‹ Le sanctuaire syrien du JaniculeChapitre 94 sur 144 · LES FOUILLES · texte numérisé non relu

LES FOUILLES

s'étendent dans la propriété voisine, la villa Wurts, qu'il ne nous a pas encore été donné de fouiller ; c'est là, sans doute, qu'était installée la fontaine lustrale, où les fidèles faisaient leurs ablutions, avant de pénétrer dans le temple proprement dit.

C'est dans cette même région, encore inconnue, que s'étendent aussi, en majeure partie, les temples des deux étages inférieurs. L'on n'a pu dégager encore qu'un tiers environ de leur superficie totale : mais les amorces reconnues permettent déjà de se faife une idée de l'ordonnance de l'ensemble.

Très différents du monument qui les remplaça au temps de Julien, les sanctuaires successivement construits au i^^" et au ii*" siècle de notre ère, paraissent au contraire calqués tous deux sur le même plan. Ils se composent, l'un et l'autre, d'un temeiios carré à ciel ouvert, exactement orienté, et divisé en quatre compartiments égaux par deux galeries transversales, qui se croisent à angles droits en son milieu, et qui sont dirigées l'une du Nord au Sud, suivant l'axe du monde, l'autre de l'Est à l'Ouest, suivant la course du soleil à travers l'espace. Au point d'intersection de ces deux artères, devait se dresser jadis un grand autel en marbre blanc, sur lequel on égorgeait les victimes. En amont, du côté du couchant, était installée la fontaine sacrée qu'alimentait la source des Nymphes Fiirrinae ; en aval, vers l'orient, le Delubrum^ réservé aux ablutions rituelles. Des murs d'amphores couchées, et des alignements de jarres dressées, marquent les limites et les principales divisions du sanctuaire. Toutes ces dispositions n'ont rien de romain.

Le mobilier sacré avait, lui aussi, un caractère exo-

tique. Dans la favissa du temple de Gaionas, l'on a retrouvé, parmi des milliers de fioles coniques ou piriformes, munies d'un couvercle plat, qui jouaient sans doute le même rôle que les vases analogues des temples africains consacrés à Baal Saturne, quelques curieux spécimens de faïences émaillées turquoise, ocre jaune, vert émeraude et bleu foncé, qui sont probablement d'importation orientale, et dont l'on constate pour la première fois la présence à Rome, dans un monument de l'époque impériale.

Ainsi se précise et s'accuse, à mesure que les fouilles avancent, le caractère oriental du sanctuaire du Janicule. D'ailleurs, l'on ne peut plus douter, aujourd'hui, qu'il fût consacré aux dieux syriens. Les derniers coups de pioche donnés dans les ruines viennent, en eftet, de faire sortir de terre un autel votif, qui devait être surmonté d'une statue de bronze, et qui est dédié, par un officier des milices équestres, au numen de Jupiter Heliopolitanus^ c'est-à-dire au prête-nom romain du grand Baal de Syrie Hadad : Numini J[ovi] o[ptimo] m[aximo] H[eliopolitano] M[arcus] Helvius Rusticus a militiis, sub Herennio sacerdote, (/[o/io] d[edit\. Cette inscription, découverte en même temps qu'une curieuse perruque féminine en marbre blanc, qui reproduit le type de coiffure mis à la mode à Rome par la seconde Faustine, ne peut guère être postérieure à la fin du second siècle de notre ère. Elle a pourtant été trouvée dans les ruines et au niveau du temple le plus récent, ce qui prouve que le culte de Jupiter Jleliopo lit anus s'était perpétué dans le sanctuaire du Janicule, jusqu'aux derniers temps de son existence, à la fin du iv^' siècle.

NOUVELLES DÉCOUVERTES

Il y a un an, à pareille époque, j'avais l'honneur de faire connaître à l'Académie les premiers résultats de mes recherches dans le temple syrien du Janicule ^ ; et j'exprimais l'espoir qu'une nouvelle campagne me suffirait pour achever l'œuvre commencée, dégager la partie du monument encore enfouie, et résoudre les divers problèmes qu'avaient posés les découvertes déjà faites.

J'avais de sérieuses raisons d'escompter le succès de ce programme. M. Wurts, propriétaire des terrains contigus à ceux de la Société du Janicule que je venais de déblayer, s'était enfin décidé à entreprendre dans sa villa des fouilles méthodiques, dont il avait bien voulu me promettre de me réserver la direction ; et, d'autre part, je croyais être en droit de compter, malgré ma

1. [Comptes Rendus de V Académie des Inscriptions, 1910, p. 378J.

2. Cf. P. Gauckler, Les trois temples superposés du Lucus Furrinae, dans les Comptes Rendus de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 1909, p. 617 et suiv., avec 6 planches hors texte [cf. plus haut, p. 221].

qualité d'étranger et les prescriptions draconiennes de la nouvelle Loi des Antiquités \ sur la bienveillante tolérance dont le gouvernement italien avait jusqu'alors fait preuve à mon égard.

Mes espérances ont été déçues : les conditions que l'administration des Scavi prétendait imposer à M. Wurts, ont à jamais découragé celui-ci de toute recherche archéologique ; les ruines que recèle sa villa resteront enfouies sous l'épaisse couche de remblais qui les dissimule, et, tant que le propriétaire actuel restera maître de son domaine, aucun savant, quel qu'il soit, ne sera admis à y toucher.

Il m'a donc fallu me borner à poursuivre mes recherches dans le terrain déjà exploré de la Société du Janicule. Mais, là encore, je me suis heurté à une difficulté imprévue. Le Gouvernement italien, s'étant décidé à négocier l'achat du temple que nous avions précédemment dégagé, entend s'y réserver désormais le monopole des fouilles. Aussi me fut-il interdit de continuer le déblaiement des abords de Fédifice, dans les mêmes conditions que précédemment. Tout ce que je pus obtenir, ce fut d'y pratiquer quelques sondages en des points strictement limités, et sur un espace très restreint.

Cependant, ce terrain est si riche, que mes efforts ne sont pas demeurés infructueux. Chaque trou que l'on m'a permis d'y creuser, m'a fourni quelque document nouveau ; et, à défaut de la belle récolte que je me promettais, j'ai réussi, du moins, à glaner encore quelques gerbes dans le champ déjà moissonné.

1. Per le Antichità e Belle Arii. Legge 20 ffiugnn 1909, n° 36i. — Roma, Tipografia coopéra tiva, in-8", 1909.

NOUVELLES DÉCOUVERTES

Mes principales recherches ont porté sur le premier en date des trois temples superposés, celui du temps de Néron, dont j'avais précédemment reconnu l'existence, sans pouvoir en déterminer le plan ^ Ce sanctuaire étant entièrement recouvert par ceux qui lui ont succédé, je n'ai pu l'explorer qu'au moyen d'une barre à mine, en criblant le sol de petits trous, profonds de quatre à cinq mètres, et en retirant, avec une curette, de chaque couche de terrain traversée, des échantillons suffisants pour en déterminer la nature.

Je suis parvenu ainsi, non sans peine, à vérifier l'exactitude de mes précédents relevés, et, en outre, à préciser, par une nouvelle découverte, le caractère exotique, et spécialement syrien, du plus ancien des sanctuaires du Janicule. Gomme tant de temples d'Orient, établis sur les hauts lieux, il se composait d'un temenos à ciel ouvert, autour d'un petit adyton ; mais, de plus, comme à Hiérapolis^ il était accompagné d'un vivier où l'on nourrissait des poissons sacrés

Placé en contre-bas de la source de Fiirrina^ sur le versant gauche du ravin qui en recueillait le produit, il coupait horizontalement, de son aire soigneusement aplanie, les pentes de la colline au niveau de leur socle d'argile 3, et dominait immédiatement la pièce d'eau qui le précédait en aval. La plate-forme n'était séparée du réservoir que par un môle maçonné, qui retenait les

1. Cf. Gauckler, Les trois temples superposés du Lucus Furrinae, p. 641 et suiv., et figures 3 et 4.

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