‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 28 sur 144 · Cf. Fausanias, II · texte numérisé non relu

Cf. Fausanias, II

LE MOIS SACRÉ DE FURRliNA

Sac(rum) AïKjiusto) lovi Maleciabriidi. M. Oppias Acfî^oecLis et T. Sestius Agathcinge[liis d(onum) d[ederunt)].

Après les quatre premières lignes, il y avait encore, selon toute apparence, quelques lettres formant le début d'une cinquième, qui n'était remplie qu'à moitié. Une fissure transversale de l'autel les a toutes emportées. Audessous, le cadre reste vide dans toute sa moitié inférieure, par suite de la maladresse du lapicide. Celui-ci avait bien calculé ses distances à l'avance ; mais, ayant oublié la seconde ligne, il dut la rajouter après coup audessus : c'est là ce qui explique, et le vide du bas, et la disposition inusitée de la forme initiale, où les mots sac{rum) Aug[iisto) précèdent le nom de la divinité au lieu de le suivre.

A en juger par leur cognomen^ les dédicants sont tous deux d'origine hellénique. Le gentilice du second peut être Sextias aussi bien que Sestius. La troisième lettre est très effacée. J'ai cru voir pourtant se dessiner la boucle supérieure d'une S.

Le surnom de la divinité : Maleciahrudès ou Malec Lihrudi\tiinus\ ' est inédit. En séparant les deux premières syllabes de celles qui les suivent, et en décomposant le mot en ses parties constitutives, l'on n'a pas de

1. M. Clermont-Ganneau, dont on connaît l'autorité en pareille matière, a bien voulu me faire observer que « la lecture lovi Malecia- (( brudi soulève une grosse difficulté. Un Malec-Iabnid est contraire à « toutes les analogies connues : on attendrait un Ba[a)l-Iabrud. Mieux « vaudrait couper autrement : lom Malec Iabrudi[tano) . Nous aurions (( alors affaire, non pas à un Malek de hibriid, mais à un Jupiter Malek, «adoré à labriid. Il n'y a qu'une nuance, mais elle a son importance. « L'entité divine serait un Malek à l'état absolu, et pouvant être adoré à n lahrud aussi bien qu'en tout autre lieu » (Lettre du 2 juin 1907.)

peine à en comprendre la signification. Ce Jupiter Maleclabrudès ou Malec Iabrudi[tanus] rentre dans la série des divinités locales syriennes ; c'est le Baal Malek de la ville à'Iabruda, à TEst d'Héliopolis, comme Jupiter Heliopolitanus est le Baal de cette autre ville syrienne, qui n'est séparée de la première que par le massif de r Anti-Liban. L'on pouvait donc s'attendre à trouver les divinités protectrices de ces deux villes voisines, réunies à Rome dans un même sanctuaire.

Or le temple de la villa Sciarra abritait, en effet, plusieurs ex-voto à Jupiter Heliopolitanus K J'ai déjà reproduit plus haut la dédicace du cippe qui fut consacré en l'an 186 par le cistiber Gaionas. Deux autres monuments analogues, aujourd'hui conservés au musée du Vatican, proviennent évidemment du même endroit. C'est d'abord un pilier en marbre blanc, beaucoup plus haut que large, qui fut découvert en 1803, près de l'église de S. Gosimato, « allo sbocco delVacqua alsiatina in Trastevere » ^, immédiatement au-dessous du ravin de la

1. Sur Jupiter Heliopolitanus, cî. Farticle de Drexler dans le Lexikon de Roscher, p. 1987 et siiiv,, et celui de Perdrizet, au mot Jupiter, dans le Dictionn. des Antiq. de Sag-lio, p. 700 et suiv., avec tous les textes. Pour les représentations figurées de ce dieu, cf. notamment : Ronzevalle, la statue du Jupiter Heliopolitanus, dans les C. R. Acad. Inscr., 1901, p. 432 et suiv., avec pl. hors texte (bas-relief de Deir-el Qualâa); Clermont-Ganneau, ibid., p. 89 et suiv., avec figure (statuette de bronze de Kefr Djezzin, et statue de pierre de Djouni au Louvre) ; E. Espérandieu, Bas-reliefs de la Gaule romaine, l, p. 53, no 50 (Marseille) ; p. 55, n» 54 {Ihid.) ; p. 297, n» 431 (Nîmes), avec toute la bibliographie. — Jupiter Heliopolitanus et Atargatis sont figurés tous deux, en compagnie de Saturne-Baal et d'autres divinités du même genre, sur une stèle à bas-relief, encore inédite, de Mididi (Tunisie), que j'ai fait entrer au musée du Bardo en 1897, et que je publierai prochainement.

2. C. /. L., VI, 423 — add., p. 3005. Cf. Lanciani, Acque e Acque-

LE BOIS SACRÉ DE FUR K IN A

villa Sciarra. La dédicace est rédigée ainsi : I(ovi) o{ptimo) m[aximo] H[eliopolitano) ^ conservatori imperii d[omini) niostri) Gordiani, PU Felicis invicti Au(j{Listi)^ L(ucius) Trebonius^ Fabiia) [trihu\^ Sossianus^Colonia Heliupoliitana)^ cenfurio frum[entariorum) leg(ionis) quartae Fl(aviae) Gordianae p(ecunia) p[osuit).

Le pilier proprement dit est surmonté d'un dé de pierre, faisant corps avec lui, et qu'ornent à sa base diverses figures sculptées : à droite et à gauche, deux lions en ronde-bosse; en avant, dans une niche cintrée, une image de divinité, qu'on pourrait prendre pour la Fortune ou l'Abondance, dont elle porte le costume et les attributs, corne d'abondance et gouvernail, si elle n'était en outre coiffée d'un modius. C'est une déesse syrienne : Atargatis, si l'on veut, ou, plus généralement, la Dea syria ^ Le sommet du dé reste nu, mais présente sur les côtés plusieurs entailles, qui gardent encore les traces de tenons ayant fixé contre la pierre un revêtement métallique. M. Amelung ^ a supposé que cette applique, aujourd'hui disparue, représentait l'image de Jupiter Heliopolitanus ; M. Petersen, qu'elle constituait un tronc pour

dotti, p. 101, 103; Forma Urbis Romae, pl. 33, rectifié par Jordan- Huelsen, Topographie der Stadt 7?om, 1907, p. 643, en noie ; Amelung-, die Sculptiiren des Vaticanischen Muséums, I, p. 279, et Album, pl. 30, n. 152.

1. Cf. Drexler, Roschers Lexikon, I, p. 1991, lignes 60 et siiiv. ; Franz Cumont, loc. laud., p. 126 et 282, avec la bibliographie. Il faut remarquer, cependant, que cette image ne répond nullement à la description que Lucien nous a laissée de la statue de la déesse dans le temple d'Hiérapolis : « Atargatis est assise sur un lion. . . . Elle porte une tour sur sa tête couronnée de rayons, et tient d'une main un sceptre, de l'autre une quenouille. » Cf. Lucian., Ilspi x^ç Supiri; Ôeou, ch. 31-32.

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