‹ Le sanctuaire inconnu [microform]. Ma "conversion" au judaismeChapitre 9 sur 29 · LE SANCTUAIRE ING0NNU · texte numérisé non relu

LE SANCTUAIRE ING0NNU

dez-vous pour voler a leur secours ? Vous en avez le devoir, c'est pour cela que le Christ vous a app'ell. Votre place est a 1'Ecole Militaire de I'Arm^e du Salut. Je repondis que c'etait impossible, car ma mere n'avait que moi seul au monde et je' ne pouvais m'arreter un instant a 1'idee de me separer d'elle pour mener la vie de missionnaire salutiste.

L'officiere me regarda bien en face et reprit : Jesus a dit : Gelui qui aime son pere et sa mere plus que moi n'est pas digne de moi. Si quelqu'un vient a moi et ne hait pas soo pere et sa mere, sa f emme, ses enfants, ses freres, ses scaurs ne peut etre mon disciple. Gelui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas ne peut etre mon disciple. Et Christ dit encore : Quiconque met la main a la charrue et regarde en arriere n'est pas propre au royaume des cieux.

G'est Saint Luc (XIV. 26) qui, en employant 1'expression hair son pere et sa mere etc., donne une forme paradoxale'a une maxime justified peut-etre dans une circonstance determinee, mais qu'il serait contraire a la morale evangelique de prendre dans un sens absolu. Saint Mathieu (X. 37) dit simplement : Gelui qui aime plus que moi. Mais je n'etais pas en etat a ce momentla de faire la moinidre critique des textes dont on accablait ainsi ma conscience. Ges paroles entrerent dans mon ame comme une fleche et d6truisirent en un instant la paix qui depuis quelque temps etait mon partage. Ainsi qu'il arrive inevitablement lorsque 1'ame est

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livree a ses propres inspirations, sans frein, ni discipline et sans le controls salutaire d'une traduction sure, d'une sage direction, cette simple citation de 1'Evangile prit a mes yeux une importance supreme et toute ma vie. spirituelle se trouva comme suspendue a I'interpre'-; tation personnelle que j'allais lui donnier.

J'essayai de hitter pendant plusieurs jours, mais e'en etait fait du bonheur religieux que je goutais pr6cedemment. Plus de priere fervente, plus de certitude apaisante et lumineuse, le doute etait entre en moi et y engendrait une secheresse, un degoM insurmontable. Toutes les realites divines etaient desormais pour moi dans cette parole que j'avais entendue et il me se v mblait qu'en cherehant a me soustraire a son autorite j'entrais en revolte contre Dieu meme en me fermant pour tou jours les portes du salut. La lecture de 1'Evangile nse faisait qu'augmenter mon trouble interieur, car tous ses enseigaements s'effacaient devant ces versets auxquels Tofficiere avait donne un sens si direct et si incisif : Gelui qui voudra sauver sa vie la perdra, mais celui qui. la perdra a cause de moi et de 1'Evangile la .sauvera .

S'il s'etait agi d'une id6e propre a 1'Armee du Salut et etrangere a 1'essence metne de 1'Evangile, elle n'aurait pu, meme sous Tempire d'une passagere exaltation, detruire ainsi mon equilibre moral. Pour produire chez moi un tel etat d'ame il fallait au contraire que cette ide"e puisat sa force dans un des traits principaux du

christianisme primitif. Et en effet elle se retrouve dans toiites les communions chretiennes. Les cloitres catholiques et les presbyteres des missions etrangeres perdus au milieu des populations pa'iennes et souvent hostiies, soni remplis d'ames qui un jour ont entendu Tappel irresistible du Maitre les mettant en demeure de tout quitter pour le suivre. Et ce n'est pas impunement que, tout enfant, j'avais parcouru les annales des Missions catholiques, m'initiant ainsi a cette conception du Royaume de Dieu auqiiel on ne peut avoir acces que par le renomcement absqlu.

Decide a tout faire pour retrouver la paix perdue, je fis part enfin a ma mere des sentiments qui m'agitaient et j'ajoutai que le desir eprouve precedemment de devenir pretre pouvait recevoir de facon bien plus simple et plus immediate, sa realisation dans uhe consecration complete a I'oBuvre^ de 1'Armee du Salut. On s'imagine aisement que ma mere ni'accueillit pas, sans de vives protestations de telles ouvertures de ma part. Gependant le chagrin qu'elle manifesta ne ressemblait en rien au desespoir dont j'avais ete temoin, quelques mois auparavant, au moment de la decouverte de mes tefillin. Sa principale objection fut que Dieu proportionnait nos devoirs a nos capacites physiques et que mon etat de sante ne me permettait pas d'entreprendre la vie aventureuse et toute de privations des missionnaires salutistes. Elle me le fit signified plus categoriquement encore par notre medecin ; celui-ci, instruit

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par elle de mes pro jets me peignit sous les couleurs les plus sombres les dangers auxquels je m'exposais. Mais dans les dispositions religieuses ou je me trouvais, de quel poids pouvait peser un certificat medical en face d'un comman dement de I'Evangile ? Mon besoin d'immolation chretienne s'en trouvait fortifie*.

Je repre"sentai a ma mere que nos pretres, nos religieuses se trouvaient souvent places en presence des memes obligations morales et devaient sacrifier a E>ieu leurs affections les plus cheres. Elle en convint, mals me repondit que leur vie ne pouvait se comparer a celle des officiers salutistes louable sans doute, mais imparfaite comme toute activite spirituelle depensee hors de la veritable Eglise. L'abbe Neel, consulte par elle, ne manqua pas de lui dire qu'elle avait ete gravement imprudente eni autorisant mes frequentations a 1'Armee du Salut et qiie je ne pouvais aller plus loin sans tomber dans 1'heresie form elle et condamnable. Pour m'eloigner d'un milieu dangereux il suggera 1'idee d'une retraite de quelques jours a la Grande Chartreuse. Un tel projet etait de nature a me seduire. G'etait le premier voyage que je faisais seul, et je sentis qu'en me consacramt pendant une semaine, dans un complet isolement a la priere et a la meditation, j'allais accomplir un acte qui aurait pour moi une capitale importance.

J'ai pu regretter par la suite bien des mouvements

irreflechis, mais c'est d'un ccBtir pleinement rassure que je songe a la confiance qui me faisait attendre, a ce moment-la, d'un solennel tete-a-tete avec Dieu, la lumiere dont j 'avals besoin.

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