‹ Le salut par l'eliteChapitre 35 sur 51 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

La Jeunesse est tout l’avenir, l'avenir de la famille et de la paroisse, de la Religion et de la Patrie. Si nous ne pouvons pas sauver toute la Jeunesse, sauvons au moins une Elite et l’Elite finira par en: traîner la masse. Si nous n'avons pas dans la main un groupe de Jeunesse, disons que l’avenir rous échappe et que nous renonçons même à l’espérance.

Sauvons une Elite et donnons-lui la formation essentielle, c’est-à-dire la formation religieuse et surnaturelle. Et puis à cette formation essentielle ajoutons la formation intégrale, qui atteint le jeune horme dans tout son être, même dans son être physique, Le jeune homme a une âme qu'il faut imprégner de vie chrétienne et apostolique. Voilà le but suprême, Mais ce but suprême admet et appelle des compléments et des adjuvants. Jamais l’Elite ne sera trop parfaitement cultivée.

Nos jeunes gens ont un corps ; donnons-leur une culture physique et sportive. Ils ont une intelligence;

donnons-leur une culture intellectuelle et artistique. : ils ont une profession ; donnons-leur une CS Du et sociale.

La formation gymnastique et sportive.

| Un mot d’abord de la formation gymnastique et

sportive que nous essayons de donner à notre Jeu- …

nesse, ou du moins à une portion de notre Jeunesse.

Tout le monde connaît la belle et puissante Fédération gymnastique et sportive des Patronages de France. Elle est née en 1897 de la pensée et du cœur du docteur Michaud. En 1914, elle a jeté dans l’armée un bloc de 150.000 jeunes gens et elle en a laissé 22.000 au champ d'honneur. Actuellement elle compte 250.000 membres... et elle fait bonne figure quand elle défile à l’Arc de Triomphe, au Parc des Princes, dans nos rues et sur nos places publiques. C'est l'Armée de demain qui passe, et avec l’Armée la France, et avec la France et l’Armée, la Religion, la Croix, le Christ qui aime les Francs,

Ne méprisons pas la gymnastique et les sports. Ils sont approuvés et bénis par le Pape et par les Evêques.

Ils attirent, retiennent et occupent les jeunes gens qui ont besoin d'activité, d'expansion au grand air, de mouvement.

Outre qu'ils développent les facultés du corps, la

. Li FORMATION INTÉGRALE DE L'ÉLITE PARMI LES JEUNES 269

santé, la force, la souplesse et la grâce, la gymnastique et les sports ne sont pas dépourvus d'une certaine vertu éducative. Ils ont le double avantage d’amortir la passion et de discipliner le jeune homme. Il n'est pas inutile que la vie débordante et - excessive de l’adolescent puisse se dépenser et se perdre dans les violents exercices corporels ; il n’est pas inutile que le gymnaste soit obligé d’assouplir non seulement son corps, mais sa volonté, en se soumettant ponctuellement aux ordres d’un moniteur, en s’habituant à obéir militairement.

Demain ces jeunes gens iront sous les drapeaux. Ils y arriveront rompus aux exercices gymnastiques et sportifs ; ils auront tout de suite un avantage sur leurs camarades et ils pourront ainsi exercer à la caserne une influence salutaire, un véritable apostolat.

Et enfin l'attitude de nos gymnastes catholiques fait honneur non seulement au drapeau national qu'ils portent d’une main vaillante, mais encore à la cause religieuse qui les inspire et les dirige, La Religion est justement fière de la belle jeunesse qu’elle a formée avec tant d'amour ; elle montre avec joie la pudeur, la crânerie, la beauté qui reluisent sur le front de ses enfants ; elle manifeste la puissance qu'elle a de transfigurer les corps en façonnant les âmes.

Est-ce à dire que l’on doit élever la gymnastique et le sport à la hauteur d’un principe, leur attribuer une valeur éducative infaillible, les préconiser comme un élément essentiel de persévérance? Nullement. Est-ce à dire que l’on peut dans nos œuvres

de jeunesse multiplier sans mesure les exercices phy-

siques au détriment de la formation morale et religieuse? Pas davantage.

La gymnastique et l'instruction militaire ont une grande importance à notre époque surtout, et nous aurions tort de les proscrire de parti pris. Mais elles sont un moyen et non un but, l'accessoire et non le principal, et nous nous tromperions en leur donnant une place prépondérante au détriment de la formation chrétienne qui doit toujours rester notre première et souveraine préoccupation, Que nos jeunes gens soient chrétiens, foncièrement, intelligemment et courageusement chrétiens et le reste leur sera donné par surcroît. Pour avoir une Elite, don+ nons-leur d’abord la formation essentielle, et ensuite, avec discrétion et selon l'opportunité, la formation intégrale. L'âme avant tout, et ensuite le corps, l'intelligence et la profession.

La formation intellectuelle et artistique.

Mentionnons ici la formation intellectuelle et artistique qui peut convenir à l’Elite de nos jeunes gens et concourir à leur éducation intégrale.

Rien de plus apte à faire du bien à notre Jeunesse que les neprésentations dramatiques et théâtrales En même temps qu'elles attirent la foule et qu’elles

suscitent l'émotion, lerire,l’enthousiasme dans un pu-

LA FORMATION INTÉGRALE DE L'ÉLITE PARMI LES JEUNES 207 blic trop déshabitué de tout contact avec la religion, elles élèvent l'esprit des jeunes gens, leur suggèrent de nobles sentiments et les forment à une bonne diction et à la compréhension du vrai, du bien et du beau. Mgr Dupanloup a dit très justement : « L’homme vaut en proportion de sa faculté d'admirer ». Tel est précisément le résultat de notre théâtre reli- . gieux. [il propose à la foule et à la jeunesse des pièces bien choisies et bien interprétées qui font vibrer d’admiration les acteurs et les spectateurs.

Nous parlons de pièces bien choisies et bien interprétées. Les bonnes et belles pièces dramatiques ou comiques ne manquent pas et le répertoire s’en accroît tous les jours. Nous avons à l’heure présente des auteurs qui savent écrire et qui nous donnent des comédies et des drames irréprochables au point de vue littéraire, et en même temps capables d’exalter les plus nobles sentiments de l’âme humaïne : la religion, la patrie, la famille, la vertu et l'honneur. Et jusque dans nos groupes de jeunesse populaire nous trouvons assez facilement une Elite de jeunes acteurs qui nous offrent des séances théâtrales intéressantes, ét en même temps convenables et dignes, quelquefois même tout à fait remarquables.

Il importe cependant de noter que ces séances théâtrales, pour obtenir leur effet, ne doivent pas être trop nombreuses. Multipliées à l’excès, elles passionnent outre mesure la jeunesse et elles épuisent le temps et les forces du directeur du patronage. La formation morale et religieuse des jeunes gens est l’œuvre essentielle et principale, leur formation intellectuelle et artistique n'est que l’œuvre secon-

daire et accessoire. Que si les séances théâtrales occupaient une place trop grande, elles pourraient devenir un dissolvant très redoutable pour le bon esprit, la piété et la vertu des jeunes gens, elles pourraient amoindrir et détériorer leur vie chrétienne au lieu de la favoriser et de l’accroître. Les représentations théâtrales, les séances bien composées qui ne présentent à l’auditoire que des pièces, des comédies, des drames choisis avec soin ont de grands avantages ; elles sont bienfaisantes pour la jeunesse qu'elles tiennent en haleine par de longues et nombreuses répétitions et dont elles façonnent l’intelligence et le goût. Mais en faire abus est assez facile et très fâcheux.

Et ce que nous disons des représentations théâtrales, nous pouvons et devons le dire également de la musique, des chorales et des fanfares. La vertu finit où l'excès commence. L'œuvre de jeunesse qui aurait pour préoccupation exclusive de former des musiciens, risquerait fort de ne pas former des chrétiens et par conséquent manquerait son but. Mais proscrire du patronage l'élément musical serait très regrettable, car on ne suppléerait pas facilement à la privation qui en résulterait.

Est-ce que la musique n’a pas une valeur éducative? Elle n'est pas seulement un agréable passetemps, elle est un art et, par conséquent, elle développe l'intelligence de celui qui la cultive, elle lui fait produire l'effort intellectuel que réclame la recherche du beau, et en occupant sainement le jeune homme elle devient pour lui un puissant préservatif contre la démoralisation. Ajoutons à cela que les

belles prières liturgiques bien chantées donnent de la facilité et de l'élan à la piété juvénile, en même temps qu'elles sont un moyen précieux d'attirer les fidèles à l’église. « Vos paroisses, a écrit Mgr Dupanloup, seront en bonne voie de régénération, le jour où vous serez parvenus à leur faire contracter l’habitude de prendre part aux chants de l'office divin. » Or le meilleur moyen de faire chanter les fidèles, c’est de faire chanter les jeunes gens qui, dressés et stylés, donnent l'impulsion et entraînent la masse, y compris les hommes.

Page 1