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CHAPITRE QUATRIÈME

Dans la paroïsse d'autrefois, dans chaque paroïsse de la chrétienté, il y avait des Confréries, groupements larges, ouverts à tous, aux tièdes comme aux fervents. Et au-dessus des Confréries il y avait des Tiers-Ordres, groupements plus restreinis, ouverts seulement à une Elite. Les membres de ces Tiers- Ordres étaient comme l'état-major de toutes les OEuvres paroissiales, comme l'âme vivante qui animait et soulevait toute la masse.

Plus encore qu'autrefois il nous faut aujourd'hui dans la paroisse une Elite, l'Elite de la piété et de la vertu, qui doit être en même temps l’Elite de la charité et du zèle, faite de bonté, d'amour du prochain, d'humanité compatissante et de services rendus. Accompagné de cette Elite et appuyé sur elle, le clergé va au-devant de tous ceux qui souffrent »t sauve les corps et les âmes, la gloire de Dieu et l’honneur de la religion, la paroïsse, le présent et l’avenir.

Programme général.

L'Elite de la charité et du zèle a un programmé

général, dont nous allons d’abord mesurer l’étendue et constater la fécondité.

La vraie apologie du Christianisme et la meiïlleure des prédications, c'est la vie des chrétiens parfaits qui prouvent la vérité de leurs croyances par la splendeur de leurs vertus.

Mais leur perfection, pour être efficace, ne reste jamais purement personnelle, égoïste et individualiste. L'exemple qu'ils donnent est le premier rayonnement qui jaillit de leur personne et qui atteint le milieu où ils vivent.

Ils savent souvent se taire, mais ils ne se taisent pas toujours. Dans la sphère où Dieu les a placés, au foyer, à l'atelier, au salon, dans la rue, partout, ils rendent témoignage à la vérité. Quand c’est nécessaire et possible, l’Elite de la charité et du zèle prononce une parole prudente et courageuse, humble et ferme, qui accrédite le vrai et démasque le mensonge, qui dissipe les préjugés et les ignorances, qui réprime l’audace des méchants et rassure la timidité des bons.

Du simple exemple et de la simple parole l’Elite passe à l’action. Elle ne s'endort pas dans une dévotion purement intérieure, théorique et sentimen-

tale, Elle agit. Ce qui déprime la cause reli-,

FLE:

gieuse, c’est moins la perversité des méchants que la faiblesse des bons, que l’apathie, morale de ceux qui ont la foi, mais qui n’ont pas les œuvres.

L’Elite de la charité et du zèle se livre donc avec ardeur aux Œuvres de miséricorde corporelle. Enfants, pauvres, malades, vieillards, infirmes, mères de famille en détresse, délaïissés et oubliés, aucune misère ne lui échappe, aucune souffrance physique ne la trouve insensible et inactive. L'Evangile a conquis le monde par la sainte Charité. La méthode n’a pas vieilli. Il n’y à que cela de beau, d’irrésistible et de vraiment convertissant pour ceux qui ne croient pas où ne croient plus, pour ceux qui se défient de la religion ou la haïssent. Lorsque les 40.000 paroisses de France seront devenues autant de foyers de charité attentive et méthodique, ceux qui nous maudissent seront bien près de nous bénir et de nous acclamer, ceux qui riaient de nos enseignements ne trouveront plus grand’chose à nous objecter, ceux qui ne voulaient plus de notre Dieu seront les plus empressés à réclamer ses services et à vanter ses bienfaits, ceux qui nous accusaient sottement de faire de la politique sous couvert de religion seront enfin obligés de nous rendre justice et de reconnaître notre désintéressement.

L’Elite de la charité et du zèle a bien soin d'’ailleurs de ne pas s’en tenir exclusivement à l’assistance matérielle. Au-delà des besoins des corps elle entrevoit les âmes plus malades que les corps, et elle se livre avec une violente ardeur aux œuvres de miséricorde spirituelle. Telle dame des pauvres pré-

pare des pécheurs invétérés à une mort admirable- | ment chrétienne. Telle jeune fille, dévouée à la gloire de Dieu et à l'amour de Notre-Seigneur, transforme son entourage et sauve l’âme d’un père et d’une mère. Voici une personne pieuse qui, libre de son temps et prodigue de sa peine, dispose à une excellente première communion de pauvres enfants arriérés, ignorants des choses de l’âme et de Dieu. Et voilà telle convalescente, dont les doigts pieux et agiles confectionnent pour les autels de magnifiques ornements. Sans oublier tels hommes et jeunes gens profondément chrétiens qui vont très loin dans le don d’eux-mêmes et qui, sur le terrain de l’apostolat, travaillent fermement à ia gloire de Dieu et à la sanctification des âmes. Le royaume de la miséricorde spirituelle est immense. C’est là que l’Elite exerce sa puissante action et remporie de superbes victoires.

Et, chose merveilleuse, l’Elite de la charité et du zèle, en se donnant aux autres, a tout à gagner pour elle-même. Elle s'enrichit de son propre apostolat.

Il y a des âmes brisées par la douleur, qui se noient dans leurs larmes, qui traînent sous leurs vêtements de deuil une existence désolée et découragée. Dès qu’elles s’enrôlent dans les œuvres, elles souffrent moins en agissant davantage.

IL y a des âmes tentées qui sont harcelées sans cesse par les sollicitations du péché. Dès qu'elles se jettent dans la carrière de la charité et du zèle, elles échappent aux assauts de la tentation en s’arrachant à elles-mêmes.

Il y a des âmes inoccupées qui ont de longs loisirs

dont elles ne savent que faire et qu’elles abandonnent à de creuses frivolités. Elles sont la proie d’un inexorable ennui et elles gaspillent un temps précieux. En allant travailler à la vigne du Seigneur, elles trouvent la vraie joie dans le bon travail et elles sont contentes de Dieu, de tout et d’elles-mêmes.

Il y a des âmes scrupuleuses, préoccupées au plus haut point de la recherche de la volonté divine et craignant toujours de ne pas la connaître assez, absorbées d’un côté par de pénibles retours sur un passé dont elles déplorent les erreurs, et de l’autre par les appréhensions sur un avenir dont elles redoutent les pièges. En se précipitant dans l’action, elles détournent leur attention des méprisables scrupules dont elles étaient dévorées, et leur piété, qui revêtait un caractère morbide et repoussant, devient une piété aimable et confiante, joyeuse, attirante et conquérante.

Il y a des âmes tièdes et languissantes qui n’avancent qu’à petits pas dans le chemin de la perfection et qui souvent reculent au lieu d’avancer. En payant de leur personne pour la cause de Dieu et du prochain, elles sont les premières converties de leur apostolat. En faisant du bien dans leur entourage, elles décuplent leur foi et leur valeur morale. C’est en forgeant qu'on devient forgeron, et c'est en christianisant les autres qu’on se christianise soi-même. Telle femme n'était qu’une chrétienne vulgaire. Elle entre dans l’Elite de la charité et du zèle et elle prend le niveau de l’Elite. Tel homme est devenu un excellent chrétien, parce qu'il s’est engagé à devenir un véritable apôtre. L’apostolat est en même temps cause et effet ; il jaillit d’une âme bonne ou à moitié

bonne et il la rend meilleure, d’une âme déjà grande et il la hausse encore, d’une âme déjà sainte et il la sanctifie davantage.

Entrons un instant dans le domaine de l’actualité pour y voir de plus près tant d'heureux résultats.

Programme actuel.

L'Elite de la charité et du zèle a un programme actuel dont nous allons apprécier brièvement l’importance et la nécessité.

Ce n'est pas le clergé tout seul qui peut suffire au programme aujourd'hui nécessaire de l’action religieuse et sociale. Les misères physiques ne sont pas moindres aujourd'hui qu'autrefois et les misères morales sont plus étendues et plus profondes que jamais. Enseigner le catéchisme aux enfants ; surveiller attentivement et maternellement les adolescents et adolescentes pour les préserver ou les retirer du vice ; visiter et assister les malades menacés de mourir sans les sacrements ; ramener les pécheurs à la pratique de la religion et de la vertu ; régulariser la situation des ménages non mariés à l’église et procurer le baptême aux nouveau-nés ; participer à toutes les œuvres qui ont pour but de maintenir la foi au-dedans et de la propager au dehors ; organiser selon la loi de Dieu la famille, l’école, l'atelier, la profession, la cité ; sauver du même coup la mo-

rale et la religion, l’avénir des âmes et l’avenir de la France : quelle besogné ! quel immense programme!

Qui fera cela? L'Etat Certainement non. Quand jadis l'Etat protégeait l'Eglise, on pouvait jusqu’à un certain point dormir én paix et s’en remettre à la puissance séculière du soin d'arrêter le mal et de promouvoir le bien. À l'heure présente l'Etat se désintéresse totalement des choses de l’âme et de Dieu.

Qui remplacera l'Etat défaillant? Qui se chargera de l’action morale, sociale et religieuse? Le clergé tout seul? Certainement non. [l n’a ni le temps, ni l'argent, ni les moyens suffisants de pénétration et d'influence pour tout faire. Il lui faut des auxiliaires, non seulement parce qu'il ne suffit pas à la tâche, mais aussi pour que la tâche soit mieux exécutée et plus profitable. Si petite que soit une paroisse, l’expérience démontre qu'il est d’une bonne méthode d’intéresser les fidèles au bien qu'on fait soi-même comme pasteur et de leur offrir une part de collaboration dans le travail paroiïssial.

C’est le clergé avec une Elite de charité et de zèle qui mettra au point et réalisera le programme d’apostolat actuellement nécessaire. Oui, si le clergé veut briser le cercle trop étroit où l’on prétend emprisonner son action, s’il veut être autre chose que l’officiant d’un culte déserté, s’il veut sortir de son église afin d'y faire rentrer ceux qui en sont sortis, il doit évidemment s’entourer d'une Elite qui assurera à son action une fécondité soudaine, qui souvent le vaudra Jui-même, qui parfois agira plus effis cacéement que lui. Entouré de cette Elite, s’en ser-

vant comme d’un trait d'union entre lui et son peu-

ple, le prêtre se fera plus facilement un chemin au milieu des cœurs égarés ou hostiles, se mêlera plus activement à la vie de la société qui s’agite autour de lui, donnera à son ministère de conquête une base plus large et des chances plus nombreuses de SUCCÈS.

Déjà en 1869, il y a plus de cinquante ans, le grand évêque Mgr Dupanloup signalait à ses prêtres une importante modification du ministère pastoral, absolument indispensable, tout à fait urgente, pour satisfaire aux nécessités actuelles ide l'Eglise de France. Dans les siècles de foi et de piété, disait-il, le clergé n'avait qu'un ministère de conservation ; aujourd’hui nous avons, nous devons avoir un ministère de conquête. « Le zèle de conquérir, disaitil, doit être au moins à l’égal du soin de conserver ; il faut travailler hors du bercail autant et plus peutêtre que dedans. Sans quoi une immense partie de la société demeure tout à fait en dehors de notre action. » C'est l'évidence même. La masse des brebis reste en dehors de la bergerie, il faut les y ramener et les reconquérir, et, pour exécuter un pareil programme, le clergé doit se faire aider par une Elite de charité et de zèle.

Certains hommes, quand ils sont profondément chrétiens, accomplissent souvent des actes de zèle que le clergé n’a pas la possibilité d'entreprendre.

Quelques jeunes gens, dont le cœur déborde de dévouement et d’ardeur sainte, peuvent faire un bien incalculable dans les milieux de travail où ils ont leur emploi.

Les femmes, animées d’une vraie et solide piété, sont d’une rare intelligence et d’une admirable

dextérité pour exercer l’apostolat en nos temps modernes. Entrons dans quelques détails.

Il est une multiplicité de besognes qui reviennent normalement et utilement à l’Elite de la charité et du zèle. <

Celles qu'on appelle communément les personnes pieuses peuvent défendre avec courage et succès la religion et ses ministres, attirer à l’église les indifférents qui en ont oublié le chemin, faire connaître le jour, l’heure, l’ordre des grandes cérémonies religieuses, signaler au clergé les malades non visités, accepter le rôle de catéchistes volontaires, recruter les écoles chrétiennes et chercher les ressources nécessaires pour les faire- vivre et prospérer, orner les chapelles et les autels et travailler à l'entretien du linge et des sacristies, répandre les bons livres et les bons journaux, en un mot, coopérer à toutes les bonnes œuvres sous la direction du clergé paroïssial.

L'Elite de la charité et du zèle a mille occasions d'intervenir dans l’action religieuse et sociale aujourd’hui si nécessaire. S'agit-il de certaines réunions où le prêtre pénétrerait difficilement, où son caractère ne serait point respecté, où sa parole aurait peu d'effet’ Un conférencier laïque, bien choisi; chrétien et apôtre, aura plus de liberté et d'autorité pour exposer ses idées et réfuter les arguments d’un contradicteur.

S'agit-il de rédiger un journal ou de lui faire un succès dans la presse, dans l'opinion, dans le monde qui ne croit pas et même dans le monde qui a la foi? Un laïque éminent, bon écrivain et excellent catholique, saura généralement mieux qu'un prêtre se défendre, attaquer, critiquer, Il aura

E es . 180 LÉ SALUT PAR L'ÉLITE DANS LA. PAROISSE

des audaces et des crudités qui ñe sont pas permises à un prêtre et qui sont acceptées sous la plume d’un laïque.

S'agit-il de ce qué nous appelons les OEuvres de jeunesse, œuvres si difficiles et si compliquées, si dispendieuses et si laborieuses, et cependant si nécessaires et si indispensables? La plupart du temps le clergé n’y peut pas suffire. Voici quelques bons laïques. Ils remplacent le prêtre momentanément occupé ailleurs. Ils président le cercle d'études, les jeux et récréations, les promenades. Ils préparent use représentation théâtrale et se font répétiteurs et chefs d'orchestre, Ils organisent un concours, uné fête régionale. Ils discernent l’apparition du mauvais esprit et l’empêchent de se répandre et de prévaloir. Ils s’agenouillent à la sainte Table et maintiennent dans de patronage la vie chrétienne par l’entraînement de leurs exemples.

S'agit-il de ce que nous appelons les OEuvres sociales? Nous y reviendrons. Disons seulement qu'elles exigent souvent des connaissances techniques que le prêtré n’a pas ét qui ne sont guère de son ressort, et que par conséquent elles péuvent difficilement se passer de l'intervention des laïques.

Concluons. Avec la double Elite de la piété et de la vertu, de la charité et du zèle, on peut tout entre: prendre et mener à bien dans une paroisse. De plus en plus notre rélèvément religieux, moral, social et national sera lé fait de la collaboration commune du Clergé et de l’'Elite.

* ds CHAPITRE CINQUIÈME

- Le clergé et la paroisse ont besoin d'une Elite de piété et de vertu, d'une Elite de charité et de zèle.

Où recruter cette Elite? L'Elite vient de la foule, mais elle n’est pas la foule. Elle est le petit nombre qui prévaut et réagit sur le grand nombre. Dans l’immense moisson elle est la poignée d’épis qui se distinguent par une qualité supérieure et qui préparent les moissons meilleures de l’avenir.

Parlons d'abord de l’Elite des femmes chrétiennes. Elle a un grand rôle à jouer non seulement dans la famille, mais dans la paroisse et par conséquent dans la collectivité nationale. Elle possède une valeur d'âme et une valeur d’action dont nous allons étudier l'importance majeure et la puissance de rayonnement.

IL'Elite des femmes chrétiennes a une valeur d'âme qui procède d’une religion profonde

Il y a des sectaires qui rêvent de déchristianiser la femme. S'ils réussissaient, ce serait la consom-

mation de la ruine pour la famille et pour notre malheureux pays. Ils ne réussiront pas, car ils viennent se heurter là, non pas contre une convention sociale où un préjugé d'éducation, ce qui ne serait rien, mais contre les lois de la nature humaine. « Comment concevoir, écrit Chateaubriand, qu'une femme puisse être athée? Qui appuiera ce roseau si la religion n'en soutient pas la fragilité? Etre le plus faible de la nature, toujours à la veille de la mort ou de la perte de ses charmes, qui le soutiendra cet être qui sourit et qui meurt, si son espoir n’est pas au-delà d’une existence éphémère? Sans la religion sa tête est vide, son âme est creuse. Puis le temps arrive, menant la vieillesse par la main ; ïl s’assied sur le seuil du logis de la femme incrédule ; elle l’aperçoit et pousse un cri ! Oh ! que la solitude est profonde lorsque Dieu et les hommes se retirent à la fois ! » Mettons que cette tirade n’est que de la poésie qui a germé dans la tête de Chateaubriand et interrogeons la raison et l’expérience.

La femme a besoin de la religion d’abord pour elle-même, pour son esprit, pour son cœur, pour sa volonté, pour son imagination, pour sa vie tout entière. De grâce, n'allez pas éteindre la flamme de l'idéal et de la foi dans l’âme et sur le front de vos filles, de vos épouses et de vos mères. Vous retomberiez dans la nuit, C'est une catastrophe que nous touchons du doigt partout où ‘la femme est déchristianisée.

La femme a besoin de la religion pour son mari. Au milieu du déluge d’irréligion qui couvre le monde et où se débattent, misérables et inquiets, tant d'hommes désorientés, il est un endroit réservé et

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