‹ Le Sanatorium d'OsséjaChapitre 6 sur 15 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Les villages sanatoria

Certes, il ne saurait être question de contraindre et de parquer les tuberculeux, comme le moyen âge le fit pour les lépreux.

Quoiqu’on ne puisse s'empêcher de remarquer que l'institution des léproseries et l'excommunication des lépreux par l'Eglise, eurent pour résultat de faire disparaître la terrible maladie de notre territoire, pour plusieurs siècles, notre sentiment moderne de la liberté individuelle s'oppose cependant à ces méthodes de coercition.

Mais ce qu’on ne saurait faire par la force et par la brutalité, on peut tenter de le réaliser en s'adressant à l'intelligence des particuliers, en leur faisant comprendre leur intérêt, enfin en développant ces notions d'hygiène : hygiène individuelle et hygiène collective qui commencent à prendre dans nos mœurs l'importance qu’elles doivent avoir véritable-

ment.

2 Div

C'est à l'hygiène préventive qu'il convient de diriser l'institution des villages sanatoria, une des plus belles conceptions de la médecine: moderne. Encore faudrait-il s'entendre sur la signification de ce mot composé : village-sanatorium, auquel des auteurs différents, des nations différentes, donnent des acceptions différentes,

Dans certains cas, on a donné le nom de viHagesanalorium à une réunion de-maisons, toutes contenant des malades qui, à peine améliorés, relournent dans les villes où ils recommencent à mener une vie fatigante el à Contaminer leur entourage,

Telle n'est pas la conception de nos maîtres

MM. Léon Bernard et Besançon écrivaient déjà en

« La formule idéale de la cure hygiéno-diététique populaire réside dans son association à des condilions définitives d'existence impliquant à la fois la continuation du traitement sanalorial, et Forganisa- Lion d'un travail approprié. À cet effet, il faut enseigner Ce travail aux tuberculeux déjà améliorés, puis le leur procurer, afin de leur donner les moyens de l'exercer dans le milieu social et climatique qui leur convient. |

Seuls, le Village sanitaire, la colonie de tuberculeux est susceptible de réaliser ce progrès : Jui seul répond aux exigences sociales de la cure sanatoriale populaire fournissant aux malades et à la société un bénéfice durable ».

C'est ce mot de Village Sanitaire qui sera noire

STD ee

vocable de prédilection, puisque celui de Village Sanatorium a élé attribué à des organisations différentes et qu'il peut prêter à confusion.

On ne peut mieux définir le Village sanitaire que ne l'ont fait les auteurs sus-cités.

. Un esprit qu'on ne saurait traiter d’utopiste imagine aisément le Village-Sanitaire idéal : une immense colonie de tuberculeux, ou un semis de petiies colonies dans un lieu particulièrement choisi, sous un ciimat privilégié.

Tout le commerce, toute l'administration de cette colonie seraient confiés à des tuberculeux guéris ou stabilisés. Une ou plusieurs industries, choisies parmi celles qui ne fatiguent pas outre mesure l'ouvrier, le tâächeron, assureraient l'existence et la vie autonome de cette communauté, sans qu'il soit nécessaire de demander à l'Etat autre chose que les frais d'installation. |

Formant i’armature, et assurant la Direction de cette colonie, un noyau de médecins, les uns phtisiologues, les autres hygiénistes, donneraient les soins — et l'éducation — indispensables. |

I ne s’agit pas d’un rêve, et il paraît qu'un village entièrement artificiel, se rapprochant de la description précédente, doit être construit en Dordogne.

Faute de renseignements sur ce projet si intéressant, nous en sommes réduits à étudier les villages sanatorium déjà existants, et en premier lieu, les villages sanatorium anglais.

ne der

Nous étudierons d’abord l’organisation réservée aux tuberculeux de guerre de la Légion britannique.

Il a été établi à Preston Hall, dans le comté de Kent.

C'est un des plus importants comtés du Sud-Est de l'Angleterre.

Son climat doux, en grande partie dû à la proximité de la branche orientale du Gulf Stream. Sa température moyenne relativement élevée, le faible écart entre les températures maxima et minima, en ont fait une région d'élection, qu’on a pu appeler le « Jardin de l’Angleterre ».

Sa végétation témoigne de la douceur de son climat :

Les jardins, les roseraies y abondent, et c’est cette région que la Légion britannique choisit, pour construire son village-sanatorium.

Preston-Hall était, à 50 kilomètres de Londres, mais dans une région agricole, une vaste propriété de près de 20 hectares couverte seulement de quelques bâtiments.

La Légion Britannique (sorte d'association d’anciens combattants) acheta Preston-Hall en 1925). Le plus grand des bâtiments de la propriété, fut aménagé, restauré, et transformé en sanatorium.

Gravitant autour de ce sanatorium, se sont élevés, peu à peu, des villas, des pensions, des hôtels, enfin, ce qui est nécessaire pour constituer un vrai village : une mairie, une église et une école.

Preston-Hall (remarquablement dirigé par le Doc-

teur J. B. Mac Dougall, à l'ouvrage de qui nous empruntons ces renseignements), ne reçoit pas les tuberculeux très atteints, en un mot incurable:

Une visite très sévère élimine à l'entrée tous ceux qui ne sont pas susceptibles d'amélioration.

Les autres sont admis, et font d’abord une cure sanatoriale classique, dans le bâtiment central, véritable sanatorium. Les malades y restent un temps variable, celui nécessaire pour atteindre à une bonne stabilisation,

Puis, au lieu d’être lâchés de nouveau dans les villes pour retomber dans les mêmes erreurs, et s’aggraver, les malades émigrent dans les hôtels, chàlets ou pensions, et travaillent pour le compte de la communauté qui leur fournit de l'ouvrage, et leur paie un salaire.

L'administration toute entière de Preston-Hall est formée par des anciens tuberculeux. Il en est de mèême pour les quelques commerçants détaillants que l’on trouve à Preston-Hall.

Des fermiers, des paysans cultivent la terre, fournissent légumes, fruits et volailles, et ce sont d’anciens malades guéris.

.. Quant aux ouvriers, ils ont le choix entre la fa-

brique de maisons démontables en bois, les industries du bâtiment, les travaux d'imprimerie, enfin la fabrication d'articles en cuir ou en fibre.

Toutes ces industries sont d’un bon rapport, Ie village sanatorium faisant des affaires avec la plupart des villes britanniques.

Page 1