Vell. Paterc, Hist. rom., II
N'aiirions-nous pas plutôt affaire, ici, à l'un de ces sacrifices humains de consécration, qui étaient de pratique courante dans les religions sémitiques ^ ? La place d'honneur, assignée au crâne dans le sanctuaire, prouve suffisamment l'importance du rôle qu'il y jouait. On est donc amené à supposer qu^il provient d'un holocauste humain, qui aurait été offert à la divinité à laquelle on consacrait le temple, pour la faire entrer ~ dans sa nouvelle demeure. La victime, immolée selon les rites, s'identifiant avec le dieu par la vertu du sacrifice ^, l'enchaîne, par là même, à ses propres reliques, et en assure la présence réelle, partout où l'on dépose celles-ci. C'est
1. Notamment, lors de la fondation de la nouvelle Jéricho, sous le règne d'Achab : Josue, vi, 26 ; I Rois, xvi, 34. — Les fouilles récentes de Gézer, de Ta'annak et de Megiddo, nous ont fourni de nombreux exemples de sacrifices analogues. Cf. M. J. Lagrange, Études sur les religions sémitiques, p. 445, note 8 ; Hugues Vincent, Canaan d'après V exploration récente, p. 191 et suiv. — Pour la persistance, sous l'Empire romain, des sacrifices humains dans le culte de Baal, cf., en général, Max Meyer, art. Kronos, dans le Lexicon de Roscher, II, col. 1501-1503; en Orient, Clermont-Ganneau, L^apothéose de Neteiros, Revue arch., 1897, t. XXX, p. 295 et suiv. ; à Rome, Frantz Cumont, Les Religions orientales dans le paganisme romain, p. 145 et suiv. ; en Afrique, Audollent. Cartilage romaine, p. 398 et suiv., avec tous les textes ; Toutain, De Saturni dei in Africa romana cultu, p. 114-117 et 130 ; Les cités romaines de la Tunisie, p. 225 et suiv. — Je suis heureux de pouvoir remercier ici M. René Dussaud des renseignements très utiles qu'il m'a fournis à ce sujet.
2. Pour les rites de cet introït, cf. la dédicace punique d'un double sanctuaire à Baal et à Tanit, découverte cette année à Siagu (Bir-bou- Rekba, en Tunisie) par M. le capitaine Cassaigne : Ph. Berger, Ru II. arch. du Comité des travaux historiques (Procès-verbaux de la séance du 7 juillet 1908, p. xviii-xix) ; Comptes Rendus de l'Acad. des Inscr., 1908, p. 362; cf. Revue de Vhist. des religions, 1908, p. 155 et suiv.
3. Lagrange, loc. laud., p. 268 et suiv., 273 et suiv. ; H. Hubert et M. Mauss, Essai sur le sacrifice. Année sociologique, II, 1899, p. 71 et suiv.
LES FOUILLES DU LUCUS FURRINAE
ce qui explique pourquoi le crâne a été enfoui juste audessous de la statue, qui trônait dans la niche de l'abside centrale. Ils sont indissolublement liés l'un à l'autre. L'idole de marbre est la représentation visible, mais inerte, de la force divine invisible, que l'ossuaire sousjacent emprisonne, et retient en un lieu d'où elle peut entendre les prières et recevoir les hommages adressés à son simulacre ^
Par conséquent, le dieu dont MM. Nicole et Darier viennent de retrouver l'image, ne se confond qu'en apparence avec le Zeus grec et le Jupitej^ romain. S'il en adopte la forme, il en diffère par l'essence. D'eux à lui, il y a toute la distance qui sépare l'anthropomorphisme gréco-romain de celui des peuples sémitiques ^. La statue du Lucus Furrinae ne peut, à mon avis, représenter qu'un Baal syrien.
La suite de nos recherches nous permettra, je l'espère, de vérifier cette hypothèse, que je dois me borner ici à énoncer.
NOTE SUR LE COFFRET A RELIQUES (Voyez p. 86.)
[La découverte crun coffret à reliques, dans Fabside du sanctuaire, avait particulièrement éveillé Fintérét scientifique de Paul Gauckler. En effet, cette relique occupait dans le temple des dieux syriens une place très importante : une logette carrée, ménagée au-dessous de la statue du dieu, dans le piédestal même de cette statue. Les recherches postérieures auxquelles s'était livré Gauc-