FRAGMENT
O dieu mélodieux et protecteur des berges,
Le soleil trempait d'or ta robe d'émeraude,
Un fleuve t'enlaçait, et, sous les lèvres chaudes
Qu'ose à peine en passant poser le vent qui rôde,
Ta hampe frêle avait des souplesses de vierge.
Vers l'heure où, semble-t-il, neigent des songes, l'heure
Où les voix de la vie inquiète se taisent,
Où la colline en fleurs, lasse de rire au fleuve,
Laisse au fil du cristal trembler ses ombres bleues,
Les souffles veloutés de la nuit t'apportaient
Des effluves d'amour et de roses lointaines
Et l'indicible aveu que les feuilles chuchotent.
Ton âme sentit naître et mourir en silence
La palpitation fugitive des choses.
Une goutte de jour se détacha des branches
Et rejaillit, touffe de lys, d'entre les ronces,
Des pas qui s'envolaient effleurèrent les mousses :
Peut-être était-ce l'aube ou peut-être qu'un songe,
L'aile ouverte, planait sur le sommeil des sources;
Un hymne s'éloigna des cimes, descendit,
Si grave et tendre et si limpide qu'on eût dit
La chanson réveillée aux doigts des citharèdes;
Et les roseaux pensifs des rives s'effarèrent.. .