‹ Le sang de GermanicusChapitre 2 sur 23 · DRUSUS ET ANTONIA · texte numérisé non relu

DRUSUS ET ANTONIA

tout est à sa place, tout est sensé, raisonnable, expliqué à l’extérieur. Le front a quelque analogie avec le front de Tibère. Presque tous les princes de la famille de Tibère et d’Auguste, même les meilleurs, ont le front développé non en hauteur, mais en largeur. Cette particularité ne se retrouve plus sous les successeurs de Néron. Il faut aller jusqu’à l’époque de Constantin pour retrouver une conformation aussi caractéristique, qui semble annoncer la prédominance des appétits sensuels. Hâtons -nous d’ajouter que , chez Drusus , la proportion est encore heureuse ; s’il y a quelques pronostics qui trahissent la race, ils ont été démentis par des qualités éminentes. Les cheveux sont coupés carrément sur le front, à la mode du temps. Le nez est droit, la narine ouverte, les joues douces, avec des plans tranquilles. H n’y a point de ces saillies inquiètes, qu’on

li Li: SANG DE GERMaNICUS

observe chez Caligiila, ou de ces eavilés impéiiélrables qui apparlieniient à Tibère. La bouche est franche, pleine de bonté et d’expression. Le menton est rond, net, bien défini.

Lnfin, tout est droiture, honnêteté, mansuétude, dans cette figure privilégiée, et l’intelligcncc paraît égale à la beauté.

On peut vérifier, du reste, l’exactitude du sculpteur en comparant au buste du Louvre un camée du cabinet des Médailles (n“ 213) qui représente Drusus la tête nue, avec le vêtement militaire, magnifique portrait, qui respire la douceur, la grâce et un charme presque féminin. Enfin nous avons des monuments officiels, des monnaies frappées sous Claude en souvenir de Drusns. Les monnaies d’or portent l’inscription : Nero Claudius Driisus Gi rmnnicus hnperutor, et au revers un trophée avec le nom des Germains. Les monnaies de bronze, d’un

ÜRUSUS ET ANTONIA 15

•'raml module, portent la même légende. Le revers porte une figure assise, vêtue de la toge, tenant un rameau d’olivier à la main, entourée d’armes et d’armures : c’est l’image d’un triomphateur, et ce triomphateur est Drusus.

A côté de celte aimable figure, dont le passage parmi les hommes fut si court et la mémoire si durable, il convient de placer sa femme, Homaine des anciens jours, digne de lui donner un fils et de l’élever après lui, puisque la mort devait le frapper dans la fleur de l’âge : celle femme s’appelait Antonia. FJle était fille du triumvir Marc-Antoine et de cette douce Oclavie, sœur d’Auguste, qui lui avait elle-même donné l’exemple de toutes les vertus. Antonia est représentée sur des monnaies qui datent du règne de Claude, son fils. L’empereur Claude ayant voué à sa mère un culte particulier, plusieurs villes firent graver son effigie sur leurs mon-

naies, notamment Alexandrie, Âmphipolis, Clazomène et Thessalonique. Antonia y est assimilée à Gérés et porte sur sa tête les attributs de la déesse. On l’appelle encore Augusla, parce qu’elle a reçu sous Caligula, son pctitfils, le même titre que Livie.

Les monnaies ne font point saisir le caractère personnel de sa beauté. Frappées dans des villes lointaines, qui n’avaient point de modèle peut-être, elles offrent plutôt le type régulier et irréprochable des Grecs qu’un portrait exact. Les camées ont plus de vraisemblance, et l’on s’attachera surtout au camée de notre cabinet des Médailles qui porte le numéro 206. C’est une agate-onyx, matière magnifique ; le buste est vu de face; la couronne de lauriers qui ceint le front est le symbole des prêtresses d’Auguste. Cette figure unit l’harmonie du type grec à la fermeté du type romain. La joue sail-

Page 1