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CHAPITRE QUATRIÈME

Au sein de notre Jeunesse de France il nous faut trouver et créer une Elite, d’où sortira normalement et logiquement une France nouvelle, éclatante de beauté.

. Mais cette Elite ne jaillit pas du sol par génération spontanée. La nature laissée à elle-même ne produit spontanément que des herbes mauvaises. Les beaux blés ne poussent que sur une terre arrosée de nos sueurs et habilement cultivée. Pour susciter dans la Jeunesse une riche Elite, une préparation, une formation est nécessaire, une formation avant tout mo- . rale et religieuse, conquérante et apostolique. C’est . ce que nous appelons la formation essentielle de - l’Elite, distincte de la formation intégrale dont nous parlerons en un second chapitre.

Dans nos Œuvres de persévérance et de ne nous devons constituer d’abord une Elite ardente et généreuse, groupant tous les jeunes gens capables de s'élever à une vie chaste et vertueuse ct d’exer-

cer sur tous leurs camarades, sur leur famille et sur le monde une action rayonnante et féconde., Atelier de formation religieuse et apostolique, pépinière de fervents chrétiens et d’ardents apôtres : telle doit … être surtout l'OEuvre de persévérance pour les. Jeunes.

Elite de fervents chrétiens.

La formation essentielle que nous donnons à la Jeunesse consiste à susciter parmi les Jeunes une Elite de fervents chrétiens.

Ils ont la foi chrétienne et, logiques autant que courageux, ils essaient d’y joindre la morale chrétienne, Leur religion est éclairée et s'accompagne d’une piété sérieuse. Leurs pratiques religieuses s’épanouissent nombreuses et touffues comme les branches d’un arbre qui porte sans doute des feuilles et des fleurs, mais surtout des fruits, c’est-à-dire des vertus savoureuses et substantielles. Telle est parmi les Jeunes l’Elite de fervents chrétiens que nous avons la noble ambition de former, en leur donnant une culture morale et religieuse aussi intense que possible, en leur donnant un enseignement religieux très complet et surtout une éducation religieuse très soignée.

Nous ne ferions rien de sérieux, rien de solide,

rien de profond, si nous ne mettions d’abord dans les jeunes âmes de fortes convictions.

Voici nos jeunes gens des classes populaires qui forcément entendent presque chaque jour l'exposé de fausses théories, dans les ateliers ou dans les bureaux, dans la rue ou à la maison. Il faut bien qu'ils

soient mis en mesure d'apprécier ces théories et de

les réfuter. Pour se défendre contre l’incroyant, ils doïvent en savoir au moins autant que lui. Un enseignement religieux leur est absolument nécessaire,

et par enseignement religieux nous n’entendons pas

seulement les exhortations pieuses ou les discours de circonstance qui se font le dimanche ou à l'occasion de certaines fêtes, mais les instructions précises, détaillées et enchaînées qui exposent, démontrent et défendent la vérité catholique, qui répondent aux objections, qui atteignent et intéressent les jeunes âmes, forcent et retiennent leur attention, font en elles œuvre de lumière et de vie. Et pour compléter cet enseignement oral, il importe en plus de tenir à la disposition des jeunes gens une petite bibliothèque sagement composée, sérieuse et variée, où ils trouvent des livres de science religieuse qui leur permettent non seulement de garder leur foi, mais de la défendre, de la venger, de la faire respecter et de la propager.

Quant aux jeunes gens d'intelligence cultivée, ils ont besoin eux surtout d’un enseignement religieux plus développé et plus substantiel. Ce serait un malheur et une monstruosité si la science profane étouffait chez eux la science religieuse, si leur science religieuse était en proportion inverse de leur science profane, s'ils restaient des ehfants pour la science

256 LÉ SALUT PAR L'ÉLITE DANS LA JEUNESSE divine, tandis qu'ils deviennent des hommes pour la culture humaine, les sciences, le droit, la médecine, les affaires. Il y a là un grand danger à éviter, un grand devoir à remplir.

Et cependant pour faire de nos jeunes gens des chrétiens fervents, il ne suffit pas de les instruire. L'enseignement religieux est la base de l’éducation chrétienne, Maïs disons sans hésitation que l’éducation chrétienne est cent fois plus nécessaire. C’est ce que nous appelons la formation essentielle, capitale, profonde de l’Elite parmi les Jeunes.

Un adolescent peut savoir tout son catéchisme et en donner une explication suffisante et pourtant ne pas avoir l’âme d’un chrétien.

Il peut connaître les vérités de la foi et la morale évangélique sans en faire la règle de ses pensées, de ses jugements et de ses actes.

Il peut connaître Jésus-Christ sans l’aimer et sans jamais le prier, les sacrements sans aller puiser la grâce à ces sources de vie, l'Eglise catholique sans la chérir et la respecter comme une mère, la religion sans la prendre au sérieux et sans aller à elle de l'élan de tout son être.

L'enseignement religieux n'’atteint que la mémoire et l'intelligence de l'adolescent ; l’éducation, la formation chrétienne agit sur sa conscience, sur sa volonté, sur son cœur, sur ses habitudes, en un mot, sur sa vie tout entière intérieure et extérieure. Elle le pénètre de surnaturel. Elle lui donne le goût inné, le besoin instinctif et spontané de la piété. Entrons dans quelques détails.

- Beaucoup s’imaginent faussement que la piété n’est pas possible aux jeunes gens, ou qu'elle est faite pour les filles et non pour les garçons, et qu’il suffit de donner à ces derniers de la religion et peu ou point de piété. Erreur.

0 La piété est utile à tous les âges de la vie et c’est surtout quand on est jeune qu'il faut s'y habituer. Pour être pieux à l’âge mûr, il faut l'être dès les premières années. On ne fait bien que ce qu'on a appris à faire dans sa jeunesse.

L'usage immodéré des pratiques pieuses est dans la jeunesse un travers si peu fréquent qu'il mérite à peine d'être redouté et quatre-vingt-dix-neuf fois sur cent les jeunes gens se perdent non par excès de dévotion, mais par l'abandon précoce des exercices de piété qui revêtaient leurs premières années d’innocence, de charme et d'éclat. Suffit-il, pour faire des chrétiens, de fervents chrétiens, de multiplier les heures de catéchisme et les conférences apologétiques? Non. Il est fort vrai que souvent on ne pratique plus la religion parce qu’on ne la connaît plus. Mais il l’est au moins tout autant qu'on arrive vite à ne la plus connaître parce qu’on a cessé de la pratiquer.

Et puis n'est-il pas absurde d'élever sous le même toit, côte à côte, des filles qui sont pieuses et des fils qui sont à peine chrétiens? Est-ce que les garçons avec leurs ardentes passions, avec leur vie en plein air, avec les périls particuliers qui les attendent, n’ont pas absolument besoin d’être façonnés de bonne heure aux saintes disciplines de la piété catholique ?

Il est nécessaire de donner aux jeunes gens une

forte éducation religieuse, de former et de dévelop: per en eux le sens moral et le sens chrétien par des lectures sagement choisies, par des prédications nu bien adaptées à leur âge et à leur état d'âme, par des confessions qui soient de vraies directions de conscience, par des communions suffisamment multipliées et discrètement graduées, par des avis don nés en public et par de nombreuses causeries intimes, par la visite au Saint-Sacrement et la dévotion à la Sainte Vierge, par la retraite annuelle absolument indispensable et par la retraite fermée sou-. verainement utile. é

l'instruction religieuse serait’ peu de chose si elle n’était complétée et vivifiée par la piété. Soumis à un régime de piété intense, beaucoup de jeunes gens deviennent des chrétiens exemplaires, l’édification d’une paroïsse, la joie, la récompense et la gloire du pasteur qui les a formés et des parents qui. les ont élevés. Ils deviennent une Elite par la vertu . et par le zèle. Fervents chrétiens, ils sont en même temps d’ardents apôtres et le bien qu'ils font est incalculable.

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Elite d’ardents apôtres.

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La formation essentielle que nous donnons à la Jeunesse est le moyen de susciter parmi les Jeunes une Elite d’ardents apôtres.

Un apôtre sommeille dans tout cœur de vingt ans. Mais comment susciter cet apôtre, l’éveiller, le faire sortir, lui donner son essor, son élan, touté sa Capacité d'être et d'action? En Herr à nos jeunes gens la puissante culture spirituelle dont nous ve- - nons de parler. Ce n'est pas dans le grand nombre % que germera la fleur divine de l’apostolat. Qu'importe? Elle germera certainement dans quelques- . uns, dans les meilleurs, dans une Elite. Et cela suffit. + Il suffit qu'ici et là, de nos groupes de Jeunesse, nous dégagions un groupe restreint de jeunes chrétiens et. de jeunes apôtres, décidés à vivre intégralement la vie de Jésus-Christ et à lx faire vivre par les autres.

Quand, dans une œuvre de persévérance, on à un groupe de jeunes gens de seize à vingt ans, bien formés, sélectionnés et zélés, n’en eut-on que cinq ou dix, les jeunes gens du même âge et moins âgés trouvent dans cette Elite un point d'appui et, avec cette Elite à leur tête, ils suivent tant bien que mal, “plutôt bien que mal. Ce que font les meilleurs, les moins bons sont entraînés à le faire et, s'ils n’ont ni autant de piété ni autant de dévouement que l’Elite elle-même, ils essaient cependant de s'élever à la même hauteur.

Cela ne veut pas dire que parmi l'Elite ainsi constituée les défaillances sont impossibles ; elles | peuvent se produire, mais elles sont plus rares ; et,

tout compte fait, si nous voulons sérieusement entreprendre l'éducation de la jeunesse de nos villes et de nos campagnes, nous n'avons pas d'autre moyen que de donner à nos OEuvres une Elite bien chrétienne, bien vivante et bien formée que nous

mettrons en mouvement chaque fois qu'il y aura un ‘acte d’apostolat à exercer, un courant d'activité à provoquer, un élan à imprimer. Peu à peu cette Elite, sagement orientée vers l’action extérieure, rayonnera au dedans, puis au dehors du patronage. Et bientôt nous verrons nos OEuvres de persévérance et de jeunesse augmenter de plus en plus leur vita lité, étendre plus largement leur influence autour d'elles et devenir vraiment, avec le temps et la. grâce de Dieu, les éléments les plus puissants de la reconstitution morale, religieuse et sociale de notre +

pays.

Ce ne sont pas là de vaines chimères. Ce sont des faits qu'il est dès maintenant facile de toucher du doigt.

Dans les bureaux, les magasins, les ateliers où les jeunes gens se nuisent tant les uns aux autres, l’Elite s'impose au respect de tous par sa bonne tenue, par : sa dignité de vie, par la fermeté de ses convictions, | par la décence de ses conversations ; l’Elite est comme un centre de ralliement pour ceux qui veulent rester bons, mais qui ont besoin d’appuyer sur autrui leur faiblesse ef leur timidité. Les unités précieuses qui composent l'Elite sont une force de résistance et une force de pénétration et de conquête.

Dans la famille nos jeunes gens d’Elite ne tardent pas à accréditer la religion auprès de leurs parents, . qui reviennent à Dieu ou le servent avec plus d’ardeur.

Et dans une paroisse ces mêmes jeunes gens sont un germe vital qui prépare des jours meïlleurs, un : levain qui fait lever toute la pâte, une minorité

dynamique qui finit par entraîner la masse et qui donne l'orientation définitive. Ils se tiennent là sous la main du pasteur, chaque fois qu'il y a une impulsion à donner, un apostolat à entreprendre et véritablement l'avenir de la paroisse est entre leurs mains.

Et si tout cela est vrai des jeunes gens des classes . populaires, combien c’est plus vrai encore des jeu- : nes gens qui appartiennent aux classes dirigeantes ! Demain, dans la société, au milieu de leurs semblables, ils seront médecins, avocats ,ingénieurs, notaires, grands industriels, riches propriétaires. Ils auront un rôle social à exercer. Comment dire le bien immense que peu faire un médecin, par exemple, ayant conscience de ses devoirs professionnels, à la fois vrai savant et croyant, chrétien sincère et ardent apôtre, soulageant les misères physiques et les, infirmités morales, et devenant souvent, par Ja force des circonstances, le médecin des âmes en même temps que le médecin des corps? Et un notaire? Et un ingénieur? Et un gros négociant? Et un chef d'industrie? Et un riche agriculteur? La valeur sociale d’un homme haut placé ne s’improvise pas. L'âge mûr ne donne que ce que la jeunesse a élaboré. Combien donc il est important de préparer et d'initier à leurs devoirs futurs les jeunes gens à qui l'avenir réserve une situation prépondérante, de développer en eux l'esprit chrétien, l'esprit de zèle et de conquête, en leur montrant d'avance ce monde qui s'ouvre devant eux, qui les attend, qui a besoin d’eux !

La formation essentielle que nous donnons à la

262 LE SALUT PAR L'ÉLITE DANS LA JEUNESSE : s Lu SUN jeunesse nous annonce pour demain une Elite de fervents chrétiens et d’ardents apôtres. A brève échéance, c'est le salut de la patrie et de la religion.

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Ajoutons à cela que dans cette Elite des Jeunes nous trouverons certainement quelques vocations sa- … cerdotales, quelques bons prêtres. Parmi ces. jeunes gens, si parfaitement cultivés au point de vue surna-. turel, il y en aura quelques-uns qui, constatant et comprenant la grandeur du ministère sacerdotal : : formation des consciences, enseignement de la religion, don de soi aux autres, seront épris d’un si sublime idéal. En touchant du doigt l'état lamen- | table des âmes sans religion et sans Dieu et l'insuf- | fisance numérique du clergé en présence de sa tâche démesurée et accablante, ils se diront tout bas : « Pourquoi ne serais-je pas prêtre? Je suis, je dois être l’un de ces ouvriers apostoliques que réclame le champ du Père de famille et que sollicitent les moissons prochaines, » Et le sacerdoce s’enrichira : de quelques unités nouvelles, admirablement préparées aux labeurs de l’apostolat nouveau.

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