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CHAPITRE SIXIÈME

L'ELITE DES FEMMES CHRÉTIENNES. (Suite)

L'Elite des femmes chrétiennes a une valeur d'âme, c'est-à-dire une religion profonde qui devient aussitôt une religion féconde. Cette Elite a donc une valeur d'action.

Voici dans la paroïsse des femmes vraiment chré-

tiennes qui n’attendent qu'un signal pour marcher,

qu'une occasion pour se dévouer. S'il n’est pas toujours facile de les organiser, il est toujours possible de les employer. En leur assignant des tâches précises et en les guidant discrètement, on peut en obtenir de magnifiques dévouements. L’Elite féminine existe à peu près partout. Confions-lui une place, un rôle, une tâche dans le vaste champ des OEuvres.

L'Elite des femmes chrétiennes peut d’abord et doit collaborer puissamment aux œuvres de religion et de piété.

Conserver, propager, enseigner et faire pratiquer la religion au milieu d’un monde qui ne la connaît plus et qui a oublié le chemin de l'église ;

Convertir les pécheurs, faire cesser les scandales, empêcher et réparer l'offense de Dieu, soutenir les” faibles et ramener à la Sainte Table ceux qui en sont éloignés ; à

Réhabiliter les unions purement civiles aujour- … d'hui si nombreuses ét procurer l'assistance spirituelle à tant de malades qui vont mourir sans sacrements ;

Pour conquérir à Dieu et à la vertu l’immense multitude, employer prières, conseils, encouragements, réprimandes, selon le caractère, l’âge et la position des personnes ;

Pourvoir aux besoins matériels de la religion, à la décence et à l’éclat extérieur du culte, à la confection et à l'entretien des ornements d'église... Qui fera cela? L'Etat? Hélas ! Bien loin de veiller sur nos temples, nos calices et nos ornements, l’Etat a tout volé et tout saccagé, et le clergé spolié est obligé de tendre la main pour suffire à la splendeur de la Maison de Dieu. Dans un admirable discours prononcé à la Madeleine le 4 février 1858 en faveur des pauvres églises de campagne, Monseigneur Dupanloup s'écriait ::« Je n’hésite pas à vous dire, Mesdames, qu'après l'OEuvre des Séminaires qui vous donne des prêtres, l’'OEuvre dont je vous parle est la première et nulle ne doit demander de vous de plus grands sacrifices. »

Retenir dans le service de Dieu les âmes encoré fidèles, ressaisir les âmes indifférentes et oublieuses, rapprocher peu à peu de la religion les âmes tout à fait hostiles, orner convenablement et par conséquent rendre accessible et attirante l’église paroissiale, où le peuple vient chercher ses plus chers sou-

venirs, ses titres de noblesse, le repos de ses fatigues,

le délassement de ses tristesses, la grâce pour souf-

- rir et la prière pour mériter, un peu d'idéal et de vie spirituelle.

Magnifique programme à exécuter sous l’autorité et la direction des pasteurs par l’Elite des femmes - chrétiennes ! Et encore ce programme est indicatif | et non limitatif, et, pour être exact, il faut l’étendre à tout ce qui concerne la gloire de Dieu et ia sanctification du prochain. Entrons dans les détails.

L'Elite des femmes chrétiennes peut presque toujours et doit collaborer aux œuvres d'éducation et de jeunesse.

| L'enfance et la jeunesse sont les réserves de l’avenir et sont en même temps très menacées par la fa- | mille sans Dieu, par l’école sans Dieu, par la société | sans Dieu. Si on ne les protège, c’est l’irréligion qui | les attend, et avec l’irréligion la démoralisation à | peu près certaine, Sur ce terrain de la protection de ! l’enfance et de la jeunesse, l’Elite des femmes chré- | tiennes a d'immenses services à rendre, dont le clergé | et la paroisse ne peuvent pas se passer.

| Les femmes chrétiennes peuvent beaucoup pour la | fondation et la prospérité des écoles libres. Les ca- | tholiques anglais, les catholiques belges, les catholiques français ont dépensé des millions et des mil-

lions pour abriter l'éducation chrétienne des enfants. à 13

Mais il ne suffit pas de fonder l’école libre ; il faut la faire vivre, la soutenir, l’encourager, la visiter. Pour suffire à l’austère devoir, la sécularisée et l’institutrice libre ont besoin de la présence, du sourire, de la bonté enveloppante de la femme dévouée qui entre dans la classe pour distribuer à la maîtresse et aux enfants son affection, ses conseils, ses gâteries maternelles.

Et puis le prêtre, livré à lui-même, à ses propres forces ou plutôt à son impuissance, ne suffit pas à l'instruction religieuse des enfants. C’est aux femmes chrétiennes d'aller le trouver et de s’offrir comme catéchistes volontaires. Elles se répartissent les enfants par quartiers, par hameaux, par catégories selon leur âge, leur école, leur degré d’instruction. Elles font réciter la lettre, comprendre les mots, connaître la doctrine. Elles apprennent aux petites âmes à bien prier, à aimer Notre-Seigneur et la Très Sainte-Vierge, à faire leur examen de conscience, à faire de bonnes confessions et de ferventes communions, et par l’enfant elles atteignent la famille et quelquefois la transforment.

Et enfin comment un patronage de jeunes filles ou une Congrégation d'Enfants de Marie peuvent-ils marcher et réussir sans le concours de quelques dames pieuses et zélées qui sont à la tête de l’Association et qui veillent à l’assiduité des jeunes associées, à leur bonne tenue, à la convenance.des jeux et des distractions, à l’exécution du règlement en ce qui concerne les exercices de piété? Oh! la belle mission confiée à l’Elite des femmes chrétiennes ! Elles veillent sur les jeunes filles des, i,çlasses ouvrières, domestiques, orphelines, enfants des villes

à: fai

ou des campagnes, soit pour les préserver du mal en

les enrôlant dans des patronages religieux, soit pour les retirer du vice en Les plaçant dans de bonnes maisons, dans des fabriques ou ateliers suffisamment disciplinés, dans des asiles et des ouvroirs honnêtes. Nous régénérerons la famille par la femme, et la femme sera, épouse et mère, ce qu’elle aura été jeune fille. L'avenir des familles dépend de la conduite des jeunes filles adolescentes. Quel fécond et beau travail pour l’Elite des femmes chrétiennes qui ont du cœur, du savoir-faire, de la foi, de la piété à mettre au service de Dieu et des âmes ! Ce n’est pas tout.

TT

L’Elite des femmes chrétiennes peut encore et doit collaborer aux œuvres charitables.

N'est-ce pas à la femme qu'a été départi le département de la souffrance? Dans nos sociétés très civilisées, la douleur se rencontre à chaque pas. Or, de par sa nature, la femme sait mieux que personne assister ceux qui souffrent, et la religion, recueiïllant et agrandissant cette vocation naturelle, attend et exige de la femme chrétienne qu’elle se livre activement et cordialement au soulagement des misères humaines.

Vincent de Paul avait établi lu Confrérie des Dames de la Charité et y avait fait entrer la Reine

et les plus hautes princesses de la Cour. Témoin. édifié de leur dévouement, il s’écriait : « Une fois je

vis Madame la Princesse, oui Madame la Princesse, aller en 25 ou 3o maisons, visiter les pauvres, les consoler, les traiter, et à pied. Quand elle revint, elle était toute je ne sais comment, ses robes toutes crotiées jusqu'aux genoux. O Sauveur ! voilà comme ces bonnes dames travaillent et suent après les pauvres, et voilà comme ferait saint Louis. » C'était de la princesse de Montmorency, mère du grand Condé, qu'il parlait de cette sorte...

Les dames de Charité se recrutent d'ordinaire dans.

les classes opulentes et dans les classes aisées. C'est dans l’ordre. Elles ont du temps, de l’indépendance,

de la fortune et elles s’en servent pour le bien du A

petit monde. Mais au-dessous de l’opulence, . de l'abondance et de l’aisance, il y a la presque-aisance. Le plus mince propriétaire, par cela seul qu'il n’est

pas du nombre de ceux qui n’ont rien, peut et doit

se considérer comme le mandataire de la Providence

près des délaissés et des déshérités. Le recrutement

des dames de Charité est donc facile et abondant,

Elles sont nombreuses. Et parce qu'elles sont animées de l’esprit chrétien, elles donnent non seuleinent quelque chose de leur bourse, mais encore quelque chose de leur! foi avec quelque chose de leur cœur. Elles ne se contentent pas de donner ; elles se donnent. Quelle différence entre le travail à la machine et le travail à la main! Le travail à la main comporte un je ne sais quoi qui révèlé le passage de l’âme humaine sur l’œuvre et lui imprime

ce genre de beauté particulière impossible à rendre »

avec la machine, à cause de sa sécheresse et de sa régularité. Il en est de même de la charité personnelle comparée à la charité administrative. Cette dernière n’a pas d'âme, elle manque de chaleur, elle est machinale et elle peut bien soulager le corps qui n’est qu'une machine ; mais parce qu'elle ne vient pas du cœur, elle ne va pas au cœur et elle le laisse inerte, maussade, insatisfait, inapaisé, mécontent. La femme chrétienne pratique la charité personnelle; elle va au pauvre, au souffrant comme à un fils bien

aimé de Dieu, c’est-à-dire comme à un frère ten-

drement chéri. Elle est simple et bienveillante, aimable et fraternelle. Elle a ce que saint Paul appelle les yeux illuminés du cœur, illuminatos oculos cordis, et elle discerne non seulement les besoins, mais les opportunités et les méthodes, non seulement les œuvres qui convenaient hier, mais celles qui s’imposent aujourd’hui.

L'Elite des femmes chrétiennes, autant qu’elle le peut, donne sa collaboraton aux œuvres sociales.

La femme a son domaine propre qui est la famille, le foyer domestique. Avant tout alle est épouse, mère, maîtresse de maison. C'est sa fonction essentielle. Mais le devoir d'état n'exclut pas, ne supprime pas les autres devoirs que nous venons de lui tracer dans l’ordre de la religion et de l’apostolat, dans l’ordre de l’éducation et de la charité.

Peut-elle aller plus loin? Oui, elle le peut souvent et, quand elle le peut, elle le doit. Sur le terrain de l’action sociale, il ‘est des entreprises qui relèvent de son activité et qui appellent son dévouement. Il est impossible de dire tout ce que peut faire le salon pour la mansarde, la jeune fille du monde pour sa sœur de l’usine et de l'atelier, et, dans un sens plus général, la femme pour la femme. Les œuvres sociales féminines sont innombrables, et leur nouveauté, bien loin de les rendre suspectes et d’en diminuer l'importance, les accrédite, les recommande et les rend plus nécessaires et plus intéressantes.

Cercles d’études féminins composés de jeunes filles du monde ou composés de jeunes ouvrières, Syndicats féminins fondés à Lyon par Mlle Rochebillard, à Grenoble par Mlle Poncet, à Paris par les filles de la Charité, mutualités familiales et maternelles, écoles ménagères, Ligue des acheteurs, maisons de famille, restaurants féminins, Ligue pour la protection de la jeune fille et tant d’autres œuvres similaires méritent d’être citées avec éloge et prouvent que la femme prend de plus en plus conscience de son devoir social, de sa légitime influence, de ses possibilités d’agir. « Désormais, a écrit M. Eugène Flornoy, elle ne se réfugiera plus dans sa tour d'ivoire, — chère aux âmes faibles, dont les degrés sont faits de scepticisme, d’égoïsme ou de dédain — ou plutôt, si elle monte, c’est comme au poste de la vigie pour découvrir des horizons plus vastes. Sans doute des voix ironiques, venues d’en-bas, lui demanderont : Sœur Anne, ne vois-tu rien venir? Et elle devra répondre : Je vois la poussière qui poudroie, c’est-à-dire la ruine et la stérilité. Mais elle ajoutera

e Ma

aussi : Je vois l’herbe qui verdoie, c’est-à-dire l’éter-

nelle reviviscence des germes de fécondité que la

Providence a déposés dans le cœur de la France ! » rx

Reste à savoir comment il convient d’enrôler, d’organiser l’Elite des Femmes chrétiennes, de manière à en obtenir le meilleur rendement possible. Nous pensons que la Ligue patriotique des Françaises peut grouper heureusement et efficacement notre Elite féminine. C’est une Association de défense religieuse et d'action sociale ; elle s’interdit la politique ; sur le terrain exclusif de la religion, de la bienfaisance et du vrai patriotisme, elle fait des merveilles.

Elle envoie partout son Petit Echo qui, mensuellement porté à domicile par les dizainières, va ranimer partout le zèle des adhérentes et leur tracer un programme.

Elle fait la guerre aux modes et danses inconvenantes, aux mauvais cinémas et elle organise des patronages pour préserver la jeunesse féminine contre les mauvais plaisirs.

Elle suscite et favorise les Ecoles libres, les catéchistes volontaires, les bibliothèques de paroisse, la diffusion de la bonne presse : Croix, Pèlerin, Semaine Religieuse, etc.

Elle collabore au succès des fêtes religieuses dans la paroisse : Adoration perpétuelle, Fête des morts, Mois du Sacré-Cœur, de Marie, du Rosaire, Mission, etc...

Elle se prête à la perception du Denier du culte et à l'OEuvre vitale des Vocations sacerdotales.

Elle crée l'Ecole ménagère, l'OEuvre du Trousseau, la mutualité familiale, la consultation de nourrissons, le Cercle cantonal des Fermières, le bon Syndicat, la section des Jeunes avec cercles d’études.

Elle est attentive à l'existence des œuvres 10nconfessionnelles, soit pour les imiter, soit pour les :

pénétrer, soit pour les neutraliser. | Elle cherche et elle trouve : 1° dans le canton une

bonne présidente cantonale ; 2° dans la paroisse un

nombre suffisant de dizainières.

Le programme d'action religieuse et sociale de la Ligue patriotique est en quelque sorte illimité et il se résume en ceci : Tout pour la gloire de Dieu et

le salut des âmes, pour le plus grand bien des pa-

roisses et du diocèse, pour le service de la Religion et de la France.

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