‹ Le Sang des crépusculesChapitre 14 sur 54 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

O dieu mélodieux et protecteur des berges,

Le soleil trempait d'or ta robe d'émeraude,

Un fleuve t'enlaçait, et, sous les lèvres chaudes

Qu'ose à peine en passant poser le vent qui rôde,

Ta hampe frêle avait des souplesses de vierge.

Vers l'heure où, semble-t-il, neigent des songes, l'heure

Où les voix de la vie inquiète se taisent,

Où la colline en fleurs, lasse de rire au fleuve,

Laisse au fil du cristal trembler ses ombres bleues,

Les souffles veloutés de la nuit t'apportaient

Des effluves d'amour et de roses lointaines

Et l'indicible aveu que les feuilles chuchotent.

Ton âme sentit naître et mourir en silence

La palpitation fugitive des choses.

Une goutte de jour se détacha des branches

Et rejaillit, touffe de lys, d'entre les ronces,

Des pas qui s'envolaient effleurèrent les mousses :

Peut-être était-ce l'aube ou peut-être qu'un songe,

L'aile ouverte, planait sur le sommeil des sources;

Un hymne s'éloigna des cimes, descendit,

Si grave et tendre et si limpide qu'on eût dit

La chanson réveillée aux doigts des citharèdes;

Et les roseaux pensifs des rives s'effarèrent.. .

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