‹ Le sanctuaire inconnu [microform]. Ma "conversion" au judaismeChapitre 10 sur 29 · A LA GRANDE CHARTREUSE · texte numérisé non relu

A LA GRANDE CHARTREUSE

Je fis a pied le trajet de Voiron a la Grande Chartreuse. Gette ploragee soudaine dans une nature splendide m'enchantait et je ne me lassais pas d'admirer les beautes de ce paysage grandiose que je contemplais pour la premiere fois.. A mi-chemin, je m'assis sous les arbres et prenant mon psautier hebreu, je his a haute voix quelques pages. II me semblait que les vieux chants d'Israel s'harmonisaient avec Fair des montagnes, le grondement du torrent dans la vallee et cette douce lumiere qui m'arrivait du ciel filtrani a travers le sombre feuillage. Que tes oauvres sont belles, Seigneur, Tii les as toutes f aites avec sagesse ! Sans le savoir, je communiais alors, au-dessus de toutes les divisions humaines avec toutes les ames unies dans la religion eternelle, dans la confession de ces verites essentielles qui leur donnent la vie.

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Arrive au monastere, je recus pour residence, comme tous les voyageurs desireux d'y passer la nuit, une cellule froide et nue avec une couchette encastree dans la muraille comme un cercueil dans sa niche funeraire et je descendis au refectoire commun pour le repas du soir.

Mes voisins de table etaient des pretres italiens qui me parurent apporter dans ce cloitre rinsouciance de joyeux touristes plutot que les graves .preoccupations convenant a des retraitants. Je ne liai point conversation avec eux et me retirai promptement pour vaquer a la priere dans ma petite cellule. Sur le prie-Dieu un livre etait pose, mais ce manuel d'exercices spirituels me causa la meme impression de mediocrite que les pratiques devotionnelles jadis recommandees par le bon abbe Lemann. Je lermai le livre pour reprendre ces psaumes ou j'avais deja puise si souvent de pures inspirations religieuses. Pourquoi t'affliger, 6 mon ame et gemir au-dedans de moi ? Espere.en Dieu, car je le louerai encore. II est mon salut et mon Dieu . La mysterieuse puissance de vie qui se revele dans la nature ni'est-elle pas Timage de cette vie divine ou Tame inquiete peut ton jours puiser, comme a une source intarissable, lumiere et consolation ? Je ne doutais point que Dieu ne me fit sentir sa presence au cours de cette retraite pour m'orienter vers une decision conforme a sa volonte.

Dans la nuit le frere veilleur vinit frapper a ma porte

SB

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quelques minutes avant 1'heure des Matines et je me rendis a la tribune ouverte aux etrangers pour 1'assistance aux offices conventuels.

Dans 1'ombre du choaur, toute parfumee d'encens et ou la veilleuse perpetuelle jetait seule sa vacillante lueur, les moines, un a un, prirenit place, leurs petites lampes eclairant par moments leurs blanches silhouettes pour se cacher ensuite, laissant la chapelle plong^e dans une obscurite presque complete. Les voix s'elevaient, lentes et grayes, deroulant sur* un mode austere les prieres de la liturgie de Saint-Bruno et c'etaient, sous le vetemenit emprunte a la langue latine, ces memes accents d'adoration, de confiance et d'espoir que les psaumes hebreux ont jete dans notre monde de doute et de souffrance. Apres les mievres exhortations du petit manuel mis a la disposition du retraitant, L'Eglise, etonnant contraste de banalite et de sublime grandeur, a 1'image de notre humanite" elle-meme, priait avec 1'antique Israel et le rythme majestueux des trois nocturnes, avec leurs lemons, leurs repons, leurs courts intervalles de silence, rejetait dans un lointain presque irreel le souvenir des bruyants cantiques salutistes auxquels Pavant-yeille encore j'avais me!6 ma voix. Je me sentais a cette heure fils de la grande et vieille Eglise et pret a em accepter docilement les directions.

Le lendemain matin, apres la grand'messe, je me fis inserire comme retraitant et 1'on me designa le pere

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confesseur auquel je devais m'adresser. Je le vis pour la premiere fois dans i'apres-midi de ce meme jour. G'etait un ascete tres digne, mais distant, qui n'avait rien de Ponction peni^trante du Pere Henri. II se borna a me prescrire les exercices de pie'te preparatoires a ma confession generate et je m'y Hvrai durant les deux jours qui suivirent avec une scrupuleuse attention, assistant regulierement aux offices de jour et de nuit a la chapelle et ne m'interrompant que pour faire unie promenade d'une heure dans 1'immense foret qui

entoure le monastere.

La confession que j'allais faire devait etre un r6cit detaill^ et aussi exact que possible de ma vie et des diverses phases religieuses par lesquelles j'avais passe jusqu'au jour ou s'etait posee devant ma conscience I'angoissahte question qui avail ete pour moi le motif determinant de cette retraite a ( la Chartreuse. J'attendais de ces confidences faites au ministre de Dieu instruit par la solitude du clottre, loint de tous les soucis terrestres, une aide certaine pour mon ame. J'etais humble et confiant comme il sied au vrai penitent, un peu trouble seulement par la gravite" de 1'acte que j'accomplissais et la perspective des consequences importantes qu'il devait entratner,

Le moment venu, a genoux aux pieds du chartreux, je commenpai ma confession et je dus la continuer et 1'achever sans qu'aucune question me fut posee et vtnt me faciliter la tache. Enfin, g^ne par ce silence du

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confesseur, qui me semblait lourd de severes admonestations, je regardai le moine et j'apercus ses yeux calmes et scrutateurs fixes sur moi. Us ne trahissaient ni surprise, ni reproche Aucun sentiment partieulier ne se peignait sur ce visage fige dans I'immobilite du detachement de toutes choses, mais je sentis, avec quelle acuite soudaine ! je sentis qu'il n'y avait pas la une ame se penchant sur la mienne pour y verser les salutaires conseils, mais une intelligence froide, lucide, qui me jugeait d'apres les regies communes de 1'ordinaire bon sens et qui ne decouvrait dans toute mon histoire qu'une suite de contradictions deconcertantes et d'incoherentes fluctuations religieuses. Je me rends parfaitememt compte qu'aujourd'hui encore plusieurs de mes lecteurs ont quelque peine a me suiyre ; ils saisissent mal sans doute le fil conducteur des evenements de ma vie. Mais le chartreux qui m'ecoutait n'etait-il pas prepare a decouvrir, sous les etrangetes de cette confession, la trame reelle du drame interieur que je lui racontais ? Peut-etre eut-il fallu pour cela qu'il put s'elever au-dessus des dogmes particuliers et des divisions ecclesiastiques, jusqu'a la pure region de la religion absolue qu'entrevoyait deja mon ame, plus catholique eni un sens que la sienne, du moins j'en juge ainsi aujourd'hui, tandis quil etait le representant d'un systeme rigide, sublimise par les disciplines du cloitre, mais t[ui ne lui permettait d'admettre, ni meme de

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concevoir aueun rapprochement possible avec ce qu'il conside>ait comme 1'erreur.

L'impression que m'avait faite la synagogue et le judaisme de Leon de Modene, mes velleites de sacerdocevcatholique, mes rapports avec 1'Armee du Salut et 1'idee de prendre place parmi ses missionniaires, tout cela lui parut si inexplicable, qu'il y crut voir sans doute 1'indice d'un esprit mal equilibre, II se leva et me dit : Vous etes venu chercher un conseil ; je vous le donne. Vous ne vous trouvez nullement dans les conditions voulues pour faire utilement unie retraite dans cette maison . Et comme s'il craignait que ma presence prolongee au couvent put avoir des inconvenients, il ajouta : Vous avez une voiture pour Grenoble tout a 1'heure ; partez sans retard, c'est le meilleur parti que vous ayez a prendre .

G'est ainsi que le moime me congedia et je ne puis songer a le blamer de Tapparente incomprehension qu'il manifesta a mon egard. Peut-etre n'ai-je point su me faire comprendre ; peut-etre manqua-t-il quelque chose, non pas a mon recit qui fut entierement sincere, mais a 1'expose du secours que j'etais venu chercher. Tou jours est-il que pendant quelques minutes il tint moralement en son pouvoir le jeune penitent qui venait de lui ouvrir son ame. II eut pu faire de moi ce qu'il aurait voulu et me pousser definitivement cette fois vers le seminaire. II ne fit rien, parce que chez lui la froide raisoni ne laissa aucune place au mouvement

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du ccBur ou plutot il fit exactement le contraire de ce que pouvait attendre de lui ceux qui m'avaient envoye". II me rejeta directement sous Pinfluence du solennel avertissement donn6 par 1'officier salutiste : Si quelqu'un vient a moi et ne hait pas son pere, sa mere, sa femme, ses enfanits, ses freres et ses scaurs, il'ne.peut ti*e mon disciple .

Puisque 1'Eglise de ma naissance dont j'etais venu chercher la direction en toute filiale soumission, n'avait pas d'interpretation nouvelle a me donner de la parole evangelique, j'obeirais a 1'impulsion premiere. La lumiere que je cherchais pour m'eclairer dans mon incertitude venait de m'etre donnee par le silence mdme du moine. Malgre les recommandationis de ce dernier, je prolongeai de quelques heures mon sejour a la Chartreuse. Je ne partis que le lendemain matin, bien de"cide a signer ma demande d'admission a 1'Ecole militaire de TArm6e du Salut.

A mon retour a Lyon, ma mere accueillit ma rsolution avec autant de surprise que de tristesse, incapable de s'expliquer comment cette retraite a la Chartreuse avait pu produire eni moi un resultat si inattendu. Je n'6tais pas majeur ; elle pouvait done, usant de son autorite, s'opposer a 1'execution de mon dessein. Elle n'en fit rien et j 'admire la sagesse de sa conduite; 1'experience que je voulais tenter devait m'instruire elle-meme plus surement que les meilleurs comseils. Dans le calme apparent avec lequel elle s'occupa des

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preparatifs de mon depart, bien que son ame fut dechiree comme la mienne a la pensee de la separation prochaine, il y avait probablement 1'implicite assurance que cette phase nouvelle .de mon evolution religieuse serait de courte duree et me serait en fin de compte salutaire. Elle me se trompait pas.

LE CHRIST SANS fGLISE

Je partis pour Paris avec quelques officiers et futurs eleves et installe a 1'ecole du quai de Valmy, je me trouvai lance dans une existence agitee qui ne ressemblait en rien a la preparation du missionnaire que j'avais revee. Quel frappant contraste avec-le recueillement du cloitre isole au fond des forets que cette fievre religieuse, ces bruyantes prieres, ces chants desordonnes au milieu desquels j'etais jete dans le tumulte de Paris ! On m'assigna de menues besognes domestiques qui auraient pu me paraitre rebutantes si, faQonne par la discipline catholique, je n'avais etc" pret a accepter les plus humbles taches. Gependant pour soutenir mon courage et compenser la douleur que j'eprouvais a me sentir eloigne de ma mere dans des conditions qui taient pour elle une cause de profond chagrin, il aurait fallu qu'une vie spirituelle profonde et developp^e

par une formation sage et e"clairee fortifiat mes dispositions personnelles. Or, dans ce milieu salutiste, cette vie, cette formation faisaient defaut, 1'ecole ne comportait aucun enseignement.

Hors du cadre des reunions auxquelles j"etais habitue, les prieres improvisees me paraissaient natives et eonventionnelles. Les allocutions des chefs aux eleves ne temoignaient le plus souvent que d'unie exaltation factice deguisant mal une complete ignorance en matiere religieuse et une sorte de mepris pour toute culture intellectuelle aussi bien que theologique. Je fus surtout frappe de voir qu'on ne prenait aucun me'nagement pour laisser enftendre que toutes les Eglises chre"tiennes etaient des institutions condamnees, tous leurs rites de vains simulacres, et que seule I'Arm^e du Salut posse"dant le pur Evangile pouvait efficacement travailler au salut du monde. Gette conviction se retrouve d'ailleurs dans toutes les sectes protestantes : resteraient-elles a 1'etat de sectes s'il em etait autrement ? J'eprouvai rapidement une sensation de penible depaysement et je me demandai si mon ideal de consecration a Dieu sans etroitesse confessionnelle ne reposait pas, dans ce milieu-la, sur une illusion.

G'est durant ces journees de 1'Ecole militaire que je me troiivai plac6 en face du principe protestant et je ne tardai pas a en decouvrir toutes les consequences. Si Dieu, pour racheter 1'humanite coupable, a du s'incarner em la personne de J6sus, est-il admissible que son court passage sur cette terre n'ait abouti qu'a la

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constitution d'une societe invisible sans aucune organisation ? L'etat du monde ayant necessite pour FOBUvre du salut cet evenement formidable qui est la Redemption, congoit-oni que Dieu n'ait pris ensuite aucune precaution pour preserver la doctrine qui en devait appliquer les merites et qu'il Fait inconsiderement livree aux innombrables contradictions des sectes rivales ? Toutes les confessions dissidentes s'accordent sur un point, d'ailleurs puremerat ne"gatif , le seul sur lequel il y ait unanimite enitre elles, c'est la condamnation de FEgiise romaine comme constituant un developpement du christianisme contraire a sa pure essence. Mais cette maniere de voir n'e~tablit-elle pas du meme coup 1'illogi.sme d'unie doctrine qui proclame divine une revelation viciee dans son germe lui-mme, puisque Fevolution historique de ce germe, hierarchique, dogmatique, cultuelle, devait aboutir a un amas d T erreurs ? Ne serait-il pas plus raisonnable de penser que la source de 1'erreur, si tant est qu'elle existe, doit tre cherch^e plus haut, a savoir dans la solution de continuite arbitrairement e"tablie entre cette r^v^lation et une autre revelation plus anicienne qu'elle reconnatt pourtant comme son premier et indispensable fondement ?

Un autre doute s'^veilla en moi sur le point qui formait pre"cisement le centre unique de toute Factivite" salutiste. II arriva que, dans une reunion d'^leves officiers, le commissaire Glibborni prenant un jour pour texte ce verset de FEvangile ; La ou deux, ou trois

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sont assembles en mon nom, je suis au milieu d'eux nous parla avec une force singuliere de la presence de Jesus dont les Chretiens en general, disait-il, ne sentent pas toute la divine realite : Gependant il est ici en ce moment meme, ce Jesus qui precha aux foules de Galilee ! Ges yeux si do.iix'qui penetraient jusqu'au fond de I'&me des pecheurs sont fixe"s sur nous ; ce coaur qui aima tant les hommes brule toujours d'amour pour nous ; ces mains qui se posaient benissantes sur la tete des petits enfants sont tendues vers nous ; ces pieds qui furent cloues sur le bois du Galvaire sont venus a notre rencontre. Et. comme il recut jadis 1'adoration de Taveugle-ne, il attend qu'avec la meme foi nous Tadorioms a notre tour . A ces mots se jetant a genoux, il adressa & Jesus, present quoique invisible, la plus lervente invocation.

Toutes ces pensees, je les avais entendu exprimer bien souvent, je m'etais associ^ maintes fois a v de semblables prieres et cependant ce jour-la ces id^es me frapperent par leur etranget^. Comment ce J^sus de Nazareth donit la figure historique etait ainsi evoquee en traits saisissants pouvait-il se trouver partout a la fois ? L'Eglise catholique n'admet la presence re"elle de Jesus en tant qu'homme que dans le sacrement de 1'autel. Le mystere s'enveloppe d'un symbple materiel et c'est seulement comme seconde hypostase de la Trinit^ divine qu'elle adore le Fils de Dieu present en tout lieu. Mais comment expliquer cette ubiquite" suppos^e de J^sus mate"rialise*e par la foi protestante ? N'6tais-je

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pas la dupe d'uni mot, d'une formule ? Et ce mot, cette formule cachaient-ils quelque chose de reel ? G'etait pourtant uniquement la certitude de cette realite qui pouvait justifier Tobeissance a des paroles prononcees il y a deux mille ans et qui sans elle ne sont plus qu'un vain echo sans aucune atatorite legitime sur notre conscience. Gelui qui airrie son pere ou sa mere plus que moi n'est pas digne de moi . De quel droit exiger de tels sacrifices, un tel renversement des sentiments les plus sacre"s de la nature, quand on a disparu, image fugitive, perdue dans les brumes d'un tres lointaini passe et ressuscitee seulement dans Timagination de na'ifs, adorateurs ? Des lors mon malaise a chaque reunion ne fit que s'accroitre et il devenait Evident pour moi que je n'etais pas a 1'unisson des croyances professees autour de moi.

Ce fut encore mon psautier hebreu qui vint a mon secours dans ce trouble grandissant. J'y decouvrais des paroles attestant le sentiment d'une presence , divine qui n'avait pas attendu 1'avenement de Jesus pour se manif ester : Quel autre ai-je au ciel que TJoi ? Et sur la terre tu f ais tout mon bonheur. Ma chair et mon coaur peuvent se consumer : Dieu sera tou jours le rocher de mon coaur et mon partage . Gette f oi ne fut-elle pas celle de Jesus et pourquoi ne serait-elle pas la notre aujourd'hui encore ?

Une circonstance fortuite acheva de m'eclairer sur ma situation religieuse et c'est encore de 1'Eglise. de ma naissance que me vint 1'impression decisive. Certain

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dimanche de Juini, je passai avec une bande de salutistes devant 1'Eglise de la Madeleine dont la facade etait decoree de tentures pour la procession exterieure de la Pete-Dieu. La foule se pressait aux abords de 1'edifice et, sans nous arreter, nous hatames le pas nous dirigeant vers je ne sais quelle reunion de faubourg. J'eus a ce moment-la la sensation tres nette que je ni'etais plus avec cette foule croyante, que j'appartenais a une petite secte et mon instinct de catholique se revolta. Le soir-meme je declarai aux chefs que j'etais venu a eux en toute bonne foi, mais que j'avais acquis la conviction que je ne me trouvais point dans le milieu auquel Dieu me destinait. On ne fit aucun effort pour me reteniir et.l'un des officiers superieurs se borna a declarer d'un air de pitie que, des le pre-

mier jour, il avait concu des doutes sur ma vocation salutiste.

Je telegraphiai le lendemain a ma mere pour lui annoncer mon retour, heureux de la joie que cette nouvelle allait lui apporter. Ma retraite a la Grande Chartreuse n'avait dure que quatre jours et elle n'en avait pas moins marque une etape importante de moni evolution religieuse. Les semaines passees a PEcole militaire de 1'Armee du Salut a Paris ne furent aussi dans mon existence de jeune homme qu'un bien rapide episode, mais de si notables changements se produisirent alors en moi que cette histoire eut ete inicomplete si je ne leur avals pas fait une place dans mon recit.

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