AVANT LA CONSÉCRATION
Dans quel temple, Seigneur, tes enfants se lèveront-ils pour célébrer ta justice, pour saluer ta gloire, pour chanter ta miséricorde et publier, dans un cantique sacré, le majestueux bienfait de ton sabbat divin?
Prêtres du travail, riches de souffrances, élèves de la privation , laissez-moi prendre en vos coeurs les notes de votre patience, les pieuses vibrations de votre espoir, les secrètes harmonies de votre foi et les intimes élévations de vos soupirs. O Roi des rois, ô mon Dieu, ô notre Père, je vais essayer de
chanter la gloire de ton ordonnance , la sagesse de ton commandement et la plénitude d'amour que tu nous offres dans la sanctification de nos figuratifs sabbats.
Le sabbat fut fait pour l'homme et non l'homme pour le sabbat , dit le Maître divin aux douze qu'il formait , et au peuple qu'il venait sauver.
Oui, enfants des hommes, le sabbat, le bénissant repos et le repos béni, est une des premières et des plus prévenantes tendresses de celui qui nous a créés. Après la majestueuse création des habitants célestes; après le ravissant étonnement de toutes ces principautés et royautés qui venaient de s'éveiller du sein de la pensée créatrice pour habiter les souveraines et resplendissantes demeures de l'Eternel ; après le cri suprême de tous ces dieux transportés et ravis de se connaître, de se comprendre et d'être établis dans cette indépendance glorieuse qui semblait être la plus parfaite réfraction de la liberté divine, le Dieu des dieux se présenta, assis solennellement sur les insondables abymes de sa toute-puissance. Plus prompte-
ment que 1 éclair qui descend des nues au fond de nos cabanes, la radieuse création, inondée surabondamment des reflets intellectuels de l'imbornable intelligence qui venait de la créer, se trouva face à face avec celui qui ne la rassemblait ainsi que pour la glorifier stablement par l'ineffable bénédiction qu'il allait prononcer sur elle. Un saint, un solennel, un divin silence se produisit spontanément en chacune de ces divines créatures, dont le nombre, seul connu du Très-Haut, formait en ce moment des armées infinies. Le trône du trois fois saint se transforma en une telle splendeur que tous les rois célestes s'abymèrent dans leur somptueux rayonnement, comme nous nous abymons lorsque nous commençons notre adorant scniclus! Le ciel , les cieux , les vastes et incommensurables Trémats s'ouvrirent , et le commandeur des mondes éternels initia ses commensaux sacrés à la connaissance de ses conseils, de ses trésors et de ses desseins. Une nouvelle transformation édifia instantanément un ordre nouveau, une harmonie nouvelle dans cl lacune de ces indescriptibles demeures.
U alléluia précéda Y amen , et Y amen retentit avec une surexcellence inouïe sur le premier et intraduisible alléluia. Fête à notre Dieu ! Gloire à notre création ! Action de grâces à l'Eternel , disaient d'une seule voix ces nobles et majestueux fils de la la lumière !
Un Verbe, que l'univers céleste semblait entendre pour la première fois, cria : Gardons divinement ce jour, et nommons-le, pour l'éternité, le Jour du Seigneur! Un amen nouveau et un alléluia divin saluèrent l'éternel Tout-Puissant et le Verbe qui venait de se faire entendre. Un ange inconnu, une beauté comme les cieux semblaient n'en pas connaître, un être plus ange que les anges, plus Dieu que tous les dieux réunis et qui ne pouvait être dépassé en grandeur que par Dieu même, parut devant le trône de l'Incréé, comme l'intime objet de ses desseins suprêmes, comme la transparence vivante de ses perfections communicables; cette création à part, ce ravissant prodige fut nommé Shaael !
A peine le Verbe qui prononça ce nom se
fut? il arrêté, que Ton vit pâlir beaucoup de diadèmes sur le front des princes étincelants dont le bénissant amen venait de retentir!!!
Un jour, qui n était plus celui du ciel, éclaira de sa suave clarté ce petit point que, dans la chaîne des grands mondes, on homme notre terre. Ln être qui rappelait bien quelque chose de la nature angéliquc, mais dont l'éclatante liberté et la lace resplendissante paraissaient inférieures au type royal de Fange, semblait s'éveiller de lui-même, s'interrogeant, se contemplant et s étonnant des empressements harmonieux que l'atmosphère et Tordre de toutes les choses qui l'entouraient mettaient à le caresser, à l'accueillir et à le prévenir. Quand il fut bien assuré de la vérité de son être, de la certitude de sa vision et de son jugement, ses genoux ployèrent, sans autre commandement que celui de sa pensée; il salua lastre qui était beau et lumineux, comme celui qui nous baignera dans sa triple lumière au jour où le nouvel Adam déchirera, par le suprême éclat de sa gloire, le voile de deuil qui nous cache le ciel, comme il enlèvera, par le
seul fait de sa divine présence, le manteau fauve que l'ingratitude a jeté sacrilégement sur le dos de notre terre. La lune aussi parut dans sa clarté trinaire au sein de laquelle les portes des mondes stellaires se dessinaient si harmonieusement. Les ombres chatoyantes et parfumées, qui semblaient descendre des mondes éternels, couvrirent les splendideset ravissantes somptuosités de ce jardin de délices que le Dieu des dieux avait nommé l'Eden. L'hôte de cette terre ravissante sentit ses paupières s'allourdir; son corps s'étendit avec une grâce indicible sur un moelleux gazon, dont chaque brin d'herbe était une fleur aussi riche de forme qu'elle le tait de couleur et de parfum. Ses yeux se fermèrent, son bras gauche se ploya sous sa tête, ses lèvres se serrèrent; un souffle doux, cadencé, harmonieux sortait de ses narines, sa poitrine et ses traits peignaient une heureuse suprise, un nouveau bonheur. L'air pur et balsamique passait lentement dans ses cheveux bouclés, ainsi que dans la barbe soyeuse de sa figure. De blanches phalènes au corset d'or, comme une nuée vivante et protec-
triée, planaient au-dessus de son corps, tamisant ainsi les tonifiants effluves de l'atmosphère aromatique dont il était environné. Il suffisait de le voir pour être assuré de la souveraine et ravissante dilatation au sein de laquelle vivait son oœur. Les ombres, enfin, se replièrent sur elles-mêmes, ou bien elles remontèrent aux réservoirs divins saluer leur puissant maître, pour s'endormir à leur tour. L'Eden royal se para de nouveau dune splendeur, dune magnificence qui firent croire à leur hôte sacré qu'il se réveillait dans un palais nouveau. L'astre illuminateur surabondait de lumière; les fleurs, les ondes, les piaules, la gente animale, les poissons, les oiseaux, jusqu'aux mollusques eux-mêmes produisaient un bruit d ensemble noté, qui ressemblait à une adorante mélodie; les insectes, qui siégeaient sur la terre et ceux qui trônaient dans les airs, mêlaient leurs intraduisibles accords à ce grand hymne que le roi de TEden entendait pour la première fois.
Une joie inexprimable s exhala de la vie intérieure de celui dont la vie, l'intelligence et la rai-
son comprenaient ce cantique glorieux, cette universelle adoration. Ses mains se joignirent , son genou se ploya jusqua terre, ses lèvres s'ouvrirent, son front se colora, son cœur battit d'une force toute nouvelle, son Verbe se fit entendre, il l'emporta sur tous les Verbes. La nature entière se tut, l'herbe et la gracieuse feuillée suspendirent leur mouvement pour témoigner, par cet acclamant silence, leur adhésion respectueuse.
La voix de cette seconde majesté, que la nature entière saluait par l'absolu silence de la sienne, s'arrêta elle-même au milieu d'un ravissement que ses yeux venaient d'apporter à son âme, après l'avoir pris dans les hauteurs hétérées du domaine divin. Un être étincelant de justice, d'amour et de sagesse descendait les mille atmosphères célestes, comme si ses pieds eussent posés successivement sur des degrés taillés harmonieusement et invisiblement dans l'espace. La forme de cet être semblait être la source répercutive de la forme même de celui qui déjà, le front courbé, lui offrait son hommage et son adoration. La lumière du grand
astre devint pale devant celle qui jaillissait des (rails, des mains et des pieds du glorieux visiteur. L'adorateur, sans paraître servir aucune loi locomotrice, allait à la façon des nuages au-devant de celui qui, de son seul regard l'attirait vers lui. I n monticule élevé, qui dominait de sa splendeur toute la terre édenale, fut le point culminant où le Roi de la toute-puissance arrêta ses pas.
c< Adam, dit-il à celui qui l'adorait la tête dans ses mains, Adam, c'est ici, c'est devant toi, cpie je viens bénir cette vaste création dont je t'ai lait, pour toi et pour ta génération, la plastique et visible royauté. »
Alors l'éther s'illumina jusqu'aux limites de ces mondes dans lesquels le Dieu des dieux a lait reposer, en créant les cieux, ces abymes fcrmcntiels, nourris par l'incréée lumière au sein de laquelle siège sa toute-puissance. Les univers firmamentaires ouvrirent aussitôt leurs incandescentes barrières. La vie spirituelle, éclairée ou ténébreuse, reçut ses formes saisissables pour être perçue conformément à l'état visuel dont le souverain Mai-
tre voulait gratifier Adam. Les mondes, les univers, leurs océans, leurs fleuves, leurs montagnes, les ferments ignés, les ferments frigides, les êtres, leurs lois, leurs astres, leurs harmonies, leurs forces, leurs puissances, leurs droits, leur libre arbitre, leur liberté, tout s'inclina devant le Dieu des dieux, l'unique Dieu, le Roi des rois qui bénissait ses oeuvres, après avoir béni la royauté d'Adam.
Adam parut grandi dans sa stature et dans sa royale phosphorescence. « Bonté ineffable, grâce suprême, dit-il, quel est donc le nom et le titre mémorial qu'il est permis à ma reconnaissance de donner à ce jour? » — «C'est le sabbat du Seigneur, » répondit son Verbe divin , dont la majestueuse autorité pénétra tous les mondes et toutes les créatures; ce c'est, ajouta-t-il, le jour de la solennelle bénédiction de cette immense création dans la vue de laquelle j'ai magnifié ta propre création. »
Les patriarches, Seigneur, ces témoins séculaires et les fidèles gardiens des confessions d'Adam , n'avaient pas cessé de conserver parmi eux et leur
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descendance le saint et solennel respect de ce grand mémorable, qui promettait à la fidélité des générations adamiques le saint et universel oméga dont cet alpha si majestueux n était encore que la prophétique et restreinte précédence.
Les enfants d'Israël . , dans leurs répressifs esclavages, savaient parfaitement quel abyme avait creusé sous leurs pieds 1 audacieuse violation de ce jour, par la sainteté duquel le Tout-Puissant voulait renouveler les forces de l'espérance humaine, en lui rappelant ainsi, dans des périodes successives et harmonieusement rapprochées, la glorieuse certitude de ce sabbat des sabbats, dans la splendeur duquel tous les mondes visiblement ouverts, et la terre entièrement renouvelée, ne feront plus qu'un seul reposant et glorifiant Eden.
Moïse, en ordonnant par voire commandement le sabbat, dont les clauses sont gravées sur les tables miraculeuses de la loi, ne dit pas à l'héritage d'Israël : ce L'Eternel veut maintenant que vous lui consacriez périodiquement chaque septième jour, et que ce jour soit appelé, parmi vous,
le sabbat du Seigneur; » il fait simplement appel à leur mémoire : ce Souvenez- vous, dit-il, de sanctifier le jour du sabbat. « Dès lors, il est évident, ô divine sagesse, que les enfants d'Israël connaissaient héréditairement la grandeur et la sainteté obligatoire de ce jour.
O saint, ô divin jour donné à l'homme pour reposer ses forces, pour ranimer son âme, pour réjouir et consoler son cœur, tes bienfaits ont été portés jusqu'aux enfers par celui qui s'est déclaré évangéliquement le Maître du sabbat.
En effet, ne dirait-on pas que la mort se hâta de frapper le Sauveur du monde, quelques heures avant la naissance du solennel sabbat de Jérusalem, pour qu'en ce jour même il portât avec lui le prix de son sang et les délivrants mérites de sa mort jusqu'au plus profond des enfers? Tourment des abym.es, pleurs de la répression, dévorants blasphèmes de l'ingrate négation, vous vous arrêtâtes, n'est-ce pas? Les ténèbres extérieures, les révoltantes imprécations des hôtes ténébreux ne purent l'emporter sur la puissance du sabbat libérateur
que son Maître divin venait, au sortir de la mort, offrir à ces innombrables captifs qui devaient
ignorer, depuis tant de siècles, qu'il y eût encore pour eux, avant le jugement des vivants et des morts, un jour d'espérance et surtout un jour de repos!!!
Quelle bonté, quel amour tu n'as cessé d'avoir pour nous, o Père saint, o le meilleur des pères! L'apôtre saint Pierre nous raconte la grande el miséricordieuse scène sabbatique des enfers, comme Moïse nous raconte celle de lEden. Au sabbat édenal, nous assistons au premier entretien de la bonté créatrice avec lange expiamment incarné que tu traites bien plus en fils qu'en créature assujettie; au sabbat qui se leva sur la montagne du calvaire et sur le tombeau de ton Fils rédempteur, nous assistons, dans la profondeur des abymes, à ce premier entretien du Maître de la mort avec ces innombrables révoltés qui, au lieu de voir redoubler leurs tourments par la sainteté de sa divine présence, se sentent régénérés par sa miséricordieuse parole et délivrés par la toute-puissance de ses compassions suprêmes.
Ainsi donc, ô mon Dieu, au premier sabbat de la vie humaine, tu bénis le premier homme; au premier sabbat qui s ouvre sous le consommatum est de la rédemption, ton divin Fils, qui vient de mourir pour le salut du monde, délivre cette partie de l'humanité tombée, sous le poids de ses crimes, jusqu'au fond des enfers.
O Père adoré, nops comprenons maintenant quelle sera la gloire majestueuse de ce troisième et universel sabbat devant les magnificences duquel tous les coeurs sans larmes, et toutes les âmes délivrées de leurs si longs et si douloureux assujettissements, s'écrieront avec une sainte allégresse, comme nous le disons espéramment maintenant :
Saint! Saint! Saint est le Seigneur! Saint est son jour, saintes ont toujours été ses divines promesses. Que la louange et la bénédiction montent vers lui sans cesse. Amen. Alléluia, alléluia, alléluia,
INVOCATION GONSÉCRATIVE.
Que ce pain soit, par la vertu toute-puissante et
par les mérites divins de la passion et de la mort *$< de Notre Seigneur Jésus-Christ , le monument impérissable de notre action de grâces et le pain substantiel de notre angélité reconnue.
Que ce vin soit, par sa miséricorde »J*> changé en ferment immortel, afin que, buvant à cette coupe, nous y trouvions tous l'unité de force nécessaire au labeur de notre régénération.
Que ce pain >fr et ce vin >fr soient la nourriture de tout notre être et l'hostie ^ vivante de notre sacrifice pour que nous trouvions en elle, dans le désert où nous ont jetés nos pasteurs, tout ce que s'est proposé, par la communion chrétienne, celui qui est venu, au nom de son Père, établir sur notre terre, entre tous les enfants des hommes, le saint esprit d'une égalité et d'une Ira terni té qui, ayant commencé dans son amour, doivent se continuer éternellement dans le recouvrement de la pure et première nature de notre création angélique. Amen. *
POUR LES MORTS
O Jésus-Christ, Fils éternel de l'Eternel qui
nous a créés , en glorifiant la grande bénédiction sabbatique de notre nature humaine, ainsi que de toutes ces merveilleuses créations qui vivent autour de nous, sur nos têtes et sous nos pieds, nous vous conjurons de renouveler aujourd'hui, dans le monde invisible de nos morts, les grâces éclairantes et délivrantes que vous y portâtes en cet intermédiaire sabbat sur la naissance duquel s'éteignit votre vie rédemptrice et salutaire. Amen.
Réponse générale : Amen, amen, amen.
Adorable et suprême amour de Jésus-Christ, nous t'adorons et nous nous donnons à toi comme nous te supplions de te donner à nous. Que cette communion, à laquelle ta divine grâce nous a préparés, sanctifie l'explicite volonté par laquelle nous nous offrons comme de vivantes hosties à ta gloire et à la gloire de ce jour que nous reconnaissons et bénissons comme étant le jour du sabbat du Seigneur. Que cette coupe, à laquelle nous allons tous boire en ton nom, nous unisse comme les membres d'un même corps, afin que nous travaillons tous à glorifier ta mémoire et à faire adorer par
toute la terre l'incommensurable générosité de ton amour. Amen.
Réponse générale : Amen, amen, amen.
COMMUNION
Que cette part de notre sacrifice anime en nous la vie du sacrifice.
Je boirai à la coupe des forts, j'activerai la soif de mon âme par le vin éternel de la charité; j'adorerai mon Dieu par les mérites divins de son sang précieux, et mon esprit confessera à jamais le gage du salut que lui assure linfinie miséricorde du Seigneur. Amen.
Recevez, par cette coupe, la grâce et la vie de la charité.