Varro, ibid. : nunc vix nomen nolum paucis
LE BOIS SACRÉ DE FURRINA
était fort oubliée. Seuls, quelques grammairiens s'occupaient encore du nom de Furrina., par simple curiosité philologique, et pour en rechercher l'étymologie ^ La manie hellénisante, qui sévissait alors sur l'érudition romaine, les entraîna sur une fausse piste. Gicéron n'hésite pas à assimiler la déesse romaine à une Furie grecque : Cur non Eumenides ? quae si deae sunt, quorum... apud nos^ ut ego interpretor ^ lucus Furinae, Furiae deae sunt Puis, comme il y avait c/e.ç Furies, l'on fit, par analogie, passer Furrina du singulier au pluriel, et l'on imagina des Fiu^rinae proches parentes des Erinnyes et des Euménides. C'est ainsi qu'en s'appuyant sur une étymologie arbitraire, l'on arriva à fausser entièrement le caractère de la déesse.
Abandonnée de ses fidèles, ayant perdu jusqu'à son individualité propre, Furrina conservait pourtant encore, aux derniers temps de la République, un sanctuaire spécial auquel son nom restait attaché : le lucus Furrinae. C'était un bois sacré, situé au delà du Tibre \ dans une région alors fort solitaire. Il devait être peu fréquenté. Aucun auteur n'a pris la peine de le décrire, ni même d'en fixer l'emplacement exact. Nous en ignorerions sans doute l'existence, si le hasard n'en avait fait le théâtre
1. Pour l'étymologie du mot, que Varron renonçait à expliquer (Varro, ibid., V, 84, et VII, 45), cf. Preller, Roemische Mythologie, II, p. 70, note 5 de la page précédente. N'y aurait-il pas lieu de rapprocher ce nom de celui de Feronia, avec lequel il présente tant de rapports ? Il me parait bien vraisemblable qu'ils se rattachent tous deux à la même racine italique.
2. Cicero, De natura deorum, III, 18, 46. Cf. Martianus Capella, II, ^ 164, 218 : Fura Furinaque et mater Mania. Plutarque, Caius Gracchus, 17 : àXaoç 'Kpivufov.