‹ Le Sang des crépusculesChapitre 8 sur 54 · RUPTURES · texte numérisé non relu

RUPTURES

Son amour, effleuré par l'automne, agonise,

Et l'exil à ma foi ne fut pas exorable.

Pour en atte'nuer l'aveu, son ironie

Aux fronts des mots railleurs riva des masques graves.

Leur sens, qu'un vide entre les lignes envenime De doute, se complique en subtils filigranes ; Et l'espoir faux descend comme un soleil sénile Aux vignes de jadis où miroitent leurs grappes.

LES DERNIERES POURPRES 49

Et, taciturne, au fil des pages taciturnes,

Sa face pâle, aux yeux effilés, aux cils teints,

Flotte à rieur de ces mots que ses mains souples griment ;

Mots aux syllabes chuchoteuses et félines, Histrions ambigus qui miment le chagrin Sur le tréteau félon des lettres de rupture.

Si votre amour est las, il faut que je m'en aille Par les chemins à la recherche d'une autre âme, Abandonner encore en vains pèlerinages La laine de mon âme aux griffes des broussailles.

Vous me chassez, il faut partir; et je défaille. Quelqu'un dont le pas frêle égratigne le sable S'éloigne dans le parc : c'est le Passé qui passe Avec, au doigt, l'anneau terni des fiançailles.

Les arbres m'ont parlé qui sont mélancoliques, La source où nous mirions nos baisers va tarir Je laisse la maison d'autrefois orpheline.

J'entends mugir le fleuve et les roseaux gémir, La grève est lumineuse et calme où je m'enlise; Le Passé n'est plus là. —

C'est donc simple, mourir.

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