‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 30 sur 144 · C. I. L., VI · texte numérisé non relu

C. I. L., VI

3. Amelung-, ihid., Album, I, pl. 102, et t. II, p. 264, n. 104.

LE BOIS SACKÉ DE FURRINA

une statue, fixée à la table par cinq tenons s'enfonçant l'un dans une large mortaise centrale, les quatre autres dans quatre trous aux angles. Sur les faces latérales sont sculptées en relief l'aiguière et la patère ; sur la face principale apparaît, dans un encadrement mouluré, une dédicace à J(upiter) o(ptimus) m{aximus) Aug[ustus) et au Genius Forinarum^ dont je reproduirai plus loin le texte, en le comparant à celui de l'inscription suivante, la plus importante de toutes celles qui ont été découvertes l'an dernier à la villa Sciarra.

8^ Ce texte est gravé sur un charmant autel en marbre blanc, ciselé avec art, et fort bien conservé. Ses dimensions sont restreintes. Sa hauteur totale n'atteint que 0™ 92 ; la hauteur du dé, 0"^57. La table est large de 0"^37, épaisse de 30 ; le dé mesure O'^^SO sur 0"^ 26. L'autel est orné de figures en relief sur trois de ses faces : la quatrième, qui devait être appliquée contre un mur, est tout unie .

La table est surmontée d'une volute ionique renversée, bombée au centre en forme de fronton arrondi, qu'encadrent, en guise d'acrotères, deux faisceaux, fleuronnés sur la tranche et ceints d'une boucle médiane, qui couronnent de leurs bourrelets les faces latérales de l'autel. Dans le fronton est figurée une couronne de lauriers, à lemnisques formant de larges festons.

Le dé est surchargé d'ornements, que l'on retrouve, groupés de la même façon, sur nombre de monuments analogues, mais dont le symbolisme voulu rachète ici l'habituelle banalité ^ Deux aigles aux ailes éployées

1. Ornementation identique sur de nombreux monuments funéraires: notamment Tautel qui est conservé au musée du Capitole (G. /. L.,

occupent les angles de la face principale, au-dessous de deux masques barbus et cornus de Jupiter Hammon, qui encadrent la dédicace. A ces masques correspondent en arrière, à la même hauteur, deux bucrânes couronnés de perles. Aux cornes des quatre mascarons sont suspendues de lourdes guirlandes de feuilles et de baies de laurier, que maintiennent de larges rubans se terminant par des lacets et des globules. Elles sont disposées sur les trois faces de l'autel avec une parfaite symétrie ; et les figures qu'elles encadrent se correspondent avec une égale précision, de part et d'autre du motif central. Sur le côté droit, au-dessus de la guirlande, apparaît l'aiguière rituelle, qui surmonte un oiseau à bec fin et longue queue, becquetant les baies de laurier ; sur le côté gauche, la patère, surmontant deux oiseaux renversés, dont l'un picore la guirlande, tandis que l'autre épluche la tête du premier. Au-dessous de la guirlande est figurée, à droite, une pie becquetant l'un des globules attachés aux bouts du ruban ; à gauche, un autre oiseau, occupé de même. Un troisième oiseau analogue garnit le bas de la face principale, tandis qu'au-dessus de la guirlande, et au centre, la place d'hon-

VI, 10361), et diverses urnes cinéraires en marbre (par exemple, C. 1. L.. VI, 27194). Cf. aussi, au musée du Vatican, le grand autel funéraire anonyme avec tête de Méduse (n° 154) ; le cippe de L. Volusius Phaedrus, avec tête de Méduse également ; et les cippes décrits au Corpus, t. VI (sous les n°« 11801, 19123, 21o63, 22428, etc.), et t. X (1807 =: 2320 = Orelli, 2757. Cf. Amelung, Ibid., Album, pl. 37, n« 61 ; 44, n° 177 ; 46, n° 154 ; 47, n° 230 ; 75, n» 431 ; pl. 108 et pl. 90) ; au musée des Thermes, les cippes portant les inscriptions C. 7. L., VI, 24202, 34834, et, dans la collection Ludovisi, les autels n°s 8578 ter, 8587 bis ; au musée païen du Latran, le cippe à L. Volusio Heracla, capsario [C. I. L., VI, 7368). Il faut remarquer que les défunts, nommés dans ces monuments funéraires, portent presque tous des noms grecs qui trahissent une origine levantine.

LE BOIS SACRÉ DE FURRINA

neur est réservée à une belle tête de Méduse à physionomie douce et calme. Enfin, au sommet, apparaît la dédicace, dans un cadre à moulura tion très saillante, mesurant 0^^ 20 de haut sur 0"M4 de large. Rédigée en grec, elle est gravée en jolis caractères, à £ et a lunaires, hauts de 0^^02 àO"Ml :

Ail K6PAYNIG0 APT6MIC HKAIIIACONIA KYHPIA €Z€niTArHC AN60HK6N KAI {sic) CJ50PPIN6C [sic]

L'autel a donc été consacré à Zeus Keraunios et aux Nymphae Forrinae par une Phénicienne de Chypre, une certaine Artémis, dite la Sidonienne.

Ce Zeus Keraunios, dont le nom apparaît pour la première fois sur une inscription de Rome, mais qui était, entre autres lieux ^ adoré à Chypre, dans la patrie de la dédicante, n'est autre que le successeur plus majestueux du dieu archaïque « Foudre », en grec Kspauvoç, qu'adoraient les tribus syriennes primitives ~. Il se con-

1. Cf, C. 1. G., 4501, 4520 ; Lebas-Waddington, 2195, 2557 a, 2631,

2. C'est sous ce nom qu'il apparaît sur le bas-relief de Homs, conservé au musée de Bruxelles. Cf. Dussaud, Notes de Mythologie syrienne, 1903, p. 105. Cf. une autre représentation figurée de Kspauvd; sur un bas-relief d'Emèse : C. R. Acad. Insci\, 1902, p. 236 et figure. Sur cette divinité, consulter Usener, Keraunos, Rhein. Muséum, N. F., LX, 1901, et Franz Cumont, loc. laud., p. 143, 153 et suiv.

LE SAÎS'CTUAIRE SYRIEN DU JANICULE

fond avec \e Jupiter corniger Ammon du Panthéon grécoromain et le Baal Karnaïm des Phéniciens, cekii dont les Africains d'aujourd'hui conservent encore le souvenir sous le nom de Bon Kourneïn : le Seigneur aux deux cornes ^

Les deux masques à cornes de bélier, qui encadrent la dédicace, représentent le dieu lui-même; les aigles, son oiseau favori - ; les têtes de taureau, la victime qu'on lui offrait en sacrifice ; l'aiguière et la patère, les instruments du culte.

Par contre, la tête de Méduse symbolise les nymphes Forrinae, assimilées aux Fouriae grecques ^

Il y a donc lieu de distinguer, dans cet ex-voto, deux éléments très différents, et, en quelque sorte, opposés. L'un, tout à fait exotique, de tradition hellénistique et phénicienne, concerne un culte oriental, récemment importé dans la Rome impériale du second siècle de notre ère. L'autre, au contraire, purement romain, nous reporte aux plus lointaines origines de la Ville Eternelle, et s'adresse à l'une de ces divinités locales qu'adoraient, sur les bords du Tibre, les contemporains de Romulus.

Cette même antinomie se retrouve sur l'ex-voto consacré à Jupiter Jleliopolitnnus et au Genius Forinarum^ auquel j'ai déjà fait allusion, et dont voici la dédicace :

1. Cf. ToLitain, Le sanctuaire de Saturnus Balcaranensia au Bou Kourneïn, Mélanges de Rome, 1892, p. 3 et suiv. ; p. 162 et suiv., et pl. I à IV.

2. Comparez à une dédicace ti^ouvée tout près de la villa Sciarra, dans le jardin Mattei : Aquila Soli Alagabalo, Julius Balhillus. C. I. L., VI, 708, et Jordan-Huelsen, l. c, p. 646, note 64.

3. Il y a lieu de remarquer que le Régionnaire mentionne l'existence, dans la même région, d'un monument nommé Caput Gorgonis. Cf. Jordan-Huelsen, l. c., p. 647.

LE HOIS SACRÉ DE FURRINA

J[ovi) o[ptimo) m(aximo) Hieliopolitano) Au(/[usto) sacr{um)^ Genio Forinarum et cultorihus hujus loci^ Tei^entia Nice cum Terentio Damarione filio^ séicerdote^ et Terentio Damarione jun[iore)^ et Fonteio Onesimo^ filio sacrorum, signum et basim voto suscepto de suo posait, lustro ejusdem Damarionis ^.

Cette dédicace associe, elle aussi, un dieu syrien, le Baal d' Héliopolis, à des divinités d'apparence toute latine, les Forinae. Malgré une légère différence d'orthographe, le non-redoublement de 1'/?, auquel Mommsen eut le tort d'attacher trop d'importance en commentant ce texte ~, ces Foinnae doivent évidemment être identifiées avec les nymphes <î>opp(vai de notre dédicace ^. Elles portent le nom de l'archaïque déesse FVRRINA, dont le nom apparaît dans le vieux calendrier romain, qui avait son prêtre spécial, le ftamen Furrinalis, et que l'on fêtait chaque année le 25 juillet, le jour des Furrinalia '\ Qu'était-ce, au juste, que cette divinité, qui me semble d'origine étrusque? Nous en savons fort peu de chose,

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