‹ Le Sang des crépusculesChapitre 43 sur 54 · ENCRES FANEES · texte numérisé non relu

ENCRES FANEES

A l'entour du sandal filigrane des boîtes Voltigent des relents doux et fluets d'iris ; Les couvercles où Tordes camaïeux miroite Grincent en se mouvant sur leurs gonds orfévris.

Tel délicat cercueil de rondels à Chloris, De madrigaux musqués et précieux inscrits Sur des parchemins clos en des gaines étroites, Recèle la luxure ancienne des seins moites.

L AUTOMNE AMKR

Malgré que l'encre ait l'air des choses qui se fanent, Les mots insinués en méandres pimpants Que la fuite de l'heure a rendus diaphanes

Remémorent le temps de liesse où les Dames, Au risque de damner à tout jamais leurs âmes, Se chatouillaient la gorge à des pennes de paons.

Les clavecins

Ils sont oisifs. On les a clos au fond des chambres Qu'avivent les pastels des aïeules fluettes ; Entre les yeux fanés et lésâmes muettes Des parlottes que l'ombre impre'cise s'échangent.

Ces marquises, jadis, prestes et nonchalantes, Esquissèrent de très exquises pirouettes, Et sur les murs le rhythme net des silhouettes S'élucida sous la lueur douce des lampes.

L AUTOMNE AMER

Les clavecins, ils se souviennent des minutes Quiètes où les doigts lourds de bagues menues Tremblotaient de lents menuets et des gavottes;

Et des soirs où, pour expier les chères fautes D'amour, les belles mimaient sur un air de psaumes Le sourire pincé des revêches dévotes.

Tel après-midi gris de novembre, vers vêpres, Les clavecins dans leurs housses de quiétude, Songeurs encor du rire ancien des flûtes tues, Semblaient au gré de doigts invisibles renaître,

Or une Dame, au dam des douairières mièvres, Secoua brusquement le sommeil des tentures, Et, sur l'ivoire roux des touches taciturnes, Evoqua les accords d'une marche funèbre.

I J2 I i: s.\N<, DES CRÉPI SCI I

Les clavecins devinant vaincs les gavottes

Et vains les pas pimpants des menuets frivoles,

Un peu de jour mourut dans leurs âmes obscures ;

Et, las des froids pastels et tristes d'être infirmes, Les instruments muets des vieux maîtres sentirent Peser sur leur passé le dernier crépuscule.

Les cygnes

En stigmates vermeils le soleil vieilli grave Le texte du Destin sur les ailes des cygnes ; Dans le jour triste et las de vivre ils se résignent Et sillent l'eau d'oubli, silencieux et graves.

L'ombre a dévoré l'or et descend d'une octave, Et sa flûte sussure en sourdines malignes. Plongeant leurs cols d'une délicatesse insigne, Les cygnes boivent l'onde en deuil dont l'argent lave.

I 74 LE SANG DES CREPI SCI LES

Un souffle tiède passe et meurt qui fond leur neige Et désagrège au gre' de l'heure leur cortège : Au cœur de la nuit, tel un songe, ils s'évaporent.

Mais le temps est proche où, loin des soirs qui déçoivent, Au ciel, miroir hanté des défuntes aurores, Les cygnes triomphaux surgiront en étoiles.

Les âmes

Elles sont lasses de clartés, lasses de luttes, Au seul désir que tel Passant s'arrête au seuil Et vête leur passé d'une robe de deuil Et sèche leur chagrin de ses mains impollues.

Leur foi défaille en ce but fou qu'elles élurent. Ah! pauvres âmes qui, devinant vain tout veuil, Ont forgé pour leur rêve une armure d'orgueil Sous le ciel où nul astre d'espoir ne s'allume.

Ah ! tristes âmes, tristes âmes de nous to

Dégoût de ceux qui furent serfs de leur dédain...

C'est bien la vie, et nous rainions puisqu'on en souffre,

De chevaucher vers l'ombre au col de la Chimère, Vers l'ombre et vers la mort qui laissent l'âme enfin, Éternelle, jaillir de la chair e'phe'mère.

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