‹ Le sang de GermanicusChapitre 13 sur 23 · LA MÈRE DE NÉRON SRI · texte numérisé non relu

LA MÈRE DE NÉRON SRI

Pallas lui plut précisément parce qu’il était orgueilleux comme elle, parce qu’il prétendait descendre des rois d’Arcadie, parce qu’il afflchait une morgue aristocratique : elle devint la maîtresse de Pallas. Elle ne rougit point, elle, fille de Germanicus, sœur et nièce d’un empereur, de se livrer à un ancien esclave ; sa fierté savait fléchir pour s’élever plus haut ; elle était de celles qui pratiquent la vertu quand elle est utile, mais qui acceptent la débauche dès qu’elle conduit au pouvoir.

Chaste par tempérament, elle avait toujours cru que la beauté d’une femme doit être la rançon de sa pudeur.

Agrippine savait qu’elle aurait à soutenir une lutte périlleuse contre les affranchis césariens, rois véritables, qui faisaient mouvoir César comme les acteurs leur marionnette.

Leur organisation était admirable, ils formaient

un Étal dans l’Élal, ils auraient pu fonder une dynastie superposée à la dynastie des empereurs ; mais les coquins ne s’entendent pas toujours, et les corsaires finissent tôt ou lard par être aux prises avec les corsaires. La discorde jeta sa pomme dans celle confédération de Césariens élégants, fastueux, insolents, dissolus, impunis ; la guerre civile éclata dans le camp si bien fortifié de ces scélérats irresponsables. On manqua à la foi jurée, seule morale des gens qui se mettent hors des lois, seule garantie qui soit respectée dans une bande de brigands. Ce fut une femme qui rompit le pacte la première : la brèche faite, tout s’écroula.

Messaline, trop passionnée pour être politique, trop bestiale pour jamais se contenir, fil tuer le secrétaire de Claude, personnage considérable, le quatrième parmi les Césariens, qui

LA UIvliE DE NÉROM

avait été son amant. Les triumvirs, Pallas, Callisle et Narcisse, comprirent que les coups pouvaient s’élever jusqu’à eux et voulurent venger Polyle. Le mariage public de Messaline avec le beau Silius, qui convoitait l’empire, acheva de les effrayer. C’était la première fois qu’on voyait à Rome un mari répudié par sa femme ; celte gloire était réservée au frère de Germanicus. lies Césariens ne pouvaient reculer davantage ; ils avaient accepté pour Claude tous les ridicules, ils ne voulaient pas accepter la menace d’une révolution.

Messaline morte, il fallut marier Claude ; ce vieillard faible et débauché ne pouvait se passer de femme. La négociation du mariage acheva de diviser les Césariens. Chacun avait sa cliente, chacun vantait son choix, chacun faisait son calcul. Claude ne savait auquel entendre, et les conseils tenus sur celle impor-

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lanle matière ajoutaient à son embarras. Narcisse recommandait Ælia Pætina , ancienne femme de Claude, qu’il avait répudiée sans motifs graves. « Pætina n’avait pour lui rien d’effrayant, c’était un mal connu. » Callistc poussait Lollia Paulina, une des femmes de Caligula , a personne fort douee , qui était faite aux grandeurs. » Les associés, on le voit, tiraient prudemment leurs impératrices du garde-meuble de la couronne, Pallas présentait Agrippine, « dont la fécondité était éprouvée, qu’il était dangereux de laisser porter dans une autre famille le grand nom de Germanicus et une popularité éclatante. » Agrippine, entreprenante, énergique, brusqua le dénoûment. lisant des faeilités et, selon l’expression de Suétone, du droit de baiser {jus osculi) que lui donnait son titre de nièce, elle enhardit si bien son timide prétendu, qui

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