‹ Le sanctuaire inconnu [microform]. Ma "conversion" au judaismeChapitre 4 sur 29 · PREFACE DE L'AUTEUR A LA N6UVELLE EDITION · texte numérisé non relu

PREFACE DE L'AUTEUR A LA N6UVELLE EDITION

Apres vingt anndes ^coulees une nouvelle Edition du Sanctuaire inconnu a &t& jugee ntcessaire, non seulement parce que I'ouvrage depuis long temps &puis&, a ete maintes fois redemande, mais encore parce qu'il a paru d I'auteur que certaines corrections et certaines additions e'taient indispensables pour donner d son livre sa forme definitive.

La principale modification matdrielle consists dans le rejet en appendice des lettres de Benamozegh qui dans la redaction primitive alourdissait le recit.

Les questions relatives a I'attitude du Judaisms a I'dgard de la personne de Jdsus et du Christianisme en ge'ne'ral forment dgalemeni Vobjet d'un appendice sptcial et ont pu tre ainsi complies par un bref expost de la doctrine si remarquable du docteur Joachim Schoeps quiconstitue un point de vue enticement nou-

veau dans I'orthodoxie juive vis-a-vis du dogme chr6tien.

Mais ce ne sont pas la les seuls changements qui doivent dtre signals. Une comparaison attentive; du texte primitif avec la redaction actuelle permettra de saisir Involution de la pensee religieuse de I'auteur qui s'est faite dans un sens de plus en plus universelle, c'est-a-dire plus conforme aux principes de la philosophic religieuse de son mailre Elie Benamozegh dont il a finalement tir toutes les consequences. Cela est particulidrement sensible dans le chapitre capital de I'ouvrage [XI, la Chapelle des Dominicains) qui } sans subir de changements quant au fond, revet cependant une forme nouvelle. Une negation dogmatique en effet n'est pas moins empreinte de sectarisme qu'une affirmation du mSme genre ; que dis-je ? elle Vest Men davantage parce que I'affirmation laisse la porte ouverte aux explications qui peuvent en modifier la portee,, tandis que la negation pure et simple est exclusive de toute attenuation et par consequent inconciliable avec le sens universaliste. Un catholique ne poUvait pr&ce'demment lire ce chapitre sans eprouvef une peine profonde, tandis que s'il sait le lire presentement il doit y retrouver la confirmation de ses propres croyances et il en doit 0tre ainsi, autrement il serait vain de parler d'universalisme religieux. Des lors qu'e Dieu est, vSrite unique et supreme, aiicime forme de culte ne peut Mre vide de lui et la Puissance infinie doit rtpondre a chaque croyant selon la mesure de sa foi.

LE SANCTUAIRE INGONNU 25

Les dernier s chapitres ont suivi une refonte, et le XX* esl entierement inedit ; il presents le tableau r6capitulatif des vingt-cinq annees d' activity de I'auteur a I'interieur de ce Sanctuaire dont, jeune homme, il franchit le seuil sans savoir oil il allait aboutir. L'histoire qui restait en suspens trouve ainsi son achevement,

Cette histoire assurement est singuliere et c'esl ce qui explique que des lecteurs, en grand nombre Strangers aux problemes thdologiques et mdme pen enclins a V etude des questions religieuses, Vont lue avec inter&L U experience m'a appris cependant qu'il n'est pas inutile de leur donner la clef du sanctuaire ou, pour parler sans metaphore, de leur dire comment Us doivent lire cet ouvrage s'ils en veulent Men pdndtrer le sens. Ce n'est point une simple autobiographic comme celle que nous donna Ernest Renan dans ses souvenirs Enfance et jeunesse . Ce n'est pas davantage I'histoire d'une conversion proprement dite car on remarquera que I'auteur a pris soin d'indiquer que ce mot du sous-titre ne doit pas e*tre pris dans son acception courante, C' est encore Men moins une ceume de poUmique qui tendrait a demontrer la superiorite du judaisme sur le christianisme, entreprise aussi vaine et aussi fausse que celle qui inversement chercherait a etdblir la superiority du christianisme sur le judaisme. Chaque religion occupant sa place particuliere dans I'histoire de Vhumanit6 et faisant entendre sa note personnelle dans le concert universel. Ce livre est le te-

26 LE SANCTUAIRE INGONNU

moignage d'un Chretien de naissance rendu d ses propres freres en mdme temps qu'aux enfants d 3 'Israel. Maintes et maintes fois au cours de son histoire, Israel a vu se dresser contre lul des rangs du Christianisme des perse 1 cuteurs et des convertisseurs. Cette. fois c'est un temoin qui se leve attestant que pour ^tre pleinement fidele a la pens&e de son Mattre, le christianisme f ce glorieux enfant du judalsme, doit cesser de vouloir le detruire en I'absorbant, mais au contraire rentrer dans la v6rit& historique en lui fais.ant une place, d'hon-

neur d ses ctit&s.

Devant les enfants d'Israel il atteste la valeur permanente de leur patrimoine historique et religieux et le devoir imprescriptible qu'ils ont de lui demeurer fidele, de I'approfondir et de le fe"conder s'ils veulent enfin remplir leur mission dans Vhumanite'.

De cette mission on a maintes et maintes fois cherche 1 d donner une claire definition. II ne semble pas qu'on ait rdussi. t

II est bien vrai, certes, qu'Israel se trouve place" par vocation spe'ciale au service de I'Unite 1 . Mais il s'agit Id de toute autre chose que d'une id6e mathe'matique qui opposerait Vunicite d la dualite, d Id Trinite 1 ou d la plurality. Pour I'auteur du Sanctuaire Inconnu la doctrine philosophique et reliffieuse de son maitre Elie Btnamozegh fait de la mission d'Israel par deld toutes les varie'te's de croyances et la multiplicity des formes de cultes et d'adoration, I' 'affirmation deV unite, spirituelle du genre humain.

Sous un voile transparent, les lecteurs trouveront I'expost de cette doctrine dans I'apologue suivant :

Moise se promenant un jour solitaire dans le d&sert vit un jeune pdtre Stranger qui, prosterne, priait ainsi d, haute voix : Dieu I j'ai tant entendu parler de toi et Von raconte de toi, autour de moi, tant de choses merveilleuses I combien je voudrais te connaitre et combien je t'aimerais si tu te revelais a moi ! Comme je prendrais soin de toi I Je te donnerais d boire du lait de mes chevres ; les nuits je te. couvrirais de mon manteau et le jour je te mettrais d I'ombre sous les palmes et je l'6venterais pour te rafraichir, et je serais heureux si tu me laissais embrasser tes pieds et si tu mettais tes mains sur ma tele en signe de benediction.

A ces mots, Moise, incapable de se contenir plus longtemps se montra et dit : Enfant ! ta priere est celle d'un insensd et d'un impie. Comment peux-tu parler ainsi d Celui qui est le createur des deux et de la terre, au Dieu qui n'a ni corps ni forme, ni apparence, que I'ceil humain ne peut voir, que I'intelligence humaine ne peut concevoir. ' .

Le jeune pdtre trouble", tomba dans une grande tristesse et d partir de ce jour, il cessa de faire sa pri$re. Et le Seigneur dit d Moise : O Moise tu as commis un bien grand peche et je suis fort irritt contre toi car tu as detourn6 de moi une de mes creatures qui me cherchait dans la simplicity de son cosur. Sache que la priere decet enfant, que son culte mWaient plus chers et . avaient plus de prix d mes yeux que toute ta science.

28 LE SANGTUAIRE INGONNU '..

Apprends que je t'ai elu pour enseigner aux homnies que je suis I'Unique, qu'il n'y en a pas d'autres que moi et que c'est moi qui entends et exauce toutes les prieres. Je t'ai elu pour unir tous les enf ants et non pour les separer.

Dans la priere du jeune pdtre nous avons V expression des mille croyances professees par les diverses religions depuis que Vhumanite s'ef force de saisir la v6rite divine et de la traduire dans son langage. Dans la reponse de Moise nous entendons la profession de foi de la religion unitaire se dressant comme une secie rivale en face des autres' religions. Enf in dans la parole du Seigneur nous entendons la proclamation de I'universalisme religieux d' Israel et c'est la so. vraie mission qui tenle d la realisation , de Vunite du genre humain non point par I'uniformite 1 impossible des cultes mais par la mutuelle comprehension, la pacification des esprits et la fraternity des coeurs.

Mai 1044.

Page 1