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Pour entrainer les indifférents, V’Elite est nécessaire et suffisante. Les hostiles en matière religieuse sont l'exception. Les timides et les faibles sont plus nombreux que les hostiles.
Mais les indifférents représentent la grande masse de nos contemporains. Ils ne combattent pas la religion, ils s’en désintéressent. Ils ne la cachent pas, ils l’ignorent, ils ne l’ont jamais connue, ou, si autrefois ils ont cru et pratiqué, depuis longtemps déjà ils ont cessé de croire et de pratiquer, ils ont été peu à peu accaparés, absorbés par les plaisirs, par les affaires, par les
: soucis de la vie quotidienne, et maintenant ils . sont entièrement déshabitués de toute croyance
et de toute pratique religieuse. Ainsi se com- … porte l’immense majorité de nos concitoyens, de nos voisins, de nos amis, de nos parents peutêtre. Ils vivent aujourd’hui et ils sont menacés de mourir demain dans la nuit de l'ignorance ‘et de l'indifférence religieuse la plus absolue. Les choses de l’âme et de Dieu ne leur disent rien. Ils se traînent du matin au soir dans l’hu- main, dans le matériel, dans le contingent, et l’invisible, le divin, l’éternel est pour eux un monde étranger, inconnu, fermé, presque in soupçonné. Ils sont dans le nuage et ils n’en sortent jamais.
Qui donc soufflera sur cette brume et fera luire à leurs yeux l’astre nouveau, je veux dire la religion ignorée ou oubliée? Une Elite de chrétiens convaincus, exemplaires et agissants. Tous nos gémissements et toutes nos malédictions seront inutiles, stériles, souvent nuisibles, tant qu'au milieu de l’immense multitude, dénuée de toute discipline religieuse, ne se dressera pas une Elite qui par ses paroles et par ses actes, par ses vertus et par ses procédés, arrachera la masse au lourd sommeil de l’indifférence. Qu'elle se lève enfin cette Elite, et tous les relèvements deviendront possibles.
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Le salut par l'Elite : c’est la leçon qui éclate à travers vingt siècles d'histoire, c’est la lecon
particulière qui se dégage des annales de la. France, c’est la leçon pratique que nous suggère un simple regard sur l’Actualité.
. Oui, pour vaincre les hostiles, pour encourager les faibles et pour entraîner les indiiférents, il faut, avec la grâce de Dieu, le travail de l’Elite : travaillent, pénible, profond, sans éclat ni bruit, mais travail incompressible, puissant et finalement victorieux, travail nécessaire et suffisant, Aÿons confiance |
D'abord comme catholiques nous ne pouvons pas ignorer que Dieu est avec son Eglise jusqu’à la fin des siècles, et nous devons savoir et croire fermement que, si cette Eglise n’est pas invulnérable, elle est du moins immortelle.
Ensuite comme Français avons-nous le droit.
de désespérer de notre pays au point de vue catholique? Nullement. La France a derrière elle un long passé de christianisme et elle porte encore en elle toute la sève de ce passé. Bien loin d’être une quantité négligeable, la religion reste chez nous la seule vraie force conservatrice, moralisatrice, civilisatrice. Malgré les assauts: qu'elle a supportés — perte de tous ses biens avant la guerre, disparition de beaucoup de ses prêtres dans le gouffre de la guerre — la religion catholique, en France, continue de vivré. Privée de tout appui humain, elle n’en apparaît que plus divine, — sa pauvreté décuple son indépendance, — et vivre, dans de telles conditions, c’est vaincre.
Evitons donc de calomnier notre temps et notre pays. Discernons les ressources reli-
gieuses et surnaturelles que recèle l’âme de la France, cetie âme admirable, d’une richesse in- souponnée, qui peut nous donner beaucoup si nous savons lui demander beaucoup et la toucher, la solliciter, l’émouvoir au bon endroit. La France catholique a toujours été et est encore dans une large mesure le pays des grandes possibilités. En général nous nous défions trop de nos concitoyens et de nos contemporains, et parce que nous ne croyons pas assez à leur baptême, nous oublions de faire vibrer en eux la fibre divine, — parce que nous les traitons . beaucoup trop comme des payens, nous réussis-
sons mal à les christianiser. Ne voir que leurs
qualités, ce serait pure illusion. Mais n’envisa. ger que leurs défauts, ce serait injustice et dangereux pessimisme.
Quelques hommes graves, observateurs attentifs de la situation actuelle, — qui ne laisse pas que d'être inquiétante, — quelques hommes sages prétendent que la grande masse française est indifférente et inconvertissable. Indifférente?
Oui. Inconvertissable? non. Pourvu cependant que, selon la juste parole d'Ozanam, il soit bien entendu que les « conversions ne se font pas par les lois, mais par les mœurs, mais par les consciences qu'il faut assiéger une à une. »
C’est un long travail et c’est le travail d’une Elite. Les premiers Apôtres étaient une Elite et nous savons ce qu'ils ont fait. Ils étaient un tout petit nombre d’abord, mais ils ont parlé, ils ont agi, ils ont beaucoup souffert et beau:
coup travaillé, ils ont secoué sur le monde païen endormi et pourri les étincelles de la vérité et
les pures senteurs de l'Evangile, ils ont réveillé
et sanctifié les consciences, ils ont suscité des
disciples qui, à leur tour, sont devenus des Apôtres.
Si nous ne pouvons pas égaler ces chrétiens
des premiers âges, au moins devons-nous leur ressembler et les suivre de loin. Notre monde
vieilli retombe dans le paganisme. À nous de
le guérir, de le ressusciter en le christianisant. Convertissons une à une les âmes qui s’égarent, sauvons les foyers qui sont menacés. Soutenons de notre foi et de nos vertus la patrie qui chancelle. Soyons l’Elite qui assainit la masse et préparons dans nos larmes, dans nos prières et dans nos sueurs, un avenir meilleur. Aiïmons Dieu. Faisons le bien. Le reste viendra.