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intact où se conservent les croyances que le siècle répudie et les vertus dont il ne saurait se passer. C'est le cœur, de la femme éclairée, sanctifiée et divinisée par la religion. Au foyer conjugal elle est l'ange gardien qui, par son action tendre et bienfaisante, apaise toutes les tristesses et les désespérances ; mieux que cela, elle est le docteur, le théologien, le casuiste qui, par sa parole délicate et persuasive, résout les questions les plus ardues, les objections les plus complexes, les oppositions les plus tenaces, les partis pris les plus invétérés.
La femme a besoin de la religion pour ses enfants. Tant vaut la mère, tant valent les enfants. « Les grands hommes, dit Bossuet, se forment sur les genoux de leurs mères. » La mère est la reine du foyer. Nul n’a prise comme elle sur les âmes ; elle les vivifie et les ressuscite au besoin ; elle les maintient dans la vertu ou les y ramène par le repentir. Inspirée et soutenue par la religion, elle enfante et elle élève une postérité irréprochable et sainte. « Il faut confier l'enfant, a écrit Jules Simon, aux trois forces autoritaires : le prêtre, le maître et la mère. La mère est mon grand espoir, parce que le maître souffle souvent le scepticisme et que le prêtre est souvent proscrit. La mère, elle, est toute pleine de Dieu, Dieu en soit béni! »
La femme a besoin de la religion. Ce n'est pas assez dire. Elle a besoin d’une religion profonde. Il pe suffit pas qu'elle soit croyante ; il faut qu’elle soit vraiment fervente et profondément pieuse. Et d’abord elle doit connaître sa religion et la connaître assez pour être capable de s’en rendre compte à elle-
même et de la défendre devant les autres. Elle risquerait autrement d’avoir une religion sotte et inconséquente, sans efficacité et sans prestige, au lieu d’une piété intelligente, éclairée, pure de tout alliage. Puis, non contente de connaître sa religion, elle la pratique de son mieux. Elle prie avec intensité. Intimement unie à Notre-Seigneur, elle veut Lui ressembler et elle monte sans cesse vers une vie plus parfaite. Elle a une religion profonde, c'est-à-dire une religion faite de clarté, de prière et de sacrifice à haute dose.
Si elle n’avait pas une religion profonde, comment pourrait-elle suffire à sa tâche souvent si laborieuse et si crucifiante? Entrez dans son âme que Dieu habite et surnaturalise, et c’est 1à, dans le secret de sa vie intérieure, que plongent toutes les vertus et toutes les résignations, et cette éclatante pureté, et cette patience inaltérable, et cette abnégation généreuse et enfin cette puissance extraordinaire de répandre partout la paix, le courage, l’amour du devoir. Tant que l’impiété n'aura pas clos les lèvres de la femme vraiment chrétienne et tari les puissances de son cœur, l’impiété n’en aura pas fini avec le règne de Dieu sur la terre.
Si elle n’avait pas une religion profonde, la femme ne pourrait pas faire face à ses douleurs, et encore moins à son bonheur. Je tremble davantage pour les êtres qui jouissent que pour les êtres qui souffrent. Il y a des âmes trop heureuses au point de vue naturel et humain. Comblées de tous les dons, elles ont besoin d’une haute piété pour pratiquer le sacrifice, pour expier en quelque sorte leurs félicités imméritées, et elles ne trouvent l’apaisement et la sécurité
de la conscience que dans le détachement puisé à une source divine. Une telle valeur d'âme ne peut procéder que d’une religion profonde.
L'Elite des femmes chrétiennes a une valeur d'âme qui se manifeste par une religion féconde.
Üne religion féconde est une religion qui se compose moins de pratiques superficielles que de vertus réelles. C’est un arbre qui porte plus de fruits que de branches, de feuilles et de fleurs. La femme vraiment chrétienne n’est pas la créature débile, minutieuse, revêche et acariâtre qui a la prétention de s'imposer coûte que coûte, mais bien la créature humble et douce, aimable et forte, qui trouve dans son contact avec Dieu non seulement une énergie supérieure, mais encore une sérénité plus qu'’humaine. Après la messe qu’elle a entendue, la communion qu'elle a faite, les avis qu’elle a reçus d’un bon livre ou d’un saint directeur, elle apparaît dans le monde et à son foyer comme une prophétesse qui gagne les esprits et les cœurs en les inclinant doucement vers le vrai et vers le bien, comme une enchanteresse dont l'influence est d'autant plus décisive qu’elle est moins bruyante et moins voulue.
Voyez-là auprès de son mari, Un homme irréligieux tombait malade. On va chercher le prêtre. I
vient en se demandant comme il va faire pour l’aborder. À peine est-il entré que le malade lui dit « Soyez le bienvenu, je vous attendais, je veux me … confesser. » — « Dieu soit béni, dit le prêtre, mais qui donc vous a ainsi changé? » — « C’est un ange de Dieu qui m'a changé. » Et en disant cela, il montrait de la main la porte par où son épouse venait de sortir. « Je vous comprends, dit le prêtre, béni soyez-vous d’avoir écouté ses exhortations ! » — « Ses exhortations? Elle ne m'a pas dit une parole, je le lui avais défendu. Mais sa vie, oh ! sa vie ! Durant trente ans j'ai été son bourreau et durant trente ans je n’ai trouvé en elle qu’un agneau qui ne s’est pas plaint une seule fois, Souvent j'ai essayé de la lasser, je ne l’ai pas pu. Monsieur, la religion qui inspire de tels sentiments ne peut qu'être divine. Je suis un malheureux, mais du moins je veux mourir dans les bras du Dieu de mon épouse. » Voilà ce que peut obtenir la femme vraiment chrétienne. Sa religion profonde est en même temps féconde.
Voyez-la auprès de ses enfants. Elle crée autour d'eux une atmosphère surnaturelle, elle prie devant eux et les fait prier avec elle, et quelquefois elle arrive à réaliser cet idéal de la prière en commun qui fait le charme et qui est la marque des foyers chrétiens. Le bien moral et religieux qu'elle fait à ses enfants est incalculable, disons mieux, ineffaçable. Sans doute le fils, même saintement élevé, ne sera pas à l'abri de toute défaillance ; son esprit pourra s’arrêter avec plus de curiosité que de raison aux erreurs du jour ; il laissera peut-être quelque chose de sa vertu et de sa foi aux buissons de la route. Mais ce
ne sera là que l’oubli d’un jour, un accident momen-
tané, une folie passagère. Soudain une vision passera devant ses yeux, la vision d’une mère pieuse qui priait, qui parlait de Jésus et de Marie... et c’en sera assez pour arrêter cet égaré et le remettre dans le bon chemin. La piété maternelle possède une fécondité qui ne périt jamais complètement.
Et quand la femme chrétienne passe de son foyer dans le monde, son irradiation continue, « Ce jeune homme, dit Lacordaire, usé dans le vice, qui ne croit plus à rien, pas même au plaisir, qui ne respecte'plus rien, pas même soi, il vient, il rencontre le regard de la femme chrétienne, il voit vivante la
dignité qu’il a profanée ; il retrouve Dieu dans une
âme qui en a gardé le sacerdoce et qui le révèle dans ses traits ; il sent sa misère et son abjection devant ce miroir de pureté. Un mouvement des paupières ou des lèvres suffit pour le ehâtier et l’anéantir, lui qui s’estimait sûr de ne pas trembler devant Dieu. Il reconnaît une puissance à laquelle il doit compte de sa vie, devant laquelle il doit déguiser au moins sa honte, et s’il devient incapable d'être touché de ce reproche tacite, s’il méprise la fenimie après avoir méprisé tout le reste, c’est le dernier trait de sa condamnation ; il n'appartient plus au monde civilisé, il est barbare. » La femme vraiment chrétienne a du divin dans l’âme, jusque sur sa physionomie, et ce divin elle le porte partout où elle va. Au milieu d’un monde de dissentiments et de conflits, elleest un centre de conciliation et d’égards. Au milieu d’un monde corrompu et corrupteur, elle est un réservoir d'innocence et de pureté, elle assainit l’air respira-
ble, elle élève le niveau moral et religieux de la masse. $a valeur d'âme améliore la médiocrité générale.
L'Elite des femmes chrétiennes transfigure une paroisse.
L'erreur de beaucoup est de croire qu'on ne peut rien faire sans le nombre, Mais non. Mettez dans une petite paroisse dix ou vingt femmes, dans une paroisse moyenne quarante ou cinquante femmes qui ont une valeur d'âme et une piété exemplaire, et la paroisse tout entière sera sur la voie du salut, la moralité grandira, la religion revivra et reprendra son empire. Ces quelques âmes profondément chrétiennes seront pour la collectivité paroissiale un exemple, un entraînement, une puissance de conversion, un germe de résurrection et de vie spirituelle. La beauté morale a son prestige, devant lequel peu à peu s’inclinent les indifférents et les méchants euxmêmes.
Il y a encore en France, dans presque toutes les paroisses, des mères chrétiennes qui ont conscience de leur dignité et de leurs devoirs, qui veillent sur l’âme de leurs enfants, des épouses chrétiennes qui accréditent le règne de Dieu dans l'intimité du foyer conjugal. Et ces femmes ne sont pas seulement le salut de leur maison. Groupées dans une forte asso-
ciation, elles peuvent devenir l'espoir ét le salut de la paroisse.
C'est là, dañs une œuvre spéciale, dans un groupement distinct, que l’Elite des femmes chrétiennes reçoit des enseignements appropriés, des avis qu’on ne donne pas à tout le monde, une doctrine et des . directions qui les préparent à l’accomplissement de leur mission particulière. On peut les réunir en semaine ou le dimanche, le matin ou l'après-midi, tous les mois ou plus souvent, le premier vendredi du mois où un jour de fête de la Sainte Vierge, à l'Eglise où dans la Salle paroissiale. L'important est de faire quelque chose, et non de faire partout €t toujours la même la chosé. Qu'importe la forme et la méthode, pourvu que la vérité soit annoncée, pourvu que le bien s'opère, pourvu que les âmes soiént excitées et réchauffées par la prière en commun ?
Car tels sont les deux grands avantages qu'il faut procurer à l’Elite de nos femmes chrétiennes. Elles prient ensemble et elles entendent une parole utile, opportune, adaptée à leurs besoins. Sous forme de causerie familière, on leur donne une prédication pratique qui les éclaire. Au moyen de recommandations discrètement proposées, on les fait prier pour elles-mêmes, pour leurs enfants, pour le clergé, pour la paroisse, pour les pécheurs et les unes pour les autres. Il y a bien des moyens de grouper les femmes chrétiennes pour avancer leur sanctification ; aucun n’est infaillible ; mais tous sont utiles et les meilleurs sont ceux que l’expérience a consacrés et qui exigent un travail intense, une grande dépense d’ac-
y à S NA à ‘190 LE SALUT PAR L'ÉLITE DANS LA! PAROISSE
tivité, un puissant effort d’apostolat et de vie surnaturelle. Il n’est pas nécessaire d’ailleurs qu’elles soient bien nombreuses. Ne savons-nous pas que saint François de Sales a fait un jour un de ses plus
beaux sermons pour sept personnes? .
* ei xx LE
Ne l’oublions pas, en christianisant la seule âme
de la mère, nous mettons Jésus-Christ au centre du foyer domestique. En faisant du cœur de la mère un tabernacle où Dieu repose, vit et règne, nous faisons de chaque famille un sanctuaire et avec des foyers rechristianisés nous reconstituons des paroisses qui sont de vraies chrétientés.
Une paroisse qui a une association de Mères chré-
tiennes bien organisée, bien vivante, bien suivie, est …
une paroisse qui vit où qui revivra bientôt. N'’eûtelle que cela, elle n’est pas perdue ; elle porte en elle un germe vital et la semence des moïssons de l'avenir.