‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 90 sur 144 · Servius, Aen., II · texte numérisé non relu

Servius, Aen., II

riale du temps de Commode ou des Sévères ^ A gauche, un étroit cabinet, pavé d'une mosaïque tout unie, en gros cubes de marbre noir, servait sans doute de magasin. L'on y déposait le matériel employé pour les ablutions. Nous y avons retrouvé divers débris de vasques en marbre % en basalte, en porphyre, de cuvettes, de burettes et de vases à onguents. A droite, une chambrette carrée, pavée d'une mosaïque plus fine, à décor géométrique noir et blanc, est bordée au Sud et à l'Est par une rigole cimentée. Au sommet de celle-ci, l'aqueduc e, amenant l'eau de la fontaine, se déversait en cascade. Un léger ressaut, isolant les deux parties du système, suffisait à empêcher le liquide souillé de remonter le conduit, et de contaminer la source. Après avoir longé la chambrette sur deux côtés, dans la rigole audessus de laquelle se lavaient les fidèles, l'eau salie était évacuée au dehors par un tuyau tronconique encore en place, qui traverse en s'évasant le mur d'enceinte extérieur. Cet orifice, à l'origine, est trop étroit pour avoir pu livrer passage à des matières fécales. L'édicule que je viens de décrire, ne jouait donc pas le rôle de latrines, mais seulement de lavabo. Dès qu'un fidèle avait pénétré dans l'enceinte du temenos^ il allait dans

1. C. I. L., XV, fasc. 1, p. 224, n» 762/). Cf. Nicole et Darier,iV/é/a/7.^es de VÉcole française de Borne, 1909, p. 29, et p. 72, n° 4.

2. L'un d'eux porte le fragment d'inscription suivant ... NVS DECEN"['îa/ia]. Il me paraît avoir appartenu à une fontaine décorative, dont Gaionas, ou quelque autre dédicant, dota le temple du Janicule, à l'occasion du dixième anniversaire de Tavènement de Commode à l'Empire. Cf. la dédicace, datée de la même année, qui a été trouvée au même endroit, et qui est conservée aujourd'hui au musée du Capitole (C. /. L., VI, 420, 30764 ; Gauckler, Com/)<es Rendus, i901, p. 142; Bulletlinn comiinale, p. -M; Huelsen, Mifleilinu/en, 1907, p. 24;')».

LES TROIS TEMPLES SUPERPOSÉS

le réduit se laver à grande eau les mains, les pieds et les parties sexuelles, s'accroupissant le long de la rigole, face au mur, à la manière musulmane. Ce n'est qu'après avoir procédé à un méticuleux nettoyage de tous ses organes, qu'il pouvait s'avancer dans le sanctuaire et s'approcher de l'autel.

L'installation de ce delubrum^ à Tentrée du temple, s'accorde avec ce que nous savions déjà de l'importance religieuse que les Orientaux en général, et en particulier les Syriens, attachaient à la pureté du corps. C'est évidemment le besoin de se procurer, en grande abondance, pour leurs ablutions rituelles, une eau vierge de toute souillure, qui décida les sectateurs de Jupiter Heliopolitanus à installer leur sanctuaire au fond de ce Luciis Furrinae^ où ils avaient pu constater l'existence d'une des meilleures sources de Rome ^

3^ A quelle date ont-ils procédé à cette fondation? L'édifice de Gaionas a été bâti sous le règne simultané de Commode et de Marc-Aurèle Mais il n'est pas le premier temple syrien qui ait été fondé sur ce point du Janicule : il recouvre les restes de constructions plus anciennes, qui offrent avec lui tant d'analogie qu'elles avaient vraisemblablement le même caractère et ont dû jouer le même rôle.

Ces deux ensembles architecturaux s'étendent sur des

1. Sur l'abondance et Texcellente qualité de cette source, cf. Gauckler, Mélanges de V École française de Rome, 1908, p. 310 et note 1.

2. La dédicace de la mensa est datée de la fin de l'année 176 de notre ère, la première du règne de Commode ; cf. en dernier lieu, pour ce texte, Gauckler, Mélanges de V École française de Rome, 1909, p. 241 et suiv.

plates-formes remblayées, exactement superposées à deux mètres environ de distance. Ils semblent Tun et l'autre calqués sur le même plan. Ce sont deux temenos à ciel ouvert, ayant même orientation, et dont les limites coïncident tout au moins à Tangle Nord-Est, le seul entièrement dégagé jusqu'ici.

A TEst, le mur de soutènement a b du temple de Gaio- /la^ repose sur la maçonnerie de l'enceinte a g, qui limitait du même côté le terre-plein sous-jacent. La différence d'appareil empêche, d^ailleurs, de confondre les deux constructions successives K Celle du bas est plus épaisse, et s'élargit encore au niveau du sol antique, où elle forme un ressaut de 0™ 10 avant de s'enfoncer dans l'argile ; c'est un massif de blocage, que masque extérieurement un parement de tuiles, fragmentées en tessons triangulaires.

Sur la face Nord, le long du versant gauche du ravin, les deux enceintes sont faites, l'une et l'autre, de poteries juxtaposées ; mais celle du temenos inférieur, étant plus rapprochée du talus, qui, à mesure qu'on descend, restreint l'espace disponible au fond du ravin, se réduit à une seule rangée de jarres verticales. Celle-ci subsiste encore en partie sous le rempart d'amphores du temple de Gaionas^ dont elle suit exactement le tracé (Planches XL VIII et XLIX). Dans la partie médiane de l'enceinte, en - p, toutes les jarres sont encore en place. En aval, au contraire, on les arracha au moment de la construction

4. Vide contra^ Nicole et Darier, Mélanges de V École française de Rome, 1909, p. 28 et fig. 10. II est impossible d'admettre, comme le supposent mes deux collaborateurs, que le parement de briques ait été, dans la partie supérieure du mur où le blocage apparaît à nu, (( systématiquement pelé pour des remplois ».

J.ES TROIS TEMPLES SUPERPOSÉS

du nouveau temple, et on les rejeta pêle-mêle en arrière. Nous les avons retrouvées, gisant sur le terre-plein de l'ancien temenos^ où leur groupement allongé, en X donne l'illusion d'une seconde enceinte doublant la première^ c'est-à-dire reproduisant la disposition qu'affecta réellement ensuite la bordure de l'enclos superposé (Planche XL). A mon avis, l'analogie n'est qu'apparente, et doit être attribuée au hasard. Par contre, la haie de jarres de la première époque était, elle aussi, bordée d'un canal £, 5, ç, 73,6, qui longeait, en contre-bas du temenos^ le versant gauche du ravin, pour aller desservir audelà les jardins plantés en aval. L'on en peut suivre le tracé jusqu'au Viale Glorioso^ qui, en le coupant, a fait disparaître ses restes, assez bien conservés en amont (Voir le plan).

Or, la présence et la direction de cet aqueduc impliquent l'existence d'une fontaine jaillissant en arrière, précisément au point où Gaionas installa plus tard un bassin décoratif. L'eau qui s'en échappait coulait d'abord, à ce qu'il semble, dans un fossé rustique à ciel ouvert, formant bordure au temenos ; puis, deux mètres avant d'atteindre l'angle que déterminait l'enceinte en se retournant du côté de l'Est, elle s'engageait dans un tunnel, de section rectangulaire à la base, triangulaire au sommet, qui était fait, comme le canal décrit plus haut, d'une seule masse de mortier qvie l'on avait coulée dans une forme. Ce conduit, tout entier d'un seul tenant, est extérieurement revêtu d'un parement quadrillé de tuf, en opus reticulaium (Planche XLIII). Il remonte à la même époque que le mur d'enceinte de l'Est, auquel il sert de point d'appui, et qui s'y ancre fortement à son départ, avant d'aller barrer le ravin dans la direction Nord-Sud.

L'amorce du canal, en amont, jouait le rôle de ponceau. Renforcée à sa partie supérieure par deux assises de moellons de tuf soigneusement équarris, elle livrait passage à un escalier rustique y, aux marches taillées en pleine terre, et simplement consolidées par un revêtement de pouzzolane K C'est par là qu'en arrivant du Nord, l'on descendait dans le ravin, et qu'on pénétrait dans le temenos, en traversant une porte qui s'ouvrait en face, à l'angle Nord-Est (Voir le plan).

Cet escalier fait partie du même ensemble architectural que la haie de jarres l'égout s 6, et le mur à parement de tuiles a g. Il est certainement plus ancien que les aménagements analogues du temple de Gaionas ; car, pour installer ceux-ci, on l'a fortement ébréché lui-même. Le sanctuaire auquel il donnait accès, peut être daté d'une façon approximative, grâce aux particularités que présente l'appareil de la muraille Est, et surtout du canal adjacent. L'emploi des parements de tuiles triangulaires, appliqués contre un massif de blocage, fut introduit à Rome dès le i^'" siècle avant notre ère, mais ne s'y est vraiment généralisé qu'à partir du règne de Néron ^. C'est, à peu près, à la même époque qu'apparaît, dans les constructions, le mélange à'opus reticulatum et d'assises horizontales de tuf, dont les ruines de Pompéi ^ etd'Ostie nous offrent de remarquables spécimens, mais dont la mode fut éphémère.

1. Voir la Planche XLIIl. Cf. la vue analogue, prise deux mois auparavant du même point, qu'ont publiée MM. Nicole et Darier, Mélanges de VÉcole française de Rome, 1909, fîg-. 27.

2. Saglio et Pottier, Dict. des antiq., s. v. Munis (Gagnât), p. 2058 el fig. 5203 [opus festaceum).

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