‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 123 sur 144 · Bullef. comunale, 1886, p. 299, p. 390 et pl. XIV-XV · texte numérisé non relu

Bullef. comunale, 1886, p. 299, p. 390 et pl. XIV-XV

AMAZONE AU REPOS (Vue de face).

AMAZONE AU 'UEPOS (Vue de côté).

AMAZONE AU REPOS (Vue de dos).

AMAZON K AU REPOS

tiana ; un bas-relief éleusinien, d'une grande beauté, aujourd'hui conservé au Musée des Thermes ^ ; eL nombre d'autres débris de statues ou de bas-reliefs, d'un caractère hellénistique très accusé.

La sculpture est taillée dans un bloc de marbre pentélique, d'un grain très fm et très brillant, qui mesure aujourd'hui 1"^04 de hauteur, avec le socle haut de 0'^04. Elle a subi diverses mutilations, qui semblent s'être produites toutes en même temps. La base, demicirculaire, ayant été cassée en avant, avec l'extrémité du pied droit de la statue, celle-ci est tombée face contre terre, et s'est brisée en trois endroits : une faille presque horizontale, qui traverse le marbre juste au-dessous du genou, le partage en deux morceaux qui se raccordent exactement ; deux autres fractures ont détaché du corps la tête et le bras gauche, qui n'ont pu être retrouvés. La main droite a perdu deux doigts, V index et le médius^ qui étreignaient l'extrémité recourbée d'un arc, dont le bout est aussi brisé. La pointe du téton droit s'est légèrement émoussée en heurtant le sol. Le sein a été quelque peu éraflé par le coup de pioche qui a fait reparaître au iour la statue enfouie dans un amas de terres rapportées. Tout le reste est intact, et d'une grande fraîcheur. Le marbre, ciselé avec un soin minutieux, a gardé son poli, auquel la patine du temps ajoute un incomparable éclat.

La statue représente une très jeune fdle, dans le premier épanouissement de sa chair délicate (Planches

1. Visconti, Un singolare monumento di scultura ultimamente scoperto iieg'li orti Sallustiani, Biillet. comimale, p. 267 et suiv., et pl. XV et XVI.

'M 2 appp:ndice

LIX-LXI). C'est une vierge, à peine sortie de l'adolescence, comme on le voit à ses formes graciles, à sa taille svelte et à ses hanches minces. Mais la gorge, d'un galbe charmant, est déjà parfaitement modelée.

La jeune fille est figurée au repos, debout à côté d'un tronc d'arbre, sur lequel elle laisse retomber la main droite. Ses jambes, immobiles et rapprochées, se dressent comme deux colonnes vivantes. Celle de droite, sur laquelle porte surtout le poids du corps, se tend toute rigide, le pied posant à plat. La jambe gauche, au contraire, s'infléchit quelque peu, et le talon se relève insensiblement; ce qui suffit à varier l'aspect des deux membres pareils. Entraînées par ce mouvement à peine perceptible, la hanche gauche s'efface, et la droite s'accuse, tandis que, pour rétablir l'équilibre, le ventre se bombe un peu en sens inverse.

Contrastant avec la disposition des jambes ainsi étroitement unies, les bras, très séparés, s'opposent l'un à l'autre ; et leurs deux gestes divergents dérangent l'harmonie des épaules, en imprimant à chacune d'elle un rythme particulier. L'épaule gauche se hausse, suivant le mouvement du bras, qui se détache entièrement du corps. Il devait se relever de côté, tout droit d'abord, puis replié à partir du coude, pour ramener vers le sommet de la tête la main, qui s'appuyait peut-être sur l'occiput. Ce geste de repos, si fréquent dans la statuaire antique, est tout à fait démise ici; et je n'éprouve aucune hésitation à le restituer par hypothèse. Il convient à merveille à la légère cambrure du torse, que le seul poids du bras suffit à rejeter un peu en arrière; mais qui se creuserait davantage, si ce membre faisait

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quelque effort, s'il maniait une pelte, ou s'il brandissait une bipenne. On ne peut davantage admettre qu'il s'appuyait sur une longue lance ; car, à l'endroit où cette arme aurait dû reposer sur le sol, le piédestal n'en laisse apercevoir aucune amorce ; et, d'autre part, ce geste, intéressant le corps tout entier, dont il déplaçait le centre de gravité, aurait nécessairement rompu la verticalité de son axe.

Tandis que le bras gauche se relevait, le bras droit tombe le long du corps, mollement abandonné, et retenant à peine, entre le pouce et les deux premiers doigts, l'extrémité d'un arc désormais inutile. L'arme, en partie cachée par les plis de la tunique, est appliquée contre le tronc d'appui, que la main droite effleure, de ses deux derniers doigts repliés en arrière. Ce geste, qui semble trahir quelque lassitude, est indiqué avec une remarquable habileté. Le mouvement de l'épaule qui s'afPaisse est plein de grâce et de naturel.

Les draperies, qui recouvrent la plus grande partie du corps, offrent un arrangement original et rare : comme unique vêtement, une sorte de chiton, fait d'une seule pièce d'étoffe, de forme carrée.

Voici comment on obtient les dispositions qu'il présente. On réunit, en les cousant, deux bords opposés du carré, qui se transforme ainsi en fourreau cylindrique. Mais, la couture ne rapproche que la moitié supérieure des deux bords, sur une hauteur de 0"^60 ; et encore, dans cet intervalle, elle ménage une fente, haute de 0"^20 environ. Dans le bas du fourreau, les deux parties de l'étoffe restent libres ; mais deux boutons, espacés de 0"M0 en 0"^ 10 dans le prolongement de la couture,

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permettent d'en restreindre à volonté l'écartement. Une autre fente de même hauteur, et munie, elle aussi, de boutons disposés de la même façon, entame la pièce

Développement du cliitoii de l'Amazone au repos.

d'étoffe à 0™40 plus à droite, parallèlement à la première, et concourt avec elle à partager le bas du fourreau en deux pans séparés, analogues à ceux qui terminent nos chemises d'homme actuelles K

i. Il est curieux de retrouver ce vêtement orio-inal et rare, sur Tune

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Pour endosser ce vêtement, la jeune fille commence par passer la tête et le buste dans l'ouverture du fourreau, et le bras gauche dans la fente latérale. Puis, elle laisse retomber TétofFe, qui pend alors de tous côtés et traîne jusqu'à terre, uniquement retenue, sur l'épaule gauche, par la couture qui surmonte la fente du bras. Elle relève ensuite le tissu, en le fixant à la taille par une ceinture, sur laquelle il se drape en diploïs. En même temps, sous la pression du lien, qui réduit de moitié Touverture du fourreau, celui-ci se fronce, tout autour du torse, en plis verticaux, ou biaisés, tandis que les fentes latérales du bas, rapprochées sur le devant du corps, sont ramenées juste en face des genoux, qui s'engagent entre les deux pans, les écartent, et conservent ainsi toute leur liberté d'allure. D'autre part, au-dessus de la taille, l'étoffe, n'étant fixée au corps que sur l'épaule gauche, retombe partout ailleurs librement: elle traverse le buste en diagonale, laissant à nu toute l'épaule et le sein droits, sous lesquels elle se masse en écharpe, selon la disposition habituelle et caractéristique du costume des Amazones '.

dos tapisseries de Raphaël, au Musée du Vatican. C'est le costume de la jeune mère juive, défendant son nourrisson contre un soldat romain, au centre de la- première tapisserie de cette série, représentant le massacre des Innocents.

1. [Dans V Illustration du 6 juin 1908, Paul Gauckler a donné un article de vulgarisation sur LWmazone h robe fendue. Il y reproduit à peu près, en l'abrégeant, sa description des Comptes Rendus de l'Acadéniie ; mais, en terminant, il s'amuse à comparer le costume de son Amazone avec les costumes de nos contemporaines] :

« V Amazone à « robe fendue » des Jardins de Salluste est une œuvre hellénistique, mais qui reproduit, selon toute apparence, un original en bronze du temps de Phidias, Les écuyères exotiques contemporaines

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En effet, à mon avis, c'est bien une Amazone, qui se trouve figurée ici. L'arc que la jeune fille laisse pendre à côté d'elle, la définit déjà comme une guerrière ou une chasseresse. C'est sans doute, aussi, l'arme d'Artémis ; mais la déesse piétonne, en poursuivant le cerf qu'elle darde de ses traits, s'empêtrerait bientôt dans les pans traînants d'un chiton, qui est ici beaucoup trop long pour ne pas mettre obstacle à toute course un peu rapide. Le costume de notre statue ne convient qu'à une écuyère : il est admirablement calculé pour favoriser l'équitation féminine, tout en protégeant la pudeur d'une vierge qui monte à califourchon. Au moment d'enfourcher son cheval, l'Amazone déboutonne le bas de sa tunique, et, ramenant entre les deux cuisses tout le pan antérieur, le fixe dans le dos en le passant sous la ceinture, qui le maintient collé au corps comme un véritable caleçon : de cette façon, les jambes, entièrement dégagées, peuvent s'écarter tout à Taise, sans découvrir le bas-ventre. Ce détail de costume, si caractéristique, ne se retrouve, à ma connaissance, qu'une seule fois dans la sculpture antique, sur le sarcophage de Saïda, aujourd'hui conservé au British Muséum \ qui représente en bas-relief un combat de Grecs et d'Amazones, occupant

de Périclès portaient donc déjà le costume que l'amazone anglaise vient de lancer à Londres. De même, il y a trois mille ans, les élégantes Crétoises qui vivaient au temps du Minotaure, se paraient de la crinoline et de la jupe, à paniers ! Tout est dit, et nous venons trop tard en matière de mode féminine ! Nos couturiers n'inventent rien : leurs innovations nous ramènent aux modes primitives de l'humanité. Ce sont do très adroits et très modernes archéolopi-ues ! » {L''Il]uiitration, 6 juin 1908, p. 394-395).

1. C. Robert, Die antiken SavkophagreUefs, II, pl. XL'V, fig. 410, 110 b et 110 c, et page 131.

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trois des faces du tombeau. Celle de gauche est encadrée de deux figures d'angle, deux femmes debout, vêtues toutes deux d'une tunique talaire, retroussée en avant sur l'une et l'autre cuisse, fort au-dessus des genoux. Bien que ne prenant point directement part au combat, elles sont armées toutes deux, comme leurs compagnes plus court vêtues, de la pelte et de la haste.

L'identification de notre statue me paraît établie par ce rapprochement. L'examen de la tête, s'il eût été possible, nous aurait sans doute fourni de nouveaux arguments à l'appui de notre hypothèse : car le peu qui reste de la coiffure, est tout à fait typique. G est un groupe de mèches en désordre, tombant en coup de vent sur la nuque, et disposées comme les touffes de crins ondoyantes d'une queue de cheval. Cette coiffure échevelée est toujours réservée, dans la sculpture gréco-romaine, aux femmes de nationalité barbare. Celle de notre statue rappelle tout à fait les tignasses, flottant au gré du vent, des Amazones du célèbre sarcophage de Vienne le plus ancien de toute la série, et le seul qui se soit attaché à conserver fidèlement aux guerrières leur costume national.

La statue récemment découverte à Rome, représente donc une Amazone au repos.

S'il est presque impossible, aujourd'hui, de préciser la destination de notre statue, il n'est guère plus facile de reconstituer son état civil et sa généalogie artistique.

De prime abord, et avant d'en connaître exactement la

1. Cf. Robert, ibid., pl. XXVII, 68 à 68 c, et p. 77 et suiv., avec toute la bibliographie. Voir aussi, pour une coiffure analogue, le sarcophage de Pozzo: Robert, ibid., pl. XXXVII, 89.

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provenance, je Fa vais prise pour une œuvre romaine, du même genre, et de la même époque, que ces personnifications de Provinces soumises ^ qui ornaient le soubassement de V Hadrinneum ^ élevé par Antonin le Pieux en l'honneur de son père adoptif, sur l'emplacement de la PiazzH di Pietra actuelle J'attribuais la raideur et la sécheresse assez choquante des draperies, à l'inexpérience d'un copiste du second siècle de notre ère. Mais ces défauts sont peut-être voulus ; car ils contrastent étrangement avec le fini et l'élégance des pieds et de la main droite, d'un travail beaucoup plus soigné que ne le comportent d'ordinaire les sculptures romaines. Il faut y voir sans doute une affectation d'archaïsme, qui se manifeste également dans d'autres statues, provenant de la même région des Jardins de Salluste, et qui, elles, sont certainement hellénistiques. Notre Amazone semble l'être également. C'est, à mon avis, une copie, exécutée probablement au temps de Salluste, par un artiste grec, interprétant en marbre un prototype en bronze d'une époque beaucoup plus reculée.

Ainsi s'expliquent, tout naturellement, les contradictions de facture et de style qu'on y relève.

La sveltesse du corps, la minceur des hanches, l'étroitesse de la gorge et du cou, la gracilité du bras droit, les mièvreries du modelé, semblent autant de marques de fabrique de l'école praxitélienne, qui prolonge son influence jusqu'à une époque très basse.

1. Cf. Petro Bienkowski, De niinulacrk harhararuin (jenlium apud Uomanos, Krakau, 1901, p. 81 et suiv. ; II. Lucas, Jahrbuch des d. Insfitiifsy 1901, p. 1 et suiv.

2. Jordaii-Iluelsen, Topographie der Stadt Rom, III, p. 609 et suiv., avec toute la bibliographie.

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Par contre, voici, je crois, des indices certains d'nne influence archaïque. C'est, tout d'abord, la forme générale de la statue. L'axe du corps est parfaitement vertical. Les pieds sont posés en équerre avec une excessive symétrie. Les jambes, réunies, se dressent toutes droites, en se maintenant dans un même plan. Le bras droit reste collé au corps, sans nécessité absolue. Le hanchement du torse existe à peine. Les deux seins sont très divergents.

Il me semble que le prototype de notre Amazone ne saurait être placé plus bas que le milieu du v^ siècle avant notre ère. Cet original était en bronze, ainsi que le prouvent la présence du tronc d'appui, la raideur des draperies, et le travail un peu sec des plis de Fétofle, des courroies de la chaussure, des boucles de cheveux.

Le sculpteur hellénistique, qui entreprit d'exécuter de ce modèle en métal une copie en marbre, a dû nécessairement le transformer quelque peu. Pour assurer la solidité et la stabilité de son œuvre, il lui fallut adjoindre à sa statue un tronc d'appui, d'ailleurs fort curieusement travaillé, à la manière réaliste des Alexandrins.

Archaïque ou archaïsante, grecque, hellénistique ou romaine, l'Amazone qui vient d'être retrouvée présente, en tous cas, un type intéressant, inédit : à ce titre, elle mériterait d'entrer bientôt dans quelque collection publique.

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