‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 43 sur 144 · ANN III · texte numérisé non relu

ANN III

C. Aeflanius Martialis est inconnu : les deux lettres FL désignent peut-être un flamen. Nul doute que notre seuil ne soit une ancienne table d'offrandes, deux fois réemployée.

Nous espérons suivre, dans un avenir prochain, la voie que nous tracent les deux portes latérales de notre sanctuaire.

Agréez, etc.

Les découvertes de MM. Nicole et Darier ont une importance capitale pour l'histoire du Luciis Furrinae. Elles démontrent d'une façon éclatante :

i'' L'existence, dans le bois sacré, d'un temple de dieux

syriens, installé, à la fin du second siècle de notre ère, auprès de la source des Nymphes Furrinne ;

2" L'étroite connexion de ce sanctuaire et de la fontaine lustrale du dcipnocritès Gaionas ;

3^ L'identité de ce personnage et du cistiher Gaionfts^ déjà connu par d'autres textes ' ;

¥ La différence de nature des Cistiheres de fépoque impériale et des quinque viri cis Tiherim de la République romaine, avec lesquels on prétendait les confondre ^.

Mais les nouvelles trouvailles ne se bornent pas à confirmer mes précédentes hypothèses. Elles jettent un jour inattendu sur l'histoire, encore si obscure, des cultes orientaux à Rome, et soulèvent de graves problèmes, que l'état actuel de nos connaissances ne nous permet pas encore de résoudre.

Comment expliquer, notamment, la présence, dans le (( Saint des Saints » du temple, au milieu même de l'abside, d'un ossuaire humain (Planche X), caché juste audessous de la statue du dieu? Il ne peut, à mon avis, s'agir ici d'une sépulture. Le coffret ', inséré au fond de la niche

1. C. I. L., VI, 32316 et 420 = 30764; XIV, 24. — Cf. Gaiickler, Comptes Bendus, p. 142 et siiiv. ; Bull, connm., p. ij6 et suiv.; Miltcilunf/en, p. 243 et suiv.

2. En dernier lieu, M. le prof. Huelsen, dans les Miltelluufjen, p. 244 et note 1, combattant l'opinion contraire que j'ai été le premier à émettre dans le Bulletiino comiinale, p. 57 et suiv. — Sur cette question controversée, cf. Mommsen, Le droit public romain, trad. franç., IV, j). 321 et suiv. ; Hirscbfeld, Untersuchungen auf dem Gehiete der rômischen Vcrwaltungsgeschichte, I, p. 142 à 148, et Hermès, XXIV (1889), p. 106 ; von Premerstein, Stadtrômische und municipale Quinqueviri, dans Festschrift zu Otio Hirschfeld, 1903, p. 234 à 242, avec tous les textes.

3. Serait-ce le lehés que mentionne l'inscription grecque de Syrie relative à l'apothéose de Neteiros ? (^.f. Clermont-Ganneau, Revue arc/i,, 1897, t. XXX, p. 294 et suiv.

Vue de la logette qui contenait le crâne.

LES FOUILLES DU LUCUS FURRINAE

absidale, ne contenait qu'un crâne d'homme adulte ; — pas même un crâne entier, une simple boîte crânienne. Je l'ai vidé moi-même avec le plus grand soin, assisté de MM. Nicole et Darier, qui examinaient, l'un après l'autre, tous les débris que j'en retirais. Or, nous n'avons relevé nulle trace, ni de mâchoire, ni de dents, ni d'ossements incinérés, ni de mobilier quelconque, bijoux, monnaies ou verroterie K Par contre, la boîte crânienne était parfaitement intacte, et coupée net, sans trace d'incinération. Elle avait donc été sectionnée intentionnellement, pour être déposée dans un ossuaire, aménagé exprès pour elle, et qu'elle remplit exactement. Je ne crois pas, cependant, qu'on puisse y voir un os resectum funéraire. Le rite de Vhumatio n'exigeait nullement la décapitation du défunt. Tout au contraire, l'on prenait soin de ne soustraire à l'incinération que la moindre parcelle possible du cadavre : un seul doigt suffisait Le cas particulier de Varus, dont la tête, coupée par les Germains, fut renvoyée à Auguste et ensevelie par lui à Rome ■\ est trop exceptionnel pour infirmer en rien cette règle générale, et pour pouvoir trouver application ici. Il serait, d'ailleurs, difficile d'admettre l'adoption d'un rite, aussi spécialement romain, par un culte étranger à Rome.

1. Cf. la découverte, dans un sanctuaire de Gézer, d'un crâne de vieillard, isolé de tout ossement : Macalister, Quarierly Siatemeni Palestine Exploration Fund, 1903, p. 223 et suiv. ; Hugues Vincent, Canaan (Vaprès V exploration récente^ p. 116 ; — et d'une calotte crânienne, sectionnée et enfoncée dans un bol : Macalister, Quart . Stat., 1905, p. 32, fig. 3, et H. Vincent, loc. laud., p. 273, fig. 178.

2. Fest., Ep., p. 148, 11 : Membrum abscindi mortuo dicebatur, ciun digitus ej'us decidebatur, ad quod servatuîu j'usta fièrent reliqiio corpore combu^to.

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