas derrière l’Elite.
Beaucoup de nos fidèles ressemblent un peu à trop à des soldats qui se défendent comme ils
peuvent et qui se battent à la débandade en se jetant de l’un à l’autre le fatal sauve-qui-peut. Mettez à leur tête un état-major, une Elite, et ils deviendront une armée compacte, vivante.
victorieuse. Le salut par l'Elite : c’est la loi
universelle.