Cf. André Ilallays, Journal des Débats du 22 mai
2. Par exemple, celui qui fut découvert, le 24 mai 1886, sur remplacement de la Banque nationale, à Rome; cf. Bullettino comunale, 1886, p. 189 et suiv., et pl. VII; Gazette des Beaux-Arts, 1886, 11, p. 253 et fig-.
APPENDICE
leur ayant été forcé d'évider plus fortenienl, à cet endroit qu'en haut, le bloc de grosseur uniforme où il taillait son bas-relief, pour prendre, dans Fépaisseur du marbre, la saillie assez accusée du socle horizontal, de contour irrégulier, épais de 0"^ 035 et large de 0"^ 05 à 0»U)10, sur lequel reposent les figures. Il en résultait donc une rupture d'équilibre dans la masse, la partie la plus faible étant précisément celle qui fatiguait le plus. Pour remédier à cet inconvénient, il fallut encastrer à demi la stèle dans la paroi verticale qu'elle devait orner : elle s'y détachait en ressaut de 0^^^ 06, retenue à droite et à gauche par six griffes de métal, symétriquement réparties sur les côtés du bas-relief, qui se creusaient, chacun en trois endroits, de mortaises quadrilobées où s'engageaient ces agrafes. En arrière, la stèle s'enfonçait dans une cavité, ménagée tout exprès pour la recevoir, et qui épousait exactement sa forme évasée : elle se trouvait, par suite, suspendue dans la maçonnerie, comme une clef de voûte, le poids portant principalement sur les côtés épais et résistants, au lieu de se concentrer tout entier sur la base amincie et fragile.
La stèle présente une autre particularité, qu'il y a lieu de relever; car elle nous renseigne sur les procédés dont usaient les sculpteurs antiques, soit pour remédier aux défauts de la matière qu'ils employaient, et aux accidents qui pouvaient survenir au cours du travail, soit pour diminuer le poids des marbres destinés à l'exportation, peut-être même, ici, pour Tune et l'autre de ces causes. La dalle peut se démonter : elle est faite de deux morceaux distincts, de dimensions très inégales, le bas-relief proprement dit, et le sommet qui le couronne. Ce dernier
L ANTINOUS DU SCULPTEUR ANTONlANOS 33^
forme une pièce à part, aussi épaisse et aussi large que la stèlè elle-même, mais coupée en biais à la base, le côté gauche étant beaucoup plus haut (0"^18) que l'autre, qui mesure 0"^ 05 seulement. Elle se creuse en avant, au milieu, d'une niche contournant la tête d'Antinous\ laquelle fait saillie au-dessus de la tranche supérieure du bloc principal. Les deux sections, soigneusement aplanies, s'appliquaient exactement l'une sur l'autre, et leur soudure était assurée par deux petits tenons de bronze, s'engageant dans des mortaises de plomb. Le raccord est, actuellement encore, si parfait, qu'il faut être averti pour s'en apercevoir. Le haut de la calotte crânienne d'Antinous avait aussi été sculpté à part ; mais ce fragment s'est dessoudé sous l'influence de l'humidité du sol, et manque aujourd'hui : il était si insignifiant, qu'on a négligé de le rechercher dans la terre, au moment de la découverte du bas-relief.
Il manque, également, une autre pièce annexe : les grappes de raisin, qu Antinous tenait dans sa main gauche, et qui, en raison de leur forte saillie, avaient été sculptées à part et fixées ensuite à la stèle, au moyen d'une queue qui s'insérait entre les doigts du vigneron, comme dans un fourreau, resté vide aujourd'hui. Quant aux mutilations proprement dites, elles consistent, en tout et pour tout, en deux minim^es cassures, qui ont emporté la dernière phalange du pouce de la main gauche et l'ongle du petit doigt de la main droite. Le reste est absolument intact, aussi net, aussi frais, que s'il sortait des mains du praticien, dont les minutieuses retouches à la pointe et au burin semblent exécutées de la veille.
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Ce portrait d' Antinous fut sans doute sculpté, comme toutes les œuvres analogues, immédiatement après la mort du favori impérial, dont Hadrien avait fait un dieu. Il lui donne Taspect d'une divinité champêtre, du cycle dionysiaque ; mais cette image religieuse est traitée à la mode du temps, d'une manière réaliste et pittoresque. L'apothéose du nouvel Immortel n'est indiquée que fort discrètement, par deux attributs accessoires, la couronne de pins qui ceint sa chevelure S et l'autel, placé devant lui, qui supporte une pomme de pin entourée de figures. Antinous nous apparaît ici, comme un jeune vigneron en train de vendanger. Il se tient debout sous une treille, la tête tournée à gauche et de profil, le corps presque de face, portant de tout son poids sur la jambe droite, qui pose d^aplomb sur le sol, tandis que la jambe gauche s'infléchit, le pied gauche se relevant un peu, comme pour s'apprêter à la marche. De la main droite, l'éphèbe lève une serpe en forme de hachereau ^, à manche élégamment orné de volutes lotiformes, vers une grappe qu'il va cueillir. Le bras gauche, pendant le long du corps, tenait trois autres grappes, qui manquent aujour-
1. Comparez à la couronne de V Antinous en Satyre, vêtu de la nébride, qui est exposé au milieu de la grande galerie du Musée des Conservavateurs, au Capitole.
2. La forme de ce hachereau rappelle celle de l'attribut habituel de Sylvain, divinité purement romaine à Forigine, mais qui, sous l'Empire, se teinta fortement d'orientalisme. Comparez, notamment, au bas-relief votif du Musée du Capitole, dédié à Sylvain et au Génie des équités singulares (Visconti, Bull. arch. coinun., 1874, p. 182et pl. XIX; C. I. L., VI, 3712); et à la mosaïque d'Ostie, conservée au Musée du Latran (IIelbig,Fue/irer(li'« éd.),n°693). Elle diffère sensiblement, au contraire, de la harpe à crochet de Saturne, et de la fnlx vinitoria, la serpe de vigneron habituelle, ((ui se termine en pointe.
l'am'inoûs du sculpteur antonianos
dliiii, mais dont les tiges, sculptées à même sur la stèle, en arrière de Fappendice disparu, permettent d'affirmer l'existence, à l'exclusion de tout autre attribut : corbeille ou situ la , bouquet de fleurs ou rameau de pins K
Derrière Antinous, à droite, apparaît l'animal domestique qui accompagne toujours les bergers, un chien aux oreilles pointues. C'est un lévrier du type classique, analogue à ceux qui figurent sur les stèles funéraires attiques ou béotiennes du v'' siècle avant notre ère -, et qu'on retrouve si souvent ensuite sur les bas-reliefs pittoresques de l'école alexandrine, auprès d^Endymion endormi '\ d'Adonis blessé ^, d'Amphion et de Zéthos \ de Paris et d'Éros ^, ou d'un chasseur poursuivant un lièvre ^, et aussi, d'autre part, sur les représentalions figurées du dieu romain Silvain, aux côtés duquel il apparaît presque toujours. On ne voit ici que l'avanttrain du quadrupède, lequel lève la tête pour flairer les raisins que son maître vient de cueillir.
Antinous iporie, pour unique vêtement, une tunique de lin, relevée à la taille par une ceinture, et munie de manches larges et courtes, qui descendent à peine jus-
1. Voy. Pernot, Chronique des Arts et de la Curiosité, 18 avril 1908, p. 148 et suiv.
2. A. Conze, Die attischen Grabreliefs, pl. CCV, 1033 ; CCVI, 1034 ; CCXI, 1055; CGXXVII, 1111; Micliaelis, Attische Grahreliefs, clans la Zeitschrift fiir hildende Kunst,l>i. F., V, 1893 et suiv.; Collignon, Hist. de la sculpt. grecque, II, p. 148 et suiv.