LE VIERGE
Ses pas font fleurir les chemins Qu'effleure l'orteil de l'aurore ; Ses mains sont si claires, ses mains Découragent les lys d'e'clore.
Nul d'entre les hommes ne sait D'où cet enfant, me'lancolique Gomme une histoire du passé, Surgit au versant des collines.
Il erre en songeant; cherche-t-il Un calice où verser son âme, Une âme où guérir de l'exil,
Cherche-t-il un thyrse ou des palmes ?
Le soleil meurt entre ses doigts, Le vent du crépuscule emporte Comme une poussière sa voix ; Et les femmes au seuil des portes
S'arrêtent de filer le lin, Car les souffles de la rivière Au col fluet de l'orphelin Enroulent des fils de la Vierge.
Et lui n'a pas levé les cils, N'a pas vu les vierges qui filent, Et poursuit sa route d'exil Vers la mer où dorment les îles.
LES DERNIERES POURPRES
Les filles de rut à ses pieds Prostrent leurs ventres lourds et tièdes ; Et lui se penche, et par pitié Ouvre sa bouche humide et cède
Aux lèvres sèches qui l'implorent Un peu de sa chair en aumône; Car il est le simple, il ignore Le rictus ambigu des Faunes,
Peut-être que ses yeux d'eau bleue, Ses yeux profonds moirés d'espoir, Se souviennent de l'amoureuse Entrevue au fil d'un miroir...
Nul d'entre les hommes n'a su D'où venait cet orphelin triste Qui dans sa robe de lin grise Ressemblait à l'enfant Jésus.