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CHAPITRE XI

De l'enseignement post-scolaire. Voyages. Cercles. Bibliothèques. Universités populaires. Sociétés artistiques, etc. Théâtre chrétien et patriotique.

On a dit avec raison que l'enseignemrent ne devait pas finir au sortir de l'école, mais que, pendant toute sa vie, l'homme était volontairement ou non « un être enseigné ».

Cette vérité est plus certaine encore, si l'on considère ceux qui n'ont gravi que les premiers degrés de l'enseignement et ne sont point parvenus à ces sommets d'où descendent tous les savoirs, comme les grands fleuves descendent des hauts glaciers. Mais ceux-là mêmes qui ont pu atteindre quelque sommet et le dominer de toute leur intelligence, relèvent, à beaucoup d'égards, d'autres esprits : ils furent disciples avant d'être maîtres ; et puis la maîtrise qu'ils exercent sur un point n'exclut pas leur dépendance sur une foule d'autres. Ajoutons qu'ils doivent sans cesse se cultiver eux-mêmes et rester à l'école de l'expérience et du bon sens, dont

le commun des hommes est l'organe beaucoup plus sur que leur génie, si tant est qu'ils aient pu se hausser jusque-là.

Mais nous devons maintenant insister sur l'enseignement post-scolaire proprement dit et en indiquer les moyens généraux. On peut les ramener aux suivants : les vovages. les cercles, les bibliothèques, les Universités populaires, les Sociétés artistiques et autres semblables, le théâtre chrétien et patriotique.

1° Voyages. — Les voyages que nous avons en vue seraient plutôt inter-scolaires que post-scolaires, bien qu'on pût en organiser pour tous les âges. A beaucoup d'égards, ils ressembleraient à ceux que font déjà, par groupes, pendant les vacances, les élèves de divers établissements, celui d'Arcueil par exemple. Mais ils en différeraient extrêmement par leur caractère démocratique, puisque les jeunes gens qui y prendraient part, loin de compter sur des bourses de voyage de plusieurs milliers de francs, n'v pourraient consacrer généralement que de légères économies ou des bourses fort modestes qui leur seraient allouées pour récompense.

Leurs vovages ne sauraient donc pour l'ordinaire s'étendre à l'étranger; mais ils n'en seraient peut-être que plus agréables et plus utiles. Les cara-

vanes, conduites par quelques maîtres et de bons guides, exploreraient le plus souvent à pied et avec un léger sac sur les épaules, tantôt l'une et tantôt l'autre des provinces de la France. Les plus beaux sites, les Alpes ou les Pyrénées, avec les riches vallées, le littoral de la mer avec les grands ports et les puissants navires de guerre ou de commerce, les plus belles villes, avec leurs monuments historiques, les grandes manufactures et les usines gigantesques nécessaires à l'industrie moderne : toutes ces merveilles de la nature ou du génie de l'homme passeraient successivement devant leurs yeux ravis et susciteraient dans leurs jeunes esprits mille pensées d'avenir. N'oublions pas les sanctuaires et les lieux de pèlerinages les plus célèbres, où ils viendraient se reposer de leurs fatigues et ranimer leur piété. Ce seraient là des leçons de choses, que rien ne remplace et qui malheureusement, dans l'état social actuel, ne sont guère à la portée des enfants du peuple.

Ces excursions seraient peu coûteuses, si l'on songe que la caravane une fois transportée par les trains de chemins de fer, si c'était nécessaire, dans le milieu à explorer, toutes les courses se feraient à pied ; une automobile pourrait suivre avec les bagages ; mais on mènerait une vie toute militaire, campant dans les fermes ou même en pleine cam-

pagne. D'ailleurs ces voyages seraient singulièrement facilités, le jour où les cités chrétiennes seraient disséminées par toute la France et dans les colonies. On peut même entrevoir quels liens de fraternelle hospitalité, d'amitié et aussi d'intérêt, ne tarderaient pas à se nouer d'une extrémité du pays à l'autre.

2° Cercles. — Nous entendons ici des cercles d'études, principalement d'études sociales. Ils seraient préparés par les patronages, réservés aux adolescents, et grouperaient surtout les jeunes hommes désireux de s'instruire mutuellement et de connaître le mécanisme si compliqué de la société contemporaine. On y traiterait donc une ou plusieurs fois par semaine, spécialement dans les longues soirées d'hiver, mais sans relâcher les liens de la famille, toutes les questions qui peuvent intéresser des chrétiens éclairés et des citoyens jaloux de leur liberté : la religion au point de vue social ; l'histoire religieuse et l'histoire nationale; les grandes figures de nos saints et des hommes justement célèbres ; puis le droit dans ses diverses branches, les contrats d'association, les sociétés commerciales et autres, l'économie politique, les impôts, etc. On étudierait spécialement les questions intéressant les professions ou les industries exercées dans

la cité ou les cités voisines. On ne négligerait point certaines questions d'hygiène et de médecine. Bref, tout ce qui fait la matière de l'enseignement dans les universités et les écoles supérieures serait, autant que possible, mis à la portée de chacun.

Les cercles auraient naturellement pour conseillers et pour guides les hommes compétents en chaque matière : un docteur en théologie pour les questions de religion et de morale, le médecin de la cité pour les questions d'hygiène et de médecine,, un professeur de l'enseignement secondaire ou supérieur pour les questions de son ressort. Mais les cercles n'en garderaient pas moins une véritable autonomie.

3° bibliothèques. — Au cercle serait naturellement annexée une bibliothèque, qui pourrait être paroissiale ou communale et s'ouvrir indistinctement à tous les membres de la cité. On y trouverait les journaux, les revues et les livres les plus utiles au développement intellectuel et moral de la jeunesse, comme aussi à l'information des hommes plus instruits et d'âge mûr. On y réunirait de préférence les meilleurs ouvrages d'apologétique, d'histoire religieuse et nationale, les vies des saints et des grands hommes qui ont exercé une grande influence sociale, les récits de voyages qui intéres-

^ent les questions de colonisation. Certains périodiques religieux, comme les Aimales de la Propagation de la foi et les Missiojis catholiques y auraient une place d'honneur. On préférerait les ouvrages sérieux aux romans, même les meilleurs, bien que ceux-ci ne fussent pas exclus. Mais on n'alimenterait jamais une curiosité rêveuse, une sentimentalité vague et énervante, qui éloigne de l'action saine et fortifiante. Le prêt des livres serait fait avec méthode et discernement, c'est-à-dire que les jeunes gens et les jeunes filles seraient dirigés dans leurs lectures par leurs parents, leurs maîtres ou maîtresses et leurs confesseurs.

Outre les bibliothèques publiques, il se formerait bien vite beaucoup de bibliothèques privées et de famille. Elles devraient comprendre, avec des ouvrages de piété et de science ou d'histoire bien choisis, les livres classiques. Ceux-ci devraient changer le moins possible dans les écoles, rester familiers à ceux qui les auraient étudiés et qui les expliqueraient à leur tour à leurs enfants ou à leurs élèves.

4^ Conférences. — L'œuvre des Conférences viendrait naturellement se greffer sur celle des cercles. C'est-à-dire que, dans certaines occasions, on inviterait un orateur, choisi dans la cité ou parmi

les amis du dehors, à traiter un sujet de circonstance. Découverte récente ou application scientifique à vulgariser, récit de voyage, entreprise coloniale ou fondation d'une cité nouvelle, question politique ou sociale à l'ordre du jour, réforme à provoquer : tout pourrait être le sujet de ces conférences, dont plusieurs marqueraient une date dans l'histoire de la cité.

5° U?îive?'sité populaij'e. — On voit que tout ce que Ton a pu tenter de bon, dans ces derniers temps, en faveur de l'enseignement du peuple, sous le nom d'université populai?'e ou autre semblable, serait facilement assuré aux citoyens des cités nouvelles.

L'idéal à poursuivre, c'est que, dans la démocratie chrétienne, tout homme de bonne volonté puisse développer intégralement toutes ses aptitudes intellectuelles, physiques et morales. Or il le pourrait par les institutions précédentes et celles qui restent à signaler.

6*5 Sociétés artistiques. — On créerait toutes les sociétés artistiques et autres plus ou moins semblables que comporteraient le développement des cités et les goûts de ses habitants, en particulier les goûts de la jeunesse : sociétés musicales, orphéons et

fanfares ; sociétés de gymnastique, de tir, d'escrime et aussi de natation, de canotage, si la cité avoisinait la mer ou une rivière. L'équitation, la vélocipédie, tous les genres de sport honnêtes seraient non seulement tolérés, mais encore encouragés selon les circonstances et à la condition de bien s'encadrer dans les institutions déjà existantes.

Une ou plusieurs sociétés musicales seraient particulièrement utiles et même nécessaires, tant pour développer certaines aptitudes esthétiques toujours latentes parmi les enfants du peuple, que pour contribuer à l'éclat des cérémonies civiles et religieuses.

7° Théâtre chrétien. — Loin de condamner absolument le théâtre, nous crovons, au contraire, que cet art si vivant, dont il est malheureusement trop facile d'abuser, pourrait contribuer beaucoup à la culture des bonnes moeurs et à l'élévation des sentiments dans les cités nouvelles. Mais il ne peut être question pour nous que d'un théâtre essentiellement chrétien et patriotique. Ici, moins encore que dans les diverses branches de l'enseignement, nous admettrions la séparation de l'élément intellectuel et de l'élément moral, du vrai et du bien.

Dans les écoles primaires et dans les écoles secondaires, les enfants et les jeunes gens des deu-x

sexes seraient déjà exerces à déclamer et à jouer certaines scènes, auxquelles les parents seraient invités à assister aux jours de distributions de prix. Mais, après la période scolaire, il serait bon de continuer à cultiver cet art chez ceux et celles qui auraient montré une aptitude particulière. On pourrait donc, en procédant d'ailleurs avec une parfaite discrétion, organiser des théâtres chrétiens dans les cités nouvelles, comme on l'a fait depuis longtemps à Oberammergau, en Bavière, et récemment à Selzbach, en Suisse, à Ménil-en-Xaintois, €n Lorraine. On y représenterait de temps à autre, et avec un certain éclat, soit les grands mystères chrétiens, soit d'autres tragédies religieuses ou patriotiques.

Mais, encore une fois, une grande discrétion serait nécessaire. Car, si l'acteur qui doit se pénétrer des plus nobles sentiments pour les exprimer en public, y acquiert lui-même une élévation d'àme dont il ne se soupçonnait pas capable, il est exposé, d'autre 'part, en montant souvent sur la scène et en variant beaucoup trop ses rôles, à manquer de sincérité, à prendre la forme de la vertu et des beaux sentiments en négligeant ce qu'ils expriment, à préférer la beauté de l'art au bien moral, dont elle ne devrait jamais se séparer. De là une funeste théorie et surtout une funeste pratique,

celle de l'art pour Tart. De là encore cet amour de paraître, sans trop se soucier d'être, ces vertus de pure attitude, de surface et de convention, ces beaux gestes sans œuvres viriles et bonnes : en un mot, ce cabotinage universel dont souffre notre société contemporaine; car il a envahi toutes les scènes du monde, aussi bien que celles du théâtre. C'est lui qui marque la décadence des sociétés menacées de périr.

Ses excès néanmoins ne nous persuaderont pas de rien retirer de ce qui précède, mais éveilleront seulement toute notre prudence. Il ne s'agit pas. dans les cités nouvelles, de pousser l'art du théâtre à sa perfection, bien qu'il puisse y atteindre, ni encore moins de former des acteurs et des actrices de profession : cette carrière serait plutôt à interdire. Mais le théâtre, toujours chrétien et par conséquent moral et patriotique, serait un moyen de cultiver les nobles sentiments et les belles manières, de servir en détinitive la religion et les bonnes moeurs.

En terminant, est-il nécessaire de dire que ces diverses institutions ne seraient pas toutes opportunes dans chaque cité nouvelle ? Mais elles le deviendraient pour la plupart au fur et à mesure du développement normal de la cité. D'ailleurs plusieurs cités voisines pourraient concourir à la

création et au développement d'une institution commune et en bénéficier de concert. C'est d'une pareille coopération que pourrait résulter notamment le théâtre chrétien et patriotique.

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