‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 10 sur 144 · c. I. L., VI, .il — 1. G. ad n. I, p. 27, n · texte numérisé non relu

c. I. L., VI, .il — 1. G. ad n. I, p. 27, n

2. C. 1)015, t. m, p. 824, eL /. G. ad li. lî., I, p. 27, ii" 4:).

LE lîOlS SACRÉ DE FURRINA

'HX'.6c(i)poç 'AvTiôys'j 'Aop^avbç ITa/qj/j p-/;vGç, ïv, Ttov îotojv, 6::£p (Tfoir^pia^ ajTOj zaï toD jj-a^iou xai tôv téxvwv Itojç C M* <î>' [j.Yjvbç xsptTbu. Enfin, une inscription bilingue, rédigée en latin et palmyrénien, s'adresse au Soleil, qu'elle nomme en latin Soli Sanctissimo, et en palmyrénien Malachhelos, et qu'elle associe aux dieux de Palmyre. Elle est gravée sur un autel, trouvé aussi au Trastévère dans le jardin Matlei, dès le xv<^ siècle, et également conservé aujourd'hui au Musée du Gapitole ^

Jupiter Malec-Jahrudis est un proche parent de ce Malachbel qu'on adorait à côté de lui au Trastévère. Son étrange surnom, dont la forme exotique surprend de prime abord, s'explique tout naturellement, dès qu'on le décompose en ses éléments essentiels. Le Baal de Jahruda devait avoir sa place marquée auprès de ceux d'Héliopolis, de Damas et de Palmyre, dans le Panthéon des dieux Syriens.

\\V' De tous les monuments épigraphiques qui viennent de nous révéler l'existence de ce sanctuaire, le plus intéressant est un autel en marbre blanc, ciselé avec art, et fort bien conservé. Ses dimensions sont restreintes. Sa hauteur totale n'atteint que 0'" 92 ; la hauteur du dé, 0»ï 57. La table est large de 0™ 37 et épaisse de 0"^ 30 ; le dé mesure 0"^ 30 sur 0"^ 26. L'autel est orné de figures et ornements en relief sur trois de ses faces : la quatrième, qui devait être appliquée contre un mur, est tout unie.

1. C. /. L., VI, 710 = 30817. Cf. Jordan-Huelsen, ihid., III, p. 646, note 64. Preller, ibid., p. 404, note 1. Cf. aussi une autre dédicace romaine deo Soli Malachibelo : C. I. L., VI, 31036.

La table est surmontée d'une volute ionique renversée, formant une sorte de fronton arrondi, qu'encadrent, en ffuise d'acrotères, deux rouleaux, fleuronnés sur la tranche et ceints d'une boucle médiane, qui couronnent de leurs bourrelets les faces latérales de Tautel. Dans le fronton est figurée une couronne de lauriers à lemnisques, formant de larges festons.

Le dé est surchargé d'ornements en relief, que l'on retrouve, groupés de la même façon, sur nombre de monuments analogues, mais dont le symbolisme voulu rachète ici l'habituelle banalité Deux aigles aux ailes éployées occupent les angles de la face principale, audessous de deux masques barbus et cornus de Jupiter Hammon qui encadrent la dédicace. A ces masques correspondent en arrière, à la même hauteur, deux bucrânes couronnés de perles. Aux cornes des quatre mascarons sont suspendues de lourdes guirlandes de feuilles et de baies de laurier, que maintiennent de larges rubans se terminant par des lacets et des globules. Elles sont disposées sur les trois faces de l'autel avec une parfaite symétrie, et les figures qu'elles encadrent se correspondent avec une égale précision de part et d'autre du motif central. Sur le côté droit, au-dessus de la guirlande, apparaît l'aiguière rituelle, qui surmonte un oiseau à bec fin et longue queue becquetant les

1. Ornementation identique sur de nombreux monuments funéraires: notamment Tautel, mal décrit au Corpus, VI, 10361, qui est conservé au musée du Capitole, et diverses urnes cinéraires en marbre, par exemple, C. I. L., VI, 27194, Cf. aussi, au Musée du Vatican, le grand autel funéraire anonyme, avec tête de Méduse, n° 154 ; le cippe de L. Voliisiiis Phaedrus, avec tête de Méduse également ; et les cippes décrits au Corpus sous les n°* 11801, 19123,21563, 22428, etc.

LE BOIS SACRÉ DE FUKRINA 17

baies de laurier ; sur le côté gauche, la patère, surmontant deux oiseaux renversés, dont l'un picore la guir-

Autel de marbre blanc, consacré à Zeiis Keraunios et aux Nymp/me Forrinae,

lande, tandis que l'autre épluche la lêtedu premier. Audessous de la guirlande est figurée, à droite, une pie becquetant l'un des globules attachés aux bouts du ruban ;

Mélanges Ganckler. 2

à gauche, un autre oiseau occupé de même. Un troisième oiseau analogue garnit le bas inférieur de la face principale, tandis qu'au-dessus de la guirlande, et au centre, la place d'honneur est réservée à une belle tête de Méduse à physionomie douce et calme. Enfin, au sommet, apparaît la dédicace, dans un cadre à mouluration, très saillant, mesurant 0"^ 20 de haut sur 0"^ 14 de large. Rédigée en grec, elle est gravée en jolis caractères, à £ et j lunaires, hauts de 0"^ 02 à 0"^ ] 1 :

A I I K6 PAYN ICO APT6MIC HKAI2IAG0NIA

KYn PI A 6Z6niTArHC AN60HK6N KAI NYN06C [sic) 0 O P P I N € C [sic)

L'aulel a donc été consacré à Zeus Keniiinios et aux Nymphae Forrinae par une Phénicienne de Chypre, une certaine Artémis, dite la Sidonienne.

Ce Zeus Keraunios^ dont le nom apparaît pour la première fois sur une inscription de Rome, n'est autre que le Jupiter-corniger Ammon du Panthéon grécoromain, le Baal Karnaïm des Phéniciens, celui dont les Africains d'aujourd'hui conservent encore le souvenir sous le nom de Bou Kourneïn : le Seigneur aux deux cornes K

1. Cf. Toutaiii, Le sanctuaire de SHliirnus Balcnranensis au Bou Kourneïn, Mrlaiif/rs de Rome, J892, p. '.\ el suiv., j). 102 et suiv., et pl. 1 à IV.

LE HOIS SACRÉ DE FLRRINA

Les deux masques à cornes de bélier, qui encadrent la dédicace, représentent le dieu lui-même ; les aigles, son oiseau favori * ; les têtes de taureau, la victime qu'on lui offrait en sacrifice ; Taiguière et la patère, les instruments du culte.

Par contre, la tête de Méduse symbolise les nymphes Forrinae^ assimilées aux i^owr/ae grecques ^. Les oiseaux qui garnissent le bord de l'autel, sont les hôtes attitrés des bosquets sacrés entourant les nymphées.

Il y a donc lieu de distinguer, dans cet ex-voto, deux éléments très différents, et, en quelque sorte, opposés. L'un, tout à fait exotique, de tradition hellénistique et phénicienne, concerne un culte oriental, d'importation récente dans la Rome impériale du second siècle de notre ère. L'autre, au contraire, purement romain, nousreporte aux plus lointaines origines de la Ville Eternelle, et s'adresse à une de ces divinités locales qu'adoraient sur les bords du Tibre les contemporains de Romulus.

Cette même antinomie se retrouve sur un autre exvoto du même genre, auquel j'ai déjà fait allusion, une base de statue en marbre blanc, qui fut trouvée dans la même région du Trastévère, sinon au même endroit, et qui est aujourd'hui conservée dans le jardin de la Pic/Jia, au musée du Vatican :

J[ovi) o[ptimo) m(aximo) H[eliopolitciiio) Augiusto) sacr[um)^ Genio Forinarum et cultoribus hujus loci^

1. Comparez k une dédicace trouvée tout près de la villa Sciarra, dans le jardin Mattei : Aquila Soli Alacjahalo, Julius Balbillus.

2. Ily a lieu de remarquer que le Régionnaire mentionne Texistence, dans la même région, d'un monument nommé Caput Gorgonis. Cf. Jordan-Huelsen, l. c, p, ()47.

Terentia Nice cum Terentio Damarione filio^ sacerdole^ et Terentio Damainone jun[io7^e)^ et Fonteio Onesimo, fîlio sacroriim, signiim et hasim voto suscepto de suo posuit, lustro ejusdem Damarionis ^

Cette dédicace associe, elle aussi, un dieu syrien, le Baal d 'Héliopolis, à des divinités d'apparence toute latine, Forinae. Malgré une légère différence d'orthographe, le non-redoublement de VR, auquel Mommsen eut le tort d'attacher trop d'importance en commentant ce texte ~, ces Foinnae doivent évidemment être identifiées avec les nymphes <î>opp(vai de notre dédicace ^. Elles portent le nom de l'archaïque déesse FVRRINA, dont le nom apparaît dans le vieux calendrier romain, qui avait son prêtre spécial, le ftamen Fiii^rinalis, et que Ton fêtait chaque année le 25 juillet, le jour des Furrinalia '\ Qu'était-ce, au juste, que cette divinité, qui semble d'origine purement italique ? Nous en savons fort peu de chose, elles Romains eux-mêmes n'étaient guère mieux renseignés que nous. Dès le temps de Yarron % elle

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