‹ Le salut social par les cités chrétiennesChapitre 18 sur 22 · CHAPITRE XVIi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIi

L,a liberté de l'enseignement, de la presse, des cultes.

Une liberté précieuse entre toutes est la liberté d'enseignement. Elle n'existe qu'à demi en France, et une démocratie chrétienne devra s'appliquer à l'accorder tout entière.

Cette liberté est fondée sur divers droits, qu'il faut reconnaître et harmoniser, sans en sacrifier aucun : droit du père de famille d'élever ses enfants par lui-même ou par d'autres ; droit de l'Eglise d'enseigner toutes les nations et de faire concourir toutes les connaissances au salut des âmes et à la gloire de Dieu ; droit de l'Etat, qui ne peut se désintéresser d'aucune force intellectuelle ou morale indispensable au bien public ; droit des individus, qui ont la double faculté de communiquer la vérité qu'ils possèdent et de recevoir celle qu'ils désirent ; droit des associations libres, qui peuvent se former en vue de toutes sortes d'avantages et de biens à procurer à leurs adhérents ou à leurs protégés.

Le droit d'enseigner que nous reconnaissons à l'Etat n'est donc pas exclusif ; en l'érigeant en monopole, on le transformerait en une tyrannie, l'une des plus odieuses, puisqu'elle s'exercerait sur l'esprit et la conscience.

Mais l'Etat a le droit de surveiller et même de diriger l'enseignement dans la mesure qu'exigent ses véritables intérêts. Il peut créer et soutenir des écoles supérieures, des Académies, des Instituts^ imposer des conditions de savoir et, par conséquent, des examens à l'entrée de certaines carrières. Son rôle est important, décisif et tout à fait supérieur au point de vue des intérêts matériels de la société et de ses rapports internationaux. Qui peut et doit mieux que lui veiller à ce que l'esprit français se distingue dans les lettres et dans les sciences, et à .ce que nous ne sovons devancés par aucun de nos rivaux, dans les découvertes et applications scientifiques, surtout dans les sciences militaires et tout ce qui concerne la défense nationale ?

Mais, en exerçant les droits qui lui sont propres, il doit ne comprimer aucune liberté légitime, n'empiéter aucunement sur les droits paternels, ne pas se substituer aux associations libres, qui ont le droit de vivre, ni surtout violenter les consciences, en imposant dans l'enseignement, directement ou

indirectement, SOUS prétexte de neutralité, un esprit d'irréligion et d'athéisme.

Et puis l'enseignement national, tout en étant soumis à une direction générale, celle qu'exigent le patriotisme et les intérêts du pays, devrait être décentralisé dans une certaine mesure. Les communes et, dans certains cas, les autorités départementales ou régionales auraient le droit de nommer les instituteurs et la plupart des autres maîtres de l'enseignement. Les cités chrétiennes réclameraient cette juste autonomie et, en attendant qu'elle fût obtenue tout entière, elles garderaient toute l'indépendance permise encore par la législation actuelle.

Elles profiteraient également de toute la liberté laissée à la presse. Quelque licencieuse que puisse paraître cette liberté dans l'état présent, elle n'en est pas moins un instrument puissant pour le bien : c'est un devoir de* s'en servir d'autant mieux qu'on en abuse davantage. Les cités chrétiennes favoriseraient donc la bonne presse, à l'exclusion de toute autre. Il faudrait armer les lecteurs chrétiens contre les calomnies et les scandales des mauvaises feuilles, leur inspirer de l'aversion pour ces lectures malsaines, user de toutes les lois existantes pour refréner l'audace des diffamateurs, dénoncer leur complicité avec les ennemis du pays et certaines-

— i88 — puissances occultes. Et si un jour les démocrates chrétiens étaient appelés à exercer le pouvoir, ils poursuivraient sévèrement par des lois justes les trahisons, les vénalités et les provocations à l'immoralité, qui déshonorent la presse actuelle. Mais une grande liberté de discussion serait laissée à tous les écrivains, comme aussi aux orateurs des assemblées politiques.

La liberté de conscience et des cultes que réclameraient les démocrates chrétiens, serait celle-là même qui résulte du Concordat, auquel l'Etat ne peut rien retrancher légitimement, sans le consentement de l'autre partie contractante. Mais, en respectant la liberté des autres cultes, ils exigeraient le même respect pour le leur. Ils n'admettraient point que personne fût molesté pour sa foi, ni que des associations fussent soumises à une législation exceptionnelle et tyrannique parce qu'elles sont religieuses. Si les vicissitudes de la-politique les portaient au pouvoir, ils n'useraient pas cependant de représailles, mais accorderaient à leurs adversaires ou même à leurs ennemis la liberté qu'ils n'ont pas obtenue d'eux et que la Constitution garantit à tous. Leur intention ne serait donc pas d'établir rien de semblable à une religion d'Etat ; ils croiraient commettre un crime en usant du pouvoir pour violenter les consciences ; on les trouverait toujours

-- i89 — fidèles, pour leur part, aux libertés constitutionnelles.

Ils ne renonceraient point cependant à améliorer les rapports de l'Eglise et de l'Etat. Mais les modifications du Concordat, que sembleraient comporter les circonstances, seraient demandées toujours pacifiquement et obtenues de la pleine liberté du Saint-Siège.

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