Cf. Gatti, Notizie degli scavi, 1906, III, p
LE SANCTUAIRE SYRIEN DU JAiMCULE
lui servant de base. Mais, dans ce cas, l'inscription, au lieu d'être gravée de haul en bas sur la face supérieure du monolithe, aurait plutôt été placée sur la tranche du pourtour.
Quoi qu'il en soit de ce détail, un point me paraît hors de doute : c'est que le bloc de marbre est bien une
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Tronc de Thcra fermé,
bouche de fontaine. L'épais dépôt calcaire, qui s'est accumulé autour de l'orifice, suffirait à le démontrer. Cependant, M. le professeur Huelsen, dans Tintéressante conférencequ'ila faite, le 19 avril dernier, à l'Institut archéologique alleaiand sur le Lucus Fiirrinae, a assigné à la pierre une destination toute différente. Frappé de sa ressemblance avec un couvercle de tronc découvert à Théra, dans le temple des dieux égyptiens, par M. Hiller
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de Gaertringeiî il en a conclu qu'elle était, elle aussi, destinée à recueillir les deniers des fidèles au profit de quelque sanctuaire.
Tronc de Thcra oux crt.
Pourtant, la ressemblance entre les deux objets est plus
1. Cf. F. Hiller von Gaertringen, Thera, l, dieinsel Thera in Altertum uiid Gegenwarl, Berlin, Reimer, 1899, p. 258 et suiv., avec figures. Outre le tronc du temple des dieux égyptiens, l'auteur signale : à Théra même, deux autres récipients analogues, trouvés l'un sur Fagora, Tautre à l'Ouest du temple d'Apollon Karneios; à Mélos, dans le temple d'Asklépios et d'Hygie, un couvercle de trésor que Blouet, qui l'a le premier signalé dans son Expédition de Morée, avait pris pour unmoulin, cf. C. I. G., 1085 ; à Cluentum, dans le Piceniim, un cylindre de tuf percé d'un trou central analogue, cf. CI. L., IX, 5803; d'autres thesauri, enfin, à Spoletium^ A?neria, Praeneste.
Pour les inscriptions relatives à des trésors, cf. Fraenkel, Inscriptions de Pergame, II, p. 255, 13. Pour les troncs ou tirelires de terre cuite, cf. Blanchet, Mém. des Antiq . de France^ LI, 1890, p. 195 et suiv. Pour les troncs en bronze, cf. Babelon et Blanchet, Catal. des bronzes de la Biblioth. nationale, 1895, p. 300. Cf. aussi, d'une façon générale, Longpérier. Revue Arch.^TVUl, 18682, et XIX, 1869, p. 163 el suiv., Recherches sur les insignes de la questure et sur les récipients monétaires.
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apparente que réelle. Remarquons, tout d'abord, que le tronc de Théra se compose de deux parties, le récipient proprement dit et le couvercle, et que seul ce dernier a été retrouvé à la villa Sciarra. Celui-ci, lui-même, n'a que pende rapports avec l'opercule de Théra. Il suffit, pour s'en convaincre, de jeter les yeux sur les croquis que M. Huelsen a présentés à l'appui de sa thèse; pour plus de clarté, je crois devoir les reproduire ici (V. les figures), en les complétant par l'addition de quelques cotes indispensables.
En fait, les deux dalles n'ont rien de commun entre elles, sinon d'être toutes deux percées d'un trou au centre. Tout le reste diffère. Le couvercle de Théra est rectangulaire, et non carré. Il est muni, sur sa face supérieure, d'un rebord en saillie, destiné à retenir les monnaies qui pouvaient rouler hors de Torifice du tronc, lorsque l'on y versait les offrandes à pleines mains. Par contre, le revers n'est évidé qu'au pourtour : il fait saillie dans la partie centrale, qui vient remplir exactement une dépression de même largeur, mais de longueur plus grande, ménagée tout exprès dans la table de base. Le couvercle pouvait ainsi glisser sur le récipient, comme un tiroir dans une table. Il était d'ailleurs, comme tous les objets de même nature, d'une taille assez réduite pour rester facilement maniable. Il mesure seulement 0"" 66 de long, sur 0^^49 de large, et 0"^318 de haut. La pierre de la villa Sciarra a une superficie quadruple, et son poids est tel que quatre hommes suffisent à peine à la déplacer. Il eût fallu, pour l'enlever, toute une bande de voleurs î C'était évidemment un avantage, mais compensé par un inconvénient plus grave, car la visite du tronc devenait
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également presque impossible pom^ le desservant du sanctuaire. D'autre part, notre dalle est si large que, pour en atteindre le centre, il faut tendre le bras de toute sa longueur, alors que, dans un tronc quelconque, l'on a toujours soin de placer l'orifice à bonne portée de la main. Par contre, le trou lui-même est disposé de telle façon, qu'il semble ménagé tout exprès pour permettre à une main indiscrète de fourrager dans le récipient sousjacent. Dans le couvercle de Théra, l'orifice a la forme d'un sablier ; évasé au sommet, pour faciliter l'introduction de la monnaie ; évasé à la base, pour permettre à celle-ci de s'éparpiller dans toute la cassette, au lieu de s'amasser en tas sur un seul point ; rétréci à mi-hauteur, pour barrer le passage aux voleurs. Le goulot n'a plus à cet endroit que 0^"035 de diamètre ; et l'étranglement est assez éloigné du récipient qu'il surmonte, pour que, même en y glissant deux doigts, l'on ne puisse arriver à toucher la monnaie.
Enfin, le couvercle de Théra porte une inscription, que, pour la rendre plus visible, on a gravée sur la tranche verticale, la dalle étant posée à plat. Ce texte ne laisse aucun doute sur la destination de l'objet. Le voici :
AlOKAHZ KAI 01 BAEIAISTAI TON OHZAVPON EAPAni IZI ANOYBI
Il s'agit donc bien ici d'un trésor, Oyjcraupôv. Le même mot reparaît, d'ailleurs, dans presque tous les textes analogues, grecs ou latins. En est-il de même sur notre pierre? L'inscription y est gravée en caractères grecs, hauts de 0"^ 065, profonds et nets. Elle était recouverte d'une épaisse croûte calcaire, qui la dissimulait en
partie, et qui a empêché M. le professeur Gatti d'en donner le texte complet, lorsqu'il Ta publiée ici-même, peu de temps après sa découverte En brisant le dépôt superficiel avec une martelette, j'ai réussi à dégager les lettres qu'il cachait, et à rétablir le texte dans son intégrité. Voici comment il doit se lire :
A6CM0C OnOOC KPAT6 POC OY/AA 06OIC nAP€XOI
orifice central et
ON AH TAICONAC A6inN0 KPITHC 606TO
L'inscription est complète. Elle se compose de deux pentamètres, dont la prosodie est correcte, mais la syntaxe embrouillée, et dont la signification demeure assez obscure : tels qu'on pouvait les attendre, en somme, d'un Syrien écrivant en grec, à Rome, à la fin du second siècle de notre ère. Comme il arrive souvent pour les pièces d'anthologie, l'épigramme est d'une concision qui nuit un peu à sa clarté. Voici comment je la comprends : « Par ces puissants travaux de captation, Gaionas, le deipnocritès ^ a enchaîné la source pour la faire servir aux sacrifices divins. »
Le mot lzci\xôc, me paraît répondre ici, de la façon la plus précise, à notre expression française : cfiptaiion. Rien n'autorise à lui attribuer le sens de a couvercle »
\. Bull. Corn., 1906, p. 332.
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de tronc ou de a trésor ». Telle que je la traduis, la dédicace confirme pleinement ce que nous avait déjà appris l'examen de la pierre elle-même, et l'étude des lieux où elle a été découverte. La dalle, dressée tout droit en travers de la source, au débouché du conduit de captation qui l'amenait des profondeurs du sol, opposait sa digue puissante à la poussée des eaux, et les astreignait au rôle de fontaine fournissant l'eau lustrale, nécessaire aux besoins du culte d'un sanctuaire voisin.
De quelle nature était ce sanctuaire ? Le nom du dédicant, mentionné à la fin du texte, nous fournit à ce sujet de précieux indices. Gaionas, le deipnocritès^ était déjà connu par plusieurs autres textes, trouvés à Rome ou à Ostie. Voici d'abord son épitaphe, en vers grecs encadrés de formules latines, qui fut découverte jadis près de Saint-Laurent en Damase, et qui n'existe plus actuellement * : D[is) m(finihus) s(acrum). — 'EveàBs Fauovac,
animula. A Ostie le même personnage avait dédié une colonne en c/ranitello à Jupiter Heliopolitanus^ pour le salut des empereurs Antonin et Commode, c'est-à-dire entre les années 176 et 180 de notre ère : I(ovi)o(ptimo) m(aœimo) Heliop[olitano ) pro sainte imperator[um) Antonini et Commodi Aug[usto7mm) Gaionas d[ono) d(edit).
Enfin, s'il faut en croire M. Hirschfeld ^ dont je n'hé-
1. CL L., Vî, 32316 = Kaibel, /. G. S. L, 1512 = Iiiscr. graecae ad res l'oni. pertin., p. 89, n. 235.
2. CI. L., XIV, 24. — Trouvée en 1865 dans le domaine du prince Torlonia.