‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 133 sur 144 · C.-L. Visconti, Ibid., p · texte numérisé non relu

C.-L. Visconti, Ibid., p

APPENDICE

suis assuré. Je serais plutôt disposé à croire, pour ma part, que cet amas àe disjecta membra^ têtes, jambes et bras de statues diverses, jetés pêle-mêle avec des torses et des bases, et que Ton a tenté en vain de raccorder, proviennent tout simplement d'un dépôt de sculptures importées, dont il représente la casse. Celle-ci était inévitable pour des marbres fragiles, exposés aux hasards d'une longue traversée maritime et de plusieurs transbordements : quand les objets d^art, venus de loin, avaient été trop endommagés par le voyage pour pouvoir trouver acquéreur, on s'en débarrassait en les jetant dans quelque réduit, tel que celui de l'Esquilin.

Il estdonc fort probable, que le bas-relief d'An^moi/* fut commandé par l'empereur Hadrien à un atelier à'Aphroclisifis, et fut exécuté en Asie Mineure, non en Italie. Il est daté d'une façon très précise, ne pouvant être antérieur à la mort du favori impérial, survenue en 130 \ ni postérieur à celle de l'empereur lui-même en 138. On l'installa, probablement, dans la villa lanuvitaine, au moment où se constitua, dans le municipe dont elle dépendait, le collège des cultores Dianae et Antinoi ^, c'est-à-dire en 133.

Cette date marque l'apogée de l'école à' Aphrodisias . Des œuvres de cette pléiade que nous connaissions jusqu'ici, les plus remarquables se rapportent toutes à la même période que le bas-relief àWntinoûs ; et celui-ci les surpasse toutes. D'elles à lui, il y a la distance qui sépare toujours des copies, si bonnes soient-elles, d'un véritable original. Les émules à'Antonianos sont, évidem-

1. Sur cette date, cf. la dissertation de Dietrichson, ^n^moos, p. 57 et suiv.

2. Mommsen, Decollegiis et sodaliciis. Kiliae, 1843, p. 98 et suiv.

l'aNTINOÛS du SCILPTEI^H ANTONIANOS

ment, d'excellents praticiens, d'une impeccable virtuosité. Ils ont du goût, et savent choisir leurs modèles. Mais il leur manque la faculté d'invention.

On ne peut adresser ce reproche à notre sculpteur. L'œuvre, qu'il a signée, a un accent très personnel, et constitue un type à part, vraiment nouveau, et d'une élégante sobriété. La figure principale est naturelle et simple ; le réalisme voulu du portrait, est heureusement atténué par la mélancolie pensive de la physionomie cVAntinous. Les accessoires, bien choisis, garnissent le tableau sans l'encombrer, et lui donnent un aspect pittoresque, qui rappelle les meilleurs produits des maîtres alexandrins.

Le plus grave défaut du bas-relief, c'est peut-être de n'en pas avoir. L'artiste est trop habile. Il découpe la pierre comme une dentelle, appliquant au marbre des procédés de ciselure, qui ne conviennent qu'au métal. Comme les modernes fabricants de portraits funéraires, qui encombrent de leurs produits les Campi santi italiens, il se plaît à faire étalage de son adresse, et ne peut se résoudre à sacrifier aucun détail. Dans le portrait à'Anlinoûs, il fait un sort à chaque boucle de la chevelure, à chaque élément des sourcils. Les narines sont forées presque jusqu'à la racine ; et les ailes du nez, à force d'être évidées, paraissent diaphanes. Les plis de la tunique, amincis comme ceux d'une véritable étoffe, sont tous profondément fouillés. L'ourlet qui borde le vêtement, est indiqué par un liseré ; sur l'épaule gauche, où les deux ourlets se rejoignent, on les distingue l'un à côté de l'autre, ainsi que la couture centrale qui les réunit Les

1 . Ce détail curieux se retrouve identique sur le bas-relief pittoresque

APPENDICE

doigts des mains, détaillés un à un, se détachent de la masse d'une façon si aventureuse, qu'on a peine à comprendre qu'ils n'aient pas tous été brisés.

Le chien est figuré avec une aussi complaisante minutie, que son maître. Les poils ras du dos et des flancs, contrastent savamment avec ceux qui frisent sous le cou. Les oreilles, dressées, pointent comme des flèches. La mâchoire, bien ouverte, étale toutes ses dents.

Les accessoires du tableau sont également traités avec le même soin : c'est ainsi que les sarments de la vigne présentent, sur l'écorce, des stries longitudinales, très serrées, qui caractérisent, paraît-il, une espèce de raisin blanc, particulière à la Grèce ^

Cette recherche du détail, cette perfection du rendu, étonne et amuse d'abord, lasse bientôt, agace en fin de compte. C'est donc, en réalité, un défaut, mais qui ne doit pas faire oublier les éminentes qualités de l'ensemble. Le bas-relief d'Antinous n'est pas loin d'être un chef-d'œuvre; et le sculpteur Antonianos mérite de figurer à la suite des grands maîtres de l'art grec, dont, à une époque tardive et proche de la décadence, il sut garder les traditions et la puissance créatrice.

de San Silvestro, que j'ai déjà mentionné plus haut. Gauckler, Communication à la Société des Antiquaires de France, séance du l'^'' juillet 1908.

1. Cette remarque est due à M. le professeur Tito Pog-gi, qui esl un spécialiste en matière d'agronomie.

Page 1