Henzen, Annali, 1866, p. 135 ; C. 1. L., XIV
4. C. i. L., VI, 420 = 30764 ; Hirschfeld, Hermès, XXIV, p. 107 ;
LA TRIADE SOLAIRE
ment à quel endroit ; et, si j'avais cru pouvoir affirmer qu'elle provient du Lucus Furrinae M. Huelsen avait émis quelques doutes à cet égard 2.
Deux autres dédicaces romaines au même dieu, postérieures en date aux premières, sont aujourd'hui conservées dans la Galerie lapidaire du Vatican, sans que leur origine ait été beaucoup mieux déterminée jusqu'à présent. Pourtant, comme l'une s'adresse au Genius Forinarum en même temps qu'au Jupiter Héliopolitain \ et que l'autre ^ a été découverte par Fea dans l'ancienne villa Grescenzi ^, c'est-à-dire dans le terrain même que nous venons de fouiller à notre tour, je m'étais cru autorisé à les attribuer toutes deux au temple syrien du Janicule Mais ce n'était là encore qu'une simple conjecture.
Gauckler, Comptes Rendus, 1907, p. 142 ; BuUettino comunale, 1907, p. 56 et suiv. ; Huelsen, Roernische Mitieilungen, 1907, p. 245 et suiv. ; Gauckler, Mélanges de Rome, 1908, p. 323 et suiv., et note 1 de la p. 324.
1. Gauckler, Comptes Rendus, 1907, p. 142=:: Bull, comun., 1907, p. 57. La base cylindrique, sur laquelle est gravée cette dédicace, a presque la même hauteur et le même diamètre que le fût de colonne découvert cet hiver, à côté de la statue de Dionysos, à laquelle il servait de support ; c'était sans doute, aussi, un piédestal d'imag-e divine.
2. Huelsen, Mitteilungen, 1907, p. 246 et note 2 ; Gauckler, Mélanges de Rome, 1908, p. 324, note 2.
3. C. 7. L., VI, 422 ; Gauckler, Comptes Rendus, 1907, p. 153 et suiv. ; Bull, comun., 1907, p. 68, 72 et suiv. ; Huelsen, Mitteilungen, 1907, p. 247 et suiv. ; Gauckler, Mélanges de Rome, 1908, p. 285, note 4.
4. C. I. L., VI, 423 ; — add., p. 3005 ; Amelung-, die Sculpturen des Vaticanischen Muséums, I, p. 279, et Album, pl. 30, n. 152 ; Gauckler, Comptes Rendus, 1907, p. 144 ; Bull, comun., p. 66 et suiv., et fig. 5 ; Huelsen, Mitteilungen, 1907, p. 248.
5. Gauckler, Mélanges de Rome, 1908, p. 324 et suiv. — Voir, plus loin, le rapport de Fea.
6. Gauckler, Bull, comun., 1907, p. 66; Mélanges de Rome, 1908, p. 324.
Aujourd'hui, au contraire, nous avons retrouvé, sinon dans le sanctuaire consacré par Gaionas^ du moins sur remplacement de cet édifice, un texte qui le date et' qui l'identifie avec toute la précision désirable.
C'est une mensa, une dalle de marbre blanc, ayant la forme rectangulaire de nos autels chrétiens, et qui recouvrait jadis une lable de repas sacré. Elle est gravée d'une longue dédicace, qui fait tout le tour de la tranche, et qui recouvre, en outre, à demi la face supérieure. Seule, la première partie du texte avait pu être lue jusqu'ici. Elle nous apprend que le monument avait été érigé par le cistiber Augustorum ' Gaionas, le même qui porte ailleurs le titre d'ordonnateur de repas sacrés : cstTïvsy.piiy;? -
1. Sur le sens, encore très controversé, qu'il faut attribuer au mot cistiber, cf. en dernier lieu: Gauckler, Bull, comun., 1907, p. 37 et suiv. ; Huelsen, Milteilungen, 1907, p, 2i4 et note 1, avec la bibliographie de la question. — A mon avis, cistiber est un doublet latin de ciatifer, et correspond au mot grec x.taToçdp'j; ; de même que luciiber, mot rarissime, que je ne connais que par la citation qu'en fait M. Otto Gradenwitz dans ses Laterculi vocuin latinarum, p. 148 et 416, était probablement un doublet de lucifer, et devait répondre à Xu/oçopoc, terme qui apparaît sur une dédicace de Pouzzoles adressée à Jupiter Heliopolitanus par les Germellenses [C. I. L., X, 1578; cf. Dubois, Pouzzoles antique, p. 98 et suiv., 156 et suiv., avec la bibliographie]. Les cistophores et les lucophores jouaient sans doute, les uns et les autres, un rôle rituel dans les cérémonies du culte des dieux syriens.
2. Gatti, Notizie, 1906, p. 248 ; Buecheler, Ibid., p. 434 ; Gauckler, Comptes Rendus, 1907, p. 139 et suiv. ; Bull, comun., 1907, p. 49 et suiv., p. 57 et note 2; Huelsen, Mitteilungen, 1907, p. 243 et suiv. ; Gauckler, Mélanges de Rome, 1908, p. 322. — Pour les repas sacrés dans les religions orientales, cf. Franz Cumont, Textes et monuments figurés relatifs au culte de Mithra, p. 320 et note 8, et p. 321 ; Les religions orientales dans le paganisme romain, p. 73, 80, 84 et suiv. ; Comptes Rendus, 1906, p. 77 ; Hepding, Attis, seine Mythen und sein Kult, p. 186 et suiv. — Pour leurs rapports avec les agapes chrétiennes, cf. Franz Cumont, Textes et monuments, p. 176.
Comparez aux magistri cenarum, que mentionne le règlement du col-
LA TRIADE SOLAIRE
BsiTTvciç y,p£'.vaç r.oX'kT. [jlst' sùcppoaùvYjç ^. . en l'honneur des empereurs Marc-Aurèle, Auguste, et Commode, encore simplement César, c'est-à-dire pendant la courte période qui s'étend entre le 27 novembre 176, jour où le jeune prince reçut Vimperium, et le début de l'année suivante, où il fut promu au rang d'Auguste ^ : P?^o salute et reditu et Victoria \\ imperatorum Aug(usti) Antonini et Com[m]odi Caes(aris), Germanic(i), \\ principis juvent- (utis)^ Sarmatici, \\ Gaionas cistiber Augustorum d[ono) d(edit) \
Ce texle, que protégeait sa position verticale, est resté parfaitement lisible, et conserve même encore quelques traces de la peinture au minium^ qui faisait ressortir les caractères en rouge sur le fond blanc du marbre. Par contre, le vœu à la divinité, qui constitue l'élément essentiel de la dédicace, et auquel, par conséquent, avait été réservée la place d'honneur sur le dessus delà table, eut beaucoup plus à souffrir; car l'endroit où il fut gravé, s'il était le plus apparent, était aussi le plus exposé à toutes les chances d'avarie. Les trois lignes dont il se compose ont presque entièrement disparu. D'inégale grandeur, elles se partagent en deux groupes distincts,
lège des cultores Dianae et Antinoi de Laniiviiim : C. I. L., XIV, 2112 ; Dessau, Inscriptiones selectae, II, 2, n. 7212 ; Mélanges de Rome, 1898, p. 271 et suiv., et pl. VII et VIII.
1. Epitaphe bilingue de Gaionas, — Cf. C. I. L., VI, 32316 ; Kaibel, /. G. S. /., 1512; Inscr. graecae ad res roni. pertin., p. 89, n. 235 ; Gauckler, Bull, coniun., 1907, p. 56 ; Iluelsen, Mifteilungen, p. 243 ; Bueche- 1er, Notizie, 1906, p. 434.
2. Cf. Mommsen, Le droit public romain (trad. franç.), V, p. 469, note 3, et p. 485.
3. Gauckler, Comptes Rendus, 1908, p. 525 et suiv. ; Mélanges de Rome, 1908, p. 323 et suiv. [cf. plus haut, p. 84].
qui longent les bords opposés de la table, laissant entre eux un large vide, qui avait été ménagé tout exprès pour le dépôt des mets sacrés. Le nom de la divinité est gravé au sommet, en belles et larges lettres, hautes de 0"^ 10 ; la dédicace et la date consulaire occupent, à la base, deux lignes de moindre importance, qui atteignent seulement 0,032 et 0,025 de hauteur. Voici comment je restitue ce texte :
Jovi [opt(imo)? max[imo) ? ou o[ptimo) ? m[aximo) ? Angelo?] Heliopolitano s(acrum) \\ [viotum)?] Uibens)
IOVNOaMaANGELO^HELIOPOLITANOaSa
YY A J
liSHlB yO I>Î3N3A II SHyii^^yW SAINY1-13V o
V L AS APRO II POLLIONE II COS
a[nimo) s[olvit) ; || [A/?roj ilerum^ Pollione iterum co{n)s[ulibiis).
Après de longues années de service qui en usèrent la surface, et peut-être à la suite d'une première période de persécution, ayant momentanément arrêté l'exercice du culte dans le sanctuaire syrien, la table fut retaillée, orientée différemment, consacrée à nouveau [iterum], et
LA TlUADE SOLAIRE
reçut une nouvelle dédicace, gravée ceUe fois eu son milieu, el en sens inverse de la précédente ^
L'ensemble se présente de la manière indiquée plus haut (Voir p. 144).
Mais je dois ajouter que l'inscription la plus ancienne a presque totalement disparu, et qu'il faut un œil très exercé pour en reconnaître les traces. — A la première ligne, entre Jovi et Heliopolitano, qui sont certains, Ton ne distingue plus le moindre vestige de caractères épigraphiques. J'ai cru pouvoir restituer : O • M • ANGELO-, par analogie avec la dédicace de Portas. 11 y a juste la place nécessaire. Mais il se pourrait aussi que le vide n'eût été rempli que par les deux sigles O • M-, très espacés, ce qui expliquerait mieux la netteté et l'étendue de la lacune. — A la seconde ligne, le premier sigle V a complètement disparu. Mais la restitution s'impose, pour des raisons de symétrie. — A la troisième et dernière ligne, les noms des deux consuls sont presque illisibles. Je ne puis donc garantir l'ordre dans lequel ils se succèdent ; mais, l'inscription étant exactement datée d'autre part de 176 après J.-C, l'on ne peut restituer ici d'autres noms que ceux à'Aper et de Pollion^ l'un et l'autre consuls pour la seconde fois.
La seconde dédicace ne s'adresse plus à Jupiter Heliopolitcinus^ mais à sa parèdre Venus Cfielestis :
1. A l'origine, la mensa présentait en avant la tranche où sont gravés les noms des deux empereurs, et vers laquelle est orientée la dédicace du dessus. Plus tard, la table a été retournée, et c'est la tranche postérieure, où apparaît le nom du dédicant, qui s'est trouvée reportée en avant.
Mélanges Gauckler. 10
LE SANCTUAIRE SYRIEN DL* JANlCULE
C{aiiis] Aeflfiiiius Martialis ilernm ' Veneri Caelesti ' c[onsacravii)? v(otum) m(eri(o).
Ce texte semble déjà d'assez basse époque. Les lettres, tracées sans profondeur, mal alignées, irrégulières, ne peuvent, en aucun cas, remonter plus baut que la fm du m'' siècle de notre ère ^. Peu de temps après l'apposition de cette seconde dédicace, une nouvelle crise éclata beaucoup plus grave que la première, et qui amena la destruction et l'abandon du temple auquel appartenait la mensa.
Mais, sur les ruines de l'édifice, surgit bientôt un nouveau sanctuaire, qui en utilisa les débris. La table de marbre, étant intacte, et de proportions parfaitement appropriées à constituer un seuil, fut encastrée au bas d'une porte. L'on marcba désormais sur la dédicace. Mais, par respect pour la divinité, dont le culte restait en honneur dans le nouveau sanctuaire, l'on avait préalablement pris soin d'en effacer le nom à coups de ciseau,
1. Il n'est pas possible de Wre FLiamen). Cf. Gauckler, Comptes Bendus, 1908, p. 526, et Mélanges de Rome, 1908, p. 315, note 3, et p. 324, note 3.
2. Lecture de Mgr L. Duchesne. — Les trois premières lettres sont certaines ; les autres caractères sont possibles, mais trop effacés pour qu'on puisse affirmer absolument l'exactitude de cette ingénieuse restitution, qui me paraît cependant la seule satisfaisante.
3. D'après Mgr L. Duchesne, cette inscription pourrait dater du IV*' siècle ; cf. Gauckler, Mélanges de Home, 1908, p. 325, note 2.
4. Probablement sous Constance 11. Nous avons découvert un petit bronze de cet empereur sur le pavé en mosaïque du deluhrum dépendant du temple de Gaionas (Cohen, Monnaies de l'Empii-p romain, V, p. 446, n. 44). A partir de 341, le paganisme a été presque constamment persécuté à Rome, jusqu'à l'avènement de Julien, en 361. Voir, à ce sujet, les constitutions du Code Theodosien, 16, 10, 2-5. La constitution ordonnant la fermeture de tous les temples, et prohibant tous les sacrifices, semble dater de 346, Cf. Cod. Theod., 16, 10, 4.
LA TRIA DR SOLAltlF!
sans se préoccuper d'ailleurs de témoigner au dédicanL les mêmes égards. De ce dernier, aucun des tria nornina ne paraît avoir été martelé. Cependant le cognomen^ placé à Tendroit oii la pierre fatiguait le plus, est aujourdliui fort peu distinct. Par contre, le prénom et le gentilice restent très apparents, et présentent peu de traces d'usure, ce qui prouve cpi'ils n'ont pas été longtemps piétinés. A peine achevé, le nouveau temple fut abandonné à son tour \ et son emplacement dut rester désormais désert 2 ; car, sans cela, Ton n'aurait pas manqué d'utiliser encore à nouveau un marbre, dont la valeur augmentait à mesure que se fermaient les carrières, et qui se serait parfaitement prêté à quelque autre remploi architectural.
Ce détail a son importance. Il prouve que le temple des dieux syriens ne fut définitivement fermé qu'à une époque où Rome déclinait déjà. La vie se retirait des faubourgs, pour se réfugier vers le centre, à l'abri des puissantes murailles que venait d'élever Aurélien ^ Les
1. Probablement dès 377, au moment où le préfet de la Ville Gracchus abolit à Rome le culte de Mithra, et sans doute aussi les cultes similaires. Cf. les textes cités par Marquardt, Le culte chez les Rojuains, trad. franç., I, p. 104, note 6.
2. Dans Tépaisse couche de remblais, accumulés sur les ruines depuis quinze siècles, nous n'avons rencontré que de la terre végétale, du sable, des cailloux roulés, ayant glissé du haut de la colline sous rinfluence des érosions atmosphériques, et pas la moindre trace d'habitat.
3. L'enceinte, dont le tracé reste encore visible, bien qu'à cet endroit elle ait été détruite en 1692, au moment de la construction des remparts d'Urbain VIII, passait à une soixantaine de mètres à l'Est et en aval du sanctuaire, qu'elle laissait donc en dehors de son périmètre. Cf. Jordan- Iluelsen, Topographie der Stacif Rom, III, plan XI ; Homo, Essai sur le règne de l'empereur Aurélien, p. 238, 257 et suiv., et plan hors texte I.
LE SANCTUAIRE SYUIEN DU JANTCULE
maisons, situées au delà de Tenceinte, se vidaient de leurs habitants, qui ne s'y trouvaient plus en sécurité. Partout se prononçait déjà l'irrémédiable décadence, qui devait se précipiter, jusqu'au jour où dans la Ville Eternelle, anéantie par Totila, il ne resterait plus un seul être humain ' .
Ainsi, la dédicace de Gaionas, bien que faisant partie intégrante du dernier temple qui ait été construit dans le Iaicus Furrinfie, ne lui appartenait pas en propre ; elle concernait la mensa d'un édifice antérieur, qui était certainement consacré au Couple Héliopolitain.
Par contre, le second document dont j'ai à m'occuper ici semble contemporain du monument le plus récent, bien que nous ne Yy ayons pas trouvé en place. Nous l'avons recueilli dans la cour, devant la porte nord-ouest de la chapelle des mystères, dans un tas de décombres provenant de ce bâtiment, et sous les tuiles effondrées du préau qui le précédait. Ce n'est qu'un fragment triangulaire, débris d'une plaquette de marbre blanc rectangulaire, qui devait être primitivement scellée contre une paroi, et qui se brisa en diagonale, lorsqu'elle en fut violemment arrachée. Nous n'avons retrouvé jusqu'ici que le sommet de ce cartouche, avec l'angle de gauche au complet, et le début des quatre lignes de la dédicace.
Dans la position qu'elle occupait d'abord, la pierre était certainement encastrée, mais sur les côtés seulement, le haut et le bas restant dégagés. Les faces latérales^ que masquait la maçonnerie, n'avaient été que
i. Procope, III, 22; Jornandès, de rer/ni success., I, p. 242; Gregorovius, Storia délia città di Roma nel Medio Evo, trad. ital., I, p. 305 et suiv.
LA TlUADE SOLAIRE
dégrossies. La tranche supérieure, au contraire, étant tout entièi'e visible, avait été polie avec soin. Elle se creuse, près de Fangle, d'une mortaise rectangulaire peu profonde, à laquelle s'adaptait autrefois une patte de métal, armée d'un clou perpendiculaire qui s'enfonçait dans le marbre. La petitesse de l'agrafe prouve que la plaque qu'elle retenait était de dimensions minimes. D'autre part, sur la face principale, à gauche, apparaît une cavité ronde, où s'engageait peut-être jadis soit une griffe de scellement, soit une applique décorative, à mihauteur de l'inscription. En doublant la distancé de ce trou au sommet, qui est de 0"^ 10, l'on obtient la hauteur totale du cartouche, soit environ 0^^ 20. Si celui-ci était, comme c'est probable, taillé sur le modèle courant, sa largeur devait être d'un tiers plus grande que sa hauteur, et atteindre, par conséquent, à peu près 0"^ 30.
Dans ces conditions, l'inscription était certainement très courte, et ne pouvait comporter plus de lignes que les quatre dont nous avons conservé les amorces. Cellesci diminuent d'étendue, du sommet à la. base. De la première, il ne manque que trois lettres ; de la dernière, il n'en reste que trois. Tout d'abord, se présente un nom de divinité, que la gravure, large, profonde et de belle hauteur (0,038), s'applique à mettre en vedette. L'épithète qui le suit au-dessous est simplement indiquée au trait, en caractères négligés, mesurant 0,018 à peine. La troisième ligne, haute de 0,022, est de nouveau plus accentuée ; ce qui prouve l'importance du mot qui l'occupe, et qui semble, lui aussi, désigner une divinité. Enfin, le nom du dédicant, qui termine ce lexte votif, est modestement tracé en caractères grêles et serrés, atteignant 0,025 environ.
loO LE SANCTUAIRE SYRIEN DL JANICLLE
Tonte cette épigraphie est d'une extrême incohérence. Les lignes diffèrent non seulement de valeur, mais de technique et de style. Dans le même mot, deux lettres voisines sont empruntées, Tune à Talphabet augustéen, l'autre à celui des Sévères. Ce syncrétisme épigraphique, d'un mauvais goût qu'aggrave encore la maladresse du lapicide, donne l'impression d'une œuvre de décadence, exécutée après Constantin.
Le texte se présente ainsi :
Dédicace à la Fortune.
Je propose de le restituer de la manière suivante : Fortu[nam] aene[am . .] Iar[iholo ?\ L(iichi.s) Lar- [cius...].
Ainsi conçue, l'inscriplion se rattacherait au même type qu'une dédicace syrienne, qui remonte au temps des Sévères, et qui fut découverte, dès le siècle dans le
1. Elle se li'ouvait,à cette é[)0([ue, déposée, en compagnie de diverses autres dédicaces aux divinités syriennes ou phrygiennes, de même pro-
LA TRIADE SOLAIRE
voisinage du Lucas Furrinae, sinon sur l'emplacement même du sanctuaire: Aqiiilu\ni\ Soli Alagahalo Juliiis Balbillus
Le premier nom, à Taccusatif, Fortu[nam\ suffît, à lui seul, à garnir la ligne du haut. A la seconde, l'épithèle aenëiam] est un peu trop courte : il m'a fallu la compléter par une feuille décorative. On ne peut restituer : aene\ani, aiiream], qui serait trop long. Aene[auream] conviendrait mieux à tous les points de vue. Mais ce mot n'existe pas dans la langue latine, bien qu'il soit de formation plus correcte que son équivalent hybride aiirochalcinum^ qu'une dédicace mithriaque de Raurica (Augst) applique à un ex-voto offert au Soleil
D'ailleurs, de quelque manière que se soit terminée Tépithète, sa signification ne peut changer. Fortuna... aene... désigne, de toutes façons, une statue en bronze de la Fortune. Or la seule image de bronze, que nous ayons découverte dans le sanctuaire, représente précisément cette déesse. C'est l'idole qui était déposée au fond d'une cuve triangulaire, dans la chapelle réservée aux initiations, et qui figure, ainsi que je crois l'avoir démontré
venance, dans un jardin, voisin de la Lung-aretta et du Pont San Bartolomeo, qui appartenait à Battista Giacomo Mattei. Cet antiquaire, mort en 1502, semble avoir pratiqué des fouilles aux abords de la via Porfuensis, et peut-être aussi sur remplacement du Lucus Furrinae. Cf. Lanciani, Storia degli scavi, I, p. 111 et suiv. ; Huelsen, Mitleiliin(jen, 1907, p. 249 et note 1.
1. CI. L., VI, 708; Jordan-Huelsen, Topographie der Stadl Rom, 111, p. 646, note 64 ; Franz Cumont, Monuments relatifs au culte de Mithra, 11, p. 114, n. 140. — Le dédicant, connu par d'autres inscriptions romaines, vivait au temps des Sévères; cf. (J. 1. L., VI, 1027, 1603, 2129, 2269, 2270.
2. Deo invicto typuni aurochalcinuni Solis. C. I. L., XIII, 5261 ; (lumout, ibid., p. 157, n. 451.
ailleurs ^ la Nativité àWtargalis ^. Or ce nom, composé de deux mots araméens : Athar^ cf/iclé, signifiait, d'après le scoliaste Simplicius \ tô-gv Bîcov, locum Fortunariim.
Il désigne la Den Syria, la divinité primordiale, née de riiymen du Ciel et de la Terre, comme la Forfunri primigenia des Romains, à laquelle elle correspond exactement On l'invoquait indifféremment sous son vocable indigène '\ ou sous celui de Tychè Parfois, Ton associait les deux appellations dans une même dédicace ^. Les deux déesses avaient même pouvoir. Elles étaient, Tune et l'autre, souveraines dispensatrices des biens, protectrices des germes et source de toute vie ^. On les figurait,
1. Dans deux Communications successives, faites à l'Académie des Inscriptions dans les séances du 12 février et du 4 juin 1909. Cf. Comptes Rendus, 1909, p. 416 et suiv. ; et G. Perrot, u Les découvertes de M. Gauckler au Janicule », Journal des Savants, mars 1909, p. 136 et suiv.
2. Sur les représentations figurées dWtargatis, voir la liste dressée par Dussaud, dans ses Notes de mythologie syrienne, Revue arch., 1904, II, p. 240 et suiv. — Ajouter la curieuse représentation de la déesse syrienne, figurée sur un ex ro^o trouvé au Trastévère. C. I. L., VI, 115= 30696, et fort mal reproduite, sous le nom de Cybèle, par Foggini, Bassi rilievi, p. 231 gravure) et 409 texte explicatif).
3. Tr,v Sjpiav 'A-apvûcTrjv to'-ov Oswv xaXouaiv. Simplicius (dans Aristoi. physic, IV, 641,39, éd. Diels\ Cf. Franz Cumont,dans Pauly-Wissowa, Real-Encyclopaedie, s. v. Dea Si/ria, IV, 2, col. 2240 et suiv.
4. Virginem dicunt alii Atanjatin, alii Fortunani ; Scol. Germanie., 65 (Breysig).
y. Par exemple, à Délos;cf. Hauvetle-Besnault, <( Fouilles de Délos », Bull. Corr. HelL, VI, 1882, p. 470 à 503 ; G. Doublet, ihid., XVI, 1892, p. 161, n. 20.