CHAPITRE IT
Situation géographique de la Cerdagne
Avant que d’esquisser la géographie et la climatologie de la Cerdagne, nous voulons rappeler brièvement les notions historiques qui contribuent à «expliquer » cette région privilégiée.
La Cerdagne, partie occidentale du Roussillon, est avant tout, et malgré son altitude, une « région de passage ».
Son histoire est celle de toutes les régions analooues, une histoire d’invasions, et de migrations.
200 ans avant Jésus-Christ, les Romains chassent les Ibères habitant le pays, et en font une dépendance de leur colonie espagnole. Au V° siècle après Jésus- Christ, la Cerdaÿne est ravagée, comme la Gaule elle-même, par les Vandales, puis les Wisigoths.
Ils se mélangent à la population primitive, et c’est ainsi, dit Louis Bertrand, que la race cerdane est constituée. Les éléments ethniques ultérieurs ne changeront guère le type cerdan ainsi formé.
Au VII siècle, nouvelle invasion, venue en sens inverse : c'est celle des Arabes :
Les seules traces de leur passage sont d'ordre archéologique, encore ce point est-il discuté.
Charlemagne réussit à chasser les Arabes. Mais il donna la Cerdagne à ses barons, et il s'en suivit un régime de féodalité qui dura trois siècles.
En 317, le dernier comte de Cerdagne, Bertrand de Guillem, légua son fief à la maison d'Aragon.
Cette Cerdagne, devenue espagnole, est longtemps tiraillée entre la maison de France et celle d'Espagne.
Enfin, c’est en 1659 que le traité des Pyrénées donna la Cerdagne à la France, en même temps que le Roussillon. Mais ce traité bizarre partagea la Cerdagne, vaste cuvette de forme elliptique, par le milieu, en deux moitiés arbitraires, et laissa, de plus, un petit village espagnol enclavé en territoire français.
Immédiatement, Louis XIV fit construire par Vauban des fortifications qui subsistent encore : La place forte de Mont-Louis à 1600 mètres d'altitude n'est pas un des moindres attraits touristiques de cette région.
L'accès de la Cerdagne resta longtemps difficile. Les mêmes montagnes qui interdisent aux nuages de venir obscurcir le ciel immuablement bleu empêchèrent longtemps les voyageurs d'arriver jusqu’en Cerdagne.
Jusqu'en 1912, nous disons bien 1912, seule une
diligence accédait de temps en temps dans cette vallée bénie.
À cette époque, la Cerdagne était si inconnue des Français, dont elle constitue pourtant une des plus belles provinces, que de Flers et Gaillavet, dans une pièce célèbre, nommaient leur « Roi », monarque d'un pays imaginaire de l'Europe centrale, Jean IV, roi de Cerdagne.
Actuellement, la Compagnie des chemins de fer de montagne a mis la Cerdagne à deux heures et demie de Perpignan, et la Compagnie du Midi à quinze heures de Paris, par train direct.
Ces deux lignes, de réalisation hardie, constituent un des plus beaux chefs-d'œuvre du génie civil français.
Pour bien comprendre la géographie, la « forme » de la Cerdagne, il faut imaginer une immense cuvette à fond plat. Le fond semblable à une plaine pour le voyageur qui le parcourt est une ellipse approximative de 5o km. sur 15 environ, entourée de montagnes de tous côtés.
La latitude moyenne de la Cerdagne est de 42 degrés et demi : c’est la plus basse latitude de France (c’est la latitude de Rome).
La rivière qui l’arrose est le Sègre. Ce dernier, affluent de l’Ebre, est donc un fleuve espagnol et, de fait, la ligne frontière qui partage la Cerdagne en deux est assez arbitraire.
EN
La vraie frontière entre la France et la péninsule ibérique est la chaîne principale des Pyrénées.
Celle-ci passe au Nord de la région qui nous occupe, et la Cerdagne s'étend sur le revers Sud de la grande chaîne pyrénéenne.
Nous essayons par un simple schéma de donner une idée de la situation privilégiée de la Gerdagne protégée d’une façon parfaite par la chaîne principale des Pyrénées et par la chaîne accessoire, et en même temps de prouver l’illogisme de la frontière politique, passant au hasard à travers champs.
Les montagnes qui l'entourent sont parmi: les
plus connues des Pyrénées : le regard de l’observa-
teur placé au centre de la Cerdagne rencontre successivement, en partant du sud, et en tournant de gauche à droite : le Cambre d’Ase (2780 m.), le pic de Fénestrelle, le pic d'Eyne, le pic de Sègre, le Puigmal (2909), le pic de Doria et, tout à l'Ouest, la Sierra del Cadi, si pittoresque.
Ces pics constituent la chaîne accessoire qui borne au sud la Cerdagne.
Au nord, c’est la chaîne principale des Pyrénées, constituée de gauche à droite, pour l'observateur situé en Cerdagne, par le Campcardos (2900 m.), le Puymorens, le Carlitte (2990), enfin le Puig Péric.
Entourée par cette ceinture de pics infranchissables, la Cerdagne communique avec le reste du monde par trois cols, c’est-à-dire trois routes, et trois lignes de chemin de fer : au nord, c'est le col de Puymorens (1900 m.).
La route est un véritable chef-d'œuvre dû aux ingénieurs de Napoléon. La ligne de chemin de fer est, nous le croyons, la plus élevée de France, sinon d'Europe.
A l'Est, c’est le col de la Perche (1600 m.) plus praticable.
Enfin, au sud-ouest, c’est le col de la Tesa qui permet à la route et”au chemin de fer de s'enfuir vers la Catalogne et vers Barcelone. |
En résumé, nous voyons que cette géographie particulière va conditionner le climat de la Cerdagne.
Vaste plaine à 1200 mètres d’altitude, entourée de montagnes de tous côtés.
À 42° 1/2 de latitude moyenne.
Il est aisé de déduire de ces trois qualités quelles seront les caractéristiques du climat cerdan, caractéristiques qui font de la Cerdagne une région exceptionnelle de beau temps perpétuel, comme il n'en existe, croyons-nous, nulle autre en France.