‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 108 sur 144 · Voir plus loin · texte numérisé non relu

Voir plus loin

o. Voir la [Planche Ll].

gevir. Elle présente à Tintérieur un éviclement hémisphérique, calculé de façon à épouser exactement la forme du crâne qui s'y emboîtait. Celui-ci était muni, au sommet, d'un tenon rectangulaire, en forte saillie, qui s'engageait dans une mortaise du même calibre, ménagée au fond du couvercle, fixant ainsi sans jeu possible celui-ci, et assurant la cohésion de l'ensemble.

2° G^est, en second lieu, un buste de l'empereur Antonin, en marbre pentélique, de grandeur réelle, que j'ai découvert le 23 mai 1910, dans un sondage pratiqué au fond de la demeure du dieu A, et extérieurement à l'enceinte, dans l'angle que forme l'abside centrale avec le côté sud du chevet (Planches LIII-LIV). Ce portrait impérial gisait, à peu près, au même niveau que la bouche de fontaine du temple de Gaionas^ trouvée à quelques mètres jdIus au Sud, et faisait partie du même ensemble. On ne saurait s'étonner de sa présence dans le sanctuaire syrien, étant données les fonctions officielles de cistiher Augustorum que remplissait Gaionas^ le dédicant du second temple ^ . Le buste a eu quelque peu à souffrir de l'incendie qui détruisit cet édifice. Le nez est à demi brisé ; la surface du marbre est légèrement effritée ; en outre, toute la partie supérieure de la calotte crânienne, qui était faite d'une pièce rapportée, s'est détachée et a disparu. La tête présente donc actuellement, au sommet, une section plane très nette, qui va en s'inclinant du haut

4. Sur la signification de ce titre, jusqu'ici très controversée, mais que ma dernière trouvaille semble éclairer d'un jour nouveau, voir Gauckler, Mélanges de Rome, XXIX, 1909, p. 241 et note 5, avec la bibliographie; et Nicole et Darier, ibid., p. (u'k

NOUVELLES DÉCOUVERTES

du front à l'occiput. La surface de ce plateau est polie avec soin sur les bords, afin d'assurer leur parfaite adhérence à ceux de la calotte qui les recouvrait. Dans la région centrale, au contraire, elle est taillée à la gradine et repiquée d'entailles multiples, destinées à retenir la colle de soudure. Au milieu se creuse une mortaise, analogue à celle de la perruque décrite plus haut, et qui devait également recevoir un tenon, faisant corps avec la partie qui manque.

3° Enfin, la belle statue de Dionysos, au visage et aux mains dorés, que nous avons retirée d'une cachette pratiquée dans le sol de la chapelle des mystères \ présente, elle aussi, une section qui coupe presque horizontalement le sommet du crâne. Ici, les deux parties rapportées subsistent, et sont encore si solidement soudées l'une à l'autre, qu'il est impossible de les détacher et de voir comment était faite la coupure. Mais un simple examen superficiel suffit à prouver que, contrairement aux cas précédents, les deux pièces n'avaient pas été sculptées à part, mais qu'elles furent artificiellement isolées, après coup, par un sciage intentionnel, du bloc dont elles faisaient partie intégrante. Les portraits d'Antonin et de Julia Domna ont été préparés d'avance, au moment même où on les fabriquait, à subir une opération rituelle, prévue et bien déterminée. La statue de Dionysos, au contraire, n'a été soumise à cette même épreuve qu'après de longues années d'existence. Selon toute apparence,

1. Gauckler, Comptes Rendus, 1909, p. 619 et pl. II; Nicole et Darier, ibid., p. 36 et suiv., fig. 21 et pl. III (en couleurs), IV et V; Pasqui, ibid., p. 395 et suiv., et fig\ 3.

elle remonte au i^*" ou au ii^ siècle avant notre ère, et sort d'un atelier hellénistique. Elle est taillée, toute d'une pièce, dans un admirable Paros, d'un grain compact et résistant, sans le moindre défaut visible. Il n'est donc guère vraisemblable, que l'artiste, en sculptant le marbre, ait inopinément rencontré une faille, qu'il lui aurait fallu réparer par un de ces rapiéçages, dont on trouve tant d'exemples dans les médiocres produits de l'art industriel courant. D'autre part, le talent dont il a fait preuve, le met à l'abri du soupçon de n'avoir pas su calculer d'avance les dimensions de sa statue, et d'avoir dû, au dernier moment, mettre à son bloc une rallonge. De plus, les deux morceaux raccordés sont faits de la même matière, présentent la même usure, ont été sculptés par la même main; ^on suit partout, de l'un à l'autre, la trace des mêmes coups de ciseau, et ce fait frappe d'autant plus, qu^en aucun point de la coupure les deux segments d'un même sillon ne coïncident plus aujourd'hui (Planche LY). Après l'accomplissement du rite pour lequel on l'avait détachée, la calotte crânienne a été remise en place, mais si maladroitement rajustée, qu'elle déborde le front de plus d'un millimètre, tandis qu'en arrière, elle présente un retrait d'égale largeur. Ce défaut est trop choquant, pour qu'on ait le droit d'en rendre responsable le créateur de Timage ; il ne peut être attribué qu'à un praticien d'une époque de décadence.

A quelle date fixer cette opération? S'il s'agissait d'une restauration, on pourrait supposer qu'elle s'effectua au même moment qu'une réparation, bien caractérisée celle-là, qu'avait eu à subir le Dionysos ^ : la main

1. Cf. Nicole ol Darior, ihid., p. 42 et siiiv. ; Pasqui, ihid.^ p. ."{95.

Pl.. LV.

Tèlc de Dionysos, à section crânienne et visaj^e doré.

NOUVELLES DÉCOUVERTES 283

gauche de radolescent, qui tenait un thyrse de métal dont rattache est encore visible sur le socle, ayant été mutilée à la suite d'un accident ou d'un vol, il fallut la remplacer, et l'on utilisa pour cela une main de jeune femme adulte, faisant à peu près le même geste, mais d'un module différent. Un rafistolage aussi grossier porte la marque indiscutable d'une époque déjà tardive.

Or la statue était déjà réparée, lorsqu'on en modifia le caractère par l'application d'une feuille d'or sur le visage et sur les mains. Les deux membres ont reçu le même engobe ; le procédé est identique ; la dorure est du même temps.

D'autre part, je crois distinguer un lien d'étroite connexité entre l'application sur l'image divine de cette dorure, si curieusement limitée, et la résection du crâne. Parmi les rares statues de marbre doré, que nous a léguées l'antiquité, je n'en connais guère que trois, dont le visage tout entier ait été revêtu d'un masque métallique K Ce sont, d'abord, deux têtes sans corps, trouvées, paraît-il, ensemble, sur l'Esquilin, il y a une vingtaine d'années, et conservées à V Antiqaarium de Rome : l'une représentant un vieillard barbu, coiffé d'un bonnet conique ; l'autre, un éphèbe de type grec. Elles sont inédites; grâce à la bienveillante autorisation de M. le professeur G. Gatti, j'ai pu les faire photographier, et je les reproduis ici

d. Cf. Nicole et Darier, ibid., p. 37. — Peut-être faut-il adjoindre au même g-roupe une tête d'Attis, conservée au Palais des Conservateurs, dans la salle du Spinario, et une fort belle tête colossale d'Esculape, découverte dans l'un des égouts des Thermes d'Antonin Caracalla. Cf. Savignoni, Not. degli scavi, 1901, p. 25 ; et Roein. Mitteil.^ 1901, p. 379, note 2; G. Gatti, Bull, délia comm. d'arch. com., 1901, p. 147; Pasqui, loc. cit., note 1 de la page 397.

(Planche L\ Ij. Puis, une statue colossale d'Orante, ou de Déméter, dont la tête est un portrait de prêtresse ou d'impératrice, coiffée de la même manière que la seconde Faustine, et datant certainement de la fin du ii® siècle de notre ère. Je l'ai découverte, en 1900, à Garthage, dans les ruines de FOdéon romain ^ Or ces trois têtes à visage doré, et qui n'ont d'ailleurs aucun trait commun, ont toutes trois le crâne sectionné.

La constante association, dans une série aussi rare, de deux particularités qui, l'une et l'autre, prises à part, sont déjà fort exceptionnelles, ne peut être l'effet du hasard : elle doit correspondre à un rite, et ce rite me paraît être d'origine orientale en tous cas, sinon exclusivement syrienne. Dans les religions solaires, l'éclat de l'or symbolisait le rayonnement de l'astre du jour. Aussi les Syriens avaient-ils l'habitude de dorer leurs idoles. Dorées étaient, à Hiérapolis. les statues que décrit Lucien ; dorée aussi, au Janicule, l'image en bronze àWtargatis, qui occupait le fond de la cuve centrale dans la chapelle des mystères ^. D'autre part, Lampride nous apprend que, lorsque l'empereur Héliogabale eut ravi au sanctuaire de Yesta la statue qu'il croyait représenter le Palladium^ pour en doter le nouveau temple qu'il venait de consacrer à l'idole d'Emèse, il commença par la faire dorer ^. En adoptant le Dionysos, les Syriens du Janicule

1. Gauckler, Revue arch., 1902, II, p. 395, pl. XVI, n« 3, et pl. XVII, 11° 3; Gauckler et Poinssot, Caial. du musée ^/aoûi, Suppl., l""^ partie, C, p. 45, n° 933, pl. XXIII, 2, et pl. XXXVII, n° 4.

Page 1