‹ Le sanctuaire intérieur du CarmelChapitre 40 sur 46 · ACTE D'ADORATION · texte numérisé non relu

ACTE D'ADORATION

Esprit de vie et de lumière, éclairez mon âme et faites pénétrer jusqu'au fond de mon coeur cette flamme intelligente et sacrée qui consume en un instant les obscurités et les ténèbres sous la puissance desquelles nous sommes depuis si longtemps. Déliez ma langue, et refaites en moi ce verbe qui chantait si magnifiquement les joies et les délices de l'ange, lorsque, assis sur le trône de notre stellante création, nous comprîmes le bonheur d'être et la suprême dignité dont l'éternel Créateur nous avait si splendidement gratifiés dès en nous créant.

Père des êtres et/des siècles, bonté inénarrable, grandeur invincible, permets-moi, au milieu de ce respectueux silence et de cette solennelle piété qui m'entourent, de réunir avec les adorantes pensées de mon coeur toutes les pieuses et reconnaissantes

adorations que t'apportent, dans cet humble sanctuaire, ces frères et ses soeurs dont les cordiales

affinités préviennent en ce moment si fervemment les vivantes et énergiques sympathies de ma foi

chrétienne et de mon amour chrétien.

Me voilà, et nous voilà, ô Père saint, dans cette liberté qui nous permet enfin d'être nous-mêmes. Nous avons laissé derrière nous nos vêtements d'esclaves ou d'assujettis, nous sommes indépendants des heures et de nos semblables; notre adoration ne sera ni partagée, ni tourmentée par les exigeances qui nous sont imposées les autres jours. L apôtre saint Paul l'a dit avec vérité : ce Les enfants, dans la maison de leur Père, sentent ce qui les distingue des sujets et des étrangers. » Les insignes de notre servitude sont restés dans nos demeures expiatoires ; nos liens , nos chaînes ont été rompus ou dénoués dès ce matin. A peine l'aube éclairaitelle notre couche que nous avons senti, dans notre atmosphère et dans notre repos, que c'était aujourd'hui un jour de fête et de bonheur. Tout était calme en nous et autour de nous : les préoccupa-

tions, les soucis et les sollicitudes n'intervenaient point, comme la veille, pour forcer nos yeux à s'ouvrir, notre sommeil à nous quitter.

Nous nous sommes levés, non comme des serviteurs, mais comme les servis par tes soins fidèles. Nos charrues tendaient leurs bras en haut comme pour saluer la grâce et le bienfait de notre repos; nos boeufs ruminaient plus gaîment en arrêtant leurs passifs regards sur le vêtement symbolique de notre affranchissement; nos chevaux hennissaient comme s'ils eussent voulu saluer, des premiers parmi nos animaux domestiques, le calme et souriant délégué de celui qui les créa; nos champs et nos prairies paraissaient réfléchir plus solennellement les teintes lumineuses de ce jour qui appartient au Créateur; nos fontaines semblaient plus claires, et l'on eût dit que nos ruisseaux réglaient leur murmure sur les notes mystérieuses de notre personnelle méditation. Nos métiers dormaient comme s'ils eussent compris que leur mouvement excitait la fatigue du nôtre; l'atelier, frais et propre, était comme un noble témoin qui racontait fidèlement au Mai-

trc de toutes choses le zèle, l'activité, l'intelligente harmonie de ce constant travail qui, durant toute la semaine, lavait sanctifiée. La joie brillait sur les traits de nos compagnes; elles savaient qu'en étant plus à Dieu elles seraient plus à nous, et nous plus réellement à elles. Nos enfants chantaient d'allégresse devant la nouvelle indépendance cpii devait, en ce jour, nous rassembler tous au même loyer. Ah! sois béni, Dieu bon, Père aimant, Père de tous; sois béni, et que nos forces reposées, nos coeurs consolés, nos affections réjouies, te rendent au j ourdi mi, plus particulièrement, une sainte, reconnaissante, pieuse, universelle et glorifiante adoration. Amen. Alléluia, alléluia, alléluia.

OFFRANDE DU PAIN

Dieu bon, éternel, immense et infini, voici le pain que nos travaux et nos fatigues tirent du sein de la terre. Nous vous en faisons 1 offrande comme reconnaissance du bienfait par lequel vous vous plaisez chaque jour à répondre à la constance de notre labeur et à l'impérieux besoin de notre vie

mortelle. Père saint, agréez ce solennel hommage de vos enfants, et trouvez dans ce précieux symbole tout ce que notre miséricordieux Sauveur, votre divin Fils, vous offrit de nous-mêmes en lui, dans l'auguste institution du pain eucharistique qui régénère et divinise. Amen, amen, amen.

OFFRANDE DU VIN

O Dieu, Seigneur infiniment bon et infiniment grand, je vous renouvelle en ce moment, au nom de tous mes frères et en mon nom, ce cri de justice et de respectueuse adoration que vous adressait le roi-prophète lorsque son coeur s'exprimait ainsi dans ses paroles : ce Qui est celui qui, ici-bas, connaît ses fautes? » Purifiez-moi, mon Dieu, de toutes celles que je ne vois pas, quoique, hélas! elles soient en moi. L'huile sainte a été répandue sur nos têtes pour nous autoriser à vous présenter le calice de tous. Le calice que nous vous offrons en ce moment est celui de notre reconnaissance; bénissez-le, Seigneur, et donnez-lui d'être pour nous tous la coupe divinement agréée de notre respectueuse et filiale adoration. Amen, amen, amen.

PROFESSION DE FOI

Je crois, Seigneur, que le jour dont nous célébrons en ce moment la solennelle institution , est bien véritablement, justement, rationnellement et miséricordieusement votre jour. Je crois que ce jour, sous son titre paterjiel de repos, est une preuve première et évidente de votre amour pour nous. Je crois que, quand vous nous avez lait un commandement de garder respectueusement et pieusement ce jour, comme étant celui qui vous appartient, vous avez voulu établir contre notre ignorance et notre aveuglement une loi qui remportât sur Tir respectueux abus que nous faisons si souvent de nos propres forces, ainsi que des forces de ceux que nous attachons et scellons au service de nos intérêts.

Le septième jour, respecté par nous dans son entier, n est-il pas autant sacré pour nos corps que pour nos âmes? Le septième jour, reconnu par tout un peuple , par une harmonieuse et paternelle législation , ne serait-il pas , ô mon Dieu , une suite

d'étapes libres ; consolantes et réconfortantes pour toute l'humanité?

O mon Père, ô notre Père! je crois de tout l'amour que je sais qui est en toi, que tu ne peux pas regarder, sans les voir couverts d'un crime , ces frères qui traitent leurs frères avec moins de considération et de respect qu'ils ne le font de leurs machines. Ah! Père, tu ne serais pas juste, si tu ne reprenais pas un jour ces êtres barbares qui, pour agrandir leurs richesses et hâter leur fortune, transforment , par leur insatiable exigeance du travail, des multitudes d'ouvriers et d'ouvrières au sang énergique et vigoureux en populations étiolées et affaiblies. Qui de nous, ô Père, n'a pas pleuré sur la honteuse continuité de l'esclavage de cette partie de nos frères que l'on nomme la race noire ? Eh bien , au sein même de leur infortune , ta loi divine ayant flatté l'exploitant appétit de leurs maîtres, malgré leur insultant mépris pour ces frères à qui la plupart d'entre eux refusent même le droit d'avoir une âme, ils imposent le repos entier du septième jour, convaincus qu'un travail

sar>8 arrêt fixe, les énerve, les affaiblit et les tue. O Père, 6 le meilleur des pères, j'ai souvent entendu sortir de ces poitrines creusées et ruinées par le criminel abus que font de leur courage ceux qui les employent : ce Eh! comment pourri ons-nous accepter. le repos du septième jour, nos six jours de travail ne nous ont pas donné, pour nous ni pour nos enfants, l'indispensable alimentation, ni le vêtement nécessaire à établir au milieu de nous la naturelle assurance du droit au repos? » Ah! Père, je crois que ces cris qui ressemblent à un blasphème contre vous, n'arrivent à la barre de votre paternelle justice que comme une accusation capitale contre les Sociétés ou les Etats qui ne mettent point toutes leurs sollicitudes à les empêcher de naître dans les coeurs, dans la raison et dans la conscience de ceux qui les professent!

Votre Esprit divin, votre paternel amour ont chargé l'éloquent Isaïe de rassurer ceux qui, hélas! n'ont que vous pour prendre sur notre terre leur juste et légitime défense. Ecoutez, nous dit votre divin prophète, voici ce que dit le protecteur du

faible et de l'innocent : ce Je me lèverai enfin , je ferai devant tous éclater ma puissance! Vous qui souffrez, ne perdez pas courage, le Seigneur viendra; et, soyez-en certains, il apportera avec lui ses récompenses, p Voici encore ce que dit le Seigneur : ce Le ciel est mon trône, et la terre est mon marchepied. Sur qui arrêterai-je mon regard, sinon sur le pauvre qui a le coeur brisé et humilié? » En ces jours-là, l'orgueil de l'homme sera abaissé, la fierté des grands sera humiliée, car le Seigneur seul paraîtra grand.

O Père, ô le meilleur des pères, que mon âme est heureuse de confesser ainsi devant toi ces paternelles et encourageantes promesses! Permets-moi d'ajouter encore à ces glorifiantes convictions dont tu as pourvu mon âme. L'Eternel, le Père de tous, notre Père a fait crier par son fidèle voyant : ce Je ferai des cieux nouveaux et une terre nouvelle. Vous vous réjouirez alors, vous qui avez été formés dans les larmes; vous serez pénétrés d'une sainte joie devant les choses que je ferai pour vous. Mes délices seront au milieu de vous et on n'en-

tendra plus parmi vous ni voix lamentable, ni cri de détresse; vos l'êtes deviendront de bien autres fêtes, et vos sabbats n'auront été que la figure de la grandeur sabbatique qui éclatera parmi vous. » O mon Père, ô notre Père, je le crois, je le proclame, je l'affirme : les cieux ne tarderont pas à nous montrer ta justice, et tous ceux qui ont été victimes de leurs frères te verront ici-bas dans la gloire! Amen. Alléluia, alléluia, alléluia.

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